L'aménorrhée secondaire, définie comme l'absence de règles pendant plus de trois mois chez une femme antérieurement bien réglée, est un symptôme fréquent chez les patientes souffrant d'anorexie mentale. Bien que l'aménorrhée ne soit plus un critère diagnostique du DSM-V, elle reste un signe clinique important, signalant un déséquilibre hormonal et des conséquences potentielles sur la santé à long terme. Cet article explore en profondeur les causes de l'aménorrhée secondaire liée à l'anorexie, ses conséquences et les approches thérapeutiques pour restaurer la fonction menstruelle.
Comprendre l'Aménorrhée Secondaire
L'aménorrhée secondaire se distingue de l'aménorrhée primaire, qui est l'absence de règles chez une jeune fille de 16 ans qui n'a jamais eu ses premières règles. Chez une femme ayant déjà eu des menstruations, l'absence de règles pendant trois cycles consécutifs ou pendant six mois est considérée comme une aménorrhée secondaire. La première cause à exclure est la grossesse.
Causes de l'Aménorrhée Secondaire Post-Anorexie
Dans le contexte de l'anorexie mentale, l'aménorrhée secondaire est principalement d'origine hypothalamique fonctionnelle. Plusieurs facteurs contribuent à cette condition :
- Insuffisance pondérale et perte de poids importante: Plus de 80 % des patientes souffrant d’anorexie mentale n’ont plus leurs règles. Un poids insuffisant et une perte de poids rapide entraînent une diminution des réserves de graisse corporelle, essentielles à la production d'hormones sexuelles.
- Apport nutritionnel inadéquat: Un défaut d’apport en graisses animales, un déficit pondéral ou un excès d’exercices physiques (anorexie, sport intensif) ou des excès (obésité)vont aboutir à une suspension réversible des cycles menstruels. Les hormones sexuelles (œstrogènes, progestérone, androgènes) sont des dérivés du cholestérol. Un régime alimentaire restrictif, caractéristique de l'anorexie, prive l'organisme des nutriments essentiels, notamment les lipides, nécessaires à la synthèse des hormones sexuelles.
- Stress: Le stress physique et psychologique associé à l'anorexie perturbe l'axe hypothalamo-hypophyso-ovarien, qui régule le cycle menstruel.
- Comportements compensatoires: Les vomissements, les restrictions alimentaires sévères, le sport intensif et le jeûne, souvent associés à l'anorexie, exacerbent le déséquilibre énergétique et hormonal.
Impact sur l'Axe Hypothalamo-Hypophyso-Ovarien
Ces facteurs entraînent une baisse, voire une interruption, de la sécrétion d'hormones envoyées à l'hypothalamus, la partie du cerveau qui régule le cycle menstruel. Sans un minimum de graisse, la sécrétion d'hormone reproductive ne peut être assurée et ainsi vos règles disparaissent. L'organisme, confronté à un manque d'énergie, priorise les fonctions vitales à la survie, reléguant la fonction de reproduction au second plan.
Autres Causes Possibles d'Aménorrhée Secondaire
Bien que l'anorexie soit une cause fréquente, il est important d'exclure d'autres étiologies possibles d'aménorrhée secondaire :
Lire aussi: Accouchement à terme : combien de SA ?
- Syndrome des ovaires polykystiques (SOPK): Ce syndrome, lié à un déséquilibre hormonal, peut entraîner des cycles menstruels irréguliers, une aménorrhée, une obésité abdominale, une infertilité et de l'acné.
- Causes hypophysaires: Des taux abaissés de FSH, LH, et d'oestradiol accompagnés d'un test aux progestatifs négatif témoignent d'une atteinte hypophysaire. La prise de médicament comme des neuroleptiques peut être en cause. Une IRM doit être pratiquée afin d'éliminer une tumeur. Un adénome à prolactine est suspecté lorsque l'aménorrhée est associée à une galactorrhée et une augmentation du taux sanguin de prolactine.
- Aménorrhée des sportifs de haut niveau: L'exercice physique intense et le faible pourcentage de graisse corporelle peuvent perturber le cycle menstruel.
- Atteinte utérine: Dans de rares cas, l'aménorrhée peut être due à une atteinte de l'endomètre (syndrome d'Asherman) ou à une sténose du col utérin.
- Ménopause précoce: L'épuisement prématuré du capital ovarien peut entraîner une aménorrhée avant l'âge de 40 ans.
Conséquences de l'Aménorrhée Secondaire
L'aménorrhée prolongée, en particulier dans le contexte de l'anorexie, peut avoir des conséquences graves sur la santé :
- Ostéopénie et ostéoporose: L’organisme ne produit plus d’œstrogène, une hormone de reproduction permettant également le maintien du niveau de calcium dans les os. L’ostéopénie correspond au début de la détérioration des os. L’étape suivant l’ostéopénie est l’ostéoporose. L'absence d'œstrogènes, due à l'aménorrhée, entraîne une diminution de la densité minérale osseuse, augmentant le risque de fractures.
