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Argentine : Une victoire historique pour le droit à l'avortement

Un vote historique a eu lieu au sein du Sénat argentin, majoritairement conservateur, qui a adopté un texte de loi légalisant l'interruption volontaire de grossesse (IVG). Cette décision, saluée par des scènes de liesse à Buenos Aires, marque une étape importante dans la lutte pour les droits des femmes en Argentine et en Amérique latine.

Un tournant législatif

Le texte, déjà approuvé par les députés le 11 décembre, a été adopté avec 38 voix pour, 29 contre et une abstention. Il remplace une loi de 1921 qui n'autorisait l'IVG qu'en cas de viol ou de danger pour la vie de la mère. Désormais, l'avortement est autorisé gratuitement et sans condition jusqu'à 14 semaines de grossesse.

Selon Sergio Leavy, sénateur membre de la majorité, « cette loi n'oblige pas à avorter, elle ne promeut pas l'avortement, elle lui donne seulement un cadre légal ». Le texte prévoit également la possibilité, pour les médecins opposés à l'avortement, de faire valoir leur « objection de conscience », tout en les obligeant à rediriger les patientes vers d'autres établissements.

Un autre projet de loi, en cours d'examen, propose la création d'une allocation des « 1.000 jours » pour soutenir les mères de famille pendant leur grossesse et les premières années de l'enfant, avec l'objectif de réduire les avortements pour raisons économiques.

Un pas en avant pour les droits des femmes

L'adoption de cette loi place l'Argentine parmi les pays qui ont mis fin aux avortements dangereux. Elle rejoint ainsi Cuba, l'Uruguay, le Guyana, la ville de Mexico et l'État mexicain d'Oaxaca, seuls à autoriser l'IVG sans conditions en Amérique latine.

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Cette avancée est perçue comme une révolution dans ce pays sud-américain, où, selon le gouvernement argentin, entre 370 000 et 520 000 avortements clandestins sont pratiqués chaque année, entraînant 38 000 hospitalisations pour complications post-avortement.

En autorisant l'IVG, l'Argentine rejoint un club latino-américain très restreint. En 2018, les sénateurs avaient rejeté par sept voix un texte similaire dans un pays encore très catholique et profondément divisé sur la question.

Mobilisation et espoir

Depuis des années, les pro-IVG, ralliés autour de la couleur verte, ont mené une intense campagne sur les réseaux sociaux, notamment la Campagne pour un avortement légal, sûr et gratuit, qui regroupe plus de 300 organisations féministes.

Mariela Breard, jeune militante féministe argentine, souligne l'importance du rôle des jeunes dans cette transformation : « Les jeunes jouent un rôle très important. Ils ont espoir dans le futur : ce sont les jeunes qui transforment la société. »

Cependant, des défis persistent. Maricel Rodriguez Blanco, docteure en sociologie, met en garde contre la possibilité que, lors de la mise en place de la loi, des cas se présentent dans des provinces conservatrices où tout le personnel d'un établissement de santé se déclarera objecteur de conscience, rendant l'accès à l'IVG difficile pour les femmes.

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Un impact régional

La légalisation de l'avortement en Argentine pourrait avoir des répercussions importantes dans la région. Selon l'institut américain Guttmacher, 97 % des femmes en âge de procréer en Amérique latine vivent dans des pays avec des lois sur l'IVG restrictives.

Juan Pappier, chercheur spécialiste des Amériques à Human Rights Watch, estime que « l'adoption d'une loi qui légalise l'avortement dans un pays catholique aussi grand que l'Argentine va dynamiser la lutte pour garantir les droits des femmes en Amérique latine ». Maricel Rodriguez Blanco abonde dans le même sens, soulignant que cela permettra de diffuser les revendications des mouvements féministes dans d'autres pays de la région.

Les défis persistants et les voix discordantes

Malgré cette avancée historique, des défis persistent et des voix discordantes se font entendre. Des associations féministes dénoncent des dysfonctionnements dans l'application de la loi, tandis que des personnalités politiques expriment leur opposition à l'IVG.

Javier Milei, le président argentin, a affirmé qu'il considérait l'avortement comme un « meurtre » et les partisans de sa légalisation comme des « assassins ». Son gouvernement a également supprimé le ministère des Femmes, des Genres et de la Diversité, et annoncé la fermeture de l'Institut national contre les discriminations (Inadi).

L'avortement en Argentine : un long chemin parcouru

La légalisation de l'avortement en Argentine est le résultat d'une longue lutte menée par les mouvements féministes, les organisations de défense des droits des femmes et les militants de la société civile. Cette victoire historique marque une étape importante dans la reconnaissance des droits sexuels et reproductifs des femmes en Argentine et pourrait avoir un impact significatif dans la région.

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Les prémices de la lutte féministe

Dans les années 70, des mouvements tels que l'Unión Feminista Argentina (UFA) et le Movimiento de Liberación Feminista (MLF) ont commencé à se mobiliser pour revendiquer le droit à l'avortement. Leurs actions ont contribué à sensibiliser l'opinion publique et à ouvrir le débat sur cette question.

L'émergence de nouveaux acteurs et stratégies

Dans les années 80, de nouveaux groupes d'études ont émergé, portant des revendications plus officielles et construites. La Comisión por el Derecho al Aborto a organisé des tables rondes avec des figures du féminisme national pour faire avancer les réflexions sur le sujet.

La mobilisation de la société civile

Au fil des luttes et des manifestations, les féministes ont fait remonter le combat jusqu'aux instances officielles. Le mouvement Ni Una Menos, né en 2015, a forgé une coalition de femmes pour défier le statu quo et revendiquer le droit à l'avortement.

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