L'avortement en Argentine est un sujet complexe et profondément ancré dans l'histoire sociale et politique du pays. Des mobilisations massives aux débats parlementaires passionnés, la lutte pour la légalisation de l'avortement a façonné le paysage des droits des femmes en Argentine.
Un Mouvement Féministe Puissant : #NiUnaMenos
Le grand mouvement féministe et citoyen #NiUnaMenos, né en 2015 pour crier sa révolte contre les violences faites aux femmes, a réinvesti les rues de Buenos Aires pour exiger l’“avortement légal et à l’hôpital”, comme le scandaient les participants. Cette grande marche a conduit des dizaines de milliers de femmes devant le palais du Congrès, où a lieu depuis trois mois un débat sur une possible modification de la loi sur l’avortement, qui débouchera sur un vote le 13 juin prochain en session plénière. Niunamenos - “pas une de moins” pour exiger que plus aucune femme ne soit soustraite à la vie par assassinat - n’a pas cessé d’occuper les réseaux sociaux et ne désarme pas, depuis trois ans, pour faire avancer la place et les droits des femmes dans la société argentine.
Le mouvement #NiUnaMenos (pas une de moins) a joué un rôle essentiel dans la lutte pour la légalisation de l'avortement en Argentine. Né en 2015 en réponse à la violence faite aux femmes, ce mouvement a rapidement élargi son champ d'action pour inclure la question de l'avortement, en soulignant que l'interdiction de l'avortement mettait en danger la vie et la santé des femmes, en particulier celles issues de milieux défavorisés.
Un Débat Parlementaire Intense
À quelques jours d’un débat au Parlement, des dizaines de milliers de femmes ont manifesté pour réclamer la légalisation de l’avortement. Le projet de loi légalisant l'avortement a été adopté par les députés, mais doit encore être approuvé par le Sénat, réputé plus conservateur, pour que l'avortement soit légalisé. Le vote est historique en Argentine, pays du pape François, où l'Eglise a mis toutes ses forces dans la bataille pour mettre en échec le projet de loi.
Le débat sur la légalisation de l'avortement a divisé la société argentine, les politiciens et les partis politiques. Malgré la force du mouvement #NiUnaMenos, malgré l’évolution des mentalités et la nette prise de position du ministre de la Santé lui-même en faveur de l’avortement légal, “la vague de soutien à l’interruption volontaire de grossesse a quelque peu perdu de sa force”, constate La Nación. Selon un récent sondage, explique le journal de Buenos Aires, 51 % des personnes interrogées se disent favorables à la dépénalisation de l’avortement, 37 % y demeurent opposées et 12 % ne se prononcent pas. Une ligne de fracture se fait également jour au sein des députés et des partis politiques, laissant l’issue du vote bien incertaine et les voix des défenseurs du “droit à la vie” s’exprimer haut et fort. Au-delà de la question de fond, note le quotidien, la décision de l’hémicycle comporte donc des risques politiques pour le président Macri, qui a pris l’initiative de mettre le sujet sur le tapis, tout en se déclarant “favorable à la vie”, s’exposant à une forte division au sein des forces politiques de tous bords, y compris du sien.
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L'Avortement Clandestin : Un Problème de Santé Publique
Selon le ministère de la santé, près de 355 000 femmes avortent clandestinement chaque année en Argentine, et une cinquantaine en décèdent. Les avortements clandestins représentent l’une des principales causes de mortalité maternelle en Argentine.
L'avortement est actuellement interdit en Argentine, sauf en cas de viol ou de risque pour la santé de la mère. Cette interdiction conduit à des avortements clandestins, souvent pratiqués dans des conditions dangereuses, mettant en danger la vie et la santé des femmes. La légalisation de l'avortement est considérée par beaucoup comme une question de santé publique, car elle permettrait aux femmes d'accéder à des avortements sûrs et légaux, réduisant ainsi le nombre de décès et de complications liés à l'avortement clandestin.
Les Pionnières de la Lutte pour l'IVG
Martha Rosenberg, Olga Cristiano, Alicia Cacopardo, Alicia Schejter, Nina Brugo, Elsa Schvartzman… A 70 ans et plus, ces pionnières attendaient ce moment depuis plus de trente ans. Il y a trente ans déjà, des pionnières partaient en campagne, dans l’indifférence, pour défendre le droit de décider d’avoir un enfant ou pas.
