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Auguste Renoir et Richard Guino : Analyse de la sculpture "Maternité" et Représentations du Corps Féminin

L'exposition Guino-Renoir, intitulée "La couleur de la sculpture", a reçu le label "Exposition d'intérêt National 2023" du ministère de la Culture et de la Direction des affaires culturelles. Cette distinction souligne la dimension scientifique de l'exposition, son importance nationale, son originalité, ainsi que les initiatives de médiation proposées.

Collaboration Artistique : Guino et Renoir

Dans la continuité de l'exposition "Monfreid sous le soleil de Gauguin" (2022), le musée d'art Hyacinthe Rigaud continue d'étudier les collaborations artistiques atypiques et marquantes qui ont prospéré sous l'influence d'artistes renommés. Richard Guino (1890-1973), un artiste catalan né à Gérone, a suscité un vif intérêt parmi ses contemporains. Enfant prodige de la sculpture, il s'est rapidement intégré au paysage artistique catalan. Dès janvier 1906, à l'âge de 16 ans, il est repéré et soutenu par le journal La Acción, qui lance un appel pour qu'il puisse étudier à Madrid. L'effervescence de la vie artistique parisienne a été un facteur d'enthousiasme et un catalyseur de créativité pour le jeune artiste, qui n'a plus quitté la capitale française. L'exposition met en lumière l'étendue des qualités artistiques de Guino, tant dans la statuaire que dans les arts décoratifs.

Le parcours de l'exposition met en évidence l'évolution de la carrière de Richard Guino, en particulier la transmission et la collaboration artistique qu'il a développées avec Pierre-Auguste Renoir (1841-1919). Une collaboration étroite s'est établie entre les deux artistes de 1913 à 1917, à l'initiative du marchand d'art Ambroise Vollard, qui y voyait un moyen d'accroître la productivité et la notoriété de Renoir dans le domaine de la sculpture, alors que l'usage de ses mains était devenu problématique. Cette rencontre a marqué un tournant dans la carrière du jeune artiste. L'événement s'appuie principalement sur le fonds d'atelier de l'artiste, resté intact après sa mort, qui constitue le cœur de l'exposition. Cet ensemble, documenté par de nombreuses archives inédites, est complété par des prêts de musées nationaux et territoriaux, notamment le musée d'Orsay et le musée de Sèvres. L'exposition favorise également les échanges institutionnels transfrontaliers avec la ville de Gérone et ses musées, qui conservent les premières œuvres de l'artiste.

Immersion Numérique dans l'Atelier de Guino

Grâce à un partenariat avec le Laboratoire LIS de Marseille, une nouvelle session de la programmation Rigaud Digital explore la notion de l'atelier d'artiste à travers des outils numériques innovants qui permettent de reconstituer l'univers créatif de Richard Guino. Les techniques de photogrammétrie, de réalité virtuelle et de restitution 3D sont utilisées pour recréer la maison-atelier où le sculpteur a donné vie à son œuvre, offrant ainsi une immersion dans son lieu de vie et de création tel qu'il existe encore aujourd'hui. Pierre Drap, chargé de Recherche au CNRS - Laboratoire des Sciences de l'Information et des Systèmes (LIS, UMR 7020), Andréa Colpani, ingénieur informaticien, et Jonathan Boiné, géomaticien, ont contribué à ce projet. Des médiatrices accompagnent ce dispositif pour approfondir la compréhension de la réalité virtuelle et de l'exposition. L'équipe de médiation propose également des outils et des jeux pour accompagner la visite, notamment pour le jeune public. Il est possible de préparer ou de prolonger la visite en explorant le site internet de l'exposition.

Acquisitions du Musée Rigaud

Le musée d'art Hyacinthe Rigaud associe sa politique d'acquisitions à sa programmation d'expositions temporaires, afin de présenter au public des œuvres inédites qui enrichissent de manière durable ses collections autour d'artistes importants présentés dans le parcours permanent, conformément à son PSC (Projet Scientifique et Culturel).

