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Avortement à Madagascar: Entre Interdiction et Réalités Clandestines

L'avortement à Madagascar est un sujet complexe, profondément enraciné dans des considérations légales, sociales, culturelles et de santé publique. L'interdiction totale de l'avortement place le pays parmi ceux ayant les lois les plus restrictives au monde en la matière. Cette interdiction n'empêche cependant pas sa pratique, qui se déroule clandestinement dans des conditions dangereuses, avec des conséquences désastreuses pour la santé et la vie des femmes.

Un Cadre Légal Strict et Ses Conséquences

Madagascar interdit totalement l'avortement, sans aucune exception, même en cas de viol ou de danger pour la vie de la mère. L'article 317 du code pénal malgache, hérité du code napoléonien de 1810, criminalise l'avortement, punissant les femmes qui y ont recours de six mois à deux ans d'emprisonnement, et les personnes qui le pratiquent (médecins, herboristes, etc.) de cinq à dix ans de prison. Les textes répressifs ont même été renforcés en 2017, ajoutant des sanctions pénales. Cette interdiction, selon la militante féministe Mbolatiana Raveloarimisa, « maintient les femmes dans l’insécurité ».

L'absence d'accès légal et sécurisé à l'avortement a des conséquences dramatiques. Selon l’association Marie-Stopes, trois femmes meurent chaque jour à Madagascar des suites d’un « avortement spontané ou provoqué ». Les avortements clandestins représentent la deuxième cause de mortalité maternelle après les hémorragies post-accouchement. De plus, de nombreuses femmes subissent des complications graves nécessitant une hospitalisation, souvent trop tardive. La majorité de celles qui survivent ont entre 15 et 25 ans.

Les Réalités de l'Avortement Clandestin

Malgré l'interdiction, l'avortement est une réalité à Madagascar. Les femmes de tous les milieux sociaux y recourent, pratiquant en moyenne entre deux et huit avortements dans leur vie, selon l’association Niffin’Akanga. Ces avortements se déroulent clandestinement, souvent dans des conditions insalubres et dangereuses, pratiqués par des matrones ou des personnes non qualifiées, utilisant des méthodes peu fiables et parfois mortelles.

Une jeune femme malgache se repose chez elle à Anatnanarivo après un avortement clandestin. Une femme pratiquant des avortements clandestins montre ses outils de travail dans sa maison à Antananarivo.

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Les raisons qui poussent les femmes à avorter sont multiples. Pour Anja, une jeune femme de 20 ans déjà mère d'un enfant, il était hors de question d'élever un second enfant illégitime, qui aurait conduit sa famille vers « une mise à mort sociale ». Elle a donc eu recours à un avortement clandestin, se prostituant pour réunir la somme nécessaire. Mlle C., enceinte de son père qui la violait régulièrement, a avorté au quartier, faute d'argent pour aller dans les grandes cliniques privées. Vania*, violée par le fils de son employeur, a été sommée par celui-ci d'avorter et s'est rendue chez une matrone qui pratique les massages abortifs.

Une étude quantitative menée par l'association Niffin’Akanga révèle que les femmes avortent à tout âge (entre 14 et 50 ans), quel que soit leur niveau d'étude ou leur situation matrimoniale. Les chrétiens forment la communauté qui avorte le plus (81,05% des enquêtées). 52% des avortements se font dans des endroits inappropriés, comme le domicile des femmes ou celui des praticiens. L'étude souligne également la problématique du planning familial à Madagascar, puisque 88% des femmes n'utilisaient aucune méthode contraceptive. De plus, les violences sexuelles (viol, inceste) et les raisons médicales ou thérapeutiques sont des causes importantes d'avortement.

Le Tabou et les Obstacles à la Légalisation

L'avortement reste un sujet tabou à Madagascar, où les contraintes culturelles et religieuses ne permettent pas l’ouverture d’un débat franc et constructif autour de la question. La société malgache est encore très conservatrice, et l'avortement touche à un point crucial de la culture, le concept de souffle de vie (Aïna), qui se transmet de génération en génération et permet la perpétuation de la lignée.

Malgré cela, des associations comme Niffin’Akanga se battent pour la légalisation de l’ITG, estimant qu'il est temps que la loi interdisant l’avortement soit revue pour qu’elle colle aux réalités de la société malgache. En 2021, un projet de loi visant à légaliser l’ITG pour motifs thérapeutiques ou en cas de viol ou d’inceste a été déposé au Parlement, mais il a été retiré de l’ordre du jour sans explication.

Les associations engagées dans ce combat déplorent l’échec patent de la politique de planning familial à Madagascar. Un autre frein à la contraception est que les femmes dépendent souvent du consentement de leurs maris.

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Témoignages et Actions en Faveur de la Légalisation

Plusieurs témoignages de femmes ayant eu recours à l'avortement, souvent dans des conditions difficiles, mettent en lumière la nécessité de légaliser l'ITG. Aïna*, par exemple, a subi une ITG après avoir appris que le fœtus souffrait d’une malformation grave et ne serait pas viable. Elle a découvert par la suite que l’opération qu’elle a subie était illégale. Elle a rejoint l’ONG Nifin’Akanga après avoir rencontré une des cofondatrices et découvert la réalité des avortements illégaux.

L'association Nifin’Akanga a fait de la communication sa première mission: tracts de sensibilisation aux malformations fœtales, aux dangers de certaines grossesses, aux viols et à l’inceste, actions dans tout le pays, présence dans les quartiers. Après six années d’actions, ses arguments commencent à être entendus. Une feuille de route en 40 points, à destination des pouvoirs politiques, a été rédigée.

Parallèles Internationaux et Perspectives

La situation à Madagascar n'est pas unique. Dans de nombreux pays africains, l’accès à l'avortement est limité, et les lois restrictives n’empêchent pas pour autant l'interruption volontaire de grossesse, qui se pratique en cachette dans des conditions extrêmement dangereuses. Le Bénin est le dernier pays d'Afrique à avoir rendu l'avortement légal, mettant un terme aux avortements clandestins qui causaient la mort d'au moins 200 femmes chaque année.

Au Japon, l’IVG est illégale mais autorisée sous certaines conditions depuis 1948. Elle est seulement possible en cas de viol ou de risque pour la santé physique ou économique. Le consentement marital écrit est requis, et l'intervention n'est pas remboursée par la sécurité sociale.

Aux États-Unis, la Cour suprême a invalidé en 2022 la décision Roe v. Wade, qui garantissait aux femmes le droit à l'avortement, laissant à chaque État le soin de légiférer. Certaines villes texanes ont même voté des lois interdisant aux gens d’utiliser les routes de la ville pour transporter des femmes enceintes cherchant à avorter dans d’autres États.

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Ces exemples montrent que l'accès à l'avortement est un enjeu mondial, qui suscite des débats passionnés et des prises de position divergentes.

tags: #avortement #Madagascar #témoignage

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