La grossesse est une période délicate où la prise de médicaments nécessite une vigilance accrue. Il est primordial de toujours consulter votre médecin ou pharmacien avant de prendre un médicament, afin de s'assurer de sa compatibilité avec votre état. Cet article vous offre une liste indicative des antalgiques à privilégier ou à éviter durant la grossesse, classés par familles.
Antalgiques Contre-indiqués Pendant la Grossesse
Certains médicaments sont formellement proscrits pendant la grossesse en raison des risques potentiels pour la mère et le fœtus.
Anti-inflammatoires Non Stéroïdiens (AINS) et Aspirine à Forte Dose
Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) tels que l’ibuprofène ou le kétoprofène, ainsi que l’aspirine à forte dose (supérieure à 500 mg par jour), sont formellement contre-indiqués pendant les quatre derniers mois de la grossesse. Des études ont mis en évidence des effets néfastes pour la mère et l'enfant à naître lors de leur utilisation durant cette période. Le risque existe même avec une seule prise, et ce, même si la grossesse est à terme.
Même en application locale (gels, crèmes), les AINS peuvent traverser la peau et passer dans le sang, exposant ainsi le fœtus aux mêmes risques que lors d'une prise orale, surtout s'ils sont appliqués sur une large surface ou sous un pansement.
Pendant les cinq premiers mois de la grossesse, les AINS et l'aspirine ne peuvent être utilisés que de façon ponctuelle et sur avis médical.
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Dérivés de l’Ergot de Seigle
En cas de crise de migraine, les dérivés de l’ergot de seigle sont contre-indiqués pendant la grossesse en raison de leur effet vasoconstricteur sur le placenta et le cordon ombilical, ce qui est néfaste pour le fœtus.
Médicaments Contre le Rhume Contenant des AINS
Les médicaments utilisés dans le traitement du rhume contenant un anti-inflammatoire non stéroïdien (AINS) sont formellement contre-indiqués au cours des quatre derniers mois de la grossesse, car ils exposent à des effets toxiques même avec une seule prise.
Vasoconstricteurs Décongestionnants
Les traitements contenant des vasoconstricteurs décongestionnants (pseudoéphédrine, phényléphrine) sont déconseillés pendant toute la grossesse.
Certains Antibiotiques et Vaccins
Les antibiotiques de la famille des quinolones sont habituellement contre-indiqués ou déconseillés. Des atteintes articulaires ont été observées chez les enfants traités après la naissance avec des quinolones.
Le vaccin contre la rubéole est contre-indiqué, et celui contre la fièvre jaune n’est pas recommandé, sauf si le risque lié à la fièvre jaune est supérieur à celui que fait courir la vaccination.
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Isotrétinoïne et Acitrétine
L'isotrétinoïne et l'acitrétine sont responsables de graves malformations chez l'enfant à naître en cas de prise pendant la grossesse. Une contraception rigoureuse est indispensable avant le début du traitement, pendant toute sa durée, et même après son arrêt (jusqu'à trois ans pour l'acitrétine en raison de sa persistance dans l’organisme).
Inhibiteurs de l'Enzyme de Conversion (IEC) et Antagonistes de l'Angiotensine II
Les inhibiteurs de l'enzyme de conversion (IEC) et les antagonistes de l'angiotensine II sont formellement contre-indiqués à partir du quatrième mois de la grossesse, car ils exposent à une toxicité pour les reins du fœtus. Ils sont déconseillés pendant le premier trimestre de la grossesse. Un désir de grossesse nécessite le remplacement de l'IEC ou de l'antagoniste de l'angiotensine II par un autre antihypertenseur.
Anticoagulants Oraux (Antivitamines K)
Les anticoagulants oraux (antivitamines K) sont habituellement contre-indiqués chez la femme enceinte car ils exposent à des effets toxiques pour la mère et pour l’enfant à naître.
Lithium
Le lithium augmente le risque de malformations cardiaques et son utilisation est fortement déconseillée.
Antalgiques à Utiliser avec Précaution Pendant la Grossesse
La prudence est de mise avec certains antalgiques, et leur utilisation nécessite un avis médical.
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Paracétamol
Le paracétamol est l’antalgique généralement conseillé pour traiter la douleur au cours de la grossesse. Son utilisation est possible à tout moment de la grossesse pour soulager une crise de migraine.
Codéine
La codéine, utilisée pour soulager les douleurs modérées à fortes, ne doit être prise qu'après avis médical. Chez le nouveau-né d'une mère traitée par des doses élevées peu avant l’accouchement, une insuffisance respiratoire peut survenir. Si la mère a reçu un traitement régulier, même à faible dose, un syndrome de sevrage peut apparaître chez le nouveau-né. Il est conseillé de limiter la posologie et la durée de traitement à proximité du terme.
Les données portant sur les nouveau-nés exposés à la codéine au 1ier trimestre sont nombreuses et n’ont pas mis en évidence d’augmentation du risque de malformation, de prématurité ou de faible poids à la naissance. La possibilité d’une faible augmentation des malformations cardiaques a été soulevée par des études de cohorte et de surveillance.
