Les antihistaminiques, médicaments largement utilisés pour atténuer les manifestations allergiques telles que la rhinite, l'urticaire et la conjonctivite, jouent un rôle crucial dans l'amélioration du confort quotidien des personnes allergiques. Cet article explore en détail les indications des antihistaminiques pour les nourrissons au Maroc, les différents types disponibles, leurs usages courants, leurs effets secondaires potentiels, ainsi que les alternatives et traitements complémentaires.
Qu'est-ce qu'un antihistaminique?
Un antihistaminique est un médicament conçu pour contrer l'action de l'histamine, une substance naturellement présente dans l'organisme humain. L'histamine est un médiateur essentiel de la physiopathologie de nombreuses pathologies allergiques. Elle est synthétisée dans de nombreuses cellules inflammatoires et immuno compétentes (mastocytes et polynucléaires basophiles), dans les cellules pariétales de l’estomac et dans les neurones (réserve labile). Elle est libérée en particulier au niveau de la peau, de l’intestin, du foie et de bronches lors du conflit antigène-anticorps ou par des médicaments (par exemple la morphine), des venins, des toxines, des agents endogènes (par exemple les kinines), par des radiations, lors de brûlures ou de manifestations inflammatoires.
L'administration d'antihistaminiques peut se faire par voie orale, sous forme de comprimés ou de solutions buvables. Leur ingestion permet de bloquer la production d’histamine, qui est responsable de symptômes tels que le gonflement, les rougeurs, les démangeaisons, les éternuements et l’écoulement nasal. Les antihistaminiques existent également sous forme de crèmes, de solutions nasales (pour le traitement de la rhinite allergique) et de collyres (pour les allergies oculaires).
Bien que certains antihistaminiques soient disponibles sans ordonnance, il est toujours préférable de consulter un pharmacien ou un médecin avant de commencer un traitement, surtout chez un enfant.
Catégories d'antihistaminiques
Il existe deux principales catégories d’antihistaminiques : ceux de première génération et ceux de deuxième génération.
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Antihistaminiques de première génération
Développés il y a longtemps, les antihistaminiques de première génération agissent sur le cerveau et la moelle épinière, ce qui entraîne un effet sédatif. Ils sont qualifiés d’anticholinergiques et peuvent provoquer une sécheresse de la bouche, des yeux, une constipation, une rétention urinaire, des étourdissements, une diminution du rythme cardiaque, une somnolence, une confusion, des hallucinations, ainsi qu’une peau rougie et chaude avec une incapacité à transpirer.
Ces médicaments peuvent avoir un impact plus important sur les personnes âgées, étant liés à un risque accru de démence, incluant la maladie d’Alzheimer.
Voici une liste non exhaustive de médicaments de première génération :
- Chlorphénamine
- Prométhazine
- Dexchlorphéniramine
- Cyproheptadine
- Diphénhydramine
- Triprolidine
Antihistaminiques de deuxième génération
Les antihistaminiques de deuxième génération sont plus récents et réduisent considérablement les effets de sédation par rapport à ceux de première génération, avec moins d’effets secondaires. Ils agissent davantage sur les récepteurs H1, ce qui diminue les risques de dommages pour le cerveau.
Les antihistaminiques de deuxième génération les plus couramment utilisés sont :
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- Cétirizine
- Lévocétirizine
- Fexofénadine
- Loratadine
- Desloratadine
- Mizolastine
- Bilastine
- Rupatadine
- Ébastine
Il existe aussi des antihistaminiques H2, utilisés le plus souvent en cas d’ulcère de l’estomac ou en présence d’un RGO (reflux gastro-œsophagien).
Usages courants des antihistaminiques
Les antihistaminiques sont efficaces pour traiter la majorité des allergies.
Allergies respiratoires
Les allergies respiratoires sont souvent provoquées par le pollen, les poils d’animaux, la poussière et les moisissures. Elles se manifestent par des démangeaisons localisées (yeux, nez, fond de la gorge) et des éternuements. La rhinite allergique est la forme la plus répandue d’allergie respiratoire et est facilement soulagée par les antihistaminiques.
