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L'avortement en Belgique et le rôle du planning familial : Informations et défis actuels

L'accès à l'interruption volontaire de grossesse (IVG) en Belgique est un sujet complexe, marqué par des avancées législatives, des défis persistants et un débat de société constant. Cet article explore la situation actuelle de l'IVG en Belgique, en mettant en lumière le rôle crucial des centres de planning familial, les obstacles rencontrés par les femmes et les professionnels de la santé, et les perspectives d'avenir.

Un cadre légal partiellement dépénalisé

En Belgique, l'IVG a été partiellement dépénalisée le 3 avril 1990. Cela signifie que l'avortement reste interdit, sauf dans des circonstances exceptionnelles et sous réserve du respect simultané de plusieurs conditions. Ces conditions comprennent un délai de gestation maximal de 12 semaines de grossesse et un délai de réflexion de six jours entre le premier contact médical et la réalisation de l'acte.

En octobre 2018, une nouvelle loi a été votée, mais elle n'a que peu modifié les conditions d'accès à l'IVG. Bien que certaines modifications législatives aient été saluées, elles n'ont entraîné que peu de changements pratiques en termes d'accès effectif et facilité à l'IVG.

Les défis persistants

Malgré la dépénalisation partielle, de nombreuses femmes en Belgique rencontrent encore des difficultés pour accéder à l'IVG.

Dépassement du délai légal

Chaque année, environ 500 femmes dépassent le délai de gestation de 12 semaines prévu par la loi belge et se rendent aux Pays-Bas pour bénéficier d'une IVG. Cette démarche représente un coût d'environ 1 000 euros, ce qui constitue un obstacle financier important pour certaines femmes.

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Inégalités d'accès

Toutes les femmes n'ont pas les moyens financiers et logistiques de se rendre à l'étranger pour avorter. Celles qui ne le peuvent pas sont contraintes d'assumer une grossesse, un accouchement et un enfant non désiré. Cette situation met en évidence les inégalités sociales en matière d'accès à l'IVG.

Pénurie de médecins pratiquant l'IVG

Environ 80 % des IVG en Belgique sont pratiquées dans des centres d'avortement extrahospitaliers. Le risque de pénurie de médecins pratiquant l'avortement menace directement l'accès effectif à celui-ci. Cette pénurie est due à plusieurs facteurs, notamment le manque d'attractivité de la spécialité, la charge émotionnelle liée à la pratique de l'IVG et le tabou qui entoure encore cet acte médical.

Formation insuffisante des professionnels de la santé

La formation des professionnels de la santé est un enjeu crucial pour garantir l'accès à l'IVG. La Commission nationale d'évaluation de l'interruption volontaire de grossesse recommande que la sensibilisation à l'IVG soit inscrite dans les cursus de médecine et qu'un module de formation à l'avortement soit mis en place dans toutes les facultés de médecine du pays. Elle estime également qu'il est essentiel de définir l'interruption de grossesse comme un acte médical essentiel, en toute circonstance, y compris en cas de crise sanitaire.

Clause de conscience

En France, le Planning familial défend la suppression de la double clause de conscience pour l’IVG. La clause de conscience des professionnel·le·s de santé leur reconnaît le droit de refuser tout acte médical autorisé par la loi hors cas d’urgence. La double clause de conscience qui pèse sur l’IVG participe à une « moralisation » indue de l’avortement : celui-ci devrait être considéré comme n’importe quel acte médical faisant partie de la vie de milliers de femmes.

Le rôle essentiel des centres de planning familial

Les centres de planning familial jouent un rôle essentiel dans l'accès à l'IVG en Belgique. Ils offrent des services d'information, de conseil et d'accompagnement aux femmes qui envisagent une IVG. Ils pratiquent également des IVG médicamenteuses et chirurgicales, dans le respect de la loi.

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Cependant, certains centres de planning familial rencontrent des difficultés pour assurer leurs services en raison du manque de médecins formés et disponibles. C'est le cas du planning familial de Mons, qui n'a pas pu pratiquer d'IVG pendant plusieurs mois en raison de l'absence de médecins. Cette situation met en évidence la nécessité de renforcer le soutien aux centres de planning familial et de faciliter la formation des médecins.

L'exemple du planning familial de Mons

Le planning familial de Mons est le seul centre extrahospitalier de la région du Hainaut. En raison du manque de médecins, le centre a dû refuser 144 interventions en cinq mois, contre 200 demandes par an habituellement. Cette situation a des conséquences importantes pour les femmes de la région, qui doivent se déplacer vers d'autres centres pour avorter.

