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Joseph Staline : Parcours d'un dictateur soviétique

Personnalité politique emblématique du XXe siècle, Joseph Staline a marqué l'histoire de l'Union Soviétique et du monde. Son règne, caractérisé par un pouvoir absolu et un régime totalitaire, a laissé une empreinte indélébile. Si certains le considèrent comme un modernisateur de l'URSS et un vainqueur du nazisme, d'autres mettent en avant la terreur, les purges et les famines qui ont causé la mort de millions de personnes.

Jeunesse et formation (1878-1917)

Joseph Vissarionovitch Djougachvili, plus connu sous le nom de Staline, est né le 18 décembre 1878 à Gori, en Géorgie, alors partie de l'Empire russe. Issu d'une famille modeste, son père, Vissarion, était cordonnier. Sa mère, Ekaterina Guéladzé, le destinait à la prêtrise orthodoxe.

Un parcours scolaire atypique

En 1894, il entre au séminaire orthodoxe de Tiflis, où il fait preuve d'une intelligence et d'une mémoire remarquables. Cependant, il est renvoyé cinq ans plus tard pour absentéisme et pour ses idées jugées révolutionnaires. Il fréquente en effet des militants marxistes et socialistes, et développe un fervent sentiment athée.

L'engagement politique

Son baptême politique a lieu en 1898, lorsqu'il s'inscrit à une branche locale du Parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR). En 1902, il est arrêté pour la première fois. Il organise ensuite la grève de Bakou durant la révolution de 1905, acquérant ainsi une expérience politique en tant que marxiste révolutionnaire.

Rencontre avec Lénine

Celui qui se fait surnommer Koba, en hommage à un héros populaire géorgien, représente l’union caucasienne à la première conférence bolchévique à Tampere, en Finlande, en 1905. Il y fait la connaissance de Lénine, alors en exil.

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Activités révolutionnaires et expropriations

Pour financer le POSDR, Koba se lance dans une série de braquages. Le 26 juin 1907, il organise le casse de la banque de Tbilissi, un coup d'éclat qui rapporte des milliers de roubles au parti, mais fait 40 morts et 5 blessés. Persona non grata à Tbilissi, il s’installe à Bakou.

Arrestations et déportations

Dès lors commence pour Iossif Djougatchvili la vie difficile du militant révolutionnaire. Il vit en donnant des leçons, puis travaille à l'observatoire de Tiflis tout en militant activement et en lisant avec passion les ouvrages socialistes, ceux de Marx en premier lieu. Il est arrêté à plusieurs reprises et déporté en Sibérie, d'où il s'évade à chaque fois.

Ascension au sein du parti bolchévique

En 1912, Lénine l'appelle au Comité central du parti bolchevique et lui confie le journal révolutionnaire la Pravda. C'est à ce moment qu'il prend le pseudonyme de Staline (« l'homme d'acier »). En 1913, il est à nouveau déporté, et ne sera libéré que quelques mois avant la révolution d'Octobre.

Révolution et guerre civile (1917-1922)

En février 1917, la révolution russe se traduit pour Staline par une libération et le retour parmi les cadres de la mouvance bolchevique. Reprenant les rênes de la Pravda dès mars, il est élu le mois suivant au Comité central.

Rôle dans la révolution d'Octobre

En accord avec Lénine sur la rupture nécessaire avec les mencheviks, il participe à la Révolution d'octobre. Membre du Politburo, commissaire du peuple aux Nationalités et très actif dans la guerre civile, Joseph Staline cumule déjà de nombreuses fonctions.

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Commissaire aux Nationalités

Au lendemain de la révolution d'Octobre et la prise du pouvoir par les bolcheviks, lorsque le Conseil des commissaires du peuple (en fait le gouvernement) est constitué, Staline est nommé commissaire aux Nationalités. Sa position personnelle est forte, encore qu'obscure. Il est l'un des quatre membres de l'exécutif du Comité central désigné après la révolution (avec Lénine, Trotski et Sverdlov).

Participation à la guerre civile

Comme tous les dirigeants bolcheviks, Staline se rend sur le front pendant la guerre civile. À l'origine, il est chargé d'assurer le ravitaillement en blé de la capitale, et son quartier général se trouve sur la Volga, à Tsaritsyne, la future Stalingrad. Il fait preuve de doigté et de diplomatie, du moins dans les premières années du nouveau régime.

Secrétaire général du Parti communiste

Le 3 avril 1922, après le XIe Congrès du parti, Staline est élu secrétaire général. C'est un poste relativement nouveau, à l'origine plutôt administratif. En effet, Lénine tombe gravement malade quelque temps après.

