Depuis quelques années, le mois de septembre, à l’occasion de la Journée internationale du droit à l’avortement, replace au centre du débat la question de l’Interruption volontaire de grossesse (IVG). C'est le moment de faire le point sur l’IVG à l’international, un droit sans cesse remis en question et inégalitaire dans ses conditions d’accès. Si de nombreux pays interdisent encore totalement l’avortement, ce n’est pas le cas du Vietnam. L'avortement est légal au Vietnam depuis 1989, grâce à l'article 44 de la loi sur la protection de la santé publique, et il est entièrement remboursé par l'État vietnamien.
Un droit acquis de longue date
L'avortement a toujours existé, les premiers écrits sur ce sujet remontent à l’antiquité. Il a ensuite été pratiqué de façon régulière et continue jusqu’à nos jours. En Asie, certains pays comme l’Inde, le Vietnam, la Chine ou le Népal ont un droit à l’avortement depuis les années 70 (depuis 1950 pour la Corée du Nord).
Les femmes vietnamiennes bénéficient d'un privilège en n'ayant pas à se soucier des conséquences financières ou morales de leur IVG, car cette pratique, autorisée depuis près de 35 ans, est très peu soumise au jugement. Praticable jusqu’à 22 semaines après le début de la grossesse et relativement facile d’accès, notamment dans les cliniques privées.
Le Vietnam, un pays avec un taux d’avortement élevé
Si de nombreux pays, comme l’Égypte ou le Sénégal interdisent encore totalement l’avortement, et que certains tels que les États-Unis reviennent même sur sa légalisation, ce n’est pas le cas du Vietnam.
Le Vietnam est le pays avec le taux d’avortement le plus élevé au monde. Selon le Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP), le Vietnam a le deuxième taux d’avortement le plus élevé au monde avec environ 300.000 avortements par an. Au Vietnam, 40% des grossesses se terminent par un avortement.
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Bien que la légalisation et l’inexistence de tabou autour l’avortement au Vietnam soit une bonne chose, le nombre extrêmement élevé d’IVG effectuées par an témoigne tout de même d’un certain problème, notamment en ce qui concerne le rapport à la contraception. En effet, cette pratique médicale est tellement normalisée au sein de la population, que les jeunes filles la font parfois passer avant l’usage de préservatif, ou de quelconque moyen de contraception. Une mentalité qui peut s’avérer être un problème quand on sait que la protection n’empêche pas uniquement les grossesses, mais également les maladies sexuellement transmissibles.
Avortement sélectif en fonction du sexe
Même si l’avortement sélectif en fonction du sexe est illégal au Vietnam, les couples, « influencés par le confucianisme », ont tendance à souhaiter des fils. Ces derniers sont considérés comme plus aptes à gérer les biens familiaux, à s’occuper de leurs parents vieillissants et à accomplir les rituels en l’honneur des ancêtres.
Au Vietnam, il est interdit d'informer les parents du sexe de leur enfant avant la naissance, ainsi que de pratiquer un avortement pour des raisons de sélection du sexe, et les cliniques qui enfreignent la loi sont passibles de sanctions.
« L’avortement a été normalisé » dénonce le Dr Kuat Thu Hong, directeur de l’Institut d’études sur le développement social. D’après les chiffres fournis par le département général de la population du Vietnam, d’ici 2034 le pays devrait compter 1,5 millions d’hommes de plus que de femmes et 4,3 millions de plus d’ici 2050, si le déséquilibre entre les sexes reste aussi élevé qu’aujourd’hui. En effet, alors qu’en 2006, il y avait 109 hommes pour 100 femmes, aujourd’hui, ils sont 112,1 pour 100 femmes selon des données de l’Office général des statistiques publiées en 2022.
Baisse de la fécondité et évolution des politiques familiales
Les femmes vietnamiennes font de moins en moins d'enfants. Le Vietnam a abandonné la limite de deux enfants par famille, confronté à la baisse continue du taux de fécondité. Chaque couple est désormais libre de choisir le nombre d'enfants qu'il souhaite avoir, indique l'Agence vietnamienne d'information (VNA).
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Le Vietnam, qui compte environ 100 millions d'habitants, craint que la baisse du taux de fécondité, généralement associée aux pays riches, affecte son dynamisme économique - les autorités ayant l'objectif d'atteindre le statut de pays à revenu élevé d'ici 2045.
Ces dernières années, le taux de fécondité s'est situé en dessous du seuil de renouvellement fixé à 2,1, atteignant des niveaux « historiquement » bas, a déploré le ministère de la Santé.
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