Loading...

La crise de la maternalité : un chamboulement identitaire

La maternité, un sujet à la fois universel et profondément personnel, est souvent idéalisée dans notre société. Pourtant, derrière les images de bonheur parfait se cache une réalité plus complexe, marquée par des remises en question et des bouleversements identitaires. La psychanalyste Catherine Bergeret-Amselek parle de la "crise de la maternalité" pour décrire ce processus tumultueux. Cet article se propose d'explorer cette crise, d'en décrypter les enjeux et de lever le tabou sur les difficultés rencontrées par les jeunes mamans.

Le deuil du "soi d'avant"

"Vous est-il déjà arrivé d'apercevoir votre reflet dans une vitrine et de penser : "Mais qui est cette femme avec une poussette ?" Un an plus tôt, à la même heure, vous étiez en train de siroter un Irish Whiskey avec votre meilleure amie dans votre bar préféré. Tout à vous raconter les derniers épisodes de votre vie haute en couleur. Aujourd'hui, elle est plutôt haute en pleur."

L'arrivée d'un enfant représente un changement radical dans la vie d'une femme. Nuits interrompues, emploi du temps dicté par les besoins du bébé, relations avec les proches qui évoluent, corps en mutation… Autant de facteurs qui peuvent engendrer un sentiment de perte. Comme le souligne Jacqui Marson, une psychologue anglaise, "Faire le deuil de son soi d'avant est souvent ressenti comme la perte d'un être cher : il y a d'abord le déni, puis la colère, la tristesse et enfin l'acceptation de sa disparition". Près de 90% des jeunes mamans connaissent ce sentiment de perte suite à la naissance de leur enfant.

Maya, maman d'Ophélie, témoigne : "Au début, j'ai tout fait pour que ma vie change le moins possible : je continuais à sortir le soir, à voir plein de monde… Mais au bout de quelques semaines, je me suis écroulée d'épuisement. Inconsciemment, j'en voulais à mon bébé de ne plus pouvoir faire ce que je voulais. J'ai fini par me mettre à son rythme en me disant qu'il y avait un temps pour tout. Depuis, je suis plus sereine !" Ce témoignage illustre la nécessité d'accepter ce deuil et de trouver un nouvel équilibre.

Le mythe de la mère parfaite

"Pourquoi mes amies s'en sortent si bien alors que moi, je trouve ça difficile ?" Cette question taraude de nombreuses jeunes mamans, qui ont l'impression d'être les seules à éprouver des difficultés. Pourtant, la réalité est souvent bien différente. "Chacune dans son coin pense qu'elle est la seule dans son cas. Alors que quasiment toutes ressentent des difficultés de démarrage."

Lire aussi: La crise de la maternité : une analyse approfondie

Il est important de ne pas se fier aux apparences et de ne pas se laisser intimider par le mythe de la mère parfaite. "Ne vous fiez pas aux apparences : le fait que votre copine soit un as du Babycook et intarissable sur les maladies infantiles ne la met pas à l'abri de la fatigue et du doute." Les jeunes mamans sont souvent "des pros de la dissimulation" et n'osent pas avouer que leur nouvelle vie n'est pas toujours rose.

Il est essentiel d'adopter une attitude bienveillante envers soi-même et de se rappeler que devenir mère est un apprentissage. "Si vous deviez demain commencer un nouveau travail, vous ne vous flagelleriez sans doute pas si vous faisiez quelques erreurs au début. On devrait adopter la même bienveillance à l'égard de soi-même au moment de faire ses premiers pas de maman : c'est un "job" totalement nouveau, normal qu'il y ait des hésitations, voire des ratés."

L'importance du réseau social et du couple

La maternité peut entraîner un isolement social, notamment si la jeune maman se consacre exclusivement à son bébé. "Souvent, on néglige son réseau d'amies à un moment où on en aurait le plus besoin." Il est donc important de maintenir le lien avec ses amies et de ne pas hésiter à solliciter leur soutien. "D'accord, l'Irish Whiskey hebdomadaire en compagnie de votre meilleure amie, ça devra peut-être attendre un peu (quoique). Mais est-ce une raison pour rester cloîtrée chez vous, à trier la layette pendant que bébé roupille ?"

Le rôle du conjoint est également essentiel. "Eh oui, on a tendance à l'oublier, celui-là, caché derrière ces fameuses couches lavables qui s'accumulent ! Dites-vous que lui aussi est en train de vivre un ­chamboulement identitaire. Même s'il est moindre : son foot le mercredi soir, c'est quand même sacré. D'où votre sentiment d'injustice." Il est important de communiquer avec son partenaire, de partager les responsabilités et de se réserver des moments à deux. "Il faut se ­rendre à l'évidence : il ne va pas se transformer en papa parfait du jour au lendemain. Faites preuve d'indulgence, il faut qu'il trouve ses marques (et le chauffe-biberon…).En attendant, rappelez-vous que c'est votre amour pour lui qui vous a fait mère. N'attendez pas les 18 ans de votre enfant pour ­engager une baby-sitter et roucouler à nouveau à l'unisson."