La lutte pour la légalisation de l'avortement en Argentine ne date pas d'hier. Depuis des décennies, des femmes se battent pour ce droit fondamental, bravant l'opposition de l'Église et des forces conservatrices. Ces pionnières ont contribué à sensibiliser le public à la question de l'avortement et à créer un mouvement de soutien à la légalisation.
Un Long Chemin Semé d'Obstacles
Malgré l’énorme lutte, le projet de loi pour la dépénalisation et la légalisation de l’avortement n’a été discuté pour la première fois au Parlement qu’en 2018, 13 ans après sa première présentation au Congrès, systématiquement rejeté par les gouvernements kirchneristes. La particularité de la présentation du projet de loi en 2018 est qu’il a été accompagné d’une énorme couverture médiatique qui a ouvert le débat public, ainsi que l’énorme pression des manifestations Ni Una Menos.
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Le chemin vers la légalisation de l'avortement en Argentine a été long et difficile. Le projet de loi a été présenté à plusieurs reprises au Congrès, mais a toujours été rejeté. L'opposition de l'Église et des forces conservatrices a été un obstacle majeur à la légalisation.
La "Marée Verte" : Un Mouvement Intergénérationnel
Après avoir été adoptée par les députés par 129 voix pour et 125 contre le 14 juin 2018, grâce à cette « marée verte » intergénérationnelle qui a secoué le pays, la loi a été rejetée par 38 voix contre et 31 pour, dans les premières heures du 9 août 2018 par les sénateurs et sénatrices.
La "marée verte" est un mouvement de soutien à la légalisation de l'avortement en Argentine, symbolisé par le port de foulards verts. Ce mouvement a rassemblé des femmes de tous âges et de tous horizons, unies par la conviction que l'avortement est un droit fondamental. La "marée verte" a joué un rôle essentiel dans la sensibilisation du public à la question de l'avortement et dans la création d'un climat politique favorable à la légalisation.
L'Influence de l'Église et des Forces Conservatrices
L'Eglise a mis toutes ses forces dans la bataille pour mettre en échec le projet de loi. Le rejet de loi a soulevé une énorme colère, et les critiques contre les « dinosaures » du Sénat qui ont montré leur caractère clérical et réactionnaire n’ont pas tardé à se faire entendre. Presque immédiatement, une campagne pour la séparation de l’Église et de l’État a été mise en place, mobilisant des milliers de personnes pour signer leur renonciation au baptême et à l’Église catholique.
L'Église catholique et les forces conservatrices ont joué un rôle important dans l'opposition à la légalisation de l'avortement en Argentine. Ils ont fait valoir que l'avortement est un péché et qu'il viole le droit à la vie. L'influence de l'Église et des forces conservatrices a été un obstacle majeur à la légalisation.
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L'Espoir Renait : Un Nouveau Projet de Loi
Deux ans après la mobilisation sans précédent des Argentines pour la légalisation de l’interruption volontaire de grossesse, le président Alberto Fernandez doit présenter un projet de loi dans les prochaines semaines. Elu fin octobre 2019, il est le premier chef d’Etat argentin à se prononcer en faveur de la légalisation de l’IVG. Un projet de loi préparé par son gouvernement sera présenté dans les prochaines semaines au Congrès - l’ouverture des sessions parlementaires est prévue le 1er mars.
Malgré les nombreux obstacles, l'espoir de voir l'avortement légalisé en Argentine renaît avec l'élection du président Alberto Fernandez, qui s'est prononcé en faveur de la légalisation. Un nouveau projet de loi est en préparation et sera présenté au Congrès dans les prochaines semaines.
Argentine : Un Pays à l'Avant-Garde des Droits Sociaux
L’Argentine devient le premier grand pays du sous-continent américain à permettre aux femmes de disposer librement de leur corps, confirmant sa place à l’avant-garde des droits sociaux dans la région - après avoir approuvé le mariage pour tous, en 2010, et la loi sur l’identité de genre, en 2012.
L'Argentine a une longue histoire de lutte pour les droits sociaux. Le pays a été l'un des premiers à légaliser le mariage homosexuel et à adopter une loi sur l'identité de genre. La légalisation de l'avortement confirmerait la position de l'Argentine à l'avant-garde des droits sociaux dans la région.
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