La question de la maternité tardive, notamment après 45 ans, est un sujet de société de plus en plus pertinent. Avec le recul de l'âge de la première grossesse, de nombreuses femmes se demandent si concevoir un enfant à cet âge est réaliste et quels en sont les risques et les avantages. Cet article vise à explorer en profondeur cette question, en s'appuyant sur des données statistiques, des avis d'experts et des considérations médicales.
L'évolution de la maternité tardive
Depuis les années 1970, l'âge auquel les femmes choisissent d'avoir leur premier enfant a considérablement reculé. En France, l'âge moyen à la maternité était de 24 ans en 1974, contre près de 29 ans en 2019. L'Ined prévoit même que cet âge pourrait atteindre ou dépasser 32 ans prochainement. Ce phénomène s'observe également dans d'autres pays européens, comme l'Espagne, où l'âge moyen pour avoir des enfants est de 31,8 ans.
Cette tendance est particulièrement marquée chez les femmes les plus diplômées. Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce recul, tels que l'allongement des études, l'évolution des carrières professionnelles, la recherche d'une stabilité financière et personnelle, ou encore la rencontre tardive du partenaire idéal. Parfois, on s’y met plus tard que prévu, on a rencontré sa moitié après 35 ans, on a bossé sans compter les années, on n’a pas eu le déclic, ou on se décide à cet âge chargé de promesses qu’on ne va pas passer à côté de son rêve d’être mère ou d’agrandir une fratrie. En solo ou à deux, on décide qu’on veut un enfant, même si on a passé les 40 ans.
Selon les chiffres de l’Insee, 42 800 bébés sont nés de mères âgées de 40 ans ou plus pendant l’année 2019 en France hors Mayotte. 5,7 % des naissances de 2019 sont des naissances dites « tardives ». Ces dernières années, il y a eu un rebond de la fécondité tardive.
Anne-Lise Pernotte souligne que les grossesses après 40 ans ont nettement augmenté ces dernières décennies. En France, elles représentaient environ 1 % des naissances au début des années 1990, contre environ 6 % aujourd'hui.
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Fertilité et âge : La réalité biologique
En termes de fertilité féminine, la période la plus propice pour concevoir un enfant se situe entre 18 et 31 ans. Après 30 ans, la fertilité commence à diminuer, et cette baisse s'accentue nettement après 37 ans. Pour les hommes, la qualité du sperme diminue également avec l'âge. Chaque année qui passe, pour l’homme comme pour la femme, augmente le risque ne pas parvenir à obtenir de grossesse de 11 % et de ne pas aboutir à une naissance vivante de 12 %.
Entre 35 et 40 ans, la qualité et la quantité des ovocytes diminuent considérablement, réduisant les chances de grossesse. À partir de 40 ans, la fertilité diminue considérablement, avec des chances de conception naturelle inférieures à 5 %. À partir de 45 ans, on estime que la réserve ovarienne d’une femme est pratiquement épuisée.
Les risques associés à la grossesse tardive
Une grossesse après 45 ans est considérée comme une grossesse à risque. Nathalie Massin souligne que le premier risque est celui d'arrêt de grossesse précoce (fausse couche). Une grossesse sur 3 s’arrêtera précocement à 40 ans et plus d’une grossesse sur 2 à 45 ans, alors que le risque est de 15% avant 35 ans.
Le risque de malformation fœtale augmente également avec l'âge. Une nouvelle étude, basée sur les données de plus de 300 000 naissances en Suède, montre que les enfants de mères plus âgées naissent plus souvent prématurément ou avec des complications, en particulier lorsque la mère a 45 ans ou plus. De précédentes études ont montré que les mères plus âgées avaient un IMC plus élevé, davantage recours à la procréation médicalement assistée, un risque accru de certaines maladies pendant la grossesse et une proportion plus élevée d’accouchements par césarienne.
Les risques pour la santé de la mère sont également accrus. Les femmes enceintes âgées de plus de 40 ans sont plus à risque de développer des maladies telles que le diabète gestationnel et l'hypertension artérielle gravidique. En l’absence de traitement, ces maladies mettent en péril la vie de la future mère et du fœtus. Il y a une augmentation significative du risque de pré éclampsie, de diabète gestationnel et de césarienne.
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Plus la mère est âgée, plus les anomalies chromosomiques sont fréquentes. Par exemple, le risque de trisomie 21, estimé à une naissance sur 1 000 lorsque la mère a 30 ans, s’élève à une naissance sur 50 chez les mères âgées de 42 ans. Le risque génétique, comme par exemple la Trisomie 21 augmente également avec l’âge.
Concernant les naissances prématurées, les chercheurs ont constaté que 4,8 % des cas sont survenus chez les mères âgées de 35 à 39 ans. Un chiffre qui grimpe à 6,1 % chez les femmes de 40 à 44 ans. Chez les femmes de 45 ans et plus, 8,4 % des bébés sont nés prématurément.
Le suivi médical : Une nécessité
En cas de grossesse tardive, il est recommandé d’être suivie dans un centre spécialisé pour les grossesses pathologiques, même quand tout se passe bien. Une surveillance attentive et un suivi régulier de la grossesse sont impératifs à partir de 40 ans. Il est donc important de faire suivre sa grossesse au plus tôt et dans une maternité qui prend en compte le risque maternel et pas seulement celui de l’enfant (comme le classement actuel des maternités).
