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L'Avortement et l'Islam : Perspectives, Lois et Débats Contemporains

L'avortement en Islam est un sujet complexe et délicat, suscitant des débats et des opinions diverses. L'Islam accorde une grande importance à la préservation de la vie humaine. Par contre, il ne fait pas mention de l’avortement de manière explicite. Ainsi, l’absence de sa mention ouvre la voie à différentes interprétations.

Introduction

L'interruption volontaire de grossesse (IVG), communément appelée avortement, se réfère à l’acte médical visant à mettre fin volontairement à une grossesse, soit par des moyens médicamenteux, soit par une intervention chirurgicale. L'avortement volontaire (IVG) est généralement demandé par la maman pour des raisons bien spécifiques. Ces deux réalités partagent le point commun de mettre fin à une grossesse. Cet article explore les perspectives spécifiques de l’islam sur l’avortement, les raisons de l’IVG et les aspects complexes de l’avortement spontané.

Perspectives Islamiques sur l'Avortement

Opinions des Savants et Écoles de Pensée

Selon de nombreux oulémas, la vie commence dès le 4ème mois de gestation, moment durant lequel Allah insuffle l’âme au fœtus, comme évoqué dans un des 40 hadiths d’An-Nawawi. L’avortement fait partie des décisions importantes, qui nécessitent un éclaircissement appuyé par les textes sacrés.

  • Majorité des savants : L’avortement est interdit avant l’insufflation de l’âme. Ceci est l’avis des hanbalites et l’avis prédominant au sein des malikites et shafi’ites. Ainsi, l’avortement est interdit pendant les 40 premiers jours.
  • Après l’insufflation de l’âme : L’avortement est strictement interdit à l’unanimité des savants. Il n’y a aucune divergence à ce sujet.
  • Hanafites : Ils sont plus libéraux et permettent l’avortement jusqu’au quatrième mois de grossesse en cas de viols ou de dangers pour la vie de la mère.
  • Chaféites et les Hanbalites : Ils permettent l’avortement dans ces cas de figures seulement lors du premier mois de grossesse. Or, il y a une divergence interne chez les Chaféites et les Hanbalites sur la possibilité ou non d’avorter lors des second et troisième mois de grossesse.

La fatwa n° 140 éditée le 20/6/1407H par le comité des grands savants en Arabie Saoudite confirme le respect de la vie de l’embryon dans ses différentes phases.

Interprétations et Conditions Spécifiques

La personne doit avoir des raisons religieusement valides et respecter la condition selon laquelle l’âme n’a pas encore été insufflée. Par conséquent, la femme musulmane est religieusement garante de ce qu’Allah a créé dans ses matrices, alors elle ne doit surtout pas chercher à le dissimuler !

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  • Cas de danger pour la mère : L’avortement n’est pas permis au cours des phases d’adhérence « ‘alaqa » et de « modgha » sauf si une commission médicale fiable stipule que la continuité de la grossesse présente un danger pour la santé de la mère, par exemple, si l’on craint pour sa vie.
  • Avis de Cheikh Al Albani : Selon lui, cet acte est interdit en islam à partir du moment où l’âme a été insufflée, exceptée si la vie de la mère est exposée à la mort. Quant au fait d’avorter avant l’insufflation de l’âme, il s’agit d’une chose permise en cas de raison permise.
  • Avis de Cheikh Al Fawzan : Il voit quant à lui le fait que l’avortement ne fait pas partie des choses permises en islam, hormis en cas de danger pour la mère.

L’Avortement Spontané

Quant à l’avortement spontané, également connu sous le nom de fausse couche, il se produit naturellement sans intervention médicale. Cheikh Outheymine dit à ce sujet : « Si ce qui est entendu par l’avortement est la destruction de l’embryon, et que cela est fait après que l’âme soit insufflée, alors ceci est illicite sans aucun doute. En effet, cela revient à tuer une âme sans aucun droit.

Cas de Viol

« La fatwa qui a été faite à ces femmes violées les autorisant à avorter est correcte, tant que la grossesse n’a pas atteint quatre mois. Car si quatre mois sont atteints, on insuffle (au fœtus) l’âme et il n’est donc pas possible d’avorter.

Importance de Consulter les Savants

Il est impératif de consulter les Savants pour déterminer la nécessité d’une demande d’avortement. L’avortement est autorisé sous conditions pour prévenir le pire et favoriser le plus grand bien. Enfin, il est primordiale de souligner l’importance de recourir à l’avis des savants.

Signes Après un Avortement

Après un avortement, que ce soit spontané ou provoqué, les signes de la grossesse peuvent disparaître progressivement. Chaque expérience d’avortement est unique, et la disparition des signes de grossesse varie d’une personne à l’autre.

Législation et Pratiques dans les Pays Musulmans

Diversité des Lois

Dans nombre de pays à majorité musulmane, la jurisprudence islamique a influencé la législation relative à l’avortement. Toutefois, au fil du temps, de nouvelles préoccupations sociopolitiques ont émergé, et cette législation a été remaniée. Lorsque l’on observe les pays à majorité musulmane, on constate que ces lois sont assez diverses, dans le sens où elles autorisent et interdisent l’avortement pour différentes raisons.