Tramadol
Le tramadol est commercialisé seul ou associé à du paracétamol ou du dexkétoprofène dans différentes spécialités. En cas de traitement prolongé jusqu’à l’accouchement, le tramadol pris à dose thérapeutique peut entraîner une dépression respiratoire et un syndrome de sevrage néonatal identique à celui décrit pour la codéine, en raison de sa composante opioïde.
Opium
Les données sont peu nombreuses, mais sans risque identifié en cas d’exposition en début de grossesse.
Morphine et ses Dérivés
Les données chez les femmes exposées à la morphine au 1er trimestre de grossesse sont nombreuses et le recul est important. Aucun effet malformatif particulier de la morphine n’est apparu à ce jour.
Le fentanyl, l’oxycodone et l’hydromorphone franchissent la barrière placentaire. Les données sur le risque malformatif sont peu nombreuses à ce jour et sont insuffisamment pertinentes pour garantir leurs innocuités durant la grossesse. En conséquence, ces 3 molécules sont déconseillées durant la grossesse. Quel que soit l’opioïde prescrit, en cas de traitement prolongé et/ou de fortes doses jusqu’à l’accouchement, ils peuvent entraîner une dépression respiratoire et un syndrome de sevrage néonatal identique à celui décrit pour la codéine.
Antidépresseurs ISRS
Des études suggèrent un possible risque de malformation cardiaque avec les antidépresseurs ISRS, notamment la paroxétine et la fluoxétine. De plus, une étude québécoise publiée en décembre 2015 suggère, sans toutefois la démontrer, une augmentation du risque de troubles autistiques chez les enfants nés de mère traitée par un antidépresseur de la famille des inhibiteurs de recapture de la sérotonine (ISRS) pendant le 2e et le 3e trimestre de la grossesse.
Antiépileptiques
L’acide valproïque est l'antiépileptique qui a l'effet tératogène le plus important. Il peut entraîner des malformations notamment du cœur, du squelette, de l'appareil digestif ou du système nerveux. D'autres antiépileptiques (carbamazépine, phénobarbital, topiramate par exemple) sont susceptibles d'induire des risques de malformations. En conséquence, un désir de grossesse peut nécessiter une réévaluation du traitement antiépileptique en cours par le médecin.
Bêtabloquants
Les bêtabloquants peuvent être prescrits pendant la grossesse si besoin. Si le traitement précède l’accouchement, l'effet du bêtabloquant persiste quelques jours chez le nouveau-né, avec un risque de ralentissement du cœur et d’hypoglycémie.
Somnifères
Les somnifères ne doivent pas être utilisés sans avis médical pendant la grossesse. La prise répétée d’un somnifère de la famille des benzodiazépines en fin de grossesse peut être responsable d'effets indésirables (troubles de la succion, difficulté respiratoire par exemple) chez le nouveau-né.
Antihistaminiques
Les antihistaminiques sédatifs sont déconseillés au cours de premier trimestre de la grossesse. Ils ne doivent être prescrits après cette période qu’en cas de nécessité absolue. Les antihistaminiques non sédatifs (tels que la cétirizine) n’ont pas montré d’effet malformatif ou toxique chez l'animal et les études publiées chez la femme enceinte sont rassurantes.
Prise Simultanée de Plusieurs Antalgiques et Risques de Malformations Génitales chez les Garçons
Une étude récente suggère qu’il existe une association entre la prise simultanée de plusieurs médicaments contre la douleur (ibuprofène, aspirine, paracétamol) pendant la grossesse et des risques de malformation de l’appareil génital chez les garçons, particulièrement au second trimestre de grossesse. Cette étude a suivi plus de 2297 femmes danoises et finlandaises. Il est important de noter qu’il s’agit de la mise en évidence d’une association statistique et non de la preuve d’une relation de cause à effet.
Précautions Générales et Alternatives
- Ne prenez pas d'AINS de vous-même. Si un traitement par AINS est jugé nécessaire par votre médecin, il devra être prescrit à la dose efficace la plus faible et pendant la durée la plus courte possible.
- Consultez un professionnel de santé si vous avez pris par mégarde un AINS alors que vous êtes à votre 6ème mois de grossesse ou plus.
- Privilégiez le paracétamol comme antalgique de première intention pendant la grossesse.
- Discutez avec votre médecin de toutes les options de traitement de la douleur, y compris les alternatives non médicamenteuses (relaxation, acupuncture, etc.).
Soulagement de la Douleur Pendant l'Accouchement
La douleur ressentie pendant l’accouchement varie d’une femme à l’autre. De nombreuses techniques existent pour la contrôler.
- Méthodes préparatoires dites « d’accouchement sans douleur » : Elles apprennent à canaliser et à contrôler la douleur par des techniques de respiration et de relaxation.
- Analgésie péridurale : Elle consiste à injecter un anesthésique local (bupivacaïne) dans le canal rachidien. Elle nécessite la pose d’un cathéter et supprime les sensations provenant de la partie inférieure du corps. La péridurale est contre-indiquée chez les femmes allergiques à la bupivacaïne, chez celles qui présentent des malformations de la colonne vertébrale, qui ont de la fièvre ou des troubles de la coagulation sanguine. Il est préférable de discuter de ce mode d’accouchement avec son médecin et l’anesthésiste de la maternité avant le jour J.
- Autres traitements antalgiques : antispasmodiques, anesthésiques locaux, acupuncture, etc.
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