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Aristote : Biographie d'un Philosophe Universel

Aristote, figure emblématique de la philosophie antique, a marqué de son empreinte la pensée occidentale. Né à Stagire en Macédoine, il fut un disciple de Platon avant de développer son propre système philosophique, embrassant la logique, la métaphysique, l'éthique, la politique et les sciences naturelles. Sa vie, son œuvre et son influence continuent de fasciner et d'inspirer les penseurs d'aujourd'hui.

Jeunesse et Formation à l'Académie de Platon

Né à Stagire en 384/383 av. J.-C., Aristote était le fils d'un médecin de la cour macédonienne, Nicomaque. Cette origine familiale pourrait expliquer son intérêt pour la biologie et les sciences naturelles. Vers l'âge de 17 ans, il se rend à Athènes pour étudier à l'Académie de Platon, où il restera pendant une vingtaine d'années, jusqu'à la mort de son maître.

À l'Académie, Aristote devient l'un des principaux disciples de Platon, collaborant à l'enseignement et publiant des dialogues qui développent les thèses platoniciennes. Il se fait remarquer par son intelligence et son esprit critique, s'opposant à la théorie des Idées tout en enseignant la rhétorique. Sa formation philosophique se développe à partir des réflexions sur les thèses de Platon, en particulier sur les thèses ontologiques.

Voyages et Recherches Biologiques

Après la mort de Platon en 348/347 av. J.-C., Aristote quitte Athènes. Il part pour Assos, puis passe une période à Mytilène, où il mène des recherches sur les animaux avec le naturaliste et philosophe Théophraste. Les résultats de ses observations sur la structure, la vie, les comportements, les fonctions reproductives et l'anatomie des animaux sont consignés dans ses œuvres « biologiques ».

Précepteur d'Alexandre le Grand et Fondation du Lycée

En 343/342 av. J.-C., Aristote accepte l'invitation de Philippe, roi de Macédoine, et devient le précepteur d'Alexandre (le futur Alexandre le Grand) à Pella. Après un bref séjour à Stagire, il retourne à Athènes pour enseigner dans sa propre école, le Lycée, en 335 av. J.-C.. C'est là qu'il compose la plus grande partie de ses ouvrages. Le Lycée devient rapidement un centre important d'enseignement et de recherche, rivalisant avec l'Académie de Platon. Les disciples d'Aristote, appelés « péripatéticiens », avaient l'habitude de discuter en marchant.

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L'Œuvre Logique : L'Organon

Plusieurs traités d’Aristote sont regroupés sous le nom d'« Organon » (littéralement, « instrument » ou « outil »), notamment les Catégories, le traité Sur l’interprétation, les Premiers Analytiques, les Seconds Analytiques, les Topiques et les Réfutations Sophistiques. La tradition nomme l’ensemble de ces traités « les œuvres logiques ». Toutefois, cette dénomination peut se révéler trompeuse. En effet, dans l’Organon, Aristote ne traite pas seulement de logique, il commence à développer certaines thèses ontologiques qui seront reprises dans d’autres œuvres.

Les Catégories

Dans les Catégories, Aristote s’occupe des « êtres dits sans combinaison » et propose une classification de ces derniers. Les dix « catégories », c’est-à-dire les choses qui se disent sans combinaison, sont la substance, la qualité, la quantité, le relatif, faire, subir, le lieu, le temps, le changement et l’avoir. L’introduction des catégories permet d’aborder des problèmes ontologiques fondamentaux ; en particulier, elle permet d’établir une hiérarchie entre les êtres. La catégorie de la substance est la plus importante pour l’ontologie d’Aristote. Les substances sont la base pour l’existence des autres choses et toutes les autres choses dépendent des substances. Autrement dit, les substances ont primauté ontologique par rapport aux autres choses comme les qualités, les quantités, etc. Dans les Catégories, Aristote introduit deux relations importantes pour sa théorie de l’être : « être dit d’un sujet » et « être dans un sujet ».

