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Le déni de grossesse : Comprendre ce phénomène complexe

Le déni de grossesse, un phénomène parfois difficile à appréhender, est pourtant moins rare qu'on ne le pense. Il se manifeste par le fait qu'une femme enceinte n'a pas conscience de l'être, parfois jusqu'à l'accouchement. Cet article vise à explorer en profondeur ce mécanisme complexe, ses causes, ses manifestations et ses conséquences, tant pour la mère que pour l'enfant.

Qu'est-ce que le déni de grossesse ?

Le déni de grossesse se définit comme le fait d'être enceinte sans s'en apercevoir. On parle de déni de grossesse lorsqu’une femme est enceinte d’au moins quatre mois, sans le savoir. Il s’agit donc d’une grossesse que l’on peut qualifier “d’invisible”. C’est de ce fait l’extrême inverse de la grossesse nerveuse où une femme peut paraître enceinte sans l’être réellement. Il existe deux formes principales de déni de grossesse :

  • Déni de grossesse partiel: La femme découvre sa grossesse après le premier trimestre, après la quatorzième semaine d'aménorrhée, mais avant le terme. La future mère prend conscience de son état de manière tardive (souvent à l'occasion d'une consultation médicale ou d'un examen).
  • Déni de grossesse total: La femme apprend qu'elle est enceinte seulement le jour de l'accouchement. Elle ne réalise pas qu'elle porte un enfant jusqu'à ce moment précis. Ce phénomène est rare et très impressionnant. Le déni de grossesse total représente environ 38 % des cas selon le Collège National des Gynécologues Obstétriciens Français.

Si une femme découvre qu'elle est enceinte avant la quatorzième semaine d'aménorrhée (environ trois mois de grossesse), il ne s'agit pas d'un déni de grossesse, car le phénomène du déni est caractérisé par une absence de prise de conscience prolongée. Le caractère tardif du déni de grossesse est important car, en France, l'interruption volontaire de grossesse (IVG) n'est légale que jusqu'à la 14e semaine d'aménorrhée.

Les causes et les facteurs de risque

Il est difficile d'établir les causes exactes du déni de grossesse. Les pistes les plus souvent évoquées sont celles de troubles psychiatriques ou une certitude erronée de stérilité. Le Dr Nisand estime que "les causes d'un déni de grossesse sont multiples : pression, problèmes relationnels…". Il peut être dû à une relation non souhaitée, mais pas seulement. Hélène Romano indique en effet que le déni peut aussi être la conséquence d'une grossesse qui arrive au mauvais moment : "par exemple, pour des raisons professionnelles, ces femmes veulent privilégier leur carrière et assurent qu'il n'y a pas de place pour un bébé".

Plusieurs facteurs peuvent contribuer à ce phénomène :

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  • Facteurs psychologiques: Le déni de grossesse relève toujours d’une souffrance psychologique, consciente ou inconsciente, encourageant le corps à dissimuler la grossesse pour se protéger. Il peut être lié à un traumatisme, d’un rapport ambivalent au désir d’enfant, à son corps ou à sa sexualité… Des femmes ayant une angoisse de porter un enfant, d’enfanter et/ou d’être mère peuvent déclencher ce mécanisme de défense. "C’est un mécanisme actif d’oubli devant une souffrance psychique", explique Israël Nisand. Il y a une grossesse physique, mais pas de grossesse psychique.
  • Facteurs liés à l'histoire de la femme: L'histoire de la femme y est pour beaucoup. Le déni de grossesse est un mécanisme du corps et de l'esprit encore méconnu, mais on sait qu'il peut aussi se produire après une fausse couche ou une grossesse terminée prématurément dans des circonstances traumatiques (dans le cadre d'une interruption médicale de grossesse, par exemple).
  • Croyances personnelles: "Cela peut aussi toucher des femmes qui se croient stériles ou ménopausées, qui pensent faire attention grâce à l'utilisation de contraceptifs ou d'un stérilet, etc.", précise Hélène Romano. Aucune méthode contraceptive n’est totalement fiable, même la pilule ou le stérilet. Le risque de grossesse existe, surtout si la contraception est mal prise (oubli de pilule) ou mal posée (stérilet déplacé).
  • Particularités physiologiques: Certaines conditions médicales peuvent masquer les signes de grossesse. Les femmes ayant des cycles menstruels chaotiques peuvent ne pas remarquer l'absence de règles. Les fluctuations hormonales au cours de la grossesse peuvent provoquer de légers saignements qui peuvent passer pour des règles. Les femmes souffrant du syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) peuvent avoir des règles irrégulières. En périménopause, les signes classiques de la grossesse peuvent ressembler aux symptômes de la périménopause. Un IMC (indice de masse corporelle) et/ou une activité sportive intensive peuvent entraîner la disparition des règles pendant plusieurs mois ou années.
  • Contexte social et familial: Une pression sociale ou familiale, des problèmes relationnels, une situation professionnelle précaire peuvent également favoriser le déni de grossesse.

