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Les Bactéries du Lait Maternel : Un Pilier Essentiel du Microbiote Infantile

Le lait maternel est bien plus qu'une simple source de nutriments pour le nourrisson. Il représente un écosystème complexe, riche en bactéries bénéfiques qui jouent un rôle crucial dans le développement du microbiote intestinal du bébé et, par conséquent, dans sa santé globale. Cet article explore la composition de ces communautés bactériennes, leur origine, les facteurs qui les influencent et leur impact sur l'immunité et la santé à long terme de l'enfant.

L'Importance du Microbiote Intestinal

Le microbiote intestinal, l'ensemble des bactéries qui vivent dans la lumière de l'intestin, est indispensable au bon fonctionnement de notre organisme. Il participe à la digestion, à la synthèse de certaines vitamines et à nos défenses immunitaires. Un microbiote déséquilibré, altéré, diminue nos défenses immunitaires et participe au développement de certaines maladies comme les maladies allergiques, métaboliques, ou auto-immunes (les maladies inflammatoires de l’intestin par exemple). L’Organisation Mondiale de la Santé recommande que le nourrisson soit nourri exclusivement au lait maternel pendant les 6 premiers mois de vie. C’est un moment clé pour la formation et l’équilibre de la composition du microbiote intestinal de l’enfant.

La Colonisation Initiale du Microbiote : Un Rôle Clé du Lait Maternel

L’intestin du fœtus est stérile. La première colonisation microbienne de l’intestin du nouveau-né se fait lors de l’accouchement. Ensuite, c’est le lait maternel qui viendra enrichir en bactéries l’intestin du nourrisson, ingérant environ 8000 bactéries chaque jour. Cette colonisation bactérienne de l’intestin augmente rapidement après la naissance.

Composition du Microbiote du Lait Maternel

Le lait maternel de chaque mère contient des bactéries bénéfiques qui contribuent à façonner le microbiome intestinal de son bébé, lequel influence à son tour la santé de l’enfant. Une revue de la littérature effectuée en 2020 par des spécialistes suisses et australiens apporte des informations intéressantes sur le sujet. Ils ont notamment inventorié les travaux analysant la composition microbiotique du lait maternel et l’ensemble des facteurs qui pouvait l’impacter. Les chercheurs ont finalement épluché 44 études, ce qui représente 3105 échantillons de colostrum examinés. Les experts ont comptabilisé entre 22 et 260 espèces de bactéries selon les jeunes mamans. Il s’avère que le lait contient principalement des Staphylocoques, des Streptocoques, des Lactobacilles, des Pseudomonas, ou encore des Bifidobactéries, Corynebactéries et des Entérocoques. Mais celui-ci est aussi riche en Archées, champignons, et virus. Parmi les 85 genres bactériens identifiés dans le lait maternel, trois sont systématiquement présents, et dix entrent dans la composition d’au moins 90 % des échantillons de lait analysés. Deux genres dominent très nettement : les streptocoques et les staphylocoques, dont on pense qu’ils initient la colonisation du tube digestif des bébés.

Une étude publiée dans Frontiers of microbiology sur des femmes guatémaltèques de la tribu Mam, qui allaitent longtemps leurs enfants, montre une évolution aussi chez les populations de bactéries contenues dans le lait maternel, des bactéries qui n'avaient jamais été étudiées à ce niveau de détail, famille par famille. Grâce à une technique d'imagerie haute résolution, Emmanuel Gonzalez, bioinformaticien à l'Université de McGill a pu analyser les micro-organismes présents à un mois d'allaitement (entre le 6ème et 46ème jour), et six mois (du 109ème au 184ème jour). "Il y a des bactéries qui arrivent et qui disparaissent. Le premier mois, ce sont des bactéries commensales qui vont, par exemple, coloniser le système digestif de l'enfant", décrit le chercheur. "Et après, quand on passe à six mois, on voit qu'il y a un changement et de nouvelles bactéries arrivent, plus agressives sur l'environnement. Et ce sont des bactéries qui sont connues pour protéger, par exemple, contre des radicaux libres. Ce sont des bactéries dites de défense et elles vont aider le système immunitaire, par exemple."

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Le colostrum contient principalement les genres Weisella, Leuconostoc, Staphylococcus, Streptococcus et Lactococcus. Après 1 à 6 mois apparaissent d’autres micro-organismes des genres Veillonella, Leptotrichia et Prevotella, des bactéries typiques de la cavité buccale.

Origine des Bactéries du Lait Maternel

La provenance des bactéries dans le lait maternel est mal connue. Une des théories avancées évoquait que les canaux galactophores étaient contaminés par les micro-organismes présents sur la peau. Cependant, cette hypothèse a été démentie par les analyses, certaines bactéries observées dans le lait ne sont pas présentes sur la peau. Les bactéries commensales présentes sur la peau de la mère (c’est-à-dire les bactéries non pathogènes qui vivent en harmonie sur notre peau) ne suffisent à expliquer la présence de différentes espèces bactériennes dans l’intestin du nouveau-né, dont certaines sont anaérobies (bactéries pouvant vivre et se développer dans un milieu privé d’oxygène). Ceci pourrait donc suggérer que les bactéries intestinales de la mère seraient transportées vers les glandes mammaires, pendant la grossesse et l’allaitement.

Facteurs Influant sur la Composition du Microbiote du Lait Maternel

Plusieurs facteurs peuvent influencer la composition du microbiote du lait maternel. Parmi ceux-ci, l’alimentation de la maman pendant la grossesse et l’allaitement aurait une influence sur sa composition. L’alimentation d’une femme semble bien avoir un effet sur la diversité microbienne de son lait. Une étude affirme que l’alimentation maternelle peut influer sur le profil des oligosaccharides du lait maternel (HMO). Les résultats démontrent que les spécificités du régime alimentaire maternel modifient les concentrations de HMO dans le lait, qui façonnent le microbiome fonctionnel du lait avant l’ingestion du nourrisson.

De plus, le mode d’accouchement, l’âge gestationnel, le sexe du bébé, la prise d’antibiotiques pendant la grossesse ou le stade de l’allaitement ont un effet sur la flore contenue dans le colostrum.

Impact sur l'Immunité et la Santé de l'Enfant

Le microbiome intestinal modèle le système immunitaire et peut donc influencer le développement d’allergies chez l’enfant, la fréquence des infections, ou sa croissance en bonne santé. Le lait maternel a des effets anti-inflammatoires, anti-infectieux et probiotiques grâce à ce qu’il contient. En effet, il est une source d’anticorps pour l’enfant mais aussi de bactéries. La présence de certains HMO favorise la croissance de certains microbes dans le lait, qui passent ensuite au bébé et peuvent favoriser un développement sain. Il est suggéré que l’établissement d’un microbiome sain chez le le nourrisson influence la santé métabolique à vie. De plus, les HMO semblent affecter le potentiel de croissance des microbes qui peuvent également causer des risques pour la santé ou des avantages pour la mère.

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Lait Maternel et Infections Néonatales

Le lait maternel est considéré comme étant un des vecteurs des infections néonatales bactériennes tardives, notamment dans les infections récurrentes à Streptococcus agalactiae. Cependant, chez les nourrissons nés à terme, il n’existe aujourd’hui aucune recommandation concernant l’allaitement maternel et l’examen du lait en cas de suspicion d’infection du nourrisson. Une étude a isolé 112 espèces bactériennes dans le lait maternel dont 50 (40%) jamais décrites auparavant dans le lait maternel. La bactérie incriminée dans l’infection du nourrisson n’a jamais été retrouvée dans le lait de sa mère. Des bactéries pathogènes ont été identifiées dans les laits des deux groupes. Il y avait une différence significative de microbiote entre les deux groupes. Le lait maternel peut être colonisé par des bactéries pathogènes sans impact pour le nourrisson. Une différence de microbiote a été mise en évidence dans le lait des nourrissons avec infection néonatale bactérienne. Ces résultats soulèvent l’hypothèse d’une potentielle dysbiose au sein du microbiote du lait maternel moins protectrice du nouveau-né contre les infections néonatales bactériennes ou pouvant favoriser ses infections.

Perspectives Futures

Les recherches sont souvent menées là où se trouvent les chercheurs (dans les pays riches), ce qui finalement appauvrit les résultats obtenus. Les populations sous-représentées pourraient apporter de nouvelles découvertes. Il serait intéressant d’étudier les microbiotes de diverses communautés pour comprendre les différences entre humains. Dans les lactariums, cela ouvre la voie à l'enrichissement du lait recueilli pour les prématurés : si on arrive à découvrir que certaines de ces bactéries sont efficaces sur la santé de l'enfant, on pourrait envisager de réintroduire des bactéries après la pasteurisation et de les choisir spécifiquement.

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