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Aujourd’hui, dans beaucoup de ces pays, il n’est souvent autorisé que lorsque la vie de la femme est en danger, quand le fœtus est malformé ou quand la grossesse résulte d’un acte criminel, comme un viol. Mais, même si ces principes permettent à quelques femmes d’y avoir recours, ils renforcent la supervision médicale et les procédures légales, et ne laissent aucune place aux avortements volontaires.

Exemples Spécifiques

  • Turquie et Tunisie : Seules la Turquie et la Tunisie autorisent les avortements volontaires (sur demande de la mère). Bien qu’aucun de ces pays n’interdise totalement l’IVG, ces restrictions rendent plus difficile pour les femmes d’avorter en toute sécurité.
  • Empire ottoman : En 1858, le Code pénal de l’Empire ottoman interdit et criminalise l’avortement, harmonisant la législation française et le dogme islamique. A partir de cette date, l’avortement est légalement déclaré haram dans tous les territoires sous domination ottomane.

Restrictions et Conséquences

Près de 80 % des femmes du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord vivent dans des pays où le droit à l’avortement est restreint. Voire, pour 55 % d’entre elles, dans des pays où l’IVG n’est autorisée que pour sauver la vie de la mère ou - pour 24 % - uniquement pour préserver sa santé physique ou mentale.

Restreindre l’accès à l’avortement ne fait que le rendre clandestin et dangereux. Chaque année, 47,000 femmes meurent de complications liées à un avortement pratiqué dans de mauvaises conditions. Après l’Afrique subsaharienne et l’Asie du Sud, le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord sont la région du monde où le taux de mortalité maternelle est le plus élevé.

De plus, les restrictions du droit d’accès à l’avortement affectent davantage les femmes les plus pauvres. Souvent, celles qui en ont les moyens se rendent à l’étranger pour avorter en toute sécurité. Pour les autres, le marché noir est la seule option.

Alternatives et Défis Contemporains

Télémédecine et Avortement Médicamenteux

Malgré tout, grâce à l’avortement médicamenteux et à la télémédecine, des alternatives sûres se multiplient hors du cadre légal. Un grand nombre de femmes vivant dans des pays à majorité musulmane, ou dans d’autres pays qui limitent l’accès à l’avortement, consultent des services de médecine en ligne pour demander de l’aide et recevoir des informations sur la façon de s’auto-administrer les pilules abortives obtenues par ce biais. Des études prouvent que l’avortement télémédicalisé est sûr et efficace en début de grossesse. Women on Web (WoW), l’un de ces services en ligne, aide environ 60 000 femmes chaque année.

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Contourner la Censure

Néanmoins, dans certains pays comme l’Arabie saoudite et la Turquie, l’accès au site est prohibé. Pour contourner la censure, les femmes utilisent une application sur leur smartphone.

Militantisme et Défis au Statu Quo

Aujourd’hui, il semble que l’IVG soit haram, illégale et clandestine dans la majeure partie du monde musulman. En dépit de cela, les femmes continuent à défier le statu quo et les lois archaïques par leurs pratiques quotidiennes et leur militantisme. En 2012, en réaction à un projet de loi visant à restreindre l’accès à l’avortement en Turquie, des centaines de femmes ont manifesté à Istanbul pour défendre la liberté de choix.

Diversité des Opinions au sein de l'Islam

La position du Coran sur l’avortement ne fait pas l’unanimité auprès de tous les théologiens musulmans. Certains versets dénoncent l’infanticide, dont notamment la sourate 6 verset 137 du Coran ou encore la sourate 6 verset 140 du Coran. Outre l’infanticide, de nombreux théologiens comprennent également ces versets comme des interdictions d’avorter.

Islam Chiite

Sans se concentrer sur leurs différences théologiques avec les Sunnites, il est important de signaler la présence importante d’un clergé très hiérarchisé chez les Chiites qui n’existe pas chez leurs coreligionnaires. En plus du Coran, les savants chiites tirent leurs opinions sur l’IVG des hadiths authentiques remontant au Prophète Muhammad et des Imams chiites.

Selon le grand Ayatollah Ali Al-Sistani, l’avortement est haram dans pratiquement tous les cas de figure. La seule exception faite étant le cas où la naissance d’un enfant pourrait mettre en danger la vie de la mère. Cependant, même dans ce cas l’avortement ne doit pas avoir lieu après quatre mois de grossesse, avant cette période le fœtus n’aurait pas encore d’âme. Au-delà de ce délai, l’avortement est considéré comme étant haram. Si jamais un avortement est malgré tout pratiqué, la ou les personnes responsables de cet acte paie(nt) une compensation financière appelée diya ou « prix du sang ».

Islam Sunnite

Tout comme dans l’Islam Chiite, les savants sunnites basent leurs opinions concernant l’avortement principalement sur des hadiths. Un hadith jugé comme étant authentique rapporte cette parole du Prophète Muhammad : Néanmoins, il existe des divergences entre les différentes écoles sur la période limite à laquelle un avortements peut être pratiqué allant du premier au quatrième mois de grossesse. Ces avis sont confirmés par des religieux influents de l’Islam sunnite, tel que le grand imam de Al-Azhar en Egypte.

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