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Anne Lauvergeon : Parcours, Famille et Controverses d'une Figure Influente

Anne Lauvergeon, surnommée « Atomic Anne », a marqué le paysage industriel français. Son parcours exceptionnel, sa vie de famille et les controverses qui l'ont entourée suscitent encore aujourd'hui un vif intérêt. Cet article se propose d'explorer en détail ces différents aspects, en s'appuyant sur des informations issues de diverses sources.

Un purgatoire parisien

Après avoir été l’une des personnalités les plus puissantes de l’industrie française, Anne Lauvergeon vit une période plus discrète. Son cabinet de conseil, situé dans un bel immeuble parisien près du parc Monceau, contraste avec son influence passée. Entourée d'une équipe de jeunes gens surdiplômés, elle attend une occasion de rebondir. Son bureau fermé est orné de photos la représentant aux côtés de Nelson Mandela et de Hillary Clinton, témoignages de son rayonnement international.

Malgré sa fréquentation ancienne des réseaux socialistes, l'élection de François Hollande n'a pas favorisé son retour aux affaires. Son nom apparaît désormais plus souvent dans la rubrique judiciaire que dans les pages économiques, en raison du scandale Uramin.

L'Affaire Uramin et les Ennuis Judiciaires

L'affaire Uramin, un imbroglio lié au rachat d'une société canadienne et de ses mines en Afrique, a ébranlé Areva et éclaboussé ses anciens dirigeants. Cette affaire a également mis en lumière les activités d'Olivier Fric, le mari d'Anne Lauvergeon.

Olivier Fric : Un Mari Discret Devenu Gênant

À la fois négociant, consultant et intermédiaire, Olivier Fric a travaillé dans la banque, le pétrole et l’ingénierie. Il a créé diverses sociétés, le plus souvent domiciliées en Suisse, et a utilisé son carnet d’adresses pour monter des projets d’investissements en Afrique, en Russie ou en Chine. Longtemps, il a été le contraire d’un mari gênant. À présent, sa discrétion se retourne contre lui - et contre son épouse.

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On le suspecte d’avoir cherché à profiter des fonctions de celle dont il partageait l’intimité pour faire fructifier ses affaires. On lui reproche, à elle, de s’être laissée entraîner dans une opération hasardeuse par celui qui pouvait l’influencer sur l’oreiller. Le fait qu’il ait détenu des fonds non déclarés dans au moins une banque helvétique apparaît comme une circonstance aggravante.

Avant l’affaire Uramin, le parcours professionnel d’Olivier Fric restait aussi confidentiel que celui de sa femme était étincelant. Anne Lauvergeon l’a épousé en 2004 ; le couple a deux enfants.

Parcours Professionnel et Personnel

Les Débuts et la Rencontre

L’histoire du couple Fric-Lauvergeon débute à La Source, ville nouvelle du sud d’Orléans où, dans les années 1970, tous deux sont élèves au lycée Voltaire. Leur idylle se noue et, une fois leur bac en poche, ils montent ensemble à Paris pour préparer les concours des grandes écoles. La jeune femme vise l’École normale supérieure, où elle obtiendra une agrégation de physique ; son compagnon veut étudier le commerce et sera admis à l’Essec.

Leurs carrières divergent ; leurs vies aussi : bientôt, Anne rompt, décidée à ne pas laisser entraver sa carrière par des considérations personnelles. Olivier part pour l’Indonésie où il se mariera et aura une fille. La future PDG d’Areva devient ingénieure des Mines et apprend le métier dans l’industrie lourde. Elle épouse en 1986 un ingénieur d’Elf Aquitaine.

Les Retrouvailles et le Mariage

Les années passent et en 1995, Anne Lauvergeon quitte l’Élysée pour la banque Lazard. Le hasard fait qu’au même moment, Olivier Fric est lui aussi devenu banquier : il gère les investissements russes du Crédit agricole. À Paris, sur les Grands Boulevards, leurs bureaux sont distants d’une petite centaine de mètres. Ils se revoient, se plaisent à nouveau. Le couple se reforme. Leur fille naît en 2000, leur fils, en 2003 ; ils se marient l’année suivante.

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Entre-temps, Fric est entré chez Elf Trading, la filiale chargée de vendre la production du groupe dont le siège est à Genève. Sa mission consiste à développer des activités dans les pays de l’Est et en Russie, pays qu’il connaît bien et dont il parle couramment la langue. Il est affecté à une petite unité de financiers dédaignée par les cow-boys du trading pétrolier.

Trajectoires Parallèles et Coïncidences

À partir de cette époque, le couple défie les lois de la géométrie : leurs trajectoires sont parallèles mais elles peuvent se croiser. Quand Elf est absorbé par Total (en 2000), un nouveau conseil d’administration est formé : Anne Lauvergeon, devenue présidente de la Cogema, entreprise publique chargée du retraitement des déchets nucléaires, y est nommée. Ainsi, la voilà admise dans les plus hautes instances du groupe qui emploie son mari - cette coïncidence-là, les cow-boys d’Elf Trading s’en souviennent encore.

Cette situation équivoque ne dure pas : en 2002, Fric quitte le groupe français et crée sa propre société de conseil qu’il domicilie à Lausanne et baptise Vigici. Il en fait la plaque tournante de son réseau. Sa spécialité : les opérations financières autour de petites sociétés pétrolières et minières. Ses meilleurs soutiens sont des familiers du couple.

Anne Lauvergeon à la Tête d'Areva

Areva est créé en 2001 pour regrouper les activités de la Cogema et de Framatome sous la bannière d’un acteur unique du nucléaire tricolore. Nommée à sa tête, Anne Lauvergeon devient l’une des rares femmes à diriger une entreprise publique en France et accède au cercle des femmes les plus puissantes du monde. Olivier Fric mène ses affaires de son côté. Il garde des parts dans une société pétrolière australienne qu’il a connue en Indonésie, Anzon, et partage ses semaines entre Paris, la Suisse et le Perche où le couple a fait l’acquisition d’un manoir du XIXe siècle dont les fenêtres dominent la Sarthe et l’abbaye de Solesmes.

Ombres et Embarras

Peu à peu, il fait des apparitions au siège d’Areva. Les plus hauts cadres de l’entreprise le rencontrent aussi dans les séminaires que le groupe tient dans des hôtels de luxe aux quatre coins du monde - soucieuse de ne jamais être éloignée de sa famille trop longtemps pour des raisons professionnelles, Anne Lauvergeon l’y emmène parfois avec les enfants. Il arrive que sa présence provoque l’embarras : à Venise, en 2008, il se lance dans un cours sur le trading à la table des principaux directeurs du groupe qui l’écoutent médusés. « C’est intéressant ; il faudra y réfléchir, non ? » temporise la PDG. Dans son dos, ses collaborateurs surnomment son mari « l’innommable » : on s’interdit de plaisanter sur son patronyme mais on s’efforce de tenir à distance ses offres de service. Quelques années plus tôt, le directeur de la branche « transmission et distribution » d’Areva a fait un esclandre pour repousser ses avances : « Dis à ton mari de ne plus s’approcher de mes équipes ! » a-t-il lancé à Anne Lauvergeon.

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Daniel Wouters et le Rachat d'Uramin

À l’automne 2006, c’est en tout cas sur l’intervention d’Olivier Fric que le groupe nucléaire recrute un nouveau directeur du développement pour ses activités minières : un banquier belge nommé Daniel Wouters. Impossible de savoir comment Fric et lui se sont connus. Ni l’un ni l’autre n’ont accepté de nous répondre et leurs itinéraires respectifs ne présentent a priori aucune intersection. Diplômé de l’Insead, la prestigieuse école de management de Fontainebleau, Wouters a travaillé en Afrique pour la banque Belgolaise et dispose de contacts haut placés sur le continent noir, pour avoir conseillé jadis le président de Côte d’Ivoire Félix Houphouët-Boigny. Olivier Fric assure d’ailleurs n’avoir rien fait de plus que « transmettre son CV » à Areva. Toujours est-il que c’est ce petit homme rond et discret qui, sans expérience particulière mais en liaison directe avec Anne Lauvergeon, va négocier au nom d’Areva le rachat d’Uramin.

"Atomic Anne" et son Plan Secret

La présidente a décrété l’urgence. Peu avant l’arrivée de Wouters, ses services ont établi un plan de développement intitulé « Turbo » - on ne saurait être plus clair. La division minière d’Areva est aux abois depuis qu’une inondation a noyé l’immense mine canadienne de Cigar Lake. Pour ne rien arranger, des rumeurs font redouter la nationalisation de ses mines au Niger, les plus riches du groupe. Rétablir sa production d’uranium exige de nouveaux filons.

À peine installé au sixième étage de l’immeuble Art déco qui abrite le siège du groupe, près de l’opéra Garnier, Wouters reçoit pour mission de s’emparer d’Uramin, une junior canadienne créée en 2005, qui détient des mines en Namibie et en Centrafrique. Il est en première ligne : depuis plusieurs mois, le poste de directeur des mines au sein d’Areva reste vacant - il n’a donc pas de supérieur immédiat. Une précédente tentative de rachat d’Uramin a échoué en octobre 2006 : après avoir fixé un prix de 415 millions d’euros, les propriétaires ont fait volte-face et suspendu les discussions. Ils ont eu du flair : moins d’un an plus tard, Areva acceptera de payer 4,5 fois plus cher. En réalité, « Atomic Anne » a un plan secret. Dès que la transaction sera conclue, elle compte revendre 49 % d’Uramin au géant chinois du nucléaire CGNPC.

Personnalité et Codes du Pouvoir

Les codes du pouvoir, celle qui fut l'une des femmes les plus puissantes de France a dû les apprendre, car elle n'est pas du sérail. Anne Lauvergeon a grandi dans un modeste pavillon d'Orléans. Comment, quand on n'est pas du sérail politique, intégrer à seulement 30 ans le cabinet du président de la République, puis devenir la championne du nucléaire français ?

Anne Lauvergeon n'est pas une "fille de", mais elle est issue d'une famille de "têtes" : son père a obtenu l'agrégation grâce aux cours du soir, ses deux jeunes frères ont fait Polytechnique et Centrale. Pour Anne, ce sera Normale Sup. Chez les Lauvergeon, aucune différence dans l'éducation entre fille et garçons.

"La Femme qui Résiste"

Anne Lauvergeon affectionne cette citation de Georges Bernanos (Les Grands Cimetières sous la lune) qui conclut le prologue de son livre, La Femme qui résiste. Une préoccupation qui date de ses plus jeunes années. Le jour de son entrée en sixième, elle se souvient avoir pensé "cartable sur le dos et boule au ventre : "Anne, ils vont essayer de te changer, mais tu dois rester la même"". Une trentaine d'années plus tard, en 2006, Anne Lauvergeon, présidente du directoire d'Areva, apparaissait en deuxième position dans le classement des femmes d'affaires les plus puissantes au monde du magazine américain Fortune.

D'où vient la résistance de cette femme qui s'est opposée récemment à Henri Proglio - PDG d'EDF et proche de Nicolas Sarkozy - jusqu'à en perdre son poste?

Reconnue et Contestée

Après des années de travail et de longs mois d'incertitude, le gouvernement l'a reconduite pour cinq ans à la présidence du numéro un mondial du nucléaire. Les industriels qui l'ont connue dans les années 1980 ne s'étonnent pas d'un tel parcours. La jeune Dijonnaise, fille d'un professeur d'université et d'une assistante sociale, n'avait pas seulement un cursus impressionnant (Ecole normale supérieure, agrégation de sciences physiques, ingénieur des Mines), elle épatait son monde.