Allergies de contact
Les allergies de contact apparaissent lorsque la peau entre en contact avec un élément allergène comme des produits de beauté, certains métaux (comme l’or), certaines plantes ou du PVC. Elles se manifestent par des plaques rouges sur la peau, de l’eczéma, de petits boutons et des démangeaisons plus ou moins intenses. En plus des antihistaminiques, le médecin peut prescrire des corticoïdes pour soulager les symptômes.
Les antihistaminiques agissent dans l’heure qui suit leur prise et soulagent les symptômes pendant environ 24 heures.
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Allergies alimentaires
Les antihistaminiques ont un effet moindre sur les allergies alimentaires. Si l’élément déclencheur est connu, le traitement le plus efficace est l’éviction. Les allergies alimentaires sont le plus souvent dues à la consommation de kiwi, de crustacés, de cacahuètes, etc. Certaines personnes peuvent aussi développer des allergies aux conservateurs alimentaires.
L’allergie alimentaire peut se manifester par un gonflement des lèvres, de la diarrhée ou des douleurs abdominales, de l’urticaire, un eczéma atopique, une crise d’asthme ou une rhinite allergique. Dans certains cas graves, des symptômes tels qu’un choc anaphylactique, une crise d’asthme importante ou un œdème pharyngé (ou laryngé) peuvent apparaître.
Effets secondaires des antihistaminiques
De façon générale, les antihistaminiques sont bien tolérés. Toutefois, certains effets secondaires, plus liés aux antihistaminiques de première génération, peuvent apparaître :
- Somnolence : C’est l’effet secondaire le plus habituel, mais il est moins intense avec les antihistaminiques de deuxième génération. La somnolence peut se manifester par de la fatigue, une baisse de vigilance et une forte envie de dormir.
- Troubles du rythme cardiaque : Certains antihistaminiques peuvent provoquer un dysfonctionnement du cœur pouvant entraîner de graves troubles.
- Prise de poids : Les antihistaminiques, surtout ceux de première génération, peuvent entraîner une prise de poids car ils augmentent l’appétit.
- Rétention d’urine : Ce symptôme apparaît beaucoup plus chez les personnes âgées, qui peuvent avoir du mal à uriner malgré une vessie pleine.
- Glaucome : Les antihistaminiques peuvent provoquer un excès de pression du liquide intraoculaire, entraînant de ce fait l’affection oculaire qu’est le glaucome.
- Risque de dépendance : Une consommation régulière et prolongée d’antihistaminiques n’entraîne généralement pas de dépendance. Cependant, l’effet sédatif de certains antihistaminiques de première génération peut entraîner une dépendance plus ou moins importante.
Il n’existe pas de contre-indication à la prise en charge journalière d’antihistaminiques. Toutefois, si les symptômes ne disparaissent pas au bout de 48 heures, il est vivement conseillé de consulter un médecin qui saura adapter la prise en charge médicamenteuse.
Même s’ils ne sont pas tératogènes, il est conseillé d’arrêter les antihistaminiques pendant le premier trimestre de la grossesse. En cas d’allergies sévères, la desloratadine peut être envisagée au deuxième et au troisième trimestre. La prise d’antihistaminiques est contre-indiquée chez les personnes souffrant d’hypertrophie de la prostate ou d’un glaucome à angle fermé. La conduite de véhicules et l’utilisation de machines sont également déconseillées pendant le traitement.
Alternatives et traitements complémentaires aux antihistaminiques
Certains aliments naturels possèdent des propriétés antihistaminiques, tels que :
- Les plantes et aliments à base de quercétine (baies, brocolis, poivrons jaunes, câpres, pommes)
- Le stinging nettle ou ortie, dont le jus est reconnu comme un remède contre les allergies
- Le thé vert
- La spiruline, qui est à la fois un anti-inflammatoire et un antihistaminique
- L’ananas, efficace contre le rhume des foins
- L’estragon
En cas de manifestations allergiques gênantes, l’allergologue peut proposer la désensibilisation, une immunothérapie allergénique consistant à administrer, pendant une longue période, des extraits d’allergènes à doses progressives, préparant ainsi le système immunitaire à tolérer l’allergène.
