La placentophagie, ou la consommation du placenta après l'accouchement, est une pratique courante chez la plupart des mammifères. Excepté chez les mammifères aquatiques et les camélidés, cet organe est méthodiquement consommé par les jeunes mères sitôt expulsé. Toutefois, l'être humain semble avoir abandonné cette pratique depuis longtemps. Cet article explore les raisons potentielles de cette pratique chez les animaux, les arguments pour et contre sa consommation chez l'humain, et le statut légal de la placentophagie.
Une Pratique Répandue dans le Règne Animal
Comme l’observait en 1980 le psychologue Mark Kristal, les ethnologues qui ont sillonné le globe et témoigné des rites les plus complexes liés à la naissance n’ont que très rarement décrit de cas humain de placentophagie parentale. Sa consommation est même explicitement interdite dans de nombreuses cultures.
Plusieurs hypothèses tentent d'expliquer pourquoi tant de mammifères consomment leur placenta :
- Nettoyage du site de naissance: Une hypothèse avancée fut qu’il s’agissait là d’un moyen de nettoyer le site où le nouveau-né allait grandir, autant pour des régions d’hygiène que pour éviter l’attraction des prédateurs. Cependant, cette théorie ne s'applique pas à toutes les espèces, car même celles vivant dans les arbres, celles qui migrent aussitôt, ou celles qui sont au sommet de la chaîne alimentaire pratiquent la placentophagie.
- Besoin nutritionnel: Une autre théorie serait que la consommation de cet organe serait motivée par une très grande faim après la mise-bas.
- Apport de nutriments et d'hormones: Troisième hypothèse : le placenta contiendrait divers nutriments et hormones nécessaires à l’attachement de la mère à l’enfant. Les observations comportementales suite à des mises bas vétérinaires par césarienne invalident cette hypothèse. En revanche, des travaux réalisés au milieu des années 1980 suggèrent toutefois l’existence de substances chimiques dans le placenta ayant des effets analgésiques indirects (diminution de la sensation de douleur).
La Placentophagie Humaine: Mythes et Réalités
Des stars ont assuré que cette pratique leur avait permis de retrouver plus rapidement la forme et de s'éviter certains désagréments après avoir accouché. Kourtney Kardashian sur son blog et avec elles d'autres stars ont assuré que le fait d'avoir ingéré leur propre placenta après avoir accouché leur avait été très bénéfique. Cette légende urbaine véhicule l'idée que cette pratique protégerait contre la dépression post-partum, les douleurs et apporterait un regain d'énergie, favoriserait l'élasticité de la peau et l'allaitement et aiderait à régénérer le fer par l'organisme pendant la grossesse…
Malgré l'engouement observé chez certaines femmes, aucune étude scientifique n'a confirmé ces bienfaits. En compilant les résultats d'une dizaine de publications scientifiques, une étude publiée dans la revue Archives of Women's Health conclut qu'il n'existe aucune preuve, pour l'espèce humaine comme pour les animaux, d'un quelconque avantage à manger son placenta, cru, cuit ou encapsulé, comme le proposent certaines entreprises outre-Atlantique.
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Absence de Preuves Scientifiques
Dans une synthèse d’étude (méta-analyse) publiée le 4 juin 2015 dans la revue Archives of Women's Mental Health, des chercheurs nord-américains constatent qu’aucune étude n’a encore validé ces observations sur l’être humain.
Crystal Clark, psychiatre à l'Asher Center for the Study and Treatment of Depressive Disorders, l'une des coauteures de l'étude, tranche dans un communiqué "qu'il y a beaucoup de témoignages subjectifs de femmes percevant des bénéfices, mais il n'y a jusqu'à maintenant aucune recherche systématique pour évaluer réellement les bénéfices ou les risques de l'ingestion de son placenta. Les études menées sur les souris ne sont pas transposables aux cas humains".
Risques Potentiels pour la Santé
Pire, ingérer son placenta pourrait présenter des risques. Car en plus de procurer les nutriments et l'oxygène au fœtus, de produire les hormones nécessaires à sa croissance, cet organe est aussi une ligne de défense contre les infections extérieures. Il filtre et retient des substances nocives. Or, des chercheurs ont récemment avancé que le placenta filtrerait (et stockerait) une partie des polluants et toxines environnementales, afin de préserver le fœtus. L’hypothèse reste non démontrée, mais appuie toutefois la réflexion sur la placentophagie. Des bactéries et des métaux lourds, mercure et plomb, ont été retrouvés dans des tissus placentaires analysés après le terme de la grossesse.
