La Procréation Médicalement Assistée (PMA), ou Assistance Médicale à la Procréation (AMP), est un domaine en constante évolution, tant sur le plan médical que sociétal. En France, l'Institut National de la Statistique et des Études Économiques (INSEE) joue un rôle crucial dans la collecte et l'analyse des données relatives à la PMA, permettant ainsi de mieux comprendre les tendances, les enjeux et les impacts de ces pratiques. Cet article explore en profondeur la définition de la PMA, les techniques utilisées, les aspects législatifs et éthiques, ainsi que le rôle de l'INSEE dans ce domaine.
Qu'est-ce que la Procréation Médicalement Assistée (PMA) ?
L'abréviation PMA signifie « procréation médicalement assistée ». Si ce terme est rentré dans le langage courant, les médecins utilisent plutôt l’acronyme AMP pour « assistance médicale à la procréation ». Les deux désignent la même chose, à savoir les techniques médicales consistant à manipuler des gamètes (spermatozoïdes ou ovocytes) pour aboutir à une fécondation et aider un couple infertile à avoir un enfant. Toutefois, une différence peut parfois être faite entre PMA et AMP, la seconde tournure mettant en avant le caractère d’aide médicale à un processus naturel tandis que la PMA évoque pour certains plus une « nouvelle forme » de procréation.
La PMA comprend entre autres l’insémination artificielle, qui consiste à introduire artificiellement le sperme du conjoint (ou d’un donneur) dans la cavité utérine de la femme lors de sa période d’ovulation, et la fécondation in vitro (FIV) qui consiste à recueillir ovocytes et spermatozoïdes, à procéder à une fécondation artificielle et ensuite à introduire le(s) embryon(s) obtenus dans l’utérus de la femme.
Dans tous ces cas, l’un des gamètes doit provenir d’un membre du couple. Une femme, même en couple avec un homme, ne peut bénéficier en France d’un « double don de gamètes », à savoir de l’implantation d’un embryon issu d’une fécondation in vitro avec des spermatozoïdes et ovocytes issus de deux dons anonymes.
Dans le cas où les deux membres du couple sont infertiles, un « accueil d’embryon » peut avoir lieu, mais cette pratique est rare en France. Les FIV donnent lieu a de multiples embryons, et une fois le projet parental du couple réalisé, les embryons surnuméraires congelés peuvent être accueillis par un autre couple. Ce don d’embryon est anonyme, le couple donneur ne peut pas choisir quel couple tiers en bénéficiera.
Lire aussi: Informations Essentielles Prime Naissance Crédit Agricole
Les Techniques de PMA
Différentes techniques peuvent être proposées aux couples infertiles candidats à l’AMP :
L’insémination artificielle
C’est la technique d’AMP la plus simple et la moins coûteuse. Elle consiste à recueillir et préparer le sperme du conjoint ou d’un donneur pour l’injecter directement dans l’utérus de la femme de façon synchronisée avec l’ovulation. Cette pratique représente 37% des tentatives d’AMP, avec environ 54 000 tentatives en 2015 d’après l’Agence de la biomédecine.
Le plus souvent, la femme suit préalablement un traitement hormonal (stimulation ovarienne) pour obtenir le développement d’un à deux (voire trois) follicules matures, susceptibles d’être fécondés. Le développement folliculaire est suivi par échographie et prise de sang (dosages hormonaux). Ces examens permettent en particulier de s’assurer que la réponse à la stimulation n’est pas excessive, ce qui pourrait entraîner un risque de grossesses multiples. Lorsque le ou les follicules sont matures, le jour de l’insémination est programmé. L’homme se rend dans un laboratoire spécialisé pour recueillir son sperme. Les spermatozoïdes sont préparés puis déposés à l’intérieur de l’utérus à l’aide d’un cathéter introduit au fond de la cavité utérine. Les spermatozoïdes mobiles remontent naturellement vers les trompes à la rencontre des ovocytes ayant été expulsés des follicules ovariens.
La Fécondation In Vitro (FIV)
Elle représente 63% des tentatives d’AMP. Dans la plupart des cas, les gamètes des deux conjoints sont utilisées. Mais la FIV peut également être réalisée avec un gamète de donneur (spermatozoïde ou ovocyte) lorsque cela s’avère nécessaire. Une première étape consiste à stimuler les follicules par un traitement hormonal avec des doses de FSH exogènes (hormone folliculostimulante) bien plus importantes que celles utilisées en cas d’insémination. Lorsque les follicules sont matures, ils sont prélevés et transmis au laboratoire. En parallèle, du sperme est recueilli et préparé au laboratoire. Dans des situations particulières, des spermatozoïdes ou des ovules préalablement congelés peuvent être utilisés. La fécondation a ensuite lieu in vitro, c’est-à-dire à l’extérieur du corps de la femme. Les spermatozoïdes sont déposés au contact des ovocytes dans une boîte de culture placée à 37°C. Les ovocytes fécondés deviennent des zygotes (œufs fécondés), puis des embryons. Deux, trois ou cinq jours après la fécondation, les embryons sont transférés dans l’utérus de la femme au moyen d’un cathéter introduit sous contrôle échographique. Le nombre d’embryons transférés dépend de l’âge de la femme mais également des stratégies de prise en charge propres aux centres d’AMP. Il a diminué au cours des dernières années en raison d’une politique plus prudente pour réduire le nombre des grossesses multiples et les complications maternelles et fœtales associées. Le transfert d’un seul embryon est ainsi passé de 34% des cas en 2012 à 42,3% en 2015, permettant en parallèle de réduire le taux d’accouchements gémellaires de 16,2 à 13,8% sur la même période. Quand le nombre d’embryons obtenus est supérieur au nombre d’embryons transférés, les embryons surnuméraires peuvent être congelés en vue d’un transfert ultérieur. Plus de 90% des embryons résistent à la décongélation.