Il est important de noter qu'il n'existe pas de "profil type" de femme concernée par le déni de grossesse. Les femmes de tous âges, de tous les milieux sociaux, de tous les profils conjugaux, etc., peuvent être concernées.

Les symptômes et les signes

Les signes d'un déni de grossesse ne peuvent être perçus facilement, d'autant que les symptômes de grossesse habituellement présents ne sont pas ressentis. Dans un déni de grossesse, il y a bien une grossesse physique même si le corps fait en sorte de la dissimuler. Il semble en effet lui-même cacher la grossesse à la future mère. "Une femme qui fait un déni de grossesse perçoit les changements de son corps, mais pas comme des signes de grossesse", assure toutefois Hélène Romano.

Voici quelques signes qui peuvent être présents, mais interprétés différemment :

  • Absence de prise de conscience des symptômes habituels de la grossesse: Les symptômes de grossesse habituellement présents ne sont pas ressentis.
  • Saignements : Des saignements peuvent ainsi passer pour des règles. Pas de retard de règles : l’arrêt des règles est le premier symptôme qui laisse penser qu’une femme puisse être enceinte. Cependant, dans le cas d’un déni de grossesse, une femme peut tout à fait avoir des « fausses » règles, d’autant plus si ses cycles menstruels sont irréguliers ou qu’elle est sous contraception hormonale. Des saignements de début de grossesse peuvent également être observés et confondus avec des règles. 57 à 74% des femmes ayant vécues un déni de grossesse, déclarent avoir eu leurs règles pendant plusieurs mois avant leur accouchement.
  • Modification du corps: Un mal de ventre peut être interprété comme une gastro… Il n'y a pas ou peu de signes physiques révélant une éventuelle grossesse. En fait, le corps s'adapte en positionnant l'utérus différemment. Dans le cas d'un déni de grossesse, l'utérus se développe verticalement. Le fœtus se trouve alors sous les côtes de la mère. Les muscles de l'abdomen restent quant à eux tendus. Pas de ventre qui s’arrondit : ce symptôme est certainement le plus étonnant, car il est possible que la grossesse ne se voit absolument pas au cours des neuf mois complets de grossesse. Ici, l’utérus va plutôt s’appuyer vers l’arrière et vers le haut, laissant la ceinture abdominale soutenir l’utérus. Contractés de façon inconsciente par le cerveau, rien ne laisse sentir qu’une grossesse est en train de se dérouler. A noter qu’une telle disposition de l’utérus ne permet pas de remarquer distinctement un changement dans le corps de la femme, quel que soit sa morphologie.
  • Absence de mouvements fœtaux perçus: Pas de mouvements fœtaux : les mouvements du fœtus peuvent être ressentis par une femme enceinte à partir de la 20e semaine de grossesse.

Il est donc très difficile de détecter un déni de grossesse, même par le corps médical.

Diagnostic

En général, la plupart des femmes se rendent compte qu'elles sont enceintes entre la quatrième et la douzième semaine de grossesse. Elles en ont le soupçon, car elles remarquent des signes apparents de grossesse ou parce qu'elles n'ont pas eu leurs règles à la date prévue. Elles confirment leur soupçon en faisant un test de grossesse. Si le résultat s'avère positif, elles font une prise de sang, pour ne plus avoir le moindre doute. Dans le cas d'un déni de grossesse, aucun signe ne fait comprendre à la femme qu'elle est enceinte.

