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La Lutte pour l'Avortement en Argentine : Une Victoire Historique et un Avenir Incertain

L'Argentine a été le théâtre d'une longue et intense lutte pour le droit à l'avortement, aboutissant à une victoire historique en 2020. Cependant, cette victoire est aujourd'hui menacée par des forces conservatrices, ravivant les manifestations et la détermination des mouvements féministes.

Légalisation de l'Avortement : Un Tournant Décisif

Le 30 décembre 2020, l'Argentine a légalisé l'avortement, rejoignant ainsi un groupe restreint de pays latino-américains ayant franchi ce pas, après Cuba, l'Uruguay, le Guyana et la province de Mexico au Mexique. Avant cette date, l'avortement n'était autorisé qu'en cas de viol ou si la vie de la mère était en danger, sous peine de sanctions pénales sévères. Cette légalisation a marqué un tournant décisif dans l'histoire des droits des femmes en Argentine, fruit d'une lutte acharnée menée par des générations de féministes.

Les Racines de la Lutte Féministe en Argentine

Les mouvements féministes argentins ont une longue histoire de lutte pour les droits des femmes, y compris le droit à l'avortement. Dès les années 1970, des organisations telles que la Unión Feminista Argentina (UFA) et le Movimiento de Liberación Feminista (MLF) ont joué un rôle essentiel dans la sensibilisation et la revendication de ce droit. Leurs actions prenaient diverses formes, allant des manifestations de rue à la publication d'articles et à la distribution de tracts. En 1974, l'UFA et le MLF se sont notamment mobilisés contre un décret présidentiel interdisant la distribution de contraceptifs gratuits.

L'Intensification de la Lutte dans les Années 1980 et 1990

Dans les années 1980, la lutte féministe s'est intensifiée, se traduisant par la création de groupes d'études et la formulation de revendications plus officielles. La Comisión por el Derecho al Aborto est un exemple de ces groupes. Des tables rondes ont été organisées avec des figures importantes du féminisme national pour approfondir les réflexions sur le sujet. En 1992, un premier projet de loi sur la contraception et l'avortement a été proposé, témoignant des efforts des féministes pour porter le combat jusqu'aux instances officielles.

Ni Una Menos : Un Mouvement Catalyseur

Le mouvement Ni Una Menos (« Pas une de moins »), né en 2015, a joué un rôle de catalyseur dans la lutte pour le droit à l'avortement. Ce mouvement a forgé une coalition de femmes déterminées à défier le statu quo et à faire entendre leurs voix. Le 4 juin 2018, la quatrième marche annuelle pour la légalisation de l'avortement a rassemblé 150 000 personnes, de la Plaza de Mayo à la Plaza del Congreso, sous le slogan « Sans avortement légal, il n'y a pas de Ni Una Menos ». Cette marche a continué d'avoir lieu chaque année, contribuant à maintenir la pression sur les décideurs politiques et à sensibiliser l'opinion publique.

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Le Rôle du Président Alberto Fernández

Le droit à l'avortement en Argentine est le résultat d'une lutte historique et intergénérationnelle, qui a abouti grâce au soutien du président Alberto Fernández. Son engagement en faveur de la légalisation de l'avortement a été déterminant pour faire avancer le projet de loi et obtenir son adoption par le Parlement. Le documentaire de Juan Solanas « Que sea ley » (2019) illustre parfaitement cette lutte, en se concentrant sur le combat final en 2018.

La Menace de Javier Milei sur les Droits Reproductifs

Malgré la légalisation de l'avortement, les droits reproductifs des femmes en Argentine sont aujourd'hui menacés par le président d'extrême droite Javier Milei. Amnesty International a exprimé son inquiétude face à cette situation, soulignant que les politiques de Milei mettent en danger les droits à la reproduction.

Lors de la journée internationale d'action pour la santé des femmes, les bandanas verts, symboles de la lutte féministe argentine, étaient de retour dans les rues, témoignant de la détermination des femmes à défendre leurs droits. Les organisations féministes ont dénoncé les politiques de Javier Milei, qui considère l'avortement comme "une aberration" et un "meurtre aggravé".

