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Ric Hochet : Analyse d'un Héros en Mutation

Ric Hochet, le célèbre reporter de La Rafale, est une figure emblématique de la bande dessinée franco-belge. Créé par André-Paul Duchâteau et Tibet en 1955, ce personnage a traversé les décennies en conservant une popularité indéniable. Cependant, la reprise de la série par Zidrou et Van Liemt en 2015 a suscité des réactions mitigées, notamment en raison de l'évolution du personnage de Ric Hochet. Cet article se propose d'analyser les différentes facettes de cette mutation, en s'appuyant sur des exemples concrets tirés des albums récents.

Un Héritage Riche et Complexe

Avec pas moins de 78 albums et 10 hors-séries parus, pour plus de 15 millions d’exemplaires vendus entre sa création en 1955 et la mort du dessinateur Tibet en janvier 2010, « Ric Hochet » fait partie des icônes majeures du 9e art. Héros récurrent des éditions du Lombard, conçu par André-Paul Duchâteau tel un hommage à Rouletabille et Valhardi, le reporter de La Rafale est prompt à aider son ami le commissaire Bourdon afin de démêler les pulsions criminelles des protagonistes. L'univers de Ric Hochet, quelque part entre ceux de « Maigret, « Les Cinq Dernières Minutes » et des récits d’Agatha Christie, avait installé titre après titre un canevas éprouvé, composé d’investigations classiques, de récits d’anticipation et d’histoires fantastiques, apte à séduire les nombreux amateurs de polars et de mystères.

La Reprise de 2015 : Un Vent de Changement

En mai 2015, le détective reprend donc doublement vie grâce à Zidrou et Van Liemt, au profit d’une intrigue décapante et ultra-référentielle : en 1968, Ric Hochet est surpris un soir chez lui et abattu par l’un des ses pires ennemis. Quitte à faire littéralement revivre Ric Hochet dans ses « Nouvelles Enquêtes » dignes de celles de Holmes, le scénariste Zidrou et le dessinateur Simon Van Liemt (« Poker », de 2009 à 2012) ont habilement préféré jouer sur le thème du double et de la mort, très présent dans toute la série (voir par exemple les titres « Le Double qui tue » ou « Les Jumeaux diaboliques », parus en 1985 et 1989). « R.I.P. Ric ! » constitue aussi un bond dans le passé, plus précisément dans le Paris de la fin des années 1960 : comme l’explique Zidrou, « Notre Ric démarre exactement entre « Alias Ric Hochet » (T9) et « Les Cinq Revenants » (T10), en 1968. C’était vraiment le bon âge, le mien et celui de Ric.

Un Héros Déboulonné ?

L'une des critiques récurrentes concerne la façon dont Ric Hochet est dépeint dans les nouveaux albums. Certains lecteurs estiment que le personnage a perdu de sa superbe, qu'il est devenu plus vulnérable, voire même naïf. On a bien compris la volonté de déboulonner Ric Hochet de son statut de héros immaculé, qui "morfle" quand même énormément depuis la reprise :

  • suspendu par les pieds les 3/4 de la première aventure,
  • muni d'un plâtre dans le deuxième tome,
  • voyant sa voiture saccagée, en sa simple qualité de pisse-copie et pas après une course-poursuite haletante, dans le 3ème,
  • relégué au rang de bidasse dans le 4ème, fumeur de cigarettes à la fin de l'épisode,
  • carrément au second plan sur la couverture du 5ème, pour finir, après une aventure où il est l'égal des personnages secondaires, par lâcher le thanatopracteur suite à une "bouffée de chaleur" (sérieusement…) et se voir "envoûté" par l'esprit d'Elisabeth sans aucune explication rationnelle alors que c'était là une règle "constituante" de la série (Tibet défendait d'ailleurs à Duchâteau de finir sur des fins sans vraisemblance, ce qui exigeait un gros travail scénaristique de crédibilisation a posteriori, et par l'intermédiaire de celui qui reste le héros de la série, de l'invraisemblable).

Là, on finit en queue de poisson par ce conte à dormir debout, avec un Ric Hochet aux expressions de véritable benêt (ce visage de bas de page 51…en haut de page 35 à table avec Dior, il lui manque même une main…à noter également que Nanar lui crache dessus quand il revient "possédé").