Rappelons que le dépistage comporte une échographie précoce à la 12 e SA suivie à 22 SA, d’une échographie à la recherche d’anomalies morphologiques, de la recherche des marqueurs sanguins de la trisomie entre 15 et 17 SA et d’une amniocentèse selon les cas. Le dépistage du diabète et de l’hypertension artérielle est indispensable. Comme pour toute grossesse, il faut également surveiller son poids, éviter les aliments salés et savoir se ménager (arrêt précoce de l’activité professionnelle si besoin est). Un bilan médical complet doit être entrepris en début de grossesse afin d’identifier les possibles facteurs de risque, notamment les troubles cardiaques, les troubles circulatoires et le diabète, en vue de les prendre en charge de façon optimale le cas échéant. Les futures mamans de plus de 40 ans devront faire suivre leur grossesse de manière particulièrement rigoureuse. Par exemple, les échographies peuvent être plus fréquentes.
La future mère pourra recourir à une amniocentèse afin de déterminer si le fœtus est porteur d’une anomalie chromosomique. Toutefois, l’amniocentèse expose à une fausse couche dans un cas sur 100.
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Les chances de succès : PMA et don d'ovocytes
Après 43 ans, une femme enceinte a environ 3 % de chances d'accoucher naturellement. La majorité des naissances après 45 ans sont issues d'une fécondation in vitro (FIV) avec un don d'ovocytes prélevés chez une femme jeune. Le risque de fausse couche chez une femme d’environ 45 ans avec un embryon issu d’un ovocyte d’une femme de 25 ans se situe alors entre 10 et 15 %.
En France, l’assistance médicale à la procréation (AMP/PMA) n’est prise en charge par la Sécurité sociale que jusqu’à 43 ans. De plus, les nouvelles lois de bioéthiques interdisent aux femmes de plus de 45 ans d'avoir recours à la PMA en France. La seule solution pour ces femmes, c'est d'aller à l'étranger. Certains pays européens ont fixé une limite à 50 ans.
Nathalie Massin conseille de faire un bilan de fertilité complet dès le début des essais de conception pour s’assurer que tout est en place pour une conception naturelle et éviter de perdre un temps précieux en essais qui ne pourraient pas aboutir. Si les essais naturels ne fonctionnent pas une PMA peut être proposée si la réserve ovarienne le permet. Cela permettra d’optimiser le timing mais ne mettra pas à l’abri du risque d’essais infructueux ou encore de fausses couches, à moins d’avoir recours à l’analyse génétique des embryons en FIV (DPI-A = recherche d’aneuploidie*) ou du don d’ovocytes.
Au-delà des risques : Le désir d'enfant
Anne-Lise Pernotte invite les femmes à interroger leur désir d’enfant en profondeur, à sortir du pilotage automatique, à mettre sur pause les injonctions sociales, familiales ou médicales, et à se demander : « qu’est-ce que je veux, moi ? » Interroger son désir d’enfant, ce n’est pas juste répondre par oui ou non. C’est plonger dans ses ambivalences, ses peurs, ses élans profonds, pour faire le tri entre ce qui vient de soi et ce qui vient de l’extérieur.
Elle souligne qu'il n’existe pas de bonnes ou de mauvaises raisons de vouloir un enfant. Il existe des raisons qu’on n’a pas toujours pris le temps d’interroger. Le désir d’enfant peut être viscéral, émotionnel, parfois très rationnel… Et c’est ok. Il peut être nourri d’amour, de peurs, de désir de transmission, de besoin de réparation, d’envie de vivre une certaine expérience… Ce qui compte, c’est de mettre de la lumière sur ce qui nous pousse (ou nous repousse).
Faire face à l'échec : Deuil et acceptation
Quand l’enfant peine à arriver, ce n’est pas simple de vivre l’attente sereinement. Anne-Lise Pernotte invite les femmes à DE-CUL-PA-BI-LI-SER, à ne pas croire que c’est parce qu’elles ne pensent pas assez « positif » ou que leur arrière-grand-mère a vécu des interruptions de grossesse, qu’elles n’arrivent pas à tomber enceinte. En revanche, je les invite à bien clarifier leur désir d’enfant, à traverser leurs peurs, à prendre conscience des conditionnements de l’enfance, à mettre le doigt sur d’éventuelles croyances limitantes. Ce travail de thérapie permet de reprendre le pouvoir sur son « parcours » bébé et de retrouver progressivement confiance en soi et dans son corps. Je les incite aussi à prendre soin d’elle et à cultiver d’autres domaines de vie, deux clefs intéressantes pour vivre l’attente et tenir sur la longueur.
Faire le deuil d’un enfant qu’on n’aura pas, ce n’est pas juste renoncer à une grossesse et une maternité, c’est aussi renoncer à une version de soi, à un rôle social, à une projection de vie, à un lien fantasmé. Anne-Lise Pernotte propose d’honorer ce désir, même s’il n’aboutit pas, de mettre des mots sur ce qui est perdu, mais aussi sur ce qui est vivant et bien là dans leur vie. On travaille sur la transmission autrement, sur les formes que peut encore prendre une fécondité symbolique : créer, transmettre, nourrir le lien autrement. Et surtout, on restaure une image de soi confiante et entière, même sans maternité.
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