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L'impact des lois anti-avortement sur la mortalité infantile et les mortinaissances : une analyse statistique

L'accès à l'avortement est un droit fondamental et un sujet de débat passionné à travers le monde. Si de nombreux pays ont assoupli leur législation pour garantir un avortement sûr et légal, d'autres ont renforcé leurs restrictions, suscitant des inquiétudes quant à l'impact sur la santé des femmes et des enfants. Cet article se penche sur les statistiques liées à l'avortement, aux mortinaissances et à la mortalité infantile, en mettant en lumière les conséquences potentielles des lois anti-avortement.

Augmentation de la mortalité infantile au Texas suite aux restrictions sur l'avortement

Une étude menée par des chercheurs de l'université Johns-Hopkins à Baltimore a révélé une augmentation significative du taux de mortalité infantile au Texas à la suite de l'adoption de lois restrictives sur l'avortement en 2021. Publiés dans JAMA Pediatrics et dirigés par Suzanne Bell, professeure à l'université Johns-Hopkins, ces travaux de recherche soulignent également une hausse des décès liés à des anomalies congénitales.

La loi texane, entrée en vigueur le 1er septembre 2021, interdit l'avortement dès la détection d'un battement de cœur fœtal, sans exceptions pour l'inceste, le viol ou les anomalies fœtales, sauf en cas d'urgence médicale. Auparavant, l'avortement était autorisé jusqu'à vingt semaines de grossesse.

Les chercheurs ont analysé les certificats de décès des enfants de moins de 1 an au Texas et dans 28 autres États entre janvier 2018 et décembre 2022. Ils se sont concentrés sur les données post-mars 2022 pour identifier les premiers enfants exposés à la loi texane.

Les résultats de l'étude montrent qu'entre 2021 et 2022, le taux de mortalité infantile a augmenté de plus de 8 % au Texas, alors qu'il n'a augmenté que de 2 % à l'échelle des États-Unis. Le nombre de décès d'enfants de moins de 1 an a bondi de près de 13 % dans cet État, tandis qu'il a diminué dans le reste du pays.

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En 2022, les décès dus à des anomalies congénitales, qui sont la première cause de décès chez les bébés de moins de 1 an, ont augmenté de 23 % au Texas, mais ont diminué de 3 % ailleurs. Les décès accidentels d'enfants ont aussi augmenté de 21 % au Texas, contre seulement 1 % au niveau national.

Ces résultats suggèrent que les politiques restrictives sur l'avortement, en limitant la capacité des personnes enceintes à interrompre leur grossesse, peuvent conduire à une augmentation de la mortalité infantile. La loi texane semble avoir un impact disproportionné sur les grossesses à risque élevé, notamment à cause de l'impossibilité de diagnostiquer précocement les anomalies chromosomiques.

Augmentation des décès maternels au Texas

Une étude réalisée par le Gender Equity Policy Institute (GEPI) révèle une forte augmentation des décès maternels au Texas depuis l'adoption de la loi interdisant l'avortement en 2021. Selon le texte qui repose sur des données publiques des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), le taux de mortalité maternelle dans l'État a augmenté de 56 % entre 2019 et 2022, tandis qu'il n'a crû que de 11 % aux États-Unis.

Les chercheurs du GEPI attribuent une hausse rapide des décès maternels à cette nouvelle législation. Ils estiment que le Texas pourrait être un précurseur de ce qui pourrait arriver dans d'autres États ayant des lois similaires.

Les données montrent une augmentation des décès maternels dans toutes les populations de l'État. Le taux de mortalité chez les femmes hispaniques est passé de 14,5 à 18,9 décès pour 100 000 naissances vivantes entre 2019 et 2022. Chez les femmes blanches, ce taux a presque doublé, passant de 20 à 39,1. Les femmes noires, historiquement plus à risque de décès maternel, ont vu leur taux passer de 31,6 à 43,6 décès.

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Ces statistiques alarmantes mettent en évidence l'impact potentiellement dévastateur des restrictions sur l'avortement sur la santé des femmes.

Impact psychologique et conséquences à long terme de l'avortement

Mettre fin à une grossesse est une décision courante que prennent des millions de personnes. Lorsque les avortements sont pratiqués ou accompagnés par un·e professionnel·le de santé qualifié·e dans de bonnes conditions d’hygiène, les avortements sont les actes médicaux les plus sûrs disponibles. Selon l’OMS, il s’agit de la 3e cause de mortalité maternelle à travers le monde. Les restrictions du droit à l’avortement créent un climat hostile qui favorise la stigmatisation des personnes qui avortent et les attaques contre les personnes qui le défendent.

Les conséquences de l'IVG pour la santé des mères peuvent être de trois ordres :

  • Les conséquences physiques : infections à chlamydiae, endométrites post-abortum. Des études montrent que c’est le risque le plus fréquent : 1 à 5 % des cas.

  • Les conséquences psychosomatiques : le corps de la femme est atteint d’un véritable problème de santé, mais celui-ci est provoqué par sa souffrance psychique. Des témoignages font état de migraines, des troubles fonctionnels abdominaux, des douleurs abdominales, des troubles du sommeil et des troubles de la sexualité.

