L'avortement par naissance partielle, une terminologie controversée, recouvre une réalité médicale et juridique complexe. Cet article vise à éclaircir cette notion, en explorant sa définition, les procédures concernées, le cadre légal en France et les débats éthiques qu'elle suscite. Il est essentiel de comprendre que cette pratique est intimement liée à des situations médicales spécifiques et à des grossesses multiples où des anomalies graves sont détectées chez un ou plusieurs fœtus.
Définition et Terminologie
L'expression "avortement par naissance partielle" est souvent utilisée pour désigner une procédure spécifique d'interruption de grossesse tardive, mais elle est aussi employée, de manière plus générale, pour décrire des interventions sélectives dans le cadre de grossesses multiples. Il est important de distinguer deux situations principales :
Interruption volontaire partielle de grossesse (IVPG) ou interruption sélective de grossesse : Elle désigne l'arrêt du développement d'un ou plusieurs fœtus au sein d'une grossesse multiple (gémellaire ou plus). Cette intervention peut être envisagée lorsqu'une anomalie morphologique ou chromosomique grave est diagnostiquée chez l'un des fœtus.
Réduction embryonnaire : Elle consiste à diminuer le nombre d'embryons dans les grossesses multiples de haut rang (plus de trois embryons) afin de réduire les risques de prématurité ou de retard de croissance pour les fœtus restants et de préserver la santé de la mère. Cette pratique est de moins en moins fréquente grâce à un meilleur encadrement de la procréation médicalement assistée (PMA).
Fœticide sélectif ou interruption médicale de grossesse sélective : Réalisé plus tard dans la grossesse, il consiste à arrêter l'évolution d'un fœtus atteint d'une anomalie morphologique ou chromosomique grave au sein d'une grossesse multiple.
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Aux États-Unis, le terme "naissance partielle" est utilisé par les opposants à l'avortement pour décrire une procédure spécifique appelée "D & X" (dilatation et extraction), employée pour les avortements thérapeutiques et certains avortements volontaires tardifs. Cette procédure est désormais interdite, sauf si la vie de la mère est en danger.
Cadre Légal en France
En France, l'interruption volontaire partielle de grossesse est encadrée par la loi de bioéthique du 2 août 2021. Cette loi stipule des conditions strictes pour la réalisation de ces interventions, notamment :
Réduction embryonnaire : Elle ne peut être réalisée qu'au cours du premier trimestre de grossesse. Deux médecins, membres d'une équipe pluridisciplinaire, doivent attester que les conditions médicales, obstétricales et psychologiques sont réunies, après avis consultatif de cette équipe. L'équipe pluridisciplinaire doit comprendre au moins un médecin qualifié en gynécologie-obstétrique membre d'un centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal, un praticien spécialiste de l'affection dont la femme est atteinte, un médecin ou une sage-femme choisi par la femme et une personne qualifiée tenue au secret professionnel, qui peut être un assistant social ou un psychologue.
Fœticide sélectif : Cette intervention ne peut avoir lieu que si l'un des fœtus est atteint d'une maladie incurable, d'une malformation sévère ou d'une anomalie chromosomique grave.
Procédures Médicales
Les techniques utilisées pour l'interruption sélective de grossesse varient en fonction du type de grossesse (nombre de fœtus, présence d'un ou deux placentas) et du terme de la grossesse.
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Réduction embryonnaire : Elle s'effectue généralement par une injection intra-thoracique de chlorure de potassium dans le fœtus, par voie transabdominale, ce qui arrête le cœur du fœtus.
Fœticide sélectif : La technique dépend de la chorionicité (nombre de placentas).
- Grossesse bichoriale (deux placentas) : Le médecin effectue une injection intracardiaque de lidocaïne pour arrêter le cœur du fœtus.
- Grossesse monochoriale (un seul placenta) : Le médecin coagule le cordon ombilical du fœtus sélectionné. Cette technique présente un risque plus élevé de perte totale de la grossesse.
Risques et Considérations Psychologiques
Les interruptions sélectives de grossesse ne sont pas sans risques, tant physiques que psychologiques.
Risques physiques :
- Risque de fausse couche après le geste (5 à 10% lors des réductions embryonnaires).
- Risque de rupture prématurée des membranes, pouvant entraîner des complications pour le fœtus sain et un accouchement prématuré.
Considérations psychologiques : Un encadrement psychologique est essentiel pour le couple, car un sentiment de culpabilité persiste souvent, même lorsque l'intervention est justifiée par des raisons médicales. Il est important de souligner que l'objectif de ces interventions est de préserver la vie des fœtus restants et d'augmenter les chances d'avoir des enfants viables et en bonne santé.
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Débats Éthiques et Positions Internationales
L'avortement par naissance partielle est un sujet de controverse éthique, notamment aux États-Unis, où les opposants à l'avortement cherchent à limiter les possibilités de recours à l'interruption volontaire de grossesse. La loi américaine "sur les victimes non nées" confère un statut juridique à "l'enfant in utero", ce qui est perçu par certains comme une remise en question du droit à l'IVG.
Dans d'autres pays, comme au Canada, des débats ont également lieu concernant l'interdiction des avortements par naissance partielle et des avortements tardifs. La plupart des pays de l'Union Européenne disposent de dispositions légales encadrant l'avortement et la contraception.
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