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Avortement : Quand le choix initial évolue – Témoignages et Réflexions

L'avortement, ou interruption volontaire de grossesse (IVG), est une décision complexe et personnelle qui peut susciter une variété d'émotions. Si certaines femmes vivent cette expérience avec soulagement, d'autres peuvent éprouver des sentiments de culpabilité, de regret, voire de traumatisme. Cet article explore les témoignages de femmes ayant vécu un avortement, et comment certaines d'entre elles ont finalement choisi de poursuivre leur grossesse, ainsi que les raisons et les conséquences de ces décisions.

L'expérience émotionnelle de l'avortement

Avoir recours à une IVG provoque parfois un sentiment de culpabilité, prenant sa source, selon le magazine français Psychologie, « dans la mise au jour de l’ambivalence du désir de grossesse ». Certaines femmes se demandent si elles seront capables un jour de retomber enceintes, d’autres voient l’avortement comme une décision très conflictuelle, les pulsions de vie accompagnant les pulsions de mort. Pour elles, l’avortement est traumatisant.

La sexologue Sophie Morin souligne l'importance d'un processus thérapeutique pour accompagner les femmes dans ce qu'elles ont vécu, afin de « créer du sens par rapport à ce qu’elles ont eu comme expérience et les aider pour qu’elles soient en mesure de se connecter à elles-mêmes ». Elle explique que le sentiment de culpabilité est souvent lié au rôle social auquel la société tente de faire adhérer les femmes : « Les femmes sont socialisées à l’abnégation. L’avortement est un symbole de “Je me choisis” et certaines associent ça comme “Je me choisis au détriment de l’autre”, alors que ça n’a pas à être en opposition. Mais ce n’est pas présent dans l’histoire de vie de beaucoup de femmes de pouvoir se choisir sans que ce soit contre les autres. »

Témoignages de femmes face à l'IVG

Plusieurs femmes ont partagé leurs expériences, révélant la complexité de leurs émotions et les différentes raisons qui les ont amenées à prendre leur décision.

Rachelle : Culpabilité et Rédemption

Rachelle a interrompu trois fois des grossesses non désirées, la première fois à 15 ans. Elle a vécu les trois avortements de la même façon : dans le déni. Elle voulait oublier ce qui était arrivé, parce que j’avais si honte. C’était ma façon de gérer la crise à ce moment-là », confie-t-elle, avant d’indiquer que les remords l’ont rattrapée quand elle est tombée enceinte de son aîné. Elle a deviné qu’il lui faudrait alors trois enfants, afin de réparer le mal que j’avais fait ». Une thérapie et la maternité l’ont aidée à perdre le dégoût qu’elle avait envers elle-même. Elle pense encore souvent aux enfants qu’elle n’a pas eus et les voit en rêve. Elle leur a donné des prénoms.

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Sarah-Jeanne : Le poids des mots et des regrets

Sarah-Jeanne a choisi de se faire avorter alors qu’elle commençait l’université. Elle était en relation depuis trois mois avec son copain. « J’étais vraiment sonnée quand j’ai vu le petit plus sur le test. Je n’avais que quelques jours de retard. » Elle a désiré prendre rendez-vous immédiatement dans une clinique d’avortement, mais l’intervention ne pouvait se faire dans un délai aussi rapproché que souhaité. Elle devait attendre quelques semaines. « Le jour fatidique, mon chum et ma mère m’ont accompagnée. On m’a fait une échographie et j’ai vu le petit cœur d’une petite crevette qui battait. Je crois que c’est ce qui m’a le plus marquée. » Avant cette image, c’était comme si le désir d’une grossesse ne pouvait exister. « Je ne pensais pas être affectée autant. On en a reparlé souvent, lui et moi, tout au long des deux années qu’on a passées ensemble. On lui avait même donné un nom… » Quelques années plus tard, sa nouvelle blonde est tombée enceinte, il m’a appelé par délicatesse pour m’avertir qu’il allait avoir un enfant. J’ai tellement pleuré.

Annick : Le regret d'une décision prise sous pression

Pour Annick, c’est différent. Son avortement, elle le décrit comme la pire décision de toute sa vie. Elle l’a prise pour éviter que son conjoint, père de leur fils de 18 mois à l’époque, ne la laisse. Il disait qu’il n’était pas prêt à aimer quelqu’un de plus. Elle relate que son avortement s’est fait contre l’avis de la psychologue de la clinique Morgentaler. Elle a pleuré pendant l’intervention, répétant à son bébé de se tasser de la seringue utilisée par le médecin. À la fin, l’équipe médicale lui a montré l’embryon, afin de la déculpabiliser. Ça a eu l’effet contraire. « J’en fais toujours des cauchemars. J’aurais dû m’écouter moi et tout l’amour que j’avais à offrir, plutôt que de céder au chantage subtil d’un ex qui m’a laissée tout de même deux ans plus tard. Annick aurait aimé une semaine de délai entre le premier rendez-vous avec échographie, comme cela se fait en France, et l’avortement si encore désiré. Elle considère que ce délai l’aurait aidé à s’affirmer, et à contrer la pression de son conjoint. « J’y pense plusieurs fois par année, je sais quel âge il aurait et qu’il serait né à Noël. Je travaille à me pardonner comme si c’était arrivé à une bonne amie. Je ne lui dirais pas « maudite conne » comme je me le suis tant répété. Je lui dirais que c’était une erreur faite de bonne foi et par amour, mais pour un mauvais amour. L’amour ne demande jamais de se sacrifier.