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Parmi les acquisitions, on note :

  • En 2021, "Maternité", 1916, plâtre patiné, h. 54,5 cm, de Pierre-Auguste Renoir (1841-1919) et Richard Guino (1890-1973).
  • En 2019, "Femme à sa toilette, dite Grande baigneuse", 1915, bronze, fonte posthume de 1989, h. 1, de Richard Guino (1890-1973).

Représentations de la Femme Enceinte : Art et Médecine

Les représentations des femmes enceintes et des parturientes varient selon qu'elles relèvent du domaine artistique ou médical. Dans l'art (peintures ou sculptures), le corps de la femme est magnifié dans son aura sacrée de l'enfantement, tandis que dans le domaine médical, ces mêmes pouvoirs sont souvent niés. Les lithographies, les gravures et les mannequins anatomiques obéissent à une mise en image et en volume particulière, où l'artiste donne à voir le discours thérapeutique. On observe alors un dialogue étrange, dans lequel le corps mis en scène est empreint des codes usuels de la représentation artistique (déhanchement de la statuaire antique ou poses vénusiennes), tout en étant écorché, saisi par des mains expertes qui viennent l'ouvrir et l'opérer. La représentation du corps qui donne naissance est alors envisagée comme un appui pédagogique, inerte, fixé sur des étapes de l'accouchement et pris en charge par le corps médical. Entre le graveur et le sculpteur qui donnent à voir et le médecin qui explique, le corps de la femme semble perdre de sa vie et ne devenir qu'un objet médicalisé.

Cependant, en confrontant les deux types de représentation, plusieurs liens semblent venir modeler une autre vision de l'enfantement. Aussi bien les sages-femmes et les médecins que les artistes peintres, les sculpteurs et les graveurs apparaissent dès lors comme les détenteurs d'un savoir représenté qui va au-delà de l'image première. Les représentations des corps de femmes enceintes et de parturientes ne sont effectivement pas uniquement constituées de viscères, de chair et de sang, mais bien de tissus tégumentaires et textiles qui viennent dévoiler ce qu'il y a en-dessous, appareils géniteurs et êtres en devenir. Comment dès lors envisager ce savoir transmis ? Les différentes représentations se nourrissent-elles les unes des autres ? Comment le corps ainsi représenté peut-il être perçu ? Et que nous révèlent les différents acteurs de cette iconographie si particulière ? Le graveur des scènes d'accouchement peut-il être comparé au peintre, et le sculpteur de mannequins anatomiques à l'artiste ? En posant et transmettant leur science, les sages-femmes et médecins sembleraient démontrer ce que la peinture d'art ne peut donner à voir, tout en sublimant, à leur façon, la sacralisation de la femme devenant mère.

Représenter l'Accouchement : Une Analyse Plastique

L'étude se concentre sur l'angle d'étude plastique, en analysant la représentation de la femme enceinte et de la parturiente dans ses aspects plastiques. Les corps de femmes sont l'objet de représentations diverses dans le domaine artistique, de la statuaire antique aux œuvres contemporaines. Le corps féminin a été étudié, fantasmé, idéalisé, exacerbé, voire maltraité ou déconstruit.

La Naissance de Méléagre : Entre Mythe et Réalité

L'analyse de l'estampe "La Naissance de Méléagre" de Jacob Folkema et Charles Le Brun (première moitié du XVIIIe siècle) révèle une mise en abîme de la naissance. Les artistes reprennent les éléments narratifs du mythe grec, où les moires annoncent à Althée que son fils mourra dès que le tison aura entièrement brûlé. Althée, allongée lascivement dans son lit, est enveloppée de tissus protecteurs, symbolisant la matrice. Le bébé, nu et vulnérable, est à l'abri en arrière-plan. L'alcôve représente la matrice protectrice, l'utérus où la vie se développe, mais aussi le destin funèbre annoncé. Althée détient la vie de son fils entre ses mains et peut décider de sa survie. Les figures masculines, représentées dans le marbre au-dessus du brasier, évoquent la fin de l'histoire de Méléagre. La composition réunit paradoxalement naissance et mort. L'alcôve et les tissus symbolisent la gestation, tandis que le feu et le marbre érigent la masculinité. Le féminin donne la vie, la contient, la dessine, la préserve et en décide, alors que le masculin rend immuable la destinée. L'accent est mis sur le pouvoir maternel, sans chercher à dévoiler l'en-dessous des tissus.