Sur l'Interprétation

La théorie du traité Sur l’interprétation se trouve à la base de la logique aristotélicienne. Aristote analyse les parties d’une assertion formée par un nom et un verbe. Une affirmation est déclarative quand elle peut être vraie ou fausse ; puisqu’une question ou un ordre ne peuvent être ni vrai ni faux, ils ne constituent pas d’assertions déclaratives. Le premier type d’assertion déclarative est l’affirmation ; le deuxième la négation. En outre, une assertion déclarative peut être particulière (« Socrate est assis ») ou universelle (« Tous les chevaux sont fauves »). La distinction entre la quantité (particulière ou universelle) et la qualité (affirmation ou négation) d’une assertion déclarative permet à Aristote de tracer le « carré logique » qui illustre les relations d’opposition logique. Une affirmation universelle et une négation universelle sont contraires. Une affirmation universelle et une négation particulière sont contradictoires. Une affirmation universelle et une affirmation particulière sont subalternes. De la même façon, une négation universelle et une négation particulière sont subalternes. Le traité Sur l’interprétation se conclut par une discussion des modalités qui, dans la logique moderne, sont dites « modalités aléthiques ». Un énoncé peut être nécessaire, contingent, possible ou impossible.

Les Analytiques : Premiers et Seconds

Les éléments et les relations établis dans le carré logique ainsi que les modalités sont indispensables pour comprendre la « théorie du syllogisme » et la structure des arguments dialectiques, en particulier des réfutations. L’expression « théorie du syllogisme » n’apparaît pas telle quelle chez Aristote, mais est utilisée dans la tradition pour indiquer le système logique développé dans les Analytiques. C’est surtout grâce à cette théorie qu’Aristote est connu comme « le père de la logique ». Dans les Premiers Analytiques, Aristote décrit certains types de syllogisme correspondant à des raisonnements valides et indique les liens qui existent entre eux. L’argumentation syllogistique est un type de déduction. Selon Aristote, « le syllogisme est un discours dans lequel, certaines choses ayant été posées, une chose distincte de celles qui ont été posées, s’ensuit nécessairement, du fait que celles-là sont ». Par conséquent, le syllogisme est un discours dans lequel la conclusion s’ensuit nécessairement des prémisses. Les prémisses et la conclusion ont une structure prédicative (il s’agit d’assertions particulières ou universelles, affirmatives ou négatives). Aristote se concentre sur un type spécifique de déductions, c’est-à-dire, sur les déductions qui ont exactement deux prémisses. Les deux prémisses contiennent trois termes dont un, « le terme moyen », est contenu dans chacune. Les deux autres ont la conclusion.

Dans les Seconds Analytiques, Aristote expose la théorie de la déduction scientifique, ou théorie de la démonstration, et il introduit la distinction entre « la déduction du fait » et « la déduction du pourquoi ». La démonstration n’est pas la déduction du fait, mais elle est la déduction du pourquoi qui nous permet de montrer la cause, c’est-à-dire « le pourquoi ». Dans cette œuvre, Aristote présente aussi plusieurs problèmes liés à la définition, parfaitement distincte de la démonstration, et pose une thèse importante : la définition qui exprime la cause ne peut pas être la conclusion d’une démonstration. Le dernier chapitre, fameux et controversé, des Seconds Analytiques, traite de l’induction, de l’intellection et des principes premiers. Il convient de préciser que, dans le reste des Seconds Analytiques, Aristote met l’accent sur la déduction à partir des principes premiers, tandis que, dans le dernier chapitre, il aborde (brièvement et de manière cryptique) la question de l’apprentissage des principes.