Lutte pour le pouvoir et mise en place du stalinisme (1922-1930)

Dès 1922, Lénine, très affaibli par une attaque, se préoccupa d'assurer sa succession. Il y faisait valoir que « Staline est trop brutal » et proposait de « déplacer Staline » et de « nommer quelqu'un d'autre qui aurait en toutes choses sur le camarade Staline cet avantage d'être plus tolérant, plus loyal, plus poli, plus attentif envers les camarades et serait d'humeur moins capricieuse ».

Élimination des oppositions

Aussitôt Lénine disparu, une âpre lutte pour le pouvoir s’engagea au sein de la direction communiste. Le chef bolchevik le plus prestigieux était désormais Trotski, organisateur de la révolution d’Octobre et de l’armée rouge, mais Staline, secrétaire général du parti depuis 1922, avait déjà concentré dans ses mains un pouvoir immense. L’ascension de Staline fut d’autant plus remarquable que, jusqu’en 1941, il n’occupa aucun poste officiel dans la hiérarchie de l’État soviétique.

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Après avoir évincé tous ses adversaires politiques, dont Trotsky qui sera assassiné en 1940 à Mexico, Staline devient en 1929 le maître incontesté du pouvoir en Union soviétique.

Collectivisation forcée et industrialisation

Il met fin à la nouvelle politique économique et les prémisses de libération du pays mises en place par Lénine. Il impose jusqu'en 1933 la collectivisation forcée des terres, au dépens de l'ancien système des koulaks paysans. Sur le plan économique, Joseph Staline supervise par l'entremise du Gosplan crée en 1928 la réalisation de plans quinquennaux visant à industrialiser l'Union Soviétique à marche forcée.

Culte de la personnalité

Il crée en 1935 le mythe de l'ouvrier Stakhanov, le culte de la personnalité s'ajoutant à la propagande habituelle du régime.

Purges et terreur

Sur le plan intérieur, Staline décide de purger le parti et l'armée d'éléments qui pourraient potentiellement concurrencer son pouvoir. Bien conscient des faiblesses de son armée, Staline décide par ailleurs au milieu des années 1930 de mener une diplomatie plus ouverte à l'endroit des puissances occidentales.

Le règne de la terreur (1930-1939)

À partir de 1934, la « grande terreur » s’installe. Les « procès de Moscou » ; ces purges touchent le Parti ainsi que l’armée. Entre 1930 et 1953, plus d'un million de Soviétiques ont été condamnés à mort, 6 millions envoyés en exil administratif vers les zones les plus inhospitalières d’URSS et plus de 20 millions sont passés par les prisons, les camps et les colonies de travail.

Collectivisation et "dékoulakisation"

Le 7 novembre 1929, la Pravda annonce « le Grand Tournant » de la collectivisation des terres, des bêtes et des outils. Le 5 janvier 1930, le Comité central ordonne « la liquidation des koulaks en tant que classe ». Le Parti envoie 27 000 hommes dans les campagnes pour forcer les paysans à intégrer les kolkhozes (exploitations agricoles collectives). Les familles « classées koulaks » sont envoyées dans des camps, notamment en Sibérie. Dix millions de personnes auraient été tuées ou déportées pour avoir résisté à la collectivisation.

Grandes Famines

L’URSS et l’Ukraine sont ravagées par le typhus, puis par la famine orchestrée par Moscou. En Ukraine, 6 millions de paysans meurent de faim au cours de la terrible « Holodomor ».

Grandes Purges

Le 1er décembre 1934, l’assassinat de Sergueï Kirov, premier secrétaire du PC à Leningrad, sert de prétexte à Staline pour lancer une vague de terreur au sein du parti. Une quinzaine de responsables bolchéviques de Leningrad sont fusillés, parmi lesquels Zinoviev et Kamenev. Entre 1936 et 1938, Staline organise des procès-spectacles : les procès de Moscou, orchestrés par le chef suprême du NKVD, Nikolaï Iejov. 680 000 personnes sont exécutées au cours de ces purges qui décapitent l’Armée rouge, privée de plus de 70 généraux expérimentés. Entre 1937 et 1938, 1,37 million d’«ennemis du peuple» sont arrêtés, et près de 700 000 d’entre eux sont fusillés.

Seconde Guerre mondiale (1939-1945)

À la veille de la Seconde Guerre mondiale, Staline est le maître incontesté de l’URSS. Il signe un pacte de non-agression avec l’Allemagne nazie : le pacte germano-soviétique, le 23 août 1939.

Pacte germano-soviétique et invasion de la Pologne

L’Europe de l’Est est divisée en deux zones par un protocole secret, qui octroie notamment à l’URSS les pays baltes et les territoires conquis en 1920 par la Pologne. Les Soviétiques fournissent des matières premières pour soutenir l’effort de guerre nazi. L’Allemagne envahit la Pologne le 1er septembre par le nord, le sud et l’ouest, suivie, deux semaines plus tard, par l’Armée rouge qui occupe l’est du pays. L’URSS envahit ensuite la Finlande, puis prend le contrôle des pays baltes en août 1940.

L'attaque allemande et la "Grande Guerre patriotique"

Le 22 juin 1941, Hitler rompt son accord avec Staline. L’armée allemande pénètre de façon fulgurante en URSS : les Soviétiques disposent de davantage de matériel, mais ils sont inexpérimentés et affaiblis par les Grandes Purges. Staline rejoint les Alliés dans la guerre contre les pays de l’Axe. Dans un premier temps, Staline est totalement pris au dépourvu par l’attaque allemande de juin 1941. Très abattu, Staline disparaît complètement de la scène politique pendant une longue semaine, au grand désarroi de son entourage.

La bataille de Stalingrad et la victoire

Staline prend alors personnellement part au déroulement de certaines opérations militaires telles que la contre-offensive devant Moscou à l'hiver 1941-42. L’Armée rouge parvient à repousser l’ennemi au prix de lourdes pertes : 400 000 morts du côté allemand, le double du côté soviétique lors de la bataille de Stalingrad (17 juillet 1942 au 2 février 1943). Cette défaite allemande marque l’un des tournants de la Seconde Guerre mondiale. L’Armée rouge reconquiert les territoires pris par les nazis. L’Armée rouge libère l’URSS, puis entre en Pologne, en juillet, où elle installe un gouvernement fantoche. Elle chasse ensuite l’armée allemande de la Prusse orientale, puis s’attaque à Berlin qui tombe le 1er mai. Le 8 mai 1945, l’Allemagne capitule sans conditions. Staline acquiert une stature internationale.

Conférence de Yalta

Staline, Churchill et Roosevelt, devenus les trois arbitres de la planète, se rencontrent en Crimée (4-11 février 1945) pour décider du sort de l’Allemagne vaincue, de la répartition du nouvel échiquier mondial et de la future Organisation des Nations unies.

Guerre froide et fin de règne (1945-1953)

Joseph Staline tire un immense profit de la victoire soviétique en 1945. C'est alors l'apogée d'un régime stalinien qui est admiré et craint comme le vainqueur du nazisme. Le second conflit mondial aura permis à Staline de doter la Révolution d'un empire. Il met en place un glacis protecteur d'États fantoches en Europe de l'est visant à prémunir l'URSS d'une nouvelle invasion étrangère.

Rideau de fer et guerre froide

A la peur du nazisme succède celle du communisme, à mesure que Staline ordonne la reconstruction d’une URSS exsangue grâce au pillage des démocraties populaires, tout en faisant planer la menace atomique. A l’Ouest, les alliances se constituent autour des Etats-Unis contre les Soviétiques. La bipolarisation des relations internationales se manifeste notamment lors du blocus de Berlin ouest ordonné par Staline en juin 1948. Celui-ci doit toutefois céder après que les Américains eurent mis en place un pont aérien pour ravitailler la ville.

Contrôle idéologique

Andreï Jdanov, fidèle de Staline, orchestre une campagne contre le «cosmopolitisme» dans le cadre d’un nationalisme russe exacerbé par la propagande (1946-1948). Les artistes sont contrôlés ou brimés, les sciences «bourgeoises», comme la psychanalyse et la physique quantique, sont censurées.

Paranoïa et nouvelles purges

Au crépuscule de sa vie mais toujours au faîte de sa puissance, Staline provoque à nouveau des purges politiques avec les procès de 1952 et le complot des blouses blanches au début de l'année 1953. Le 13 janvier 1953, des médecins, en majorité juifs, sont accusés d’avoir tué des hauts dignitaires et de préparer de nouveaux meurtres sur ordre des Etats-Unis. Le 28 février 1953, Staline réunit au Kremlin un présidium de 25 membres au sujet de ce complot et lance une nouvelle purge.

Mort de Staline

Staline succombe à un accident vasculaire cérébral le 5 mars 1953 à Moscou, à l’âge de 74 ans. Des funérailles d’Etat lui sont consacrées du 6 au 9 mars 1953 à Moscou, et son corps est inhumé près de celui de Lénine.

Héritage et postérité

La mort de Staline marque la fin d'un régime totalitaire parmi les plus sanglants de l'histoire contemporaine. Dès 1956, son successeur Nikita Khrouchtchev dénoncera les crimes commis sous le régime de Staline et entreprendra une vaste campagne de « déstalinisation ».

Bilan controversé

Le bilan de Staline est extrêmement controversé. Si certains mettent en avant la modernisation de l'URSS, la victoire sur le nazisme et l'expansion du communisme, d'autres insistent sur la terreur, les purges, les famines et les millions de victimes de son régime.

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