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Avortement des Siliques de Choux : Causes et Stratégies de Gestion

Introduction

La culture du colza, confrontée à divers défis agronomiques, est particulièrement vulnérable aux attaques de ravageurs. Parmi ces derniers, certains peuvent induire l'avortement des siliques, compromettant ainsi le rendement. Cet article explore les causes de cet avortement et propose des stratégies de gestion adaptées. Les ravageurs de printemps ont moins d’impact que ceux d’automne.

Les Ravageurs Clés et Leurs Impacts

Charançons de la tige: distinction et impact

Il y a deux charançons de la tige qui se retrouvent communément sur colza : l’un peu dangereux, le charançon de la tige du chou et l’autre nuisible, celui de la tige de colza. La difficulté est de bien les différencier pour intervenir à bon escient. Le charançon de la tige du chou montre l’extrémité des pattes rousses et une tache blanche entre le thorax et l’abdomen.

Le charançon de la tige du colza est sans doute le plus dangereux en termes de nuisibilité. Celui du chou pond ses œufs dans les pétioles et les larves ont peu d’impact sur la production du colza. Il est possible de les discriminer quand ils sont piégés dans les cuvettes jaunes.

Méligèthes : un danger croissant

Petits coléoptères noirs luisants, les méligèthes des crucifères ont une incidence quand ils attaquent en masse les boutons floraux du colza. Ils les détruisent et provoquent alors l’avortement des fleurs. Les attaques sont les plus préjudiciables quand elles sont précoces et sur des plantes stressées. Avec les méligèthes, on assiste à une augmentation des problèmes et des populations selon les retours de conseillers et d’agriculteurs, sans trop pouvoir expliquer cette évolution. Ces insectes peuvent avoir un impact important, notamment sur des colzas chétifs à la sortie de l’hiver.

Un seuil de traitement est défini en fonction du nombre de méligèthes par plante, à partir du stade D1, boutons accolés. Effectivement, si le colza s’avère peu développé et que les conditions sont défavorables aux compensations, il suffit d’un méligèthe par plante pour devoir déclencher un traitement. Sur un colza sain et vigoureux, il n’est pas nécessaire d’intervenir à ce stade D1. Au stade E (boutons séparés), le seuil de traitement augmente en nombre de ravageurs par plante : 2 à 3 pour des colzas chétifs, 6 à 9 sur des plantes bien développées (un peu moins dans le Sud).

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Si la détection de résistance aux pyréthrinoïdes n’a été détectée que sur quelques populations de charançons de la tige sans incidence sur l’efficacité des produits, il en est tout autre des méligèthes. Ces insectes ont développé une résistance aux pyréthrinoïdes un peu partout en France. Dans cette famille d’insecticides, les produits à base de tau-fluvalinate ou d’étofenprox restent efficaces grâce à un mode d’action particulier. Les spécialités à base d’indoxacarbe sont tout aussi indiquées. Une autre stratégie de lutte consiste à mélanger sa variété de colza avec de 5 à 10 % d’une variété à floraison plus précoce qui concentrera sur ses fleurs les attaques de méligèthes et préservera le reste du colza au stade bouton.

Charançons des siliques et cécidomyies : une double menace

Dans la collection des charançons s’attaquant au colza, celui des siliques n’est pas très dangereux par lui-même. Ses larves peuvent détruire quelques graines par siliques. Mais c’est un second couteau qui profite de la situation pour causer plus de dégâts encore, la cécidomyie des siliques. Elle se sert des trous de pontes du charançon pour pondre à son tour. Au final, ses larves causent la destruction de la silique entière.

Aucun produit n’est homologué contre cette micro-mouche. La stratégie de lutte vise donc les charançons des siliques avant qu’ils ne pondent. Le seuil de traitement est d’un charançon pour deux plantes et un traitement de bordure suffit généralement en cas d’infestation.

Pucerons cendrés : un impact variable

Il en est de même contre un autre ravageur, le puceron cendré, présent surtout dans le Sud et l’Ouest de la France. Le seuil de traitement est de deux colonies visibles par mètre carré au printemps.

Les pucerons cendrés forment des colonies constituées d’individus aptères (sans ailes) et ailés. Les individus aptères qui sont les plus fréquents, sont jaunâtres mais produisent une sécrétion cireuse qui leur donne un aspect gris cendré. En hiver, les pucerons subsistent dans les cultures sous forme d’œufs ou d’adultes aptères.

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Si l’hiver est doux, les aptères qui ont hiverné peuvent se multiplier de bonne heure et former rapidement des colonies. Lorsque les pucerons d’une colonie sont trop nombreux et que les conditions d’alimentation sont défavorables, il apparait des individus ailés qui vont infester d’autres plantes. Leur croissance est ensuite d’autant plus rapide que les températures sont élevées et la pluviométrie limitée.

