Loading...

Avortement en Suisse : Histoire et Législation

La question de l'avortement est un sujet de débat de longue date, oscillant entre les droits individuels et les considérations morales. En réaction à des décisions judiciaires restrictives dans certains pays, des mouvements tels que "Notre corps, notre choix" se sont manifestés, soulignant l'importance de l'autonomie corporelle. La France, par exemple, a cherché à renforcer le droit à l'avortement en l'inscrivant dans sa Constitution, bien que le processus législatif reste en suspens.

Législation sur l'IVG en Europe : Un panorama contrasté

Si l'interruption volontaire de grossesse (IVG) est autorisée dans la plupart des pays européens, les délais et les conditions varient considérablement. Des pays comme la Suède, le Royaume-Uni et les Pays-Bas autorisent l'avortement jusqu'à 18 ou 24 semaines de grossesse, tandis que d'autres, comme le Portugal ou la Suisse, fixent ce délai à 10 semaines. La France a récemment aligné son délai légal sur la moyenne européenne, en l'étendant à 14 semaines.

Certains États européens, cependant, maintiennent des interdictions strictes ou des restrictions importantes sur l'avortement.

Les pays où l'IVG est strictement interdite

Malgré une tendance mondiale à la libéralisation, certains pays européens maintiennent une interdiction totale de l'avortement.

  • Malte : L'archipel de Malte est le seul pays de l'Union européenne à interdire strictement l'avortement. Toute femme qui interrompt sa grossesse encourt une peine de 18 mois à 3 ans d'emprisonnement, tandis que les médecins risquent jusqu'à 4 ans de prison et l'interdiction d'exercer.
  • Andorre : En Andorre, l'IVG est interdite, même en cas d'inceste, de viol, d'anomalie grave du fœtus ou si la vie de la mère est menacée. Les femmes pratiquant l'IVG risquent six mois d'emprisonnement, tandis que la personne qui la réalise encourt jusqu'à trois ans de prison, et une interdiction d'exercer de 5 ans si elle est un professionnel.
  • Vatican : Le micro-État du Vatican prohibe également l'avortement, quelles que soient les circonstances.

Restrictions et menaces sur le droit à l'IVG

Dans d'autres pays, l'accès à l'avortement est fortement restreint ou menacé.

Lire aussi: La pilule du lendemain après une IVG

  • Pologne : La loi polonaise est l'une des plus restrictives d'Europe, interdisant l'avortement en cas de grave malformation du fœtus depuis 2021. L'IVG n'est légale qu'en cas de viol, d'inceste ou de danger pour la vie de la mère. Les peines encourues pour une femme interrompant sa grossesse peuvent aller de 5 à 25 ans de prison, voire la prison à perpétuité dans certains cas.
  • Slovaquie, Roumanie et Italie : Dans ces pays, où l'influence de l'Église catholique ou orthodoxe est encore forte, des tentatives de restriction de l'avortement sont régulièrement entreprises. En Roumanie et en Italie, un grand nombre de médecins "objecteurs de conscience" refusent de pratiquer l'IVG, rendant l'accès difficile pour les femmes. En Italie, le gouvernement d'extrême droite a été accusé de porter atteinte aux droits des femmes en matière de reproduction et de soutenir des campagnes anti-avortement.

Le cas de la Suisse

En Suisse, la situation est plus nuancée.

Historique et évolution de la législation

Auparavant, interrompre sa grossesse ou pratiquer une IVG constituait un crime ou un délit. Les femmes mettaient leur vie en danger, et celles ou ceux qui les aidaient risquaient d’être poursuivis et condamnés à des peines pouvant aller jusqu’à cinq ans de prison.

En 2002, les électeurs suisses ont rendu l’IVG licite pendant les 12 premières semaines de grossesse "sur demande écrite de la femme qui invoque qu'elle se trouve en situation de détresse". Ce pré-requis, et le fait que l'avortement reste régi par le code pénal, entretiennent une stigmatisation persistante.

Situation actuelle

Aujourd'hui, l'avortement en Suisse est légal pendant les 12 premières semaines de grossesse, à condition que la femme se trouve en situation de détresse. Après ce délai, l'avortement est autorisé uniquement s'il est nécessaire pour protéger la santé physique ou mentale de la femme.

Malgré cette légalisation, l'avortement reste un sujet sensible en Suisse, et des débats persistent quant à sa place dans la société.

Lire aussi: Avortement et liberté des femmes en France

Défis et perspectives

Selon Barbara Berger, directrice de Santé Sexuelle Suisse, ce système met beaucoup de pression sur le personnel de santé, qui veut s’assurer que la femme a fait le bon choix, ce qui peut mener à des commentaires moralisateurs. Pour Santé Sexuelle Suisse, la solution est évidente : l'avortement ne devrait plus être réglementé par le code pénal en Suisse, mais par une loi de santé publique, comme en France. Selon Barbara Berger, cela permettrait de mettre véritablement l’autodétermination et la santé de la patiente au centre des préoccupations.

Tendances européennes et internationales

L'évolution des lois sur l'avortement en Europe est complexe et contrastée. Alors que certains pays progressent vers une plus grande libéralisation, d'autres maintiennent des restrictions sévères ou sont confrontés à des menaces de régression.

Pays ayant récemment libéralisé l'avortement

  • Irlande : En 2018, un référendum historique a conduit à l'abrogation du huitième amendement, qui reconnaissait un "droit égal à la vie" entre la mère et le fœtus. Ce changement a permis au Parlement irlandais de légiférer, autorisant l’avortement jusqu’à 12 semaines de grossesse ou plus dans certaines circonstances.
  • Finlande : En 2023, la Finlande a adopté une réforme historique permettant aux femmes d'interrompre une grossesse jusqu'à 12 semaines sans avoir à justifier leur demande.

Obstacles et inégalités d'accès

Même dans les pays où l'avortement est légal, des obstacles systémiques peuvent empêcher les femmes d'obtenir des soins en temps voulu. Cela inclut de longs délais d'attente, des inégalités d'accès entre les zones urbaines et rurales, et la difficulté de trouver un praticien non objecteur de conscience.

Au Portugal, par exemple, de nombreuses femmes se rendent en Espagne pour avorter en raison de la difficulté de trouver un praticien dans leur pays. En Italie, la proportion élevée d'objecteurs de conscience parmi le personnel médical oblige souvent les femmes à recourir à des soins de santé privés ou à se tourner vers des groupes militants pro-choix.

Initiatives et actions militantes

Face à ces obstacles, des initiatives et des actions militantes se multiplient pour défendre et promouvoir le droit à l'avortement. Des associations comme Ciocia Czesia en Pologne aident les femmes à contourner les restrictions en facilitant l'accès à l'avortement dans la Tchéquie voisine. La campagne européenne "My Voice, My Choice" milite pour l'adoption de politiques facilitant l'accès transfrontalier pour les femmes vivant dans les pays aux législations les plus restrictives.

Lire aussi: Tout savoir sur l'IMG

tags: #avortement #suisse #histoire #législation

Articles populaires:

Share: