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L'Avortement en Argentine : Statistiques, Luttes et Défis Actuels

L'avortement est un sujet complexe et émotionnel, marqué par des enjeux éthiques, sociaux, de santé publique et de droits humains. Cet article explore la situation en Argentine, en mettant en lumière les statistiques clés, les luttes pour la légalisation, les défis persistants et les perspectives d'avenir.

Un Contexte Latino-Américain Restrictif

En Amérique Latine, l'accès à l'avortement légal reste limité. Seulement une petite minorité des femmes peuvent interrompre légalement leur grossesse. L'Uruguay, le Guyana et Cuba sont souvent cités comme les seuls pays autorisant l'IVG sans restriction. Cette situation contraste avec les réalités des avortements clandestins, qui mettent la vie des femmes en danger.

L'Argentine : Entre Clandestinité et Mobilisation

Décès liés à l'avortement clandestin

En Argentine, les avortements clandestins ont des conséquences désastreuses. Chaque semaine, une femme meurt des suites d'un avortement pratiqué dans des conditions dangereuses. Le nombre d'IVG pratiquées clandestinement chaque année est estimé à environ 400 000.

Que Sea Ley : Un film révélateur

Le documentaire "Que Sea Ley" met en lumière ces réalités en s'articulant autour de deux dates clés :

  • Le 13 juin, lorsque les député·es ont approuvé un projet de loi visant à permettre un accès «libre, sûr et gratuit» à l'interruption volontaire de grossesse.
  • Le 8 août, lorsque le Sénat argentin a rejeté ce projet.

Entre ces deux dates, le réalisateur a rencontré des femmes et des familles touchées par l'interdiction d'avorter, révélant des histoires poignantes et révoltantes. L'histoire d'Ana María Acevedo, décédée après le refus d'un avortement thérapeutique influencé par des prêtres, est particulièrement marquante.

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La lutte pour le droit à l'avortement : un combat mené par les femmes

Le droit à l’avortement en Argentine est un combat que les femmes semblent mener seules. Les hommes responsables de ces grossesses lourdes de conséquences ont disparu du tableau.

Les Arguments des Pro et Anti-IVG

"Salvemos las dos vidas" : le slogan des opposants

Les anti-IVG affirment que toute femme enceinte doit mener sa grossesse à bien, quelles que soient les conditions. Ils estiment que l'avortement est un acte criminel qui met fin à une vie.

L'avortement : une question de classe ?

La gynécologue Cecilia Ousset souligne que l'avortement n'est pas qu'une affaire de femmes pauvres. Les femmes riches avortent aussi, mais dans de bonnes conditions. L'illégalité de l'avortement crée donc une inégalité d'accès aux soins.

Évolutions Législatives et Défis Actuels

Le droit à l'avortement : un droit fragile

Le droit à l'avortement est un droit qu'il faut constamment défendre. L'exemple de l'Alabama, où de nouvelles règles restrictives ont été introduites, montre que rien n'est acquis.

L'avortement dans le monde : entre progrès et recul

En France, l’avortement est légal depuis la loi Veil de 1975. On y pratique entre 215.000 et 230.000 avortements chaque année, un nombre qui reste stable. Reste qu'une étude rendue publique en septembre dernier par le ministère français de la Santé révèle de grandes disparités d’accès à l’avortement selon les régions.

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Dans plusieurs régions du monde ce droit est en progrès. En Amérique Latine pendant longtemps Cuba a été le seul pays à avoir un droit à l’avortement (depuis 1965). Il sera suivi en 2012 par l’Uruguay et en 2018 par l’Argentine. En 2016 le Chili adopte une loi « dépénalisant l’avortement thérapeutique » et au Mexique l’avortement n’est plus pénalisé depuis 2021.

En Asie également les choses avancent. Certains pays comme l’Inde, le Vietnam, la Chine ou le Népal ont un droit à l’avortement depuis les années 70 (depuis 1950 pour la Corée du Nord). La Corée du Sud a quant à elle une loi sur les interruptions volontaires de grossesse depuis plus de 65 ans. Celle-ci a été remise en cause en 2010 par une loi interdisant l’avortement sauf en cas de viol ou d’inceste. Cependant, cette loi a elle-même été invalidée en 2019 par la Cour constitutionnelle.

L’Afrique est l’une des zones les plus restrictives en matière d’avortement. La zone est dominée par une illégalité de l’avortement avec l’exception de la Tunisie (dès 1973), du Mozambique, du Bénin (depuis décembre 2021) et de l’Afrique du Sud. Cependant au Kenya, alors que les avortements clandestins provoquent plus de 2 000 décès chaque année, le pays avance vers une dépénalisation voire une légalisation de l’avortement depuis 2020. En 2020, le Maroc autorisait l’avortement en cas de viol, d’inceste, de malformation du fœtus ou de trouble mental chez la mère.

Le 24 juin, la Cour Suprême des États-Unis décidait d’annuler l’arrêt « Roe contre Wade » datant de 1973 et faisant jurisprudence en matière de droit à l’avortement et mettait ainsi fin au droit constitutionnel à un avortement légal avant le seuil de viabilité fœtale.

L'Argentine en 2024 : entre avancées et inquiétudes

En 2021, l'Argentine a légalisé l'avortement pendant les 14 premières semaines de grossesse. Entre cette date et octobre , 245 015 personnes ont subi une interruption volontaire de grossesse dans le cadre du système de santé public. Le nombre de décès liés à un avortement a baissé de 53 % entre 2020 et 2022, ce qui représente une avancée significative.

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Cependant, le président Javier Milei a tenu des propos stigmatisants sur l'avortement, et la Direction nationale de la santé sexuelle et reproductive a fait part d'une pénurie des fournitures indispensables pour pratiquer ce type d'intervention. De plus, le gouvernement a mis fin au Plan de prévention des grossesses non désirées lors de l’adolescence, qui avait pourtant permis de réduire de 49 % en quatre ans le taux de grossesse dans cette tranche d’âge.

Obstacles et inégalités persistantes

Malgré la légalisation, les personnes qui souhaitent avorter se heurtent encore à un certain nombre d’obstacles. Les femmes françaises ont encore un accès inégal à l’avortement, qu’elles vivent en Chine, en Arabie Saoudite, au Maroc, au Sénégal ou encore aux Philippines. Pour elles, et pour les 750 millions de femmes à travers le monde qui vivent dans des Etats où l’avortement est restreint ou prohibé, le combat pour les droits reproductifs et la liberté à disposer de son propre corps reste plein et entier, aujourd’hui.

Le rôle des réseaux sociaux et des organisations féministes

Les réseaux sociaux ont joué un rôle décisif pour relayer le vent de révolte en faveur de l'IVG légale. En Argentine, des manifestations massives contre les violences faites aux femmes avec le mot-clé #NiUnaMenos ont eu une grande répercussion dans les médias. Le nouveau mot-clé est devenu #AbortoLegalYa (avortement légal maintenant).

La lutte pour la légalisation de l'avortement est conduite par un collectif de la société civile, qui regroupe aujourd’hui quelque cinq cents organisations.

Implications et Perspectives d'Avenir

Impact potentiel sur le continent latino-américain

La légalisation de l'avortement en Argentine pourrait avoir un impact énorme dans d’autres pays d’Amérique latine, où existe également une tradition de lutte féminine.

Défis futurs et importance de la vigilance

Quel que soit le résultat du vote, un pas immense a été franchi. La « marée verte » qui a déferlé sur l’Argentine va continuer, voire s’amplifier, avec l’apparition, notamment, d’un mouvement inédit d’adolescentes, de collégiennes qui ont pris d’assaut leurs écoles et les ont occupées avant le vote à la chambre des députés. Une nouvelle génération, encore plus radicale que la précédente, qui occupe le devant de la scène à Buenos Aires depuis plusieurs mois.

Il est important de rester vigilantes et de continuer à défendre ce droit, car il n'est jamais acquis.

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