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Avortement chez la jument et effets secondaires des prostaglandines

L'avortement chez la jument est un événement qui se définit classiquement par l'expulsion du fœtus et de ses annexes après 40 jours de gestation. Les pertes de gestation entre 40 jours et le terme varient de 8 à 19 % selon les études. Les placentites sont une cause importante d’avortement. Les prostaglandines, souvent utilisées pour induire l'avortement, peuvent entraîner des effets secondaires notables chez la jument. Cet article explore les causes de l'avortement chez la jument, les utilisations des prostaglandines, leurs effets secondaires potentiels et les précautions à prendre.

Causes d'avortement chez la jument

Plusieurs facteurs peuvent entraîner un avortement chez la jument, notamment :

  • Infections fœto-placentaires: Près d’un avortement sur deux est dû à une infection fœto-placentaire, souvent d'origine bactérienne. Les bactéries les plus souvent incriminées sont les streptocoques Β-hémolytiques. Les infections virales (herpèsvirus équin et artérite virale) sont souvent responsables de virémie fœtale, provoquant la mort du fœtus.
  • Placentite: L’inflammation du placenta peut provoquer une nécrose tissulaire, la libération de cytokines pro-inflammatoires et une production de prostaglandines placentaires responsables de l’avortement. Les échanges placentaires peuvent également être altérés et provoquer la mort du fœtus par hypoxémie.
  • Facteurs non infectieux: Des anomalies génétiques, des problèmes hormonaux, ou des causes environnementales peuvent également être à l'origine d'avortements.

Utilisation des prostaglandines pour l'avortement

Les prostaglandines, comme le luprostiol ou le cloprosténol, sont couramment utilisées en médecine vétérinaire équine pour induire l'avortement, notamment en cas de gestation non désirée ou pathologique. Elles agissent en provoquant la lutéolyse, c'est-à-dire la destruction du corps jaune, qui est essentiel au maintien de la gestation au moins jusqu'au 120e jour. Elles sont également utilisées pour provoquer la mise bas.

  • Luprostiol: Un ml contient du luprostiol comme substance active. Il est utilisé pour induire la parturition dans les 30 à 60 minutes, avec une dose de 1 ml, soit 7,5 mg IM.
  • Cloprosténol: Le cloprosténol est utilisé pour l'interruption de gestation précoce entre le 5ème et le 120ème jour de gestation. La dose varie selon l'espèce et le poids de l'animal. Chez les juments, la dose est de 125 à 500 microgrammes par animal, en fonction du poids corporel.

Indications du cloprosténol

Le cloprosténol est indiqué pour :

  • L'induction et la synchronisation de l’œstrus chez les vaches, les chèvres et les juments.
  • Le traitement de l’endométrite chez les vaches.
  • Le traitement des kystes lutéaux ovariens chez les vaches.
  • L'induction de la parturition chez les vaches et les truies.
  • L'induction de l’avortement chez les vaches et les juments.

Effets secondaires des prostaglandines chez la jument

L'administration de prostaglandines peut entraîner divers effets secondaires chez la jument, dont la nature et l'intensité varient d'un individu à l'autre. Il est crucial de connaître ces effets pour assurer une surveillance adéquate et minimiser les risques.

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Effets secondaires courants

  • Sudation: C'est l'un des effets secondaires les plus fréquemment observés. La jument peut transpirer abondamment, parfois au point de sembler trempée.
  • Signes respiratoires: Des difficultés respiratoires modérées et transitoires peuvent survenir. La jument peut haleter ou montrer des signes de détresse respiratoire.
  • Inconfort abdominal: Des douleurs abdominales, des coliques légères, ou une diarrhée passagère peuvent être observées.
  • Augmentation de la fréquence cardiaque et respiratoire: Ces augmentations sont généralement transitoires.
  • Incoordination: Une perte de coordination ou des tremblements peuvent survenir.
  • Mictions fréquentes: L'augmentation de la fréquence des mictions est un effet lié à l'activité des prostaglandines sur les muscles lisses.
  • Agitation: Certaines juments peuvent montrer des signes d'agitation ou d'inconfort.

Effets secondaires rares

  • Réactions anaphylactiques: Bien que rares, des réactions allergiques graves nécessitant des soins médicaux immédiats peuvent survenir.
  • Infections au site d'injection: Des infections bactériennes, en particulier anaérobies, peuvent se développer au site d'injection.
  • Rétention placentaire, métrite, dystocie, mortinatalité: Ces complications peuvent survenir suite à l'induction de l'avortement ou de la parturition.

Expériences rapportées

Des propriétaires de juments ayant reçu des injections de prostaglandines ont rapporté des expériences similaires. Les juments peuvent présenter une sudation intense, une respiration difficile et une faiblesse générale. Dans certains cas, l'état de la jument peut sembler critique, nécessitant une intervention rapide comme une douche froide pour aider à stabiliser l'animal.