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Les Topiques et les Réfutations Sophistiques

La dialectique constitue l’objet des Topiques. Au début du livre I, Aristote annonce le but de Topiques : présenter la méthode dialectique qui « nous rendra capable de raisonner déductivement, en prenant appui sur les idées admises (endoxa), sur tous les sujets qui peuvent se présenter ». Les mots d’Aristote soulèvent trois questions : (i) Que signifie « raisonner déductivement ? », (ii) Que sont les « idées admises (endoxa) » ? et (iii) Est-il est vraiment possible d’examiner « tous les sujets qui peuvent se présenter » ? La réponse nous permettra de comprendre la structure de la dialectique aristotélicienne et de sa méthode. La définition de la déduction est la même que celle formulée dans les Premiers Analytiques. Dans le cas des déductions scientifiques (ou démonstrations), les prémisses sont « des affirmations vraies et premières, ou du moins des affirmations telles que la connaissance qu’on a prend naissance par l’intermédiaire de certaines affirmations premières et vraies ». Nombreuses sont les difficultés qu’un traducteur rencontre pour exprimer le sens du mot « endoxa » en français. Littéralement, il s’agirait d’ « opinions admises » car « endoxa » est composée de la préposition « en » et du mot « doxa » qui signifie « opinion ». Dans le cadre de la présente discussion, il suffit de décrire les endoxa comme des opinions admises par la majorité des êtres humains ou la majorité des savants. Les endoxa ne sont pas d’affirmations premières et vraies comme celles contenues dans les prémisses d’une démonstration. Selon Aristote, la méthode dialectique nous permet d’examiner « tous les sujets qui peuvent se présenter ». En effet, Aristote utilise cette méthode dans plusieurs domaines comme la physique, l’éthique et la métaphysique. Peut-être, faudrait-il préciser que la dialectique permet d’aborder un grand nombre de sujets. La joute dialectique envisage un échange verbal entre deux interlocuteurs, le questionneur (d’habitude le dialecticien) et le répondant. D’un côté, la tâche du questionneur est de réfuter les thèses accordées par l’adversaire ; selon Aristote, la réfutation est « une déduction avec la contradiction de la conclusion ». De l’autre, la tâche du répondant est d’éviter la défaite (la réfutation). Pour atteindre son but, le dialecticien doit s’appuyer sur la théorie des prédicables qui constitue une partie fondamentale de la méthode dialectique. Les éléments constitutifs des raisonnements, pour Aristote, sont les assertions déclaratives ; les objets sur lesquels les raisonnements portent sont les problèmes. A l’origine des assertions déclaratives et des problèmes, se trouvent les quatre prédicables : le propre, la définition, le genre et l’accident.

La différence entre la dialectique des Topiques et celle des Réfutations Sophistiques réside dans les types d’arguments utilisés par le questionneur. Les réfutations sophistiques sont « des arguments qui se présentent comme des réfutations, mais qui sont en fait des paralogismes et non des réfutations ». En d’autres termes, les réfutations sophistiques ressemblent à de véritables réfutations, mais elles ne le sont pas. Un répondant sans expérience de la joute dialectique n’est pas capable de comprendre si une réfutation semble véritable sans l’être. Comme nous l’avons déjà indiqué, une réfutation véritable est une « déduction avec la contradiction de la conclusion », tandis qu’une réfutation sophistique seulement en apparence déduit la contradiction de la conclusion. Elle est donc une réfutation apparente. Même si Aristote classe et analyse principalement les réfutations sophistiques, il considère brièvement d’autres type d’arguments utilisés par ceux qui recherchent à tout prix la victoire sur l’adversaire : pousser l’interlocuteur à l’erreur, au paradoxe, au solécisme et au psittacisme. La classification des réfutations est une avancée majeure par rapport à la tradition précédente. Aristote distingue entre deux types de réfutations. Au type (a) appartiennent les réfutations qui dépendent de l’expression linguistique, et au type (b) appartiennent celles qui n’en dépendent pas.

L'Ontologie : La Métaphysique

La première étape de l’ontologie d’Aristote se trouve dans les Catégories, où Aristote analyse la façon dont nous parlons de la réalité et il propose une division des choses qui existent (les êtres). Les dix « catégories », c’est-à-dire les choses qui se disent sans combinaison, sont la substance, la qualité, la quantité, le relatif, faire, subir, le lieu, le temps, le changement et l’avoir.

