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Anomalies Cytogénétiques et Trisomie 12 : Impact Pronostique

Introduction

L'analyse cytogénétique joue un rôle crucial dans l'évaluation et la prise en charge des syndromes myélodysplasiques (SMD) et de la leucémie lymphoïde chronique (LLC). Ces analyses permettent d'identifier des anomalies chromosomiques, telles que des gains ou des pertes de matériel génétique, qui peuvent influencer le pronostic de la maladie. Parmi ces anomalies, la trisomie 12 suscite un intérêt particulier en raison de son association avec certaines caractéristiques cliniques et son impact sur l'évolution de la maladie. Cet article vise à explorer en profondeur l'importance de l'analyse cytogénétique, en mettant un accent particulier sur la trisomie 12 et son implication pronostique dans le contexte des SMD et de la LLC.

L'Importance de l'Analyse Cytogénétique dans les Syndromes Myélodysplasiques (SMD)

L'analyse cytogénétique est un élément essentiel dans l'évaluation des SMD, car elle permet d'identifier des anomalies chromosomiques qui peuvent influencer le pronostic de la maladie. Ces anomalies sont souvent des gains ou des pertes de matériel chromosomique, et leur complexité peut varier considérablement d'un patient à l'autre, voire au sein d'un même individu en raison de l'évolution clonale.

Hétérogénéité des Anomalies Chromosomiques

L'une des caractéristiques des SMD est l'hétérogénéité des anomalies chromosomiques observées. Ces anomalies peuvent varier non seulement d'un patient à l'autre, mais aussi chez un même individu, où l'existence d'une évolution clonale, voire de plusieurs clones non reliés entre eux, est fréquente. Cette complexité souligne l'importance d'une analyse cytogénétique approfondie pour caractériser précisément les anomalies présentes et évaluer leur impact potentiel sur l'évolution de la maladie.

Valeur Pronostique et Score IPSS

La valeur pronostique des anomalies cytogénétiques dans les SMD a été largement étudiée et est intégrée dans la définition d'un index pronostique international, appelé International Prognosis Scoring System (IPSS). Ce score est utilisé en pratique clinique pour évaluer le risque et orienter les décisions thérapeutiques. Des études multicentriques récentes, portant sur un grand nombre de patients présentant des anomalies chromosomiques, ont permis de réévaluer l'impact pronostique de certaines de ces anomalies sur l'histoire naturelle de la maladie.

Défis et Perspectives d'Avenir

Malgré les avancées réalisées dans la caractérisation de ces anomalies chromosomiques, la nature des événements critiques primaires qui conduisent au développement des SMD reste largement indéterminée. L'utilisation de nouvelles techniques, telles que le séquençage à haut débit et l'analyse génomique comparative sur puces à ADN (CGH-array), devrait permettre de progresser dans la compréhension de ces mécanismes primaires. La capacité de combiner l'utilisation de ces nouveaux outils diagnostiques et thérapeutiques sera déterminante pour améliorer la prise en charge des patients atteints de SMD.

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Trisomie 12 dans la Leucémie Lymphoïde Chronique (LLC)

Dans le contexte de la LLC, la trisomie 12 est l'une des anomalies chromosomiques les plus fréquemment observées. Sa présence peut influencer le pronostic et la réponse au traitement.

Fréquence et Détection

La trisomie 12 est détectée chez environ 16 % des patients atteints de LLC. La technique de fluorescence in situ par hybridation (FISH) a considérablement amélioré la détection de cette anomalie, permettant ainsi une meilleure évaluation pronostique.

Implications Pronostiques

La trisomie 12 est généralement associée à un pronostic intermédiaire dans la LLC. Des études ont montré que les patients atteints de LLC avec trisomie 12 ont une survie médiane plus courte que ceux présentant une délétion 13q comme seule anomalie, mais une survie plus longue que ceux avec une délétion 17p ou 11q.

Associations avec d'Autres Anomalies Moléculaires

Il est important de noter que la trisomie 12 peut être associée à d'autres anomalies moléculaires, telles que des mutations des gènes NOTCH1, BIRC3 ou FBXW7. Ces associations peuvent avoir un impact pronostique défavorable plus prononcé, soulignant la nécessité d'une évaluation moléculaire approfondie en plus de l'analyse cytogénétique.

Stratégies Thérapeutiques

La présence de la trisomie 12 peut influencer les stratégies thérapeutiques utilisées dans la LLC. Bien qu'il n'existe pas de traitement spécifique pour cette anomalie, les patients atteints de LLC avec trisomie 12 peuvent bénéficier de certaines approches thérapeutiques, telles que l'immunochimiothérapie ou les inhibiteurs de BTK.

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Autres Anomalies Cytogénétiques et Leur Impact Pronostique

Outre la trisomie 12, d'autres anomalies cytogénétiques sont fréquemment observées dans les hémopathies malignes et peuvent avoir un impact significatif sur le pronostic.

Délétion 17p

La délétion 17p, qui affecte le gène TP53, est considérée comme l'une des anomalies cytogénétiques les plus défavorables dans la LLC. Les patients présentant cette délétion ont une survie significativement plus courte et sont souvent résistants à la chimiothérapie conventionnelle.

Délétion 11q

La délétion 11q, qui affecte le gène ATM, est également associée à un pronostic défavorable dans la LLC. Les patients présentant cette délétion ont tendance à avoir une maladie plus agressive et une réponse moins favorable à la chimiothérapie.

Délétion 13q

La délétion 13q est l'anomalie cytogénétique la plus fréquemment observée dans la LLC. Lorsqu'elle est présente comme seule anomalie, elle est généralement associée à un pronostic favorable.

Anomalies dans les Leucémies Aiguës Lymphoblastiques (LAL)

Dans les LAL, l'examen cytogénétique est devenu un élément fondamental de la prise en charge, contribuant à démontrer l'hétérogénéité de ces leucémies. Une anomalie chromosomique est détectée dans 70 à 94 % des LAL. Certaines anomalies sont corrélées à un sous-type morphologique et immunophénotypique précis.

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Hyperploïdies

La fréquence élevée (25 %) des hyperploïdies supérieures à 50 chromosomes (le plus souvent 53 à 56) est une des caractéristiques des LAL de l’enfant. Cette hyperploïdie est, en général, attribuable à une trisomie des chromosomes 4, 6, 10, 14, 17, 18, 20, 21, X. Une tétrasomie du chromosome 21 est fréquente. Les formes hyperploïdes à plus de 50 chromosomes (qui ont en général un index d’ADN > 1,16) ont un pronostic favorable (EFS 80 fi 11 %) et sont plutôt associées au phénotype dit pré pré B (CD10+, CD19+, Dr+).

Translocations

  • t(12;21)(p13;q22) : Il s’agit de la plus fréquente des translocations, étant observée dans 22 % des cas. Elle prédomine dans la tranche d’âge de 2 à 10 ans et est associée aux LAL de la lignée B. La t(12 ; 21) semble associée à un bon pronostic dans les études rétrospectives.
  • t(4;11)(11q21;q23) : Ces formes représentent globalement 2 % des LAL de l’enfant. Surtout des anomalies de la bande 11q23 sont détectables par des techniques de biologie moléculaire dans 70 % des cas de LAL du nourrisson, dont elles expliquent le pronostic péjoratif.
  • t(9;22)(q34;q11) (LAL et chromosome Philadelphie) : Elles sont rares chez l’enfant (moins de 3 % des cas en cytogénétique classique, 4,2 % en biologie moléculaire). Le pronostic est catastrophique faisant envisager une greffe en première rémission complète.
  • t(1;19)(q23;q13) : Elle résulte de la fusion du facteur de transcription E A et 2 de la protéine PBX . La fréquence est de 5 % dans les LAL dites pré B.
  • LAL de type Burkitt et anomalie en 8q24 : Ces LAL sont rares (moins de 3 % des cas), présentent un immunophénotype B mature et sont associées à une anomalie cytogénétique stéréotypée, la translocation t(8 ; 14) (q24 ; q32). Le pronostic est maintenant favorable par une chimiothérapie de type lymphome.

Implications Diagnostiques et Théranostiques

L'analyse cytogénétique, associée à l'étude cytogénétique sanguine et à la recherche du statut mutationnel IG-HV, présente un triple intérêt diagnostique, pronostique et théranostique. Sur un plan théranostique, le panel « LLC » inclut tous les gènes du panel «LLCTR». Sur un plan pronostique, la présence d'une anomalie TP53 (délétion del(17p) ou mutation TP53) représente la valeur pronostique péjorative prédominante dans les LLC, suivie du statut mutationnel IGHV. Ces deux données mutationnelles sont intégrées dans le score CLL-IPI. Mais d'autres mutations (NOTCH1, SF3B1, ATM, BIRC3, XPO1, POT1, EGR2, RPS15, NFKBIE ou MGA) sont également associées à un pronostic péjoratif. Des associations «anomalies cytogénétiques» et «anomalies moléculaires» ont été de plus rapportées : délétion del(11q) et mutations ATM, BIRC3, SF3B1 ou XPO1, trisomie 12 et mutations NOTCH1, BIRC3 ou FBXW7, délétion del(13q) et mutation MYD88 ou POT1. Par ailleurs, l'association de ces mutations pourraient également avoir une valeur pronostique défavorable plus prononcée. Des co-occurrences mutationnelles sont rapportées (ex : TP53-NOTCH1-XPO1).