Le prélèvement des ovocytes se fait par ponction transvaginale échoguidée des follicules. Les follicules sont préalablement stimulés par un traitement hormonal (administration de FSH exogène) et leur évolution est suivie par échographie et dosage hormonal. Quand ils sont matures (diamètre de 16 à 20 mm), le médecin procède à la ponction, sous anesthésie locale ou générale. Il utilise pour cela une aiguille à l’aide de laquelle il transperce un à un les follicules sous contrôle échographique et aspire leur contenu liquidien. Le liquide folliculaire est transmis au laboratoire qui recherche la présence d’un ovocyte à l’aide d’un microscope. Les ovocytes sont alors isolés et placés dans une boîte de culture.
Lire aussi: Cadeau de Naissance : Solutions bancaires La Banque Postale
La FIV-ICSI (fécondation in vitro avec micro-injection)
La fécondation in vitro avec ICSI (pour « intracytoplasmic sperm injection ») représente désormais 67% des FIV. Cette technique consiste à injecter directement un spermatozoïde dans l’ovocyte. Elle a résolu la grande majorité des problèmes d’infertilité masculine puisque seuls quelques spermatozoïdes mobiles sont nécessaires pour obtenir des embryons. La micro-injection est réalisée par un biologiste, sous contrôle d’un microscope. Elle est renouvelée pour chaque ovocyte mature fécondable. Les autres étapes sont identiques à celles de la FIV, depuis la stimulation hormonale de la femme jusqu’au transfert d’embryons.
L’accueil d’embryon
Un couple stérile ou à risque de transmission de maladie génétique peut demander à recevoir un embryon congelé issu d’un autre couple. La majorité des centres refusent de procéder à cette démarche quand la femme est âgée de plus de 42 ans. En 2015, 145 embryons ont été transférés, aboutissant à 27 naissances, contre 99 embryons et 14 naissances en 2010. Mais la demande est nettement supérieure et des centaines de couples éligibles à l’accueil sont en attente d’un embryon. Le don d’embryon repose sur l’anonymat, le volontariat et la gratuité. Il n’y a aucune contrepartie financière, le couple donneur ne peut prétendre à aucune filiation avec l’enfant et ne connaitra pas le couple receveur et le devenir de l’embryon.
Les Statistiques de la PMA en France
En 2015, 191 centres d’AMP étaient actifs en France. Ils associent une unité clinique et un laboratoire biologique installés dans un établissement de santé. Les régions les mieux dotées sont les plus peuplées : l’Ile-de-France, la région Rhône-Alpes et la région PACA. L’insémination artificielle peut se pratiquer beaucoup plus largement, y compris dans des cabinets de gynécologie privés. De nombreux laboratoires préparent des paillettes de sperme nécessaires à cette technique sur le territoire.
L’Agence de la biomédecine, organisme public qui gère ce domaine en France, a recensé pour l’année 2014, 143 778 « tentatives » de PMA dont 95 % réalisées avec les spermatozoïdes et ovules des deux membres du couple. Les enfants conçus après une PMA ont représenté 3,1 % des enfants nés en 2014, soit 25 208 enfants, selon l’Agence qui cite des chiffres de l’Insee. Un nouveau-né sur 32 est issu d’une PMA. En 2023, 3,9 % des naissances en France sont obtenues grâce à une PMA.
L'Évolution Législative et l'Accès à la PMA
Jusqu’en 2021 en France, les conditions légales d’accès étaient restrictives puisque la PMA était réservée aux couples hétérosexuels, vivants, en âge reproductif, et avec une infertilité médicalement constatée. En 2021, la loi de bioéthique a été révisée, ouvrant l’accès à la PMA aux femmes seules et aux couples de femmes lesbiennes. Le critère d’infertilité médicale a ainsi été levé, tout comme le strict anonymat des donneurs et donneuses de gamètes. La loi de bioéthique autorise par ailleurs à sélectionner un embryon parfaitement compatible immunologiquement avec un frère ou une sœur ainée touché(e) par la maladie et nécessitant une greffe. On parle alors de bébé médicament.