Antihistaminiques spécifiques: Desloratadine, Méquitazine, Cyproheptadine
Desloratadine
La desloratadine est un antihistaminique non sédatif, d’action prolongée, exerçant un effet antagoniste sélectif sur les récepteurs H1 périphériques. Elle inhibe la libération de cytokines pro-inflammatoires telles que IL-4, IL-6, IL-8 et IL-13 par les mastocytes/basophiles humains, ainsi qu’une inhibition de l’expression de la molécule d’adhésion P‑sélectine sur des cellules endothéliales.
La desloratadine ne diffuse pas facilement dans le système nerveux central et n'altère pas la performance psychomotrice. Elle soulage les symptômes de la rhinite allergique tels qu’éternuements, écoulement nasal, prurit, prurit oculaire, larmoiement, rougeurs et prurit du palais. Elle est également efficace pour soulager le prurit et diminuer le nombre et la taille de l’urticaire.
La desloratadine doit être administrée avec prudence chez les patients ayant des antécédents personnels ou familiaux de convulsions, et plus particulièrement chez les jeunes enfants.
Méquitazine
La méquitazine est un antihistaminique H1 de première génération avec un effet sédatif d'origine histaminergique et adrénolytique centrale, qui est moindre que celui des autres antihistaminiques H1 de première génération. Elle est utilisée dans le traitement symptomatique des manifestations allergiques.
La méquitazine est contre-indiquée en cas d'allaitement, de risque de glaucome à angle fermé ou de rétention urinaire liée à des troubles urétroprostatiques. Sa prise est déconseillée avec l'oxybate de sodium en raison du risque de majoration de la dépression du système nerveux central.
L'attention est appelée sur les risques de somnolence attachés à l'emploi de ce médicament, surtout en début de traitement. Ce phénomène est accentué par la prise de boissons alcoolisées ou de médicaments contenant de l'alcool.
Cyproheptadine
La cyproheptadine est un antihistaminique H1 utilisé dans le traitement symptomatique des manifestations allergiques, de la rhinite allergique, de l'urticaire et de la conjonctivite allergique. Elle est également indiquée dans les cas d'anorexie.
La cyproheptadine est contre-indiquée chez les enfants de moins de 6 ans, pendant la grossesse et l'allaitement, en cas de glaucome à angle fermé, de rétention urinaire, d'antécédents d'agranulocytose, d'obstruction intestinale, de sténose du pylore ou d'ulcère gastroduodénal évolutif. Elle est également déconseillée en cas de crise d'asthme et d'hypersensibilité à l'un de ses composants ou aux antihistaminiques H1.
La cyproheptadine peut entraîner une diminution de l'efficacité des inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS).
Médicaments en vente libre pour les allergies
Plusieurs médicaments en vente libre peuvent aider à soulager les symptômes des allergies, notamment :
- Cétirizine: Un antihistaminique de seconde génération avec un risque de somnolence moins élevé.
- Loratadine: Un antihistaminique oral moins sédatif.
- Cromoglycate de sodium: Inhibe la réaction inflammatoire à l’origine des symptômes, efficace en prévention.
- Poudre de cellulose végétale et de menthe poivrée: Forme un film protecteur et empêche l’adhésion des allergènes.
- Resvératrol: Extrait de plante aux propriétés anti-inflammatoires.
- Corticoïde nasal: Le seul traitement à base de cortisone disponible sans ordonnance, indiqué dans le rhume des foins.
- Dermocorticoïdes: Pour calmer des démangeaisons importantes et/ou réduire l’œdème local suite à des piqûres de végétaux ou d’animaux.
Traitements de la rhinite allergique
Le traitement de la rhinite allergique passe d’abord par l’éloignement des substances allergisantes, lorsque cela est possible. Un médicament antihistaminique est souvent prescrit, à prendre par voie orale ou nasale. Les corticoïdes en suspension nasale sont également prescrits mais ils exposent à davantage d’effets indésirables : saignement de nez, irritation, fragilisation de la muqueuse nasale en cas de traitement prolongé.
Les antihistaminiques H1 bloquent la production d’histamine, une substance qui joue un rôle majeur dans le déclenchement des réactions allergiques. Les antihistaminiques de type H1 les plus récents (antihistaminiques dit de 2e génération) sont en général peu sédatifs aux doses préconisées.
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