Lætitia, maman de Lisa, témoigne : "Quand j'ai repris mon ­travail aux 4 mois de ma fille, j'avais l'impression de ne plus avoir de temps pour moi, je ne me sentais plus du tout désirable, je ne me maquillais plus… C'est seulement un an et demi plus tard que j'ai à nouveau eu envie de plaire." Ce témoignage souligne l'importance de ne pas s'oublier en tant que femme et de continuer à prendre soin de soi.

Lire aussi: Coliques du nourrisson : astuces éprouvées pour calmer bébé

Ne pas culpabiliser et se faire plaisir

"Même si rien ne vous semble plus captivant que les gazouillis de votre petit ange, n'oubliez pas : avant, vous vous passionniez aussi pour des tas d'autres choses. Plus le temps pour tout ça ? Mauvaise excuse." Elisabeth Badinter met en garde contre la tendance à culpabiliser quand on fait des choses pour soi. "Non, il ne faut pas attendre que bébé dorme à poings fermés pour finir le chapitre de Millénium ou chatter avec les copines. Pendant que vous lui donnez le sein, c'est possible aussi."

Il est important de se fixer des objectifs réalistes et de ne pas chercher à tout faire parfaitement. "Chaque future maman devrait mettre par écrit, en présence de son conjoint, les activités qu'elle voudrait à tout prix continuer après l'accouchement. Vous n'avez pas inscrit votre bébé aux bébés nageurs dès ses 3 mois ? Vous lui donnez des petits pots industriels ? La règle numéro un d'une maternité heureuse : oublier ses attentes irréalistes."

Jacqui Marson souligne que les femmes qui ont leur premier enfant après 35 ans ont tendance à se mettre une pression importante. "Les femmes qui ont leur premier enfant après 35 ans voudraient parfois que tout soit parfait. Cela fait longtemps qu'elles attendent ce moment, qu'elles se documentent… Résultat, elles se mettent une sacrée pression à elles et à leur enfant." Il est donc essentiel de relativiser et de ne pas se laisser submerger par les forums et les conseils de spécialistes.

Prévenir le baby-blues et la dépression postnatale

La "crise de la maternalité" peut parfois dégénérer en baby-blues ou en dépression postnatale. "La naissance d'un enfant peut nous faire basculer dans une vacuité, précédée par un état de plénitude. Si on n'est pas vigilante ou mal entourée, on peut vite être happée par un trou sidéral", met en garde la Dre Danièle Flaumenbaum.

Il est donc important de se faire accompagner et de ne pas hésiter à consulter un professionnel si on se sent dépassée. "Pour contrebalancer cette chute énergétique, pensez à vous recharger grâce à l’acupuncture, l'homéopathie ou la naturopathie." Et surtout, "Donc : ne culpabilisez plus jamais en vous faisant masser une heure."

Lire aussi: Traitement de la Crise Cardiaque chez les Enfants

La "crise de la maternalité" : un processus de maturation

Selon Catherine Bergeret-Amselek, "La "crise de la maternalité " n’est pas une crise pathologique mais un processus tumultueux qui fait grandir : depuis le désir de grossesse jusqu’à un an environ après la naissance de l’enfant. C’est une période sensible, une étape clé dans la construction identitaire d’une femme."

Cette crise peut être liée à la relation avec sa propre mère. "Notre mère nous délivre un "passeport de la féminité" grâce auquel on se sent ou non bienvenue au club des femmes. Si elle a été une rivale pour nous, devenir mère à notre tour sera plus difficile."

Le comportement du père joue également un rôle important. "Le comportement du père y est aussi pour beaucoup : s’il ne nous renvoie pas une image positive de nous en tant que mère, s’il ne nous aide pas à renouer avec notre féminité, on peut avoir l’impression de se perdre soi-même."

L'entourage familial est donc primordial pour traverser cette étape de manière harmonieuse. "Oui, quand cet entourage est sécurisant, cette maturation se fait de manière plus harmonieuse. La sortie de la maternité est le moment le plus délicat de ce long processus. Pour peu qu’on soit un peu esseulée, le baby-blues peut vite se transformer en dépression postnatale."

tags: #amselek #crise #de #la #maternité #inceste

Articles populaires:

Share: