Kerry Hudson, une écrivaine écossaise, s'est imposée sur la scène littéraire avec des œuvres poignantes explorant les thèmes de la pauvreté, de la marginalisation et de la résilience. Son autobiographie, "Basse Naissance" (Lowborn. Growing Up, Getting Away and Returning to Britain’s Poorest Towns), traduite de l’anglais (Ecosse) par Florence Lévy-Paoloni, Philippe Rey, est une exploration profonde et sans concession de son enfance marquée par la précarité, l'instabilité et les traumatismes. Ce récit autobiographique, à la fois douloureux et constructif, plonge le lecteur dans les bas-fonds britanniques, de 1980 à aujourd'hui, à travers le regard d'une femme inspirante, impressionnante, intelligente, courageuse et résiliente.
Un Passé Obscurci par la Honte et le Dénuement
En approchant de la quarantaine, Kerry Hudson entreprend l'écriture de son autobiographie, une démarche qui l'oblige à se replonger dans un passé qu'elle avait longtemps tenté d'étouffer. Elle souhaite faire taire le fond de honte et les questions sans réponses qui la hantent malgré son succès littéraire. Pour reconstituer les étapes d'une enfance qui lui a laissé plus de souvenirs douloureux que d'assurance et d'images chaleureuses, elle revient sur les nombreux lieux dans lesquels elle a vécu, des lieux toujours étriqués et inhospitaliers, avec une mère vulnérable et imprévisible, sans soutien de sa propre famille, ni même d'un père.
Kerry Hudson est née en 1980 dans les quartiers populaires d'Aberdeen, en Écosse, d'une mère vulnérable, isolée et sans emploi, et d'un père alcoolique et absent. De centres d'accueil en bed and breakfast, sa petite sœur, sa mère et elle ont connu pendant près de vingt ans la précarité extrême, les queues le lundi matin aux caisses d'allocation, la détresse et la violence familiale. Elle se revoit trente ans plus tard, dans ces quartiers du nord de l’Angleterre dont la population compte peu sauf pour les services sociaux et des marchands de sommeil.
Le récit alterne entre la Kerry de 2018, auteure déjà reconnue, plutôt épanouie dans sa vie avec son compagnon, mais sujette à de fortes angoisses et à des cauchemars récurrents, et la Kerry enfant, puis ado, trimballée de B&B miteux en foyers pour enfants ou en logement social délabré, se construisant entre une mère dépassée et souvent alcoolisée, une grand-mère redoutée ancienne poissonnière (comme ses aïeules avant elle), et les compagnons souvent peu recommandables de sa maman.
Un Périple à la Recherche de Son Passé
Le lecteur accompagne Kerry Hudson d'une époque à l'autre, dans son périple qu'elle décrit au présent. Ce voyage s'effectue sur un fond sonore, avec de multiples références aux chansons en vogue au temps de sa jeunesse. Mais elle revit des sensations d'incompréhension, de peur et de faim, avec les changements d'école intempestifs, les tentatives d'amitiés contrariées, et plus tard les influences néfastes dont toute jeunesse en désespérance et révolte est victime : l'alcool, la drogue, la vie « dépravée ».
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Elle ressent un impérieux besoin de revenir sur son passé de petite fille pauvre, ayant grandi dans une multitude de logements précaires et plus vétustes les uns que les autres à travers le Royaume-Uni. Kerry ressent viscéralement cette envie de retourner dans chaque ville, revoir chacune de ces maisons et trouver des témoins des années 80 pour tenter de se souvenir de cette fillette pas vraiment malheureuse mais manifestement laissée à elle-même par sa famille. Sa mère lui a donné naissance à Aberdeen, alors qu'elle avait 20 ans (comme la mienne…). Quant à son père, c'est un américain de 42 ans, ancien militaire diagnostiqué schizophrène rencontré à Londres avec lequel la relation a été brève. Mais elle le reverra de loin en loin, même si ces rencontres seront toujours frustrantes.
Au début du livre, Kerry n'a plus aucun lien avec sa famille depuis de longues années, et son pèlerinage vise aussi à renouer peut-être avec certains. On la suit, parcourant l'Ecosse, cherchant (assez timidement d'ailleurs) à entrer en contact avec les nouveaux habitants des lieux où elle avait vécu, allant à la rencontre des associations qui font de leur mieux pour venir en aide aux personnes en situation de grande précarité, essayant de puiser de l'optimisme dans ces actions et ces personnes dévouées.
La Pauvreté : Un Fardeau Indélébile ?