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Un examen médical peut permettre de lever le déni de grossesse. En effet, si les symptômes peuvent vous tromper, l’imagerie, elle, ne peut dissimuler une grossesse. Ainsi, lors d’un examen de routine chez votre médecin ou gynéco, avec une échographie ou une prise de sang, la femme peut se rendre compte qu’elle est enceinte. Lors d’un déni de grossesse partiel, c’est lorsque la grossesse est diagnostiquée, lors d’une prise de sang ou d’une échographie par exemple, que les symptômes habituels apparaissent. Il suffit parfois de quelques heures avant que le ventre ne s’arrondisse.

Conséquences et prise en charge

Les conséquences d'un déni de grossesse peuvent être importantes, tant pour la mère que pour l'enfant.

Pour la mère :

  • Choc émotionnel: Malheureusement, dans le cas d’un déni de grossesse total, le moment de l’accouchement coïncide avec la levée du déni de grossesse.
  • Accouchement dans des conditions non optimales: Les saignements qui peuvent être constatés pendant cette période, souvent interprétés comme des règles, ne le sont en fait pas vraiment. Ici, la femme n’a pas conscience d’être enceinte jusqu’à l’accouchement. Le déni peut alors conduire à vivre un accouchement seule, sans équipe médicale.
  • Difficultés relationnelles avec l'enfant: Lors d’un déni de grossesse, aucun lien (ou très peu) n’a pu être créé entre la mère et l’enfant. Faute de préparation psychique, la mère n’est donc pas prête à l’accueillir.
  • Sentiment de culpabilité: Enfin, un sentiment de culpabilité peut survenir sur les comportements à risques qui ont eu lieu pendant la grossesse.
  • Risque de dépression post-partum.
  • Dans certains cas, lié au choc, la mère peut rejeter violemment son enfant à sa naissance, refusant sa maternité.

Pour l'enfant :

  • Absence de suivi médical pendant la grossesse: Une grossesse qui se déroule sans en avoir conscience pose question. En effet, les diverses réactions du corps lors d’une grossesse sont présentes pour permettre à la mère et à l’enfant à naître d’être tous les deux en bonne santé.
  • Risques liés aux habitudes de vie de la mère: Le premier risque réside dans les habitudes de la femme. Vous n’êtes pas sans savoir qu’une grossesse implique généralement une modification de certains rituels quotidiens. Arrêt de la cigarette, arrêt de l’alcool, adaptation médicamenteuse, modification de l’alimentation… il est facile de s’adapter quand on a conscience qu’un fœtus est en train de se développer dans son ventre. Aussi, ne se sachant pas enceinte, la mère n’a pas pu adapter son mode de vie en fonction, plaçant donc sa grossesse et son accouchement à risque.
  • Risque de prématurité, de faible poids de naissance ou de retard psychomoteur.
  • Contrairement aux idées reçues, les enfants nés après un déni de grossesse n’ont pas systématiquement de retard de croissance : leur position dans l’utérus n’entrave pas leur développement.
  • Dans les cas les plus graves de déni complet, si la femme ne peut être accompagnée par un professionnel de santé lors de l’accouchement, il peut arriver que le nouveau-né ne survive pas à ses premières heures de vie.

Prise en charge :

La prise en charge d'un déni de grossesse dépend du moment où il est découvert et des circonstances entourant la situation. Dès que la grossesse est découverte, une consultation médicale est nécessaire pour évaluer l'état de santé de la mère et du fœtus. En cas de déni levé tardivement, un suivi médical intensif est mis en place pour compenser l'absence de soins prénataux habituels (échographies, analyses, etc.).