Les prélèvements de nourriture et la salive toxique des pucerons cendrés sont d’autant plus pénalisants que les attaques sont précoces (hiver doux) et que les colonies de pucerons cendrés se densifient précocement. Entre début mars et la floraison, il n’existe pas vraiment de seuil de traitement mais à titre d’indicatif, il est possible de se baser sur le critère de 1 colonie tous les 10 mètres linéaires pour envisager une intervention. Si les colonies sont sous forme de foyers, il est possible de traiter spécifiquement les foyers.

De la floraison jusqu’à un mois avant la récolte (lorsque la dessication des colzas est avancée), le seuil d’intervention est de 2 colonies par mètre carré. Avant floraison et en l'absence d'exsudats, en présence de manchons utiliser Karaté K. Avant toute intervention spécifique, vérifier la présence des auxiliaires. En effet les pucerons sont régulés par de nombreux auxiliaires (syrphes, coccinelles, névroptères, parasitoïdes…).

Stratégies de Lutte Intégrée

Surveillance et seuils d'intervention

La surveillance régulière des cultures est cruciale pour détecter précocement les infestations. L’outil digital de suivi des ravageurs de printemps du colza avec Xarvio Field manager. À partir de données parcellaires, météorologiques et de stade de culture, Xarvio Field Manager simule les dates de vols et de pontes pour les charançons de la tige du chou et du colza, pour les méligèthes, pour le charançon des siliques et pour la cécidomyie. Il donne une prévision à J + 4 de l’état de développement de ces ravageurs et indique les dates d’interventions insecticides à prévoir. L’outil se base sur des modèles experts (ProPlant) qui ont déjà été utilisés et éprouvés par Terres Inovia pendant dix ans. Sa commercialisation démarre cette année avec une proposition au travers d’un pack intégrant les ravageurs de printemps du colza et les maladies des blés et de l’orge d’hiver. L’agriculteur souscrira 450 euros par an sur son exploitation pour avoir accès à ces services, directement sur internet ou via son distributeur. Par ailleurs, un autre service, Xarvio Scouting, une application mobile capable d’identifier et de compter les ravageurs de colza piégés dans les cuvettes jaunes via une photo avec son smartphone : méligèthes, grosse altise, charançon de la tige et charançon des siliques.

Il est essentiel de respecter les seuils de traitement définis pour chaque ravageur afin d'optimiser l'utilisation des insecticides.

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Lutte chimique raisonnée

Le traitement insecticide est donc réalisé à l’arrivée des coléoptères, avant le début de leurs pontes. Cette arrivée peut être précoce selon les conditions de l’année et la région. Dans le Sud, elle peut avoir lieu dès la fin du mois de janvier. Certaines années, la reprise de végétation du colza est plus tardive et l’on peut se permettre d’attendre avant d’intervenir.

Face à la résistance croissante aux pyréthrinoïdes, il est recommandé d'alterner les familles d'insecticides et de privilégier les produits à base de tau-fluvalinate, d'étofenprox ou d'indoxacarbe.

Diversification variétale

Sur une floraison plus étalée du colza, la pullulation de méligèthes est contenue. La stratégie du mélange variétal sur les céréales et colza avec, pour ce dernier, six variétés (LG Annapolis, Campus, Melodie, RGT Guzzi, LG Absolut et Coogan) présentant des précocités de floraisons différentes. Cette stratégie vise à perturber les attaques d’insectes à la floraison et à en limiter l’impact sur la production de graines.

Favoriser les auxiliaires

L’impact des insectes auxiliaires est indéniable sur les ravageurs du colza. La question demeure de savoir comment en favoriser le développement et en prédire à l’avance les effets sur les ravageurs. Les études se poursuivent avec le nouveau RMT (1) Bioreg « Biodiversité pour la régulation naturelle des bioagresseurs ». Il succède au RMT « biodiversité et agriculture » achevé en 2018 et qui englobait les pollinisateurs. Le RMT Bioreg se concentre sur la régulation naturelle pour, à terme, concevoir des modèles de prédiction des niveaux de régulation et en déterminer les aspects favorables pour orienter l’aménagement de territoires. Sur ce dernier point, le projet R2D2 roule toujours. Sur 1 200 hectares d’un territoire du plateau de Bourgogne, ce projet porté par Terres Inovia avec de multiples partenaires doit se concrétiser par la mise en place de systèmes de cultures multiperformants en mettant l’accent sur le contrôle des attaques d’insectes tout en réduisant les insecticides. Des aménagements paysagers viseront à améliorer le processus de régulation naturelle.

Avant toute intervention spécifique, vérifier la présence des auxiliaires. En effet les pucerons sont régulés par de nombreux auxiliaires (syrphes, coccinelles, névroptères, parasitoïdes…).

Importance d'un colza vigoureux

Nous mettons en œuvre tout ce qui peut favoriser la croissance dynamique du colza. Tant que le colza est poussant, il n’y a pas de problème. En ce sens, nous épandons de la fiente de volaille avant semis pour apporter de la vigueur au démarrage du colza. Ensuite, il peut être nécessaire d’intervenir avec des insecticides à l’automne.

tags: #avortement #siliques #choux #causes

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