Freda Josephine McDonald, plus connue sous le nom de Joséphine Baker, est une figure emblématique du XXe siècle. Sa vie, débutée dans la pauvreté et la ségrégation raciale, est une histoire de triomphe, d'engagement et d'amour inconditionnel. Danseuse, chanteuse, actrice, résistante et mère adoptive, elle a marqué l'histoire de la France et du monde.
Une Naissance Difficile et des Premiers Pas dans le Monde du Spectacle
Joséphine Baker naît le 3 juin 1906 à Saint-Louis, dans le Missouri, aux États-Unis. Issue d'une famille très pauvre et métissée, elle grandit dans une Amérique encore profondément marquée par la ségrégation raciale. Sa mère, Carrie McDonald, est une femme noire américaine, et son père, peut-être d'origine espagnole, ne l'a jamais reconnue. Cette absence paternelle et le fait d'être « ni noire, ni blanche » la tiraillent toute sa vie.
Dès son plus jeune âge, Joséphine est confrontée à la dure réalité de la vie. Elle est élevée « à la dure » et doit travailler comme domestique pour subvenir à ses besoins. À treize ans, elle quitte l'école et le domicile familial pour travailler comme serveuse. Malgré ces difficultés, la jeune fille rêve de devenir une star. Elle est passionnée par la danse et rejoint en 1920 un trio d'artistes de rue, le Jones Family Band.
À quinze ans, sa danse particulière plaît et éveille l'intérêt, ce qui lui permet d'être embauchée pour un spectacle de vaudeville du Chœur St-Louis avant de partir pour New York. Elle se produit notamment à Broadway le 17 mai 1921, date qui marquera un tournant dans l’histoire des comédies musicales, et même de la musique.
L'Ascension Fulgurante à Paris
Le véritable tournant de sa carrière se produit en 1925. Repérée par la productrice Caroline Dudley, elle quitte les États-Unis pour Paris et devient la vedette du spectacle musical « La Revue Nègre », au Théâtre des Champs-Élysées. Le succès est immense et immédiat. Joséphine Baker incarne l'exotisme et la modernité, et son talent de danseuse subjugue le public parisien.
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En 1926, elle commence à enregistrer ses premières chansons en anglais, alors qu’elle fait sensation sur scène. Un an plus tard, aux Folies Bergères, elle imagine une chorégraphie provocante qui marquera les esprits : vêtue d’une simple ceinture de bananes, elle déjoue et moque le stéréotype raciste du « bon sauvage ». Cette image iconique la propulse au rang de star internationale. Elle introduit également le Charleston, renforçant son statut de star internationale, jusqu’à se faire nommer la Vénus Noire. Elle devient alors une figure centrale des Folies Bergère.
Joséphine Baker se lance également dans la chanson et le cinéma, mais elle ne rencontrera toutefois pas autant de succès que dans la revue ou le music-hall. En 1930, elle connaît la gloire au niveau musical avec « J’ai deux amours, mon pays et Paris ». Cette chanson devient rapidement un hymne pour Baker, reflétant son amour partagé entre Paris et son pays natal. Ce titre sera également repris par Madeleine Peyroux en 2004, puis Dee Dee Bridgewater en 2005, ainsi que par Zaz dans son album « Paris » en 2014, il connaitra aussi une adaptation en allemand par Max Raabe (« Ich bin ja nur eine Laune von dir ») et en polonais par Mieczysław Fogg (« Mały biały domek »).
Deux ans plus tard, elle enregistre sous le label Pathé un album éponyme qui contient plusieurs titres populaires comme « Si j’étais blanche » et « La Petite Tonkinoise ». On se souviendra également de son interprétation mémorable de « La petite tonkinoise », toujours en 1930, qui reprend un autre titre composé par Vincent Scotto et écrit par Henri Christiné, popularisé dès 1906 par le chanteur français Pierre-Paul Marsalés alias Polin. Déjà auparavant, l’actrice polonaise Anna Held avait adapté cette chanson en anglais, sous le titre « It’s delightful to be married », et elle sera aussi chantée par l’actrice allemande Luise Rainer dans une scène du film « Le Grand Ziegfeld » (1936), avant d’être à nouveau reprise en français par l’actrice et chanteuse espagnole Sara Montiel (1961).
En 1937, l’icône des Années Folles épouse le Français Jean Lion et obtient la nationalité française. De la France, elle disait encore : « Ici, on me prend pour une personne et on ne me regarde pas comme une couleur ».
L'Engagement dans la Résistance Française
Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, Joséphine Baker reste fidèle à son pays d’adoption. Elle rejoint la Résistance comme agent pour les services secrets de la France libre. Ses missions consistent à transmettre des informations confidentielles, par exemple en les dissimulant dans ses partitions musicales.
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Elle profite des soirées mondaines pour recueillir des renseignements pour le contre-espionnage. En 1940, alors que les Allemands ont fait leur entrée dans la capitale, elle refuse de se produire sur scène devant eux et se retire dans son château en Dordogne. Reprenant ses activités clandestines, elle emmène en tournée en Espagne et au Portugal une « troupe » composée de Jacques Abtey, ancien responsable du contre-espionnage à Paris, et d’autres agents de renseignements au service des Alliés. Elle s'installe ensuite en Afrique du Nord où elle reste hospitalisée pendant 19 mois suite à de graves problèmes de santé.