Lire aussi: Le suivi des crédits par les banques
Les Recherches Actuelles et les Perspectives d'Avenir
De gros progrès peuvent encore être faits pour améliorer l’efficacité de l’AMP. Afin d’y parvenir, plusieurs voies sont l’objet de recherche :
- Mieux sélectionner les gamètes à féconder: Cette sélection passe par l’identification de marqueurs de qualité. L’IMSI (Intracytoplasmic Morphologically Selected sperm Injection) par exemple, consiste à « sélectionner » les spermatozoïdes destinés à être micro-injectés selon leur morphologie examinée à un fort grossissement.
- Améliorer les chances de succès de la FIV: Une équipe Inserm au CHU de Montpellier travaille sur un marqueur qui permettrait d’augmenter les chances de succès de FIV : l’ADN libre. Il provient de cellules dégradées et se retrouve dans le sang et les liquides biologiques.
Le Rôle de l'INSEE dans la Collecte et l'Analyse des Données sur la PMA
L'INSEE joue un rôle essentiel dans la collecte et l'analyse des données démographiques en France. Ses missions incluent :
La Production de Statistiques Démographiques
L'INSEE est responsable de la production de statistiques sur la population française, y compris les naissances, les décès, les mariages et les indicateurs de fécondité. Ces données sont essentielles pour comprendre les tendances démographiques et les évolutions de la société. L’INSEE permet de produire des statistiques démographiques.
L'Exploitation des Bulletins d'État Civil
Les données relatives aux naissances, aux décès et aux mariages sont collectées par le biais de formulaires appelés bulletins d’état civil. Ces bulletins sont remplis par les officiers d'état civil dans les communes et transmis à l'INSEE pour être exploités à des fins statistiques. Une refonte importante des bulletins sera ainsi opérationnelle en 2023.
Le Répertoire National d'Identification des Personnes Physiques (RNIPP)
L'INSEE est responsable de la gestion du RNIPP, un répertoire qui a un statut de référentiel. Depuis sa création, l’Insee est responsable de la gestion du RNIPP. Le RNIPP est un instrument de vérification de l’état civil des personnes nées en France. Il permet de vérifier si une personne qui s’est déclarée sous une identité donnée existe et est en vie.
Les Informations Contenues dans le RNIPP
Les informations du RNIPP se limitent aux données d’état civil (nom, prénom, sexe, date et lieu de naissance) et l’identifiant NIR. Le RNIPP ne contient pas d'informations sur la profession, l’adresse ou la situation conjugale. Les données doivent toujours être fondées sur des actes officiels. Les communes transmettent ensuite certaines de ces informations à l’Insee pour alimenter le RNIPP.
L'Utilisation du RNIPP
Le RNIPP est utilisé par de nombreux systèmes d’information. Il permet de récupérer son état civil complet et officiel. Le RNIPP est utilisé pour contrôler les usages d’un tel fichier. Il permet de garantir qu'une personne qui s’est déclarée sous une identité donnée existe et est en vie.
Les Enquêtes et les Études Spécifiques
L'INSEE mène des enquêtes et des études spécifiques sur des sujets particuliers, tels que la fécondité, les pratiques contraceptives et le recours à la PMA. Ces travaux permettent de mieux comprendre les comportements et les attitudes de la population en matière de reproduction. L’INSEE peut mettre en place d’enquêtes sur des sujets particuliers.
L'Échantillon Démographique Permanent (EDP)
L'INSEE utilise l’Échantillon démographique permanent (EDP) pour suivre les trajectoires et conditions de vie des individus. L'EDP est un outil précieux pour étudier les liens entre les événements démographiques, les parcours professionnels et les conditions de vie.
Les Défis et les Enjeux de la Collecte de Données sur la PMA
La collecte de données sur la PMA présente plusieurs défis :
La Confidentialité des Données
Les données relatives à la PMA sont sensibles et doivent être traitées avec la plus grande confidentialité. L'INSEE met en œuvre des mesures de sécurité strictes pour protéger les données personnelles des individus.
L'Exhaustivité des Données
Il est essentiel de garantir l'exhaustivité des données collectées sur la PMA. L'INSEE travaille en étroite collaboration avec les centres d'AMP et les professionnels de santé pour s'assurer que toutes les tentatives de PMA sont enregistrées.
L'Évolution des Pratiques
Les pratiques en matière de PMA évoluent rapidement, avec l'émergence de nouvelles techniques et de nouvelles formes d'accès à la PMA. L'INSEE doit adapter ses méthodes de collecte de données pour tenir compte de ces évolutions.
Les Inégalités d'Accès à la PMA
Les données de remboursement des traitements de l’infertilité montrent que, entre 2007 et 2018, ce sont les traitements après 34 ans qui ont le plus augmenté. Ces données suggèrent aussi de fortes inégalités sociales, avec à la fois un moindre accès à la FIV et des arrêts très précoces de traitement plus fréquents, même si le cadre législatif est très favorable.
tags: #banque #de #données #PMA #INSEE #définition