À 46 ans, Anne Lauvergeon est aujourd'hui la seule femme à la tête d'une multinationale française. Si elle s'est finalement convertie au brushing executive woman américaine, elle reste une touche de couleur dans l'univers gris souris des nucléocrates français. Qu'elle accroche ainsi la lumière des médias irrite au plus haut point ses tutelles. Le conseil de surveillance du groupe s'agace de son indépendance.

Pour empêcher sa reconduction, ses ennemis ont orchestré une campagne de déstabilisation. Mais aucun ne l'a débinée en public.

Stratégie et Alliances

Anne Lauvergeon a su jouer de relais et de protecteurs toujours utiles par temps de crise. Politique, elle se tient à équidistance de la droite et de la gauche, de Dominique Strauss-Kahn et de Nicolas Sarkozy. Industrielle, elle a le soutien amical de Jean-Louis Beffa (Saint-Gobain), Gérard Mestrallet (Suez), Jean-Pierre Rodier (Pechiney), Denis Ranque (Thales) ou René Carron (Crédit agricole).

Succès et Controverses

Outre-Atlantique, les articles tournent au dithyrambe et le monde de l'énergie identifie désormais Areva à "Atomic Anne". Un peu trop à son goût. Quand Fortune la sacre "femme la plus puissante du monde" (hors des Etats-Unis), elle juge que "cela n'a pas grand sens" et préfère souligner que "le magazine américain a fait d'Areva la compagnie la plus admirée" du monde de l'énergie.

Ses détracteurs rappellent qu'elle n'a vendu que deux EPR, et que celui du consortium d'industriels finlandais accuse déjà un retard de neuf mois. Elle aurait compromis la vente à Pékin de quatre réacteurs de troisième génération en refusant de transférer la technologie et en sous-estimant l'étroitesse des liens entre la Chine et les Etats-Unis.

L'Affaire Uramin et ses Conséquences

Un fleuron industriel, Areva, aujourd'hui démantelé. Une bouillonnante patronne, Anne Lauvergeon, qui fut longtemps l'incarnation du nucléaire, soupçonnée d'avoir masqué la déconfiture d'Uramin (cette société minière rachetée en 2007 par Areva) pour être reconduite dans ses fonctions.

Les juges viennent de mettre en examen le mari d'Anne Lauvergeon, Olivier Fric, pour délit d'initié. Alors que, en pleine accélération judiciaire, avocats, communicants et lobbyistes s'activent en coulisses, allant jusqu'à alimenter les journaux en notes blanches (ni datées ni signées) hostiles à Anne Lauvergeon.

Et si Anne Lauvergeon, qui reconnaît elle-même avoir commis des erreurs, avait été le bouc émissaire parfait ? L'affaiblir, pointer la « catastrophique » dépréciation d'Uramin (bien moindre que d'autres dépréciations récentes, comme chez Total ou Engie) donnait clairement des arguments aux partisans d'un démantèlement d'Areva.

Une Femme Puissante et Controversée

C'est l'une des femmes les plus puissantes de la planète. Patronne d'Areva, la première entreprise nucléaire du monde, Anne Lauvergeon n'a pourtant rien de l'habituel PDG de multinationale. Souriante et naturelle, elle fait le bonheur des journalistes. Moins de Nicolas Sarkozy, qui n'a pas apprécié qu'elle refuse un ministère. Elle n'en a cure et continue sa route.

Elle veut rester "normale", regrette de ne pas porter de jeans et de basket - "les clients ne comprendraient pas" -, et entend se présenter comme une mère de famille ordinaire qui amène ses enfants à l'école? quand elle n'est pas en voyage d'affaires.

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