L'histoire des supporters est souvent aussi riche et complexe que celle des clubs qu'ils soutiennent. Benji Doudou, figure emblématique des tribunes, offre un témoignage passionnant sur son parcours de supporter, son engagement au sein des Boulogne Boys du Paris Saint-Germain, et sa vision du mouvement ultra en France. Son récit, ancré dans les années 1990 et 2000, permet de mieux comprendre les dynamiques, les valeurs et les défis de ce monde souvent méconnu et parfois stigmatisé.
Parc des Princes : La Naissance d'une Passion
Benji Doudou n'est pas né avec le virus du football. Son intérêt pour le ballon rond s'est développé progressivement, notamment grâce à son beau-père, fervent supporter. Un match au Parc des Princes, un PSG contre Matra Racing, a marqué un tournant. La charge à l'extérieur du stade et l'ambiance électrique des tribunes, avec les supporters du PSG côté Boulogne et ceux du Matra côté Auteuil, ont créé un choc émotionnel. Le jeune Benji, alors âgé de neuf ans, a ressenti une forme de colère face à ceux qui encourageaient l'équipe adverse. Cet événement a planté la graine d'une passion qui ne fera que croître.
Vers l'âge de 12-13 ans, Benji Doudou harcèle son beau-père pour l'emmener au Parc le plus souvent possible, cherchant les places les plus proches de la tribune Boulogne pour s'immerger dans l'ambiance. Il se souvient d'aller au stade avec des rouleaux de papier toilette dans son sac, rêvant de créer ses propres tifos.
Les Premiers Pas dans le Virage
Lassé d'écouter les matchs à la radio, Benji Doudou, alors adolescent habitant près d'Enghien-les-Bains, décide de franchir le pas et de se rendre dans un virage. Son premier match en virage se déroule à Auteuil.
Son premier match à Boulogne, un PSG contre Arsenal, fut un choc. Il reste persuadé, et c'est sans doute un fantasme personnel lié au choc, qu'il a vu un anglais mort à côté de la station Total. Une fight monumentale éclate et il a très peur. Il a vu cet anglais à terre en train de se faire lyncher. Il y a une voiture qui est arrivée et qui a stoppé au feu rouge. 3-4 mecs en sont sortis, chaussures coquées, et ils l’ont fini alors qu’il ne bougeait plus. Il se rappelle de sa tête qui était frappée dans tous les sens par ces mecs, déformée comme une poupée de chiffon… Cet homme doit son salut au mec de la station service qui est sorti avec un flingue et qui a tiré en l’air…
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Il demande ensuite à un CRS si c’est dangereux d’aller en tribune. Et là il lui dit « Non c’est bon ne t’inquiète pas ». Il se rappelle l’entrée dans la tribune, la peur au ventre mélangée à de l’excitation, le béton du Parc qui tremble, il monte les escaliers et se retrouve par hasard dans le bloc des Boulogne Boys. Ce jour-là il est "piquousé". A partir de ce moment il va régulièrement au stade sans le dire à ses parents.
L'Engagement au Sein des Boulogne Boys
L'ascension de Benji Doudou au sein des Boulogne Boys témoigne de son engagement et de sa passion. Après avoir fréquenté Auteuil, il trouve sa place à Boulogne, où on lui confie rapidement des responsabilités. Distribuer les tracts d'avant-match, vendre le fanzine "La voix des Boys", autant de tâches qui le rendent fier et lui donnent le sentiment d'être utile. Il prend sa première carte des Boulogne Boys en 1996 et participe à de nombreux déplacements, notamment pour la finale de Coupe des Coupes à Bruxelles.
Ce déplacement à Bruxelles marque un tournant dans sa vie de supporter. L'organisation massive, l'ambiance survoltée, les rencontres et les liens qui se tissent, tout cela contribue à forger son identité et à créer des amitiés durables. Certaines des personnes rencontrées lors de ces déplacements sont encore ses amis aujourd'hui.
Après Bruxelles, Benji Doudou prend de l'importance dans le groupe et devient "méga" (capo) sur la saison 1996-1997, assurant l'animation de la tribune lors des petits matchs. La saison suivante, il prend le méga définitivement et ne le quitte plus jusqu'en 2005.
Culture Anglaise et Tifos Italiens : Un Mélange d'Influences
Benji Doudou se décrit comme étant à la croisée des chemins entre la culture anglaise et la culture italienne. Il est fasciné par le pub, le rock et les chants profonds à texte, faisant souvent référence à l'histoire d'une ville, d'un club ou d'une région. Il apprécie également les tifos et la gestuelle des supporters italiens.
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Pour lui, les Boulogne Boys sont le premier vrai groupe ultra français, avec le CU84 (Commando Ultra 84) de l'Olympique de Marseille. C'est un groupe qui a pris naissance dans une tribune qui n'était pas ultra, mais qui a voulu animer cette tribune à la manière anglaise, en l'orchestrant différemment avec des bâches, des tifos et des gestuelles.
Les Défis et les Paradoxes d'une Tribune
La tribune Boulogne a souffert d'une réputation parfois sulfureuse et en même temps fantasmée par beaucoup. Benji Doudou souligne les amalgames qui ont pu être faits entre les Boulogne Boys et le Kop de Boulogne, et regrette que certains n'aient jamais compris que sans les Boys, seul le côté radicalisé de la tribune aurait pu prendre le dessus.
Il évoque les paradoxes de cette tribune, où les Boys pouvaient être considérés comme les "casse-couilles" par certains "indeps", tout en étant respectés et protégés. Il explique que les "indeps" ne veulent pas qu'un capo vienne leur donner des ordres et qu'ils veulent supporter comme ils ont envie, ce qu'il respecte.
Des Souvenirs Gravés dans la Mémoire
En tant que capo, Benji Doudou a vécu des moments inoubliables. Parmi ses plus beaux souvenirs, il cite le match contre le Real Madrid en 1993, où l'ambiance était tellement électrique qu'il était impossible de la maîtriser. Il se souvient également du match contre Bucarest en 1997, où il a été au micro pendant quatre heures et où la ferveur de la tribune était à son comble. Il n'avait plus de voix pendant une semaine et ses oreilles sifflaient tellement qu'il n'entendait plus rien. Impossible de dormir cette nuit-là, entre l’excitation qui ne retombait pas, le fait de ressasser toutes ces images incroyables, sans oublier ce bourdonnement interminable dans ses tympans.
Il cite également le match contre le Steaua, celui contre Liverpool en 97, et celui où le PSG prive Marseille du titre en 99 ou celui de 2008 où le club évite la relégation.
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L'Héritage des Boulogne Boys
Malgré les difficultés et les controverses, Benji Doudou est fier de l'héritage des Boulogne Boys. Il souligne leur rôle dans l'animation de la tribune Boulogne et leur contribution à la culture ultra en France. Il met en avant leur apolitisme et leur volonté de rassembler les supporters autour de leur passion commune pour le PSG.
Il évoque les plus beaux tifos réalisés par les Boys, notamment celui pour les 15 ans et les 20 ans du groupe, ainsi que celui contre Metz avec l'Arc de Triomphe. Ce dernier tifo, préparé pendant huit mois, était un symbole de la République, avec le drapeau français flottant en dessous lors des moments clés de l'histoire et des commémorations.
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