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L'Avortement à Cuba : Histoire et Légalisation

L'avortement est un sujet complexe et sensible, avec une histoire riche et des implications profondes pour les droits des femmes et la santé publique. À Cuba, la question de l'avortement a connu une évolution significative, marquée par des politiques progressistes et des défis persistants. Cet article se penche sur l'histoire de l'avortement à Cuba, son cadre légal actuel et les dynamiques sociales qui l'entourent.

Contexte Latino-Américain : La Vague Verte et la Lutte pour les Droits Reproductifs

La remise en cause du droit à l’avortement, ou son interdiction maintenue, est un marqueur idéologique important et caractéristique d’une droite très conservatrice ou de l’extrême droite. En Amérique latine, la vague verte marque la réémergence d’un féminisme de mobilisation. Depuis 2015, le pañuelo verde (foulard vert) a envahi tant les rues des capitales latino-américaines que les réseaux sociaux. La marea verde fait partie d’un mouvement social féministe plus large, qualifié de quatrième vague féministe latino-américaine et dont l’avortement est l’une des revendications principales. Les mobilisations nationales partagent des caractéristiques qui suffisent à expliquer l’ampleur de la vague : la dimension transnationale des revendications, la centralité du rejet de la violence contre les femmes et la revendication du droit à l’avortement. Face aux discriminations de genre subies par les femmes sur les plans économique, politique, institutionnel ou professionnel, la mobilisation féministe permet aux femmes latino-américaines de se saisir des problématiques urgentes, à titre personnel, dont la privation de droits sexuels et reproductifs. Ce changement de perception de la violence, « de la victimisation dans l’espace privé à l’agentivité politique dans la sphère publique », est le moteur de l’activisme pour un avortement libre, sécurisé et gratuit. En somme, pour un droit des femmes à disposer de leur corps. La mobilisation féministe transnationale s’explique, autrement, par cette tension créée par les conservatismes nationaux, l’héritage institutionnel des régimes dictatoriaux et les fortes disparités économiques et sociales résultant des politiques économiques néolibérales. Additionnellement aux inégalités de genre constatées dans l’ensemble des secteurs de la vie publique et privée, le bouillonnement féministe latino-américain s’explique par la multiplication des collectifs et ONG due à l’attention nationale et internationale particulière qu’ont provoquée les changements politiques, les régimes dictatoriaux en particulier.

Cuba : Un Pionnier en Matière de Légalisation de l'Avortement

Cuba se distingue en Amérique latine pour avoir été l'un des premiers pays à légaliser l'avortement. Dès 1965, l'île a dépénalisé l'avortement, le rendant accessible et gratuit dans les établissements de santé publics. Cette décision audacieuse a été motivée par la volonté de protéger la santé des femmes et de réduire le nombre d'avortements clandestins, souvent pratiqués dans des conditions dangereuses.

Avant la vague verte, seuls trois pays légalisaient l’avortement, à savoir 14,3% du territoire de l’Amérique latine et des Caraïbes : Cuba dès 1965 (jusqu’à huit semaines), le Guyana depuis 1995 (jusqu’à sept semaines pour l’IVG médicamenteuse et quatorze semaines pour l’IVG instrumentale) et l’Uruguay en 2012 (jusqu’à douze semaines).

La Révolution Cubaine et les Droits des Femmes

Le triomphe de la Révolution cubaine a engendré le plus remarquable bouleversement politique, économique et social de l’histoire de l’Amérique latine. Dès 1959, les nouvelles autorités conduites par Fidel Castro ont placé les défavorisés, surtout les femmes et les noirs - principales victimes des discriminations inhérentes à une société patriarcale et ségrégationniste -, au centre du projet réformateur. La Révolution « des humbles, par les humbles et pour les humbles » devait jeter les bases d’une nouvelle ère égalitaire, débarrassée des affres des injustices liées à l’histoire et aux structures sociales du pays. La femme cubaine a été la priorité immédiate du gouvernement révolutionnaire avec la création, dès 1960, de la Fédération de Femmes Cubaines (FMC), dont la présidente fut Vilma Espín Dubois, militante pleinement engagée contre la dictature du général Fulgencio Batista et épouse de Raúl Castro.