Les Politiques Anti-Sociales de Javier Milei

Javier Milei, en poste depuis fin 2023, mène une politique profondément anti-sociale. Il fustige constamment le mouvement féministe et a mis en garde contre "les dangers du socialisme". Dans un contexte de tensions sociales, où les manifestations contre la politique de Milei se multiplient, Amnesty International tire la sonnette d'alarme.

Selon un rapport publié récemment, la branche Argentine de l'ONG a enregistré une augmentation significative des demandes de renseignements, de plaintes et de conseils concernant les difficultés d'accès à l'avortement. La directrice d'Amnesty argentine qualifie même l'Argentine comme "terrain d'essai" pour éroder le droit à l'avortement.

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Le gouvernement de Milei réduit le financement des contraceptifs et a mis fin à la distribution de pilules abortives. Il a également démantelé le plan national de prévention des grossesses non désirées chez les adolescentes. Ces mesures ont des conséquences désastreuses pour les femmes, en particulier les plus vulnérables.

La Réaction de la Société Argentine

Les Argentins ont vivement réagi aux propos de Javier Milei sur la baisse de la natalité. Beaucoup ont exprimé leur inquiétude quant à la possibilité d'élever des enfants dans un contexte économique difficile.

Face à ces menaces, les organisations féministes et les défenseurs des droits des femmes se mobilisent pour défendre leurs acquis et empêcher un recul des droits reproductifs en Argentine.

L'Avortement en Amérique Latine : Un Panorama Contrasté

L'Argentine est un pays très catholique, où l'interruption volontaire de grossesse (IVG) n'était possible qu'en cas de danger pour la vie de la femme ou qu'en cas de viol et ce depuis 1921. Si l'IVG était pratiquée dans un autre cadre, le code pénal argentin punissait cet acte médical. Les femmes qui y avaient recours risquaient d'être emprisonnées pour une durée allant jusqu'à quatre ans. C'est dans ce contexte là que les avortements clandestins ont commencé à se rependre.

La légalisation de l'avortement en Argentine a suscité des espoirs d'un changement dans les débats relatifs à l'avortement dans plusieurs autres pays d'Amérique latine. Cependant, le débat se déroule de manière très différente dans les autres pays.

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Au niveau légal, l'avortement y est pénalisé sauf, en règle générale, pour les exceptions relatives à ce que l'on nomme communément l' « avortement thérapeutique », c'est-à-dire 1) l'interruption médicale de grossesse en cas de risque vital pour la femme enceinte ou 2) en cas de malformation du fœtus. Un troisième cas de figure, en cas de viol de la mère, est parfois pris en compte également. Cependant, tous les pays n'autorisent pas ces trois cas de figure (ainsi, au Pérou, en Equateur l'avortement n'est pas autorisé en cas de viol). De plus, certains pays (comme le Nicaragua, le Honduras, El Salvador ou la République Dominicaine) n'autorisent l'avortement sous aucuns cas de figure. Les procès et les peines sont sévères. Ainsi, au Salvador, au Pérou, en Colombie, en Equateur, au Mexique, des femmes sont dénoncées, poursuivies, harcelées, poussées au suicide, emprisonnées.

Malgré ce contexte très hostile, dans les grandes villes du continent l'avortement clandestin se pratique au su de tout le monde, moyennant des sommes et des contacts que les femmes les plus pauvres, les plus isolées ou les plus jeunes ne peuvent pas se procurer.

Les Stratégies des Mouvements Féministes en Amérique Latine

Face à ces défis, les mouvements féministes en Amérique latine déploient diverses stratégies pour défendre les droits des femmes et faire avancer la cause de l'avortement.

En Colombie, par exemple, où l'avortement est autorisé dans les trois cas de figure (risque vital pour la mère, malformation du fœtus, viol), les groupes féministes dénoncent les « barrières systémiques » pour avorter, même légalement. Ils ont demandé à la Cour Constitutionnelle de statuer sur le droit à l'avortement.

Dans la plupart des autres pays d'Amérique latine, il n'existe aucune possibilité pour que la dépénalisation de l'avortement soit votée au Parlement. En conséquence, les ONG féministes déploient des stratégies juridiques, en utilisant des recours constitutionnels ou en évoquant des lois supranationales pour obtenir des modifications légales.

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