- Problèmes cardiovasculaires: L’hormone de l’œstrogène permet de maintenir la densité osseuse, mais également la santé cardiaque. Bien que ce soit plus rare, l’aménorrhée peut engendrer une maladie cardiaque. L'œstrogène joue un rôle protecteur sur le système cardiovasculaire. Sa carence peut augmenter le risque de maladies cardiaques.
- Infertilité: L’aménorrhée peut être un des facteurs de l’infécondité féminine. Cependant, soyez rassurée, plus de 96 % des personnes ayant souffert de trouble alimentaire ont retrouvé des règles naturelles et un système de reproduction fonctionnel. L'absence d'ovulation régulière rend la conception difficile.
- Impact psychologique: L'aménorrhée peut être source d'anxiété, de détresse émotionnelle et d'une altération de l'image corporelle.
Diagnostic de l'Aménorrhée Secondaire Post-Anorexie
Le diagnostic de l'aménorrhée secondaire liée à l'anorexie repose sur :
- Anamnèse: Recueil des antécédents médicaux, des habitudes alimentaires, du poids, de l'activité physique et du niveau de stress.
- Examen clinique: Évaluation de l'indice de masse corporelle (IMC), recherche de signes d'hyperandrogénie (pilosité excessive, acné) et de galactorrhée (écoulement de lait par les mamelons).
- Examens complémentaires:
- Dosage hormonal: FSH, LH, œstradiol, prolactine, TSH.
- Test aux progestatifs: Pour évaluer la réponse de l'endomètre à la stimulation hormonale.
- Échographie pelvienne: Pour visualiser les ovaires et l'utérus.
- IRM hypophysaire: En cas de suspicion d'atteinte hypophysaire.
Traitement de l'Aménorrhée Secondaire Post-Anorexie
Le traitement de l'aménorrhée secondaire due à l'anorexie vise à :
- Restaurer un poids santé: L’obtention d’un poids santé et d’un organisme sans carence est intrinsèquement liée. En effet, en vous nourrissant avec un apport énergétique convenable, incluant tout type d’aliment, vous couvrirez les manques du corps tout en vous approchant de votre poids santé. La renutrition est essentielle pour rétablir un équilibre hormonal.
- Normaliser les habitudes alimentaires: Il est important de manger la quantité calorique recommandée par votre médecin. Chaque personne est différente, ainsi ne vous comparez pas. Il est crucial d'adopter une alimentation équilibrée, riche en nutriments, incluant toutes les catégories d'aliments. Evitez tous les comportements compensatoires qui vont déstabiliser votre équilibre hormonal : les vomissements, les restrictions, les sauts de repas, le sport intensif, le jeûne…
- Réduire le stress: Limiter toutes sources de stress. Si c’est possible, éviter l’exposition au stress scolaire ou professionnel. Éloignez-vous également des personnes néfastes pour vous, qui sont négatives et peut-être elles-mêmes souffrantes d’un trouble alimentaire. La gestion du stress, par des techniques de relaxation ou une thérapie, peut favoriser la reprise du cycle menstruel.
- Soutien psychologique: Une thérapie individuelle ou de groupe peut aider à traiter les problèmes émotionnels sous-jacents et à modifier les comportements alimentaires.
- Traitement hormonal substitutif (THS): Certains docteurs prescrivent la pilule pour permettre de faire revenir les règles. Mais une grande majorité est plutôt contre. Toutefois, si vous preniez déjà la pilule auparavant, les médecins vont vous conseiller de la maintenir, car les hormones de la pilule vont soutenir une certaine solidité des os évitant ainsi l’ostéopénie voire l’ostéoporose. Cependant, la prescription de la pilule pour retrouver ses règles n’est pas une solution à privilégier. Dans certains cas, un THS peut être prescrit pour protéger les os et le système cardiovasculaire, mais il ne restaure pas la fonction ovarienne normale. Il est déconseillé de prescrire la pilule contraceptive dans le seul but de rétablir les règles, car les saignements induits ne sont pas de véritables menstruations.
Prise en Charge Multidisciplinaire
La prise en charge de l'aménorrhée secondaire post-anorexie nécessite une approche multidisciplinaire, impliquant des médecins généralistes, des gynécologues, des endocrinologues, des nutritionnistes et des psychologues.
Rétablissement du Cycle Menstruel
Vous avez regagné un poids correct, vous mangez suffisamment, mais vous n’avez pas récupéré vos règles naturelles ?Ne soyez pas inquiète. En moyenne, le cycle menstruel naturel revient environ six mois après la guérison, c’est-à-dire lorsque vous avez cessé les comportements compensatoires (restriction, purge, sport excessif…) et que vous avez regagné du poids. Cependant, chacune a un corps différent et le poids santé peut varier d’une femme à une autre. Certaine femme vont retrouver leur règle avec un IMC de 18, tandis que d’autres ne les récupèreront pas avant d’avoir atteint un IMC de 22. La patience est essentielle. Le cycle menstruel peut mettre plusieurs mois à se rétablir après la normalisation du poids et des habitudes alimentaires.
Lire aussi: Aménorrhée : Guide complet
Lire aussi: Aménorrhée post-partum : Comprendre et agir
tags: #aménorrhée #secondaire #après #anorexie #causes #traitement