Aya : La solitude et le manque d'accompagnement

Aya, 23 ans, témoigne de la solitude ressentie lors de son IVG. Elle décrit un manque d'explications et d'anti-douleurs, ainsi qu'une absence de suivi après l'intervention. Ce qu’elle retient de tout ça c’est finalement cette solitude dans laquelle moi-même et tellement d’autres femmes ont été laissées.

Myriam : Partagée entre son désir et la pression de son conjoint

Myriam se retrouve face à une grossesse non prévue, dans une situation précaire et avec un conjoint opposé à l'idée de garder l'enfant. Elle exprime sa détresse face à cette situation conflictuelle et son désir de garder le bébé malgré les difficultés. Elle culpabilise, je ne veux pas avorter. Je veux garder ce bébé coûte que coûte. Je pleure tous les jours en pensant au fait que je puisse le perdre. Je ressens de la haine envers mon conjoint car je sais que si j’arrête cette grossesse je vais le regretter. J’ai envie de lui hurler que c’est mon corps, qu’il n’a pas à m’imposer un avortement. Je ne suis qu’à 4 semaines de grossesse, mais je sais au fond de moi qu’avorter serait une pure connerie. Même si ce n’était pas une grossesse désirée je l’aime mon bébé, je veux le porter et l’élever. Des disputes éclatent entre moi et mon conjoint. Nous ne nous comprenons pas. Nous n’arrivons pas à nous mettre d’accord. Ce bébé n’est pas en lui, il ne sait pas ce qu’est une grossesse, porter un enfant, il ne comprend pas ce que je vis et ce que l’avortement aura comme conséquences sur mon psychologique. La situation est tellement tendue entre nous que je pense même à quitter mon conjoint pour partir élever seule nos enfants. Garder mon bébé, sans son consentement. Je ne sais pas quoi faire, la situation est tellement tendue.

Une femme de 38 ans : Le regret de ne pas avoir écouté son cœur

Une femme de 38 ans témoigne de ses trois avortements, motivés par la pression de ses partenaires. Elle exprime aujourd'hui un profond regret et exhorte les femmes enceintes à n'écouter que leur propre cœur. Les avortements ont détruit ma vie. Si jamais vous me lisez et que vous êtes enceinte et que dans votre cœur, vous voulez le garder… Je vous supplie de le faire. N’écoutez que vous-même, personne d’autre. Ceux et celles qui m’ont conseillé de ne pas le garder, de bien y penser, le font bien souvent selon leur propre réalité et non la vôtre. Et vous savez, aujourd’hui, il n’y a plus personne. Rien que la dure réalité. Lorsque j’étais enceinte, j’avais peur de décevoir des gens en gardant ces enfants. Mais pire encore, je me suis déçue moi-même.

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Le choix de garder l'enfant après une tentative d'IVG

Dans certains cas, l'IVG médicamenteuse peut échouer. Des femmes se retrouvent alors face à un dilemme : poursuivre la grossesse ou opter pour une autre intervention. Des témoignages indiquent que certaines femmes ont choisi de garder leur enfant après une IVG médicamenteuse ratée, et que les enfants sont nés en bonne santé. Un avis médical explique que l'IVG fonctionne ou ne fonctionne pas, mais que lorsqu'elle n'a pas fonctionné, donc pas décollé le l'embryon, il continue son développement normalement.

Une femme témoigne : Une ivg ratée arrive seulement à 4% des femmes et moi j'étais dedans mais finalement je me dis que en effet c'est la destiné je devais avoir ce bébé. De toute façon à la base je ne voulais pas faire cette ivg je l'ai fait pour le papa qui n'en voulait pas pour le moment et maintenant finalement il commence à se faire à l'idée de sa paternité.

L'importance de l'accompagnement et du soutien

Les témoignages soulignent l'importance d'un accompagnement psychologique et social adapté pour les femmes confrontées à la décision d'avorter. Il est essentiel de leur offrir un espace d'écoute et de dialogue, sans jugement, afin qu'elles puissent prendre une décision éclairée et vivre cette expérience le plus sereinement possible. L'écoute active et le soutien émotionnel peuvent aider à réduire la culpabilité et le traumatisme associés à l'avortement.

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