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Le Rôle de la Fédération des Femmes Cubaines (FMC)

La FMC, fondée en 1960 par Vilma Espín, a joué un rôle crucial dans la promotion des droits des femmes à Cuba. Cette organisation de masse a œuvré pour l'intégration des femmes dans tous les aspects de la société, de l'éducation à l'emploi, en passant par la santé et la participation politique. La FMC a également été un acteur clé dans la mise en œuvre de la politique de contrôle des naissances, avec la légalisation de l'avortement et la mise à disposition de moyens de contraception.

L’objectif initial de cette organisation de masse est de canaliser la participation féminine vers l’édification de la nouvelle société. L’intégration des femmes au travail salarié est la priorité du gouvernement et de la FMC. Plusieurs mesures favorisent leur émancipation à partir des années 1960. En premier lieu, les campagnes d’alphabétisation et de vaccination, encadrées par les principales organisations de masse, s’adressent à l’ensemble de la population cubaine. Mais les femmes en sont les principales bénéficiaires, car elles sont davantage concernées par la mortalité et l’analphabétisme, surtout dans les zones rurales. Ensuite, la création d’écoles maternelles et les campagnes de formation à des métiers permettent à de nombreuses femmes de déléguer en partie leurs obligations familiales à l’État, et d’exercer un emploi. Enfin, une politique de contrôle des naissances est mise en place, avec la légalisation de l’avortement dès 1960 et la mise à disposition de moyens de contraception.

Cadre Légal et Accès à l'Avortement à Cuba

À Cuba, l'avortement est légal pendant les 12 premières semaines de grossesse. Après cette période, il peut être autorisé dans certaines circonstances, telles que des raisons médicales ou des malformations fœtales. L'avortement est pratiqué gratuitement dans les hôpitaux et les cliniques publiques, garantissant ainsi un accès égalitaire à toutes les femmes, indépendamment de leur situation économique.

Avortement sûr et gratuit

La légalisation de l'avortement à Cuba a eu un impact significatif sur la santé des femmes. En rendant l'avortement sûr et accessible, le gouvernement a réduit considérablement le nombre de décès et de complications liés aux avortements clandestins. Cuba affiche aujourd'hui l'un des taux de mortalité maternelle les plus bas d'Amérique latine.

Contrôle des naissances

Cuba fut le premier pays d’Amérique latine à légaliser l’avortement en 1965.

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L'accès à l'avortement

L'avortement est pratiqué gratuitement dans les hôpitaux et les cliniques publiques, garantissant ainsi un accès égalitaire à toutes les femmes, indépendamment de leur situation économique.

Défis et Perspectives

Malgré les progrès réalisés, des défis persistent en matière de droits reproductifs à Cuba. Certaines femmes peuvent encore rencontrer des obstacles pour accéder à l'avortement, en particulier dans les zones rurales ou en raison de convictions personnelles de certains professionnels de santé.

Inégalités de genre

La situation des femmes cubaines est singulière sur le continent latino-américain. La Révolution de 1959 favorise l’éducation et l’intégration professionnelle des femmes, leur permettant ainsi de reléguer leurs tâches domestiques et familiales au second plan. Pourtant, dans le contexte de la crise économique des années 1990, les inégalités de genre sont réaffirmées par la division sexuelle du travail domestique et salarié, et par le retour visible de la prostitution féminine.

La Période Spéciale et ses effets sur les femmes

La crise économique des années 1990, connue sous le nom de "Période Spéciale", a eu un impact significatif sur la vie des femmes cubaines. La perte d'emploi, la pénurie de biens de consommation et la défaillance des services sociaux ont accru les inégalités de genre et ont obligé les femmes à assumer une plus grande part des responsabilités domestiques.

La nécessité de maintenir les acquis

Il est essentiel de maintenir les acquis en matière de droits reproductifs à Cuba et de continuer à promouvoir l'égalité des genres. Cela passe par une sensibilisation accrue, une meilleure information sur les droits des femmes et un accès facilité aux services de santé reproductive.

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tags: #avortement #Cuba #histoire #légalisation

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