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Évolution du Caractère et Pertes d'Érudition

Le personnage d'Eluard est très bien écrit par Zidrou (une autre de ses trouvailles après l'hilarant "Grévisse" du tome 3) et ses commentaires en latin sont vraiment dans le ton d'un méchant de Ric Hochet, qui lui, par contre, toujours dans cette démarche de "banalisation" du héros, jure comme un chartier, ("ne faites pas le con Cupidon"), et dit qu'il n'a pas étudié longtemps à l'école, alors qu'il s'agit d'un trait du personnage complètement inventé, Ric brillant plutôt dans les aventures classiques par son intelligence logique, son élocution mais aussi une certaine érudition au contraire (qui nous faisait tant l'aimer, d'ailleurs).

Ledru, comme je l'avais indiqué, est lui sévèrement caricaturé en flic misogyne, raciste et gaffeur, ce qui, là encore, n'a rien à voir avec l'inspecteur, certes sombre et envieux mais un peu plus complexe (voir l'aventure avec son fils Jean-Pierre) des aventures classiques.

"Le Double qui Tue" : Un Thème Récurrent

En explorant le thème du double, les auteurs revisitent un motif classique de la série. Le titre "Le Double qui tue", paru en 1985, est emblématique de cette fascination pour les sosies et les impostures. Cette thématique permet d'interroger l'identité de Ric Hochet et de jouer avec les codes du genre policier. La parution en octobre 2015 de « Mystères ! Tibet, une biographie en images », copieux ouvrage de Vincent Odin enrichi de 350 pages d’illustrations et planches dont de nombreux inédits, présentés en fac-similé.

Continuité et Modernisation

Malgré ces critiques, il est indéniable que Zidrou et Van Liemt ont apporté une touche de modernité à la série. Ils ont su conserver l'esprit des aventures classiques tout en explorant de nouvelles pistes narratives. Les clins d’œil faits aux neuf premiers albums de la série (dont « Rapt sur le France », « Suspense à la télévision », « Face au Serpent » et « Piège pour Ric hochet »), « R.I.P., Ric ! » posait indéniablement - et c’est notre sujet maître… - la question de sa couverture : équilibre subtil entre classicisme et modernisme, elle braque pour ainsi dire de nouveau notre regard sur un héros connu, intrinséquement placé en situation délicate. À l’instar d’autres premiers plats (voir ceux de « La Ligne de mort », « La Flèche de sang », « Le Double qui tue », etc.), une arme à feu vise directement Ric. On n’aurait mieux fait pour rendre les personnages de Tibet et Duchâteau à leur fascinante et mémorable vie de papier.

Intégrale Ric Hochet - Tome 11 : Un Regard sur le Passé

Ce recueil reprend les titres :"Le disparu de l'enfer" - "Le double qui tue" - "La maison de la vengeance" - "La liste mortelle".

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"Le Disparu de l'Enfer"

Ric Hochet a reçu du Varaiso, une république sud-américaine, une carte anonyme écrite en lettres de sang et qui ressemble à un SOS. En rentrant chez lui, il découvre le cadavre d'un inconnu et échappe de peu à son propre assassinat. D'après l'analyse du sang, l'expéditeur de la carte est sans doute son père. Sur place, le journaliste de "La Rafale" apprend que celui-ci est passé par là, mais qu'on a perdu sa trace. Ric décide aussitôt de retrouver Richard, «Le Disparu de l'Enfer».

"Le Double qui Tue"

Le bateau de plaisance de Ric et Nadine a failli entrer en collision avec le bateau d'un riche industriel mort d'une crise cardiaque aux commandes. Un témoin affirme que le défunt n'était pas seul à bord : une mystérieuse ombre noire l'aurait terrorisé ! Des investigations sur «Le Double qui tue» est aussitôt lancées…

"La Maison de la Vengeance"

Une jeune femme prétend que la maison qu'elle habite est hantée et la rumeur veut que l'ancien propriétaire y pratiquait des expériences sur des cadavres fournis par des malfrats. Ces morts se vengeraient-ils ? L'émule de Frankenstein a prédit malheur à tout étranger qui s'appropria sa demeure. Ric et le commissaire Bourdon tentent d'élucider l'énigme de «La Maison de la Vengeance»…

"La Liste Mortelle"

Ric Hochet a échappé de justesse à l'explosion d'une mallette abandonnée dans sa Porsche par une jolie Africaine. L'attentat est revendiqué par un mystérieux «Groupe noir» dirigé par un certain Raphaël. Ric n'a pour indices qu'un portrait robot et «La Liste mortelle» des futures victimes de l'insaisissable terroriste…

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