  • Accompagnement psychologique : Après un déni de grossesse, un accompagnement psychologique est souvent recommandé. Un suivi psychologique post-grossesse aide la mère à surmonter les émotions contradictoires qu’elle peut ressentir, comme l’angoisse, la culpabilité ou la peur. L’accompagnement psychologique n’est pas systématique, mais il est souvent proposé par les médecins ou gynécologues qui détectent un besoin de suivi émotionnel chez la femme. Qu'il s'agisse d'un déni de grossesse partiel ou total, un accompagnement psychologique est indispensable pour accompagner la femme qui s'aperçoit tard de sa grossesse. La première tâche des psychologues et psychiatres accompagnant les femmes en déni de grossesse est de comprendre la raison psychologique de ce refus de grossesse. C'est la seule façon de réussir à les aider à bien s'occuper d'elles et donc du fœtus si elles n'ont pas encore accouché, ou du bébé s'il s'agit d'un déni de grossesse complet et qu'elles souhaitent assumer leur maternité.
  • Soutien social : Si le déni de grossesse survient dans un contexte de précarité ou de difficultés sociales, les services sociaux peuvent intervenir pour apporter un soutien adapté.
  • Information et orientation : Il est important d'informer la femme sur les différentes options qui s'offrent à elle : poursuivre la grossesse, confier l'enfant à l'adoption (accouchement sous X en France). La mère peut décider d’accoucher sous X si elle le souhaite. Il faut alors en informer l’équipe médicale afin qu’elle prenne les mesures nécessaires. Pour confier un enfant, il faut s’adresser aux services départementaux de l’Aide Sociale à l’Enfance qui prendront en charge la demande. Il est possible de demander de garder le secret de l’admission à la maternité si cela est souhaité. Lors d’un déni de grossesse complet, il est aussi possible de décider de faire adopter l’enfant. Un.e assistant.e social.e du service d’Aide Sociale à l’Enfance vous guidera durant tout le processus de l’adoption. Peu importe sa décision, il est important de prendre conscience que quelle qu’elle soit, elle est légitime.
  • Interruption Volontaire de Grossesse (IVG) : Dans un déni de grossesse, qu'il soit partiel ou total, la femme n'a plus la possibilité d'avoir recours à une interruption volontaire de grossesse. En effet, le délai légal pour avorter est largement dépassé. Toutefois, jusqu’à un certain délai, vous pouvez encore envisager l’IVG hors de France, dans d’autres pays européens. Les modalités diffèrent donc forcément de la loi française mais vous pourrez trouver des ressources pour vous aider et vous orienter pour faire respecter votre décision, notamment le Planning Familial.

IVG et IMG : ce que dit la loi

La loi du 2 mars 2022 visant à renforcer le droit à l’avortement a élargi la possibilité en France d’avorter jusqu’à 16 semaines d’aménorrhée mais certains hôpitaux ne pratiquent pas les avortements au-delà d’un certain terme. La loi autorise les personnes qui le demandent à réaliser un avortement au-delà de 14 semaines d’aménorrhée (12 semaines de grossesse). Vous avez le droit de partir à l’étranger pour réaliser un avortement mais cela a un coût. Pour plus d’informations, vous pouvez contacter le Planning Familial de votre département ou appeler notre numéro vert, le 0800 08 11 11 (anonyme et gratuit). Après l’IVG, il est recommandé de réaliser une visite de contrôle.

Vous vous trouvez peut-être dans une situation qui vous permet de réaliser une IMG (Interruption médicale de grossesse) dite aujourd’hui « Interruption pour motif médical » : il faut dans ce cas justifier d’une détresse psycho-sociale. Il faut se rapprocher des services de diagnostic anténatal de l’hôpital le plus proche de chez vous et/ou des réseaux de périnatalité. La détresse psycho-sociale concerne des personnes en situation de danger personnel, de violences, de difficultés psychologiques majeures ou d’extrême précarité, rendant impossible la poursuite de la grossesse alors même que le délai légal de l’IVG de 16 semaines d'aménorrhée est dépassé. C’est une procédure qui peut être longue, dont l’issue est aléatoire et non-certaine. Vous pouvez également vous informer sur la possibilité de prolonger la grossesse et de faire un accouchement sous le secret. Vous pouvez aussi demander une délégation volontaire de l'autorité parentale. Dans ce cas-ci, l'exercice de l'autorité parentale peut être délégué à un tiers ou à un organisme spécialisé (membre de la famille, service de l'aide sociale à l'enfance…). Elle est prononcée par le juge aux affaires familiales (Jaf) et est provisoire. N’hésitez pas à venir en discuter avec nous dans un de nos centres ou sur notre numéro vert, le 0800 08 11 11.

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tags: #avortement #déni #de #grossesse

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