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  • Les conséquences psychiques ou psychiatriques : Comme la fausse couche, l’avortement est la perte d’un enfant, et entraîne un deuil. Les femmes ayant avorté présentent un risque d’être hospitalisées en psychiatrie dans les trois mois suivant l’accouchement ou l’avortement, de 53 % plus élevé que les femmes ayant porté leur enfant à terme. Le risque de dépression est de 37 % plus élevé (ou de 65 %, selon une autre étude). Sans antécédents psychiatriques, les risques d’auto-mutilation sont de 70 % plus élevés pour les femmes ayant mis fin à leur grossesse que pour les femmes qui ont accouché. Les femmes ayant avorté se suicident plus que les autres femmes (155 % plus), tandis que celles qui ont accouché d’un enfant se suicident moins que la moyenne des femmes.

Pour faire face à leurs souffrances psychiques et à leurs remords, certaines femmes tombent dans l’addiction à des substances anxiolytiques : médicaments, tabac, alcool, drogues. Une étude canadienne confirme que les risques de dépendance à la drogue et à l’alcool sont plus élevés respectivement de 142 % et de 287 % pour les femmes ayant avorté que pour celles ayant mené leur grossesse à terme. Malheureusement, il existe aussi une forme d’addiction à l’avortement.

La naissance d’un enfant ne compense pas un avortement passé. Par ailleurs, si la mère vit une dépression ou d’autres troubles psychiatriques suite à son avortement, cet état peut avoir des conséquences sur la relation avec ses enfants, et même nuire à l’attachement à un nouveau bébé et conduire parfois à de la maltraitance.

Mortalité infantile en France : une situation préoccupante

En France, la mortalité infantile est en forte hausse. En mars 2025, paraissait le livre 4,1 : Le scandale des accouchements en France, une enquête des journalistes Anthony Cortes et Sébastien Leurquin sur la forte hausse de la mortalité infantile en France. Le livre s’ouvre sur un constat, appuyé par des données de l’Insee : chaque année, près de 700 000 enfants naissent en France. Parmi eux, plus de 2700 n’iront pas au bout de leur première année, soit 1 enfant sur 250. Sur 1000 naissances vivantes, 4,1 bébés perdent la vie avant même de véritablement la commencer. C’est 116 classes de maternelles en moins.

L’étude de l’Insee précise aussi que les petits garçons risquent 1,2 fois plus que les filles de mourir avant l’âge d’un an et que les risques se démultiplient dès lors que l’enfant est issu d’un accouchement multiple, ou encore d’une mère originaire des territoires d’Outre-mer ou d’un pays d’Afrique.

La France fait ainsi figure de cas unique en Europe : le pays où la mortalité infantile remonte en flèche. En 1994, celle-ci était de 6 pour 1000, soit 6%, et a atteint son niveau le plus bas en 2011, soit à 3,5%. Depuis, elle ne cesse de remonter. Selon une étude de l’Institut national d’études démographiques (Ined) parue en mars dernier, la France occupe la 23e place sur 27 en matière de mortalité infantile en Europe.

Au cours des cinquante dernières années, 75% des maternités qui jalonnaient le pays ont fermé. Sur les 1369 maternités que comptait la France en 1975, il n’en restait plus que 457, en décembre 2024. À l’heure actuelle, plus de 900 000 femmes en âge de procréer vivent à plus d’une demie-heure d’une maternité et la part de celles résidant à plus de 45 minutes a augmenté de 40% depuis 2000.

Une étude publiée en 2014, s’est concentrée sur un petit échantillon et sur une courte période, mais elle fut en capacité de montrer que, pour des temps supérieurs à 45 minutes, les taux bruts de mortinatalité passent de 0,46% à 0,86% et ceux de la mortalité périnatale de 0,64% à 1,07%.

Ainsi, la mortalité infantile est deux fois plus élevée en Outre-Mer qu’en France hexagonale, la Guyane en tête avec un taux de 9,7%, et le taux de mortalité maternelle y est 5 fois supérieur à celui de l’Hexagone. Une affirmation timide, en regard des conditions sociales, économiques et sanitaires des départements d’Outre-mer, et qui sont le résultat de choix politiques, et non d’une fatalité.

Infanticides en France : une réalité alarmante

Pour lutter contre les infanticides, l'association La Voix de l'enfant réclame la mise sur pied d'un Haut-commissariat à l'enfance et à la jeunesse rattaché au Premier ministre. En France, un enfant est tué tous les cinq jours dans le cadre familial. En dépit de rares affaires médiatisées, "les violences faites aux enfants restent très invisibilisées" et leurs ressorts sont mal connus, regrette Claire Bourdille, fondatrice du collectif Enfantiste. "Les enfants n'ont pas de voix, alors on n'en parle pas", abonde Martine Brousse, présidente de l'association La Voix de l'Enfant. Les deux femmes dénoncent le désintérêt de la recherche et l'absence de statistiques officielles.

La Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) distingue cinq principaux types d'infanticides : la mort liée à des "violences répétées", celle qui survient "dans le cadre d'une séparation conflictuelle" (on parle alors de violences vicariantes), le néonaticide, le syndrome du bébé secoué et la mort inattendue du nourrisson par négligence. Dans plus de 8 cas sur 10, l'enfant tué a moins d'un an, note encore la CNCDH.

Parmi les facteurs de risques conduisant à l'infanticide, la Commission nationale consultative des droits de l'homme pointe l'enfance difficile des parents, la désinsertion sociale et la précarité matérielle, mais aussi la violence conjugale, les addictions ou les troubles psychiatriques.

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