La question « qu’est-ce que l’être ? » se trouve reformulée au travers des différents chapitres de la Métaphysique en « qu’est-ce que la substance ? ». L’ontologie consiste alors à distinguer ce qui existe « par soi » (la substance, l’essence) de ce qui s’y rapporte seulement (les qualités).

Philosophie Naturelle : La Physique et l'Étude de l'Âme

L’apport d’Aristote concerne avant tout la philosophie naturelle, ou physique. Sa pensée est profondément originale, en particulier quant au changement dans la nature. Pour Aristote, faire de la physique, c’est recueillir soigneusement les positions des philosophes qui ont enquêté sur la nature (phusis), observer tous les phénomènes naturels, puis remonter aux principes qui les fondent. De manière générale, tout changement suppose un couple de contraires. Ce qui devient blanc a d’abord été non-blanc, la maison achevée suppose la dispersion initiale des matériaux qui la composent. Aristote, dans un premier temps, réduit l’opposition de ces contraires à deux grands principes : la forme (eidos) et la privation de forme (steresis). Mais pour bien rendre compte du devenir, c'est-à-dire du passage de l’indétermination à la détermination, il faut néanmoins avoir recours à un troisième principe : ce qui devient, ce qui demeure dans le changement. En effet, le blanc et le non-blanc ne sauraient être présents simultanément dans le même être. C’est la matière (hulê) qui reçoit la forme, qui est « informée ».

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Comme tous les êtres réels, l’être vivant est aussi composé d’une matière et d’une forme. Le corps (sôma), c'est-à-dire la matière de la vie, n’est vivant qu’en puissance. Il ne sera vivant en acte que lorsqu’il sera informé par un principe, à savoir l’âme (psuchè), sa forme. L’âme est donc avant tout chez Aristote principe de l’activité vitale. Le philosophe de l’âme (le psycho-logue pourrait-on dire) étudie l’animation du corps.

L'Éthique et la Politique : La Recherche du Bonheur et de la Vie Juste

La philosophie platonicienne avait montré une union entre la vie intellectuelle, morale et politique : la philosophie, par la science, atteint la vertu et la capacité de gouverner la cité. La philosophie aristotélicienne va dissocier tout cela. Pour Aristote, le bien moral ne correspond pas à l’Idée du Bien, cet objet de science que Platon mettait au sommet des êtres, et dont la contemplation donnait au philosophe l’opinion droite. La première étape de ce programme consiste à déceler la fin qui oriente toutes les actions humaines. Or l’observation montre que tous les hommes recherchent le bonheur : plaisir, science, richesse, ne sont que des moyens pour atteindre cette fin. Un être n’atteint sa fin que lorsqu’il accomplit la fonction qui lui est propre. L’excellence dans l’accomplissement de cette fonction est la vertu de cet être. La vertu humaine, elle, consiste dans l’excellence de l’activité raisonnable. La disposition vertueuse n’est pas naturelle et innée ; en effet, tout homme naît avec des dispositions à certaines passions, comme la colère ou la peur par exemple. La vertu consiste alors avant tout à éviter les excès et les défauts, le trop ou le trop peu. L’éthique est une description concrète de la manière dont la raison peut diriger toute l’activité humaine.

La justice, chez Aristote, devient une vertu à part. Si la Justice, chez Platon, soutient l’ensemble des vertus de l’homme, elle devient chez Aristote une vertu à part.

Fin de Vie et Héritage

À la mort d’Alexandre le Grand en 323 av. J.-C., le climat politique à Athènes devient instable. Aristote, accusé d'impiété, quitte la ville pour Chalcis, sur l'île d'Eubée, où il meurt en 322 av. J.-C.. Son œuvre, transmise sous forme de notes de cours, a exercé une influence considérable sur la philosophie et la science occidentales, notamment grâce à Thomas d'Aquin, qui l'a intégrée à la doctrine catholique au XIIIe siècle.

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