"Quand on vous a dit tous les jours de votre vie que vous n'avez rien à offrir, que vous ne valez rien pour la société, pouvez-vous échapper au sentiment d'être de basse naissance quel que soit le chemin parcouru ?" (p. Kerry Hudson explore avec une honnêteté désarmante l'impact de la pauvreté sur la construction de l'identité et l'estime de soi. Elle se souvient de son enfance marquée par le harcèlement scolaire, les agressions, les excès et les comportements à risque à l'adolescence, et même un viol.
Elle se demande ce qui est arrivé aux villes où elle a vécu, se disant que les choses se sont sûrement arrangées. Quelle proportion de son passé est aggloméré à la femme qu'elle est maintenant? Ces écrits ont vu le jour, pour lui permettre de regarder le monstre en face. Pour comprendre d'où elle vient. "Pourquoi avais-je tout le temps si peur? M'avait-on fait quelque chose ? Pourquoi personne ne nous avait aidé ma mère et moi?
L'auteure cherche à faire le parallèle, à partir de son expérience, sur les ravages de la pauvreté. La pauvreté, la vraie, celle qui discrimine, celle qui isole, celle qui affame les estomacs des enfants, celle qui détruit la cellule familiale, celle qui dénature les relations filiales Celle ci, oui, celle qu'on préfère occulter, ne pas regarder, la pauvreté Et ça fait mal de lire ça. C'est une réalité dont on n'a trop peu conscience, alors qu'elle peut arriver si vite dans nos propres vies. Kerry Hudson met toute une volonté, à contrario, pour nous montrer que les mots peuvent sauver, que ce livre pourrait sans doute aider à mieux voir et à mieux comprendre ses autres vies en marge. Enfin voir la détresse et peut-être même, tendre la main vers eux.
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L'Importance des Rencontres et de l'Éducation
Malgré un départ difficile dans la vie, Kerry Hudson a eu la chance de rencontrer des personnes qui se sont intéressées à elle, certains professeurs notamment. Et malgré tous ses défauts, on comprend que sa mère l'a profondément aimé. Bien sûr il y a eu quelques rencontres positives, en particulier avec quelques enseignants qui ont cru en ses capacités et lui ont permis de se dessiner un avenir.
L'école est la première institution qui lui octroie une place, un bien être, un peu de sens : « Le regard de ses maitres lui donnent la certitude de bien faire, de pouvoir respecter ce qu’il fait, ce qu’il est, d’en être fier ».
Kerry Hudson met toute une volonté, à contrario, pour nous montrer que les mots peuvent sauver, que ce livre pourrait sans doute aider à mieux voir et à mieux comprendre ses autres vies en marge. Enfin voir la détresse et peut-être même, tendre la main vers eux. En cela, c'est une lecture lumineuse, Kerry Hudson ne garde aucun ressentiment envers cette inégalité des chances à son départ, au contraire. Elle se fait force et persévérance dans chaque page et c'est d'autant plus éclatant, quand on sait son parcours. J'ai apprécié que l'auteure se dévoile ainsi à ses lecteurs, elle nous révèle son enfance perturbée mais aussi les troubles qui l'ont hantée dans sa vie d'adulte.
Un Message d'Espoir et de Résilience
Malgré la dureté de son récit, "Basse Naissance" porte un message d'espoir et de résilience. Kerry Hudson témoigne de sa capacité à surmonter les obstacles, à se construire une vie meilleure et à trouver sa place dans la société. Elle est touchante quand elle se demande ce qui est arrivé aux villes où elle a vécu. Se disant que les choses se sont sûrement arrangées. Quelle proportion de son passé est aggloméré à la femme qu'elle est maintenant? Ces écrits ont vu le jour, pour lui permettre de regarder le monstre en face. Pour comprendre d'où elle vient.
Elle entame ainsi une vie plus stable et sereine. Entre l’histoire d’horreur et le parcours à obstacles, lémotion crue et la froideur clinique des faits, Basse naissance porte à bout de bras un message despoir. Et quelle différence avec ceux et celles qui ont vécu la même chose ? « Jai vu quelque chose à lhorizon et je me suis mise à courir.
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Kerry Hudson est une femme inspirante, impressionnante, intelligente, courageuse et résiliente. Il y a un peu d'humour dans ce livre, et le ton n'est jamais pesant, jamais geignard. Cest un récit dont la genèse et lélaboration se mêlent étroitement aux souvenirs anciens : en décidant décrire Basse naissance, Kerry Hudson na pas craint dembrasser son projet à bras-le-cur.
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