L'équipe du planning familial de Mons continue d'accueillir les femmes qui demandent une IVG et de les informer de la situation. Elle travaille en collaboration avec les autres centres de planning familial et les hôpitaux pour trouver des solutions pour les patientes. Elle accompagne également les femmes qui souhaitent avorter à l'étranger, au-delà du délai légal autorisé en Belgique.

La coordinatrice du planning de Mons, Céline Honorez, souligne l'importance de la militance pour les personnes qui travaillent dans les centres de planning familial. Elle estime que les femmes ont le droit de savoir pourquoi elles ne peuvent pas être accueillies et que cette situation peut les faire réfléchir par rapport au contexte.

Coordination et collaboration

Face aux difficultés rencontrées, les centres de planning familial ont mis en place des mécanismes de coordination et de collaboration. Ils partagent leurs plages horaires et leurs ressources pour orienter les patientes vers les centres qui peuvent les accueillir. Cette collaboration est essentielle pour garantir l'accès à l'IVG pour toutes les femmes, quel que soit leur lieu de résidence.

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Statistiques et tendances

La Commission nationale d'évaluation de l'interruption volontaire de grossesse a publié un rapport pour les années 2018-2019, qui fournit des statistiques et des tendances intéressantes sur l'IVG en Belgique.

Nombre d'avortements

En 2019, 18 027 avortements ont été recensés en Belgique, soit un avortement pour 7,7 naissances. Ce chiffre est relativement stable par rapport aux années précédentes.

Âge des femmes

Les femmes ayant avorté sur cette période sont en moyenne âgées de 28 ans. Le nombre d'avortements est en baisse chez celles âgées de 20 à 25 ans, alors qu'il est en hausse entre 30 et 35 ans.

Motifs de la décision

35 % des femmes n'ont pas souhaité expliquer le motif de leur décision. Parmi les motifs invoqués, on retrouve les difficultés financières, les problèmes relationnels, les raisons de santé et le désir de ne pas avoir d'enfant.

Complications

1 % des femmes ayant avorté ont subi des complications. Ces complications sont généralement mineures et peuvent être traitées facilement.

Interruption médicale de grossesse (IMG)

En 2019, 77 avortements pour « raison médicale » (IMG) ont été rapportés à la Commission. Ces avortements ont été pratiqués au-delà de 12 semaines de grossesse. La Commission estime le nombre réel d'IMG à 654, soit plus de 8 fois le nombre qui lui a été indiqué.

Contraception

Le rapport de la Commission présente des statistiques fouillées sur l'utilisation des méthodes de contraception en fonction de l'âge, de l'état civil, de critères familiaux et sociaux.

Perspectives d'avenir

L'accès à l'IVG en Belgique reste un enjeu de société important. Plusieurs pistes peuvent être explorées pour améliorer la situation actuelle.

Extension du délai légal

Plusieurs voix s'élèvent pour demander l'extension du délai légal pour avorter au-delà de 12 semaines de grossesse. Cette mesure permettrait d'éviter à certaines femmes de devoir se rendre à l'étranger pour avorter.

Autorisation des sages-femmes à pratiquer l'IVG

Contrairement à la France et à de nombreux pays européens, les sages-femmes ne sont pas autorisées à pratiquer l'IVG en Belgique. Autoriser les sages-femmes à pratiquer l'IVG médicamenteuse et chirurgicale jusqu'à 16 semaines d'aménorrhée permettrait d'augmenter le nombre de professionnels de la santé disponibles et de faciliter l'accès à l'IVG.

Renforcement de la formation des professionnels de la santé

Il est essentiel de renforcer la formation des professionnels de la santé en matière d'IVG. La sensibilisation à l'IVG devrait être intégrée dans les cursus de médecine et un module de formation à l'avortement devrait être mis en place dans toutes les facultés de médecine du pays.

Lutte contre le tabou et la stigmatisation

L'IVG reste un sujet tabou et stigmatisé dans la société belge. Il est important de lutter contre ces préjugés et de promouvoir une information objective et complète sur l'IVG.

Soutien aux centres de planning familial

Les centres de planning familial jouent un rôle essentiel dans l'accès à l'IVG. Il est important de renforcer le soutien financier et logistique à ces centres, afin qu'ils puissent continuer à assurer leurs services dans les meilleures conditions.

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