Elle organise aussi des tournées pour soutenir les soldats français, britanniques et américains ainsi que pour les résistants sur le front. A partir de janvier 1943, elle reprend ses activités artistiques au service des armées françaises : spectacles, concerts et levées de fonds, tout en continuant son activité de renseignement pour l’état-major du général de Gaulle.
Engagée dans les forces féminines de l’Armée de l’air et nommée sous-lieutenant, elle sera décorée de la Légion d'honneur, de la Croix de guerre et de la Médaille de la Résistance française. Le général de Gaulle a tenu à rendre personnellement hommage à l’engagement de la chanteuse : « C’est en toute connaissance de cause et de tout cœur, lui écrit-il le 14 octobre 1946, que je vous adresse mes sincères félicitations pour la haute distinction de Résistance française qui vous a été attribuée. J’ai vu et beaucoup apprécié les grands services que vous avez rendus dans les moments les plus difficiles. Je n’ai été, par la suite que plus touché de l’enthousiasme et de la générosité avec lesquels vous avez mis votre magnifique talent à la disposition de notre cause et de ceux qui la servaient ».
De 1939 jusqu’à la libération de la France, puis jusqu’à la capitulation de l’Allemagne, son engagement fut continu sous des formes particulières, celui d’une résistante atypique, mais d’une résistante authentique.
La Lutte Contre le Racisme et la Tribu Arc-en-Ciel
Un autre combat a rythmé la vie de Joséphine Baker : celui contre le racisme. Au sortir de la guerre, elle s’engage pour la Ligue internationale contre le racisme et dénonce ardemment la ségrégation aux États-Unis. En 1963, elle accompagne Martin Luther King lors de la Marche vers Washington pour le travail et la liberté, et prend la parole devant une foule immense ! Elle participe en 1963 à la Marche sur Washington organisée par Martin Luther King, au cours de laquelle elle prononce un discours, vêtue de son ancien uniforme de l’armée de l’Air française et de ses décorations obtenues au titre de la Résistance.
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En 1947, elle épouse Jo Bouillon et achète avec lui le domaine des Milandes en Dordogne, où elle vivra jusqu’en 1969. Elle ne peut pas avoir d’enfants. Qu’à cela ne tienne ! Son château en accueillera douze de toutes origines, qu’elle a adoptés et qu’elle appelle sa « tribu arc-en-ciel ». Les douze enfants qu'elle a adoptés étaient ainsi coréen, finnois, français, japonais, ivoirien, colombien, canadien, algérien, marocain, vénézuélien, et juif français. Elle créa le ramassage scolaire pour ses enfants et ceux du voisinage.
Après la guerre, elle s’installe en Dordogne, où elle s’occupe de sa tribu "Arc-en-ciel" composée de douze enfants de toutes origines qu’elle a adoptés.
Malheureusement, les prémices d’une faillite prévisible mirent fin au bonheur. En 1964, la vente aux enchères du Château est annoncée. Celle-ci est repoussée de justesse, notamment grâce à l’intervention de Brigitte Bardot qui lança un appel aux Français. Malgré tout, la situation s’aggrave. En 1968, une nouvelle fois le Château est mis en adjudication et sera vendu une misère. Joséphine est en tournée lorsqu’elle apprend que le nouveau propriétaire a investi les lieux. Malheureusement, les hommes de main du nouveau propriétaire n’auront aucun scrupule à la mettre dehors.
Les Dernières Années et l'Entrée au Panthéon
Pour rembourser ses dettes, Joséphine remonte sur scène. Cette revue sera montée au théâtre de Bobino à Paris et fut un triomphe ! Après quelques représentations, elle est retrouvée inanimée dans l’appartement qu’elle occupait à Paris.
En 1975, Joséphine Baker tombe malade pendant une énième revue à Paris. Elle décède le 12 avril 1975, suite à une hémorragie cérébrale. Ses funérailles ont lieu à la Madeleine le 15 avril 1975, elle sera inhumée à Monaco.
Le 30 Novembre marque un nouveau chapitre dans l’histoire de la vie de Joséphine Baker ! Joséphine Baker est la 6e femme à entrer au Panthéon, mais la 5e à y être honorée. En effet, Sophie Berthelot y a été admise en 1907 aux côtés de son mari Marcellin Berthelot, afin de ne pas les séparer dans l'éternité. Elle y est donc inhumée sans décret de panthéonisation. Les quatre autres femmes honorées au Panthéon sont : Marie Curie, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Germaine Tillion et Simone Veil.
Joséphine Baker disait : « Tous les hommes n’ont pas la même couleur, le même langage, ni les mêmes mœurs, mais ils ont le même cœur, le même sang, le même besoin d’amour ». Dévouée à sa cause, elle a su se faire entendre de tous, sans rechercher nulle récompense ou gloire. Joséphine Baker s’est toujours battue POUR quelque chose et non CONTRE quelque chose. Sa célèbre chanson « J’ai deux Amours : mon Pays et Paris » résonne dans les esprits de chacun car elle traduit tout l’amour porté par Joséphine Baker pour la France.
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