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Charles Le Brun, premier peintre du roi Louis XIV, a peint une série de tableaux reprenant l'histoire de Méléagre, qui devaient être exécutés en tapisserie. Dans le tableau "La Mort de Méléagre", peint vers 1653, on retrouve la matrice protectrice figurée par la tenture et le lit, dans laquelle le héros meurt. De la naissance à la mort, Méléagre est enveloppé de tissus (lange et linceul) symbolisant la mère qui donne la vie et celle qui la reprend. Bien que l'accouchement ne soit pas visiblement montré, le sujet mythologique permet d'esquisser les contours particuliers de la représentation.

Un Accouchement : La Réalité Crue

Le tableau "Un accouchement", réalisé d'après Andries Both, dépeint une femme en train d'accoucher en pleine rue. Cette scène de genre confronte le spectateur à une réalité quotidienne, mais le cadre public rend cette vue hors champ du privé et de l'intime. La parturiente, dépassée par la douleur, est soutenue par ses accompagnatrices. Une femme "mène le travail" agenouillée, les avant-bras disparus sous les jupons. La jambe découverte et le ventre rehaussé de blanc invitent à voir et à deviner ce qu'il y a en-dessous. Les linges suspendus pourraient faire écho au déchirement des tissus épidermiques. Le travail et la douleur sont palpables, sans distanciation entre la scène peinte et le spectateur. L'accès visuel au corps est limité, mais en lien direct avec la réalité de l'époque, où la parturiente restait habillée tout au long de l'accouchement et accouchait dans les positions de la vie quotidienne.

Le tableau montre à la fois ce qu'il figure et le "mystère" de l'accouchement. Les enveloppes textiles permettent à l'artiste d'exprimer l'intériorité du processus physique et de suggérer l'en-dessous. Ce voile, aux sens matériel et symbolique du terme, reprend les caractéristiques du voile de Poppée, qui amplifie le dévoilement. La rhétorique picturale réside dans la relation entre le corps et le tissu, permettant aux artistes de rendre visible l'intérieur du corps et le mécanisme de l'accouchement. Les contours du corps en délivrance sont à la fois internes et externes, modelés par les plis et les déchirures des tissus textiles et tégumentaires. La réalité médicale n'est pas donnée à voir, au profit de l'exposition de l'accouchement lui-même, qui devient un événement public. En dehors des thèmes mythologiques, bibliques ou historiques, les représentations de femmes qui accouchent ne donneraient rien d'autre à voir que l'épreuve physique.

Gravures Médicales : Un Corps "Anatomisé"

Contrairement à l'épreuve physique suggérée dans certaines représentations artistiques, les gravures médicales présentent une représentation de la femme dont le corps resterait "invisible" en tant que tel, jusqu'au XVIIIe siècle. Cette invisibilité se traduit par une distanciation créée entre la femme qui accouche et le processus physique de la mise au monde de l'enfant. Les gravures médicales sont à lire comme la figuration d'un corps "anatomisé", c'est-à-dire décomposé, déconstruit et détaché de l'être psychique et de ses sensations.

L'anatomie humaine, science qui étudie la forme et la structure des êtres, a connu un essor important à partir de la Renaissance, grâce aux dissections humaines et à l'imprimerie de Gutenberg. L'ouvrage d'André Vésale, "De humani corporis fabrica" (1543), a rendu incontournable l'utilisation d'illustrations dans les traités anatomiques. Les gravures sont ainsi devenues le support visuel de la connaissance du fonctionnement et de la structure internes du corps humain. Le savoir médical pouvait dès lors se préciser et se diffuser, détachant ainsi le corps de la femme de sa subjectivité et de son vécu.

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