Tous les gènes du panel NGS «LLC» appartiennent à différentes voies de signalisation impliquées dans les LLC et contribuent ainsi à une aide diagnostique. Recherche de mutations sur un panel de gènes ciblés par technique de séquençage haut-débit (SHD). Préparation de la librairie : Library Preparation.

Syndrome de Pallister-Killian (SPK) et Isochromosome 12p

Bien que cet article se concentre principalement sur la trisomie 12 dans les SMD et la LLC, il est important de mentionner brièvement le syndrome de Pallister-Killian (SPK), qui est causé par un mosaïcisme pour un isochromosome 12p surnuméraire.

Caractéristiques Cliniques

Le SPK est une maladie génétique rare caractérisée par un ensemble variable de malformations congénitales et de déficiences intellectuelles. Les signes les plus courants sont une dysmorphie faciale, un raccourcissement rhizomélique des membres, des mains et des pieds de petite taille et une hypoplasie unguéale. L'hypotonie est généralement présente à la naissance et peut entraîner des difficultés à s'alimenter. L'atteinte neurologique à type de malformation cérébrale, de déficience intellectuelle sévère/modérée et de crises convulsives est fréquente.

Diagnostic

Le diagnostic clinique est très important car le chromosome surnuméraire n'est, en général, pas retrouvé dans les lymphocytes lors d'examens sanguins de routine. L'hybridation in situ en fluorescence (FISH) en interphase sur un frottis buccal avec des sondes d'ADN spécifiques du chromosome 12 peut permettre un diagnostic préliminaire rapide et non invasif. La CGH-array ou SNP-array, prélevées sur des échantillons de sang périphérique peuvent également constituer des outils de diagnostic utiles. Cependant, le diagnostic cytogénétique peut nécessiter une biopsie cutanée et l'examen des chromosomes des fibroblastes, la qualité des autres méthodes d'échantillonnage étant variable. L'isochromosome est en général présent dans 30 à 100 % des métaphases de fibroblastes. Des tests prénataux non invasifs et des signes échographiques caractéristiques tels qu'une hernie diaphragmatique, une polydactylie, des malformations cardiaques et cérébrales, un épaississement du pli nucal, une anasarque foetale et un polyhydramnios permettent de suspecter le diagnostic.

Prise en Charge

La hernie diaphragmatique peut nécessiter une intervention chirurgicale précoce au cours des premiers jours ou mois de vie. Les crises d'épilepsie sont fréquentes et nécessitent un traitement standard. Le pronostic dépend du degré de mosaïcisme, de la présence de hernies diaphragmatiques et d'autres anomalies congénitales, ainsi que de l'épilepsie.

Trisomie X

Il s'agit de l'anomalie chromosomique féminine la plus fréquente, avec une prévalence à la naissance de filles d'environ 1/1.000. Les signes physiques les plus fréquents sont une grande taille, des plis épicanthiques, une hypotonie et une clinodactylie. Une épilepsie, des anomalies rénales et génito-urinaires, et une insuffisance ovarienne primaire (POF) peuvent être associées. Le retard moteur et du langage sont plus fréquents dans la trisomie X avec un risque élevé de troubles cognitifs et de l'apprentissage en âge scolaire. La trisomie X résulte le plus souvent d'une non-disjonction méiotique, mais 20% des cas environ sont dus à une non-disjonction post-zygotique. Dans 30% des cas, un âge maternel avancé a été observé (avec une probabilité plus élevée de non-disjonction). Un mosaïcisme (lignées cellulaires 46,XX/47,XXX, 47,XXX/48,XXXX ou combinaisons avec des lignées 45,X du syndrome de Turner) survient dans 10% des cas environ. Il est fréquent que le diagnostic soit posé en prénatal par amniocentèse. Le diagnostic doit être suivi d'un bilan clinique pour identifier toutes manifestations de la maladie. Les patientes diagnostiquées en période prénatale doivent être suivies étroitement pour déceler un retard du développement et mettre en place des mesures précoces. Les filles en âge scolaire et les adolescentes bénéficient souvent d'un bilan psychologique pour identifier et élaborer un plan d'intervention pour les troubles des aptitudes scolaires et cognitives, du langage, et/ou du développement social et émotionnel. La fertilité des femmes est en général considérée comme normale, mais les adolescentes et les femmes adultes qui ont des menstruations tardives, irrégulières, ou des troubles de fertilité, doivent être évaluées pour identifier des anomalies hormonales pouvant révéler une insuffisance ovarienne.

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