Précautions et recommandations

  • Surveillance attentive: Après l'administration de prostaglandines, il est essentiel de surveiller attentivement la jument pour détecter tout signe d'effets secondaires.
  • Préparation: Avoir de l'eau à disposition pour doucher la jument en cas de sudation excessive peut aider à soulager l'inconfort.
  • Asepsie: Pour réduire le risque d'infections au site d'injection, il est crucial de pratiquer l'injection dans une zone de peau propre et désinfectée.
  • Personnel qualifié: L'administration de prostaglandines doit être réalisée par un vétérinaire ou sous sa supervision, afin de pouvoir gérer rapidement toute complication.
  • Connaissance des antécédents: Informer le vétérinaire de toute réaction antérieure à des prostaglandines ou à d'autres médicaments.
  • Éviter l'auto-injection: Les personnes manipulant des prostaglandines doivent prendre des précautions pour éviter tout contact avec la peau ou les muqueuses, car ces substances peuvent être absorbées et provoquer des effets indésirables chez l'humain.
  • Calcul précis de la date de gestation: Lors de l'induction de la parturition chez les truies, il est essentiel de calculer la durée moyenne de gestation dans chaque exploitation à partir des relevés antérieurs et de ne pas anticiper le terme de la gestation de plus de deux jours.
  • Utilisation prudente chez les ânesses: Chez les ânesses, la dose de cloprosténol doit être aussi faible que possible en raison du risque d’effets indésirables.

Diagnostic de la placentite

La placentite est une cause majeure d'avortement chez les juments. Un diagnostic précoce est essentiel pour intervenir rapidement et améliorer les chances de mener la gestation à terme.

Signes cliniques

  • Développement mammaire précoce: C'est souvent le principal signe d'appel lors de placentite ascendante. Chez la jument saine, le développement mammaire se produit généralement 2 à 4 semaines avant le terme.
  • Écoulement vulvaire anormal: Un écoulement séro-hémorragique peut être présent, mais ce signe reste inconstant.
  • Isolement: Certaines juments peuvent s'isoler momentanément du reste du troupeau.

Diagnostic échographique

L'échographie transrectale est une méthode diagnostique facile et sensible pour un dépistage précoce des placentites ascendantes. Elle permet de mesurer l'épaisseur combinée de l'utérus et du placenta (ECUP). Une augmentation de l'ECUP est un signe d'inflammation liée à la placentite.

Aspect macroscopique du placenta

Après un avortement ou un poulinage, l'examen macroscopique du placenta est important. Il convient de rechercher des lésions diffuses ou focales de décoloration, d’œdème, d’hémorragies, d’épaississement ou d’exsudat. Une décoloration progressive à partir de l’étoile cervicale vers le corps est un élément caractéristique de placentite ascendante.

Analyses complémentaires

En cas d'anomalie ou de suspicion de placentite, il est important de placer la totalité des enveloppes fœtales et l’avorton dans un sac-poubelle solide et de l’acheminer pour une analyse au laboratoire. Une bactériologie utérine doit aussi être effectuée chez la jument moins de 24 heures après l’avortement ou le poulinage afin de distinguer les bactéries opportunistes des agents pathogènes.

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Traitement de la placentite

Le traitement de la placentite vise à lutter contre l’inflammation, l’infection et à soutenir la gestation.

  • Antibiotiques à large spectre: L’association triméthoprime-sulfamides pénètre bien tous les compartiments fœtaux. La pénicilline G et la gentamicine peuvent également être utilisées.
  • Anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS): Ils sont utilisés pour lutter contre l'inflammation. La flunixine est souvent utilisée à cette fin.
  • Progestagènes: L’altrenogest est fréquemment utilisé pour maintenir une activité progestéronémique et prévenir la chute physiologique des progestagènes avant l’avortement ou le poulinage.
  • Pentoxifylline: La pentoxifylline peut être utilisée pour améliorer le flux sanguin placentaire.

Traitement médical raisonné chez la jument gravide

Un traitement médical raisonné permet de gérer les affections ponctuelles et chroniques chez la jument gravide. Il est crucial d'évaluer les risques et les bénéfices de chaque médicament avant de l'administrer à une jument gestante.

Anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS)

  • La flunixine est indiquée pour le traitement de l’inflammation, de la lutéolyse, de la placentite et de l’hyperthermie.
  • Le kétoprofène présente une toxicité rénale et cardiaque chez l’enfant.
  • La phénylbutazone inhibe la synthèse des prostaglandines fœtales.

Antibiotiques

  • L’association de triméthoprime et de sulfamides n’induit pas de mortalité embryonnaire et n’est pas associée à des malformations néonatales du poulain, qu’elle ait été utilisée en début ou en fin de gestation.

Autres médicaments

  • Le clenbutérol peut être utilisé pour le traitement de la bronchoconstriction chez une mère en crise d’asthme ou en état de bronchite chronique.
  • L’ivermectine, le fenbendazole et la moxidectine peuvent être employés chez la jument gestante pour le traitement des parasites.

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