L'avortement est un sujet de société majeur aux États-Unis, provoquant une fracture entre États répressifs et ceux soucieux des droits reproductifs. La position de Donald Trump sur cette question a évolué au fil du temps, reflétant un embarras politique et une volonté de séduire différents électorats.
Contexte Historique : L'Abrogation de Roe vs Wade
Le 24 juin 2022, la Cour suprême des États-Unis a annulé l'arrêt Roe vs Wade, qui avait accordé aux femmes américaines le droit d'avorter dans l'ensemble du pays depuis 1973. Cette décision a rendu à chaque État le droit d'autoriser ou non l'avortement sur son sol, divisant fortement le pays. Les militants pro-vie et la droite religieuse ont salué cette décision, tandis que les militants pro-choix s'en sont indignés.
Ce revirement législatif a été largement permis par l'action de l'ancien président Donald Trump, qui a nommé trois magistrats conservateurs à la Cour suprême au cours de son mandat (2017-2021). Tous ont signé l'arrêt du 24 juin 2022.
La Position Évolutive de Donald Trump
Pendant plus d'un an, Donald Trump a refusé de préciser sa position sur l'avortement. Ce sujet de société majeur aux États-Unis provoque une fracture entre États répressifs et ceux soucieux des droits reproductifs, depuis la décision historique de la Cour suprême, en juin 2022, d'invalider l'arrêt Roe vs Wade. Le 8 avril, le candidat républicain a fini par diffuser une vidéo de quatre minutes sur son réseau Truth Social, qui ne clôt nullement le débat et trahit son embarras politique.
À sept mois de l'élection présidentielle, Donald Trump estime qu'il revient à chaque État de décider de sa législation. Il se place ainsi dans la droite lignée de la décision de la Cour suprême. Le candidat républicain a d'ailleurs remercié pour leur « courage » les six juges conservateurs qui en composent la majorité, citant leur nom un à un. « J'ai été la personne fièrement responsable de la fin » de l'arrêt Roe vs Wade, a souligné Donald Trump. Ce dernier se dit simplement favorable, « comme Ronald Reagan », à des exceptions en cas de viol, d'inceste ou de menace pour la vie de la mère.
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Interrogé de façon répétée sur la possibilité de bannir les interruptions volontaires de grossesse sur l'ensemble du territoire, le septuagénaire républicain est resté très flou mi-septembre, déclarant simplement: "Cela pourrait être à l'échelle des Etats, ou au niveau fédéral… Quelques jours plus tard, lors d'un meeting électoral, l'ancien dirigeant précisait: "Je crois en trois exceptions (pour pouvoir avorter): en cas de viol, d'inceste, ou si la santé de la mère est en danger".
Le candidat, favori des primaires républicaines, a d'ailleurs plus d'une fois retourné sa veste. Lors d'une interview en 1999, le New-Yorkais, alors magnat de l'immobilier, affirmait sans détour: "Je suis très pro-avortement". Avant de faire volte-face pour séduire l'électorat évangélique lors de la présidentielle de 2016.
Les Actions de Donald Trump en Matière d'Avortement
Moins de cinq jours après son investiture, Donald Trump est revenu sur plusieurs mesures de son prédécesseur qui visaient à protéger l'accès à l'avortement. Le nouveau président des États-Unis a notamment réaffirmé la mise en application dans un décret l'amendement dit « Hyde », datant de 1976, qui vise à empêcher l'utilisation de fonds fédéraux pour des interruptions volontaires de grossesse (IVG), sauf dans de rares cas.
C'est ainsi que Donald Trump justifie la suppression de deux décrets pris par Joe Biden qui entre autres, facilitaient l'accès à certains moyens contraceptifs - comme la pilule du lendemain - ou encore visait à lutter contre l'utilisation de données personnelles numériques (issues d'applications mobiles, par exemple) pour poursuivre des femmes ayant avorté en justice. Ces mesures avaient été prises par l'administration démocrate en réponse à l'annulation en 2022 par la Cour Suprême de l'arrêt « Roe vs Wade » sur le droit à l'avortement à l'échelle fédérale.
La nouvelle administration américaine a aussi acté le retour de la « Mexico City Policy », une politique mise en place sous la présidence Reagan en 1984. Elle supprime les subventions publiques américaines aux organisations qui défendent, conseillent ou pratiquent des avortements à l’étranger, même si ces actions ne sont pas directement financées par les fonds américains en question.
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Ces décisions de la nouvelle administration républicaine sont intervenues le jour de la 52e édition de la « Marche pour la vie », défilé annuel du mouvement anti-avortement aux États-Unis qu'a soutenu Donald Trump par un message vidéo. « Pendant mon second mandat, nous nous battrons à nouveau fièrement pour les familles et la vie », a-t-il promis aux manifestants. « Nous protégerons les acquis historiques que nous avons obtenus ».
Les Répercussions de la Décision de la Cour Suprême
Depuis la décision de la Cour suprême, de nombreux États républicains ont interdit ou très sévèrement limité le recours à l'IVG. Aujourd'hui, près d'une Américaine sur trois entre 18 et 44 ans vit dans un des États concerné par les restrictions, selon le site Politifact. Dès la décision de la Cour suprême, sept États annoncent l’interdiction de l’avortement : le Missouri, le Dakota du Sud, l’Oklahoma, l’Arkansas, l’Alabama, le Kentucky, la Louisiane, le Wisconsin et le Texas.
En mettant fin à la protection constitutionnelle du droit à l’avortement, l’arrêt Dobbs v. Jackson Women’s Health Organization renvoie cette question aux États. Quatorze d’entre eux interdisent totalement l’avortement, sept autres le limitent à un stade plus précoce de la grossesse que la norme établie par l’arrêt Roe v. Wade, soit vingt-quatre à vingt-huit semaines. Dans trois États (Iowa, Montana et Wyoming), une loi d’interdiction a été bloquée par la justice. Dans 24 États, ce droit est légal. Il a même été renforcé dans une vingtaine d’entre eux.
La législation s’établit, depuis, au niveau des Etats qui ont donc la main libre pour soit protéger ce droit, soit au contraire le remettre en cause. Au total, ils sont une vingtaine à avoir fortement restreint ou totalement interdit l’accès à l’avortement.
Les Conséquences Humaines et Sociales
La révocation de l'arrêt Roe vs Wade a des conséquences humaines et sociales importantes. Elle impacte doublement les populations les plus défavorisées, qui n'ont pas les moyens de se déplacer dans un autre État pour avorter. Elle entraîne également une augmentation de la mortalité infantile et des grossesses d'adolescentes.
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Invitée à présenter ses travaux devant les sénateurs américains en février dernier, Caitlin Myers a estimé à « 30 000 les naissances annuelles qui n’auraient pas eu lieu en l’absence de ces interdictions.
Depuis la révocation de l’arrêt Roe vs Wade, quatorze États, dont le Texas, interdisent les IVG. Huit autres en restreignent drastiquement l’accès. Résultat, près de 23 millions d’Américaines en âge de procréer - soit une sur trois - ne peuvent plus avorter dans l’État dans lequel elles vivent. Au cours de l’année 2023, au moins 170 000 d’entre elles ont dû, à l’instar d’Alexandria, partir avorter dans un autre État. Ce chiffre devrait encore grimper, car la Floride a récemment abaissé de quinze semaines à six la durée limite de grossesse pour pouvoir pratiquer une IVG. Selon la chercheuse d’Amnesty International USA Jasmeet Sidthu, les États-Unis violent leur obligation en droit international de garantir aux personnes enceintes la possibilité d’interrompre leur grossesse. « L’Amérique traverse une crise sans précédent, ajoute-t-elle, qui impacte de façon disproportionnée les groupes de populations les plus marginalisés. »
Ces grossesses non désirées, qui se chiffreraient en dizaines de milliers à l’échelle du pays, ont des répercussions concrètes, pour ne pas dire vitales. Selon deux études des universités du Maryland et du Michigan, la mortalité infantile au Texas a augmenté de 13 % après la loi de 2021 restreignant le recours à l’avortement. L’explication ? L’effondrement du nombre d’avortements médicaux a entraîné une augmentation des naissances d’enfants atteints d’anomalies congénitales, et du nombre des IVG clandestines. L’abrogation de Roe vs Wade devrait encore accélérer la tendance. C’est au Texas que, pour la première fois depuis quinze ans, le nombre de grossesses d’adolescentes augmente. Surtout chez celles issues de minorités.
L'Avortement : Un Enjeu Politique Majeur pour l'Élection Présidentielle
L'avortement est devenu un enjeu politique majeur pour l'élection présidentielle. Les démocrates, avec Kamala Harris, ont fait de la défense des droits reproductifs un des principaux enjeux de la campagne électorale. Ils accusent Donald Trump d'être l'architecte de la crise des soins de santé liée à l'avortement.
La candidate démocrate remporte les suffrages de l'électorat féminin avec 13 points d'avance, selon le dernier sondage Ipsos pour la chaîne ABC publié dimanche, quand elle accuse cinq points de retard chez les hommes. Elle est en tête au total, 50 % à 46 %, dans ce même sondage.
Donald Trump cherche la parade, mais il ne peut pas se permettre de trop s'éloigner de l'orthodoxie de son parti, historiquement opposé à l'avortement. Il s'est ainsi retrouvé en difficulté ce week-end à propos d'un référendum organisé en Floride, son état de résidence, afin de sécuriser l'accès à l'IVG jusqu'à ce que le foetus soit capable de survivre hors de l'utérus, contre une limite à six semaines de grossesse actuellement.
Malgré son revirement rapide, les tergiversations de Donald Trump sur le sujet ont entraîné une levée de boucliers chez ses soutiens les plus radicaux. Le fossé se creuse avec le mouvement anti-avortement, qui sent que sa mainmise sur le « Grand Old Party » n'est plus aussi assurée.
Trump promet la gratuité de la FIV, une manière de neutraliser les attaques des démocrates sur le sujet, alors que la procréation médicalement assistée est désormais dans le viseur du mouvement anti-avortement.
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