Cynthia Coyle psychologue clinicienne à l'Université Northwestern Feinberg School of Medicine de Chicago, auteure principale de l'étude, conclut "que les femmes ne savent pas vraiment ce qu'elles ingèrent". Elle déplore aussi qu'il n'y ait "pas de réglementation sur la façon dont le placenta est stocké et préparé".
Le CDC, le centre pour le contrôle et la prévention des maladies américain, a tiré la sonnette d'alarme, s'appuyant sur un fait divers survenu dans l’Oregon, aux États-Unis. Un nourrisson, pourtant en parfaite santé à la naissance, a développé une grave infection respiratoire. Lors de son deuxième passage à l’hôpital, son médecin traitant a diagnostiqué la cause de ce mal : la mère avalait, depuis l’accouchement, des capsules de placenta séché… Bourré de bactéries.
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Préparations et Modes de Consommation
Si la science reconnaît les bienfaits hormonaux et nutritifs du placenta in utero, il n'existe aucune étude scientifique aboutie sur les bienfaits de la placentophagie chez les humains, affirme Daniel Benyshek, un anthropologue de la santé à l'université du Nevada (ouest).
Malgré l'absence de preuves scientifiques, certaines femmes choisissent de consommer leur placenta sous différentes formes :
- Cru: consommé cru (comme dans un smoothie).
- Cuit: formes cuites (recettes sucrées ou salées de toutes sortes).
- Encapsulé: réduit en poudre (après avoir été déshydraté) puis mis en gélules ou en granules homéopathiques qu’on prend en une ou plusieurs fois.
- Teinture mère: faire macérer le placenta dans de l’alcool.
Statut Légal et Réglementation
"[Aux Etats-Unis], il n'existe pas de réglementation sur la façon dont le placenta est stocké et préparé", poursuit Cynthia Coyle. En France, une circulaire d'août 2012 spécifie que le placenta doit être détruit après l'accouchement et qu'il est interdit aux femmes venant d'accoucher de le récupérer.
En France, en mars 2015 à l'hôpital sud de Rennes, une femme avait tenté avec le père de l'enfant de voler son propre placenta présenté aux parents par l'équipe médicale à des fins purement pédagogiques. Consommer son placenta est strictement interdit dans notre pays et peut être sanctionné par deux ans d'emprisonnement et 75.000 euros d'amende. (AFP)
La nouvelle loi du 7 juil 2011- article 18 admet l'utilisation du placenta à des fins scientifiques ou thérapeutiques avec la stricte autorisation préalable de l'accouchée ; mais elle reste évasive concernant le droit d'utilisation personnelle de l'accouchée, alors qu'elle lui reconnaît l'entier droit de propriété.
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Traditions et Croyances Autour du Placenta
Mark Kristal rapporte en revanche des cultes autour du placenta : totems, enterrements rituels, préservation d’une portion de l’organe comme un talisman… La majorité des cultures "brûle ou enterre le placenta". Dans la tradition shilluk (éthnie présente au Soudan du Sud), le placenta est enterré au pied d’un arbre fruitier, et le fruit consommé par la mère à la saison suivante.
Lorsque l'on fouille un peu dans les archives du passé des diverses civilisations, l'on peut découvrir que par exemple aux Indes, depuis des millénaires, il est d'usage de récupérer le placenta des nouvelles accouchées, afin de le calciner (méthode spagyrique). La cendre obtenue est utilisée pour restaurer les forces de la mère, et une partie est précieusement mise de côté pour servir éventuellement au bébé en cas de maladie grave. Dans d'autres contrées du monde, le placenta fait, depuis des millénaires, l'objet de rituels : il peut être séché au soleil puis porté par les enfants autour du cou ; à Bali il est enterré sous un arbre dans une noix de coco.
Iso-Placenta Homéopathique
Il est à noter qu'en 1993, une petite unité de labo a été ouverte pour élaborer de l'iso placenta homéopathique de nouvelles accouchées par un procédé sécurisé de transfert optique. Cette activité a perduré une dizaine d’années jusqu’à ce qu’une loi interdise la fabrication de toutes les auto-isothérapies. L'iso-placenta peut-être utilisé pour toutes les maladies virales, maladies infantiles, tous problèmes en lien avec une baisse des défenses immunitaires ainsi que pour des maladies chroniques résistant aux traitements classiques. Donnée dès les premiers symptômes, cette préparation permet de juguler rapidement les maladies courantes et potentialise puissamment les traitements des maladies lourdes.
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