L'allaitement maternel est largement reconnu pour les bienfaits qu'il apporte au nouveau-né, notamment en renforçant son système immunitaire. Cependant, ses avantages pour la santé de la mère sont souvent moins mis en avant. De nombreuses études ont établi des liens entre l'allaitement maternel et la diminution des risques de cancers chez la mère et chez l'enfant. Cet article explore en profondeur cette relation, en s'appuyant sur des données scientifiques et des témoignages poignants.
L'allaitement : un facteur de protection contre le cancer du sein
Le cancer du sein est le cancer le plus fréquemment diagnostiqué chez les femmes en France et reste une cause majeure de décès par cancer chez les femmes. Dans ce contexte, l'allaitement maternel se révèle être un allié précieux dans la prévention de cette maladie.
Plusieurs rapports d’expertise scientifique français et internationaux ont établi un lien entre allaitement maternel et la réduction du risque de développer un cancer du sein. En France, une expertise collective coordonnée par l’Institut National du Cancer (INCa) en 2015 a conclu à une diminution convaincante du risque de cancer du sein associée à l’allaitement maternel. Le World Cancer Research Fund (WCRF) et l’American Institute for Cancer Research (AICR) ont évalué les niveaux de preuve des associations entre allaitement maternel et risque de cancer. Le dernier rapport, publié en 2018, conclut que l’allaitement est associé à une diminution du risque de cancer du sein avec un niveau de preuve probable. De plus, les études montrent que plus le nombre de mois d’allaitement est grand, plus le risque diminue.
Pour chaque douze mois cumulés d’allaitement, la réduction du risque de cancer du sein est estimée à 4,3 %. Dans ce contexte, une femme qui a deux enfants et qui nourrit chaque enfant au sein pendant douze mois aura une diminution de risque de cancer du sein de 8,6 %.
Un rapport récent du Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) a estimé qu’en France, plus de 1 600 nouveaux cas de cancer du sein diagnostiqués en 2015 auraient pu être évités avec un allaitement maternel (exclusif ou non exclusif) supérieur à 6 mois par enfant chez les femmes âgées de 30 ans et plus ayant donné naissance à au moins un enfant, ce qui représente 3 % de l’ensemble des nouveaux cas de cancer du sein.
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Comment la durée d’allaitement contribue-t-elle à réduire les risques de cancer ?
La durée d'allaitement joue un rôle important dans la réduction des risques de cancer, en particulier pour le cancer du sein. En effet, des études ont montré que plus la durée de l'allaitement est longue, plus le risque de cancer peut diminuer. Par exemple : "Les femmes qui ont allaité pendant une durée totale d’au moins 25 mois présentent un risque réduit de 33 %, par rapport à celles qui n’ont jamais allaité" (source = Collaborative group on hormonal factors in breast cancer. Breast cancer and breastfeeding : collaborative reanalysis of individual data from 47 epidemiological studies in 30 countries, including 50,302 women with breast cancer and 96,973 women without the disease. Lancet 2002; 360 : 187-95.) D’ailleurs, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande l'allaitement exclusif pendant les 6 premiers mois jusqu'à au moins 2 ans de l’enfant.
Mécanismes biologiques expliquant l'effet protecteur de l'allaitement
Différents mécanismes biologiques pourraient expliquer cet effet :
- La différenciation des cellules mammaires pour produire le lait réduit la susceptibilité des tissus aux effets carcinogènes (par exemple de l’œstrogène).
- L’allaitement produit un schéma unique d’aménorrhée et d’infertilité, réduisant l’exposition hormonale et les risques de cancers. L'allaitement retarde la reprise des cycles ovulaires après la grossesse et réduit le taux d’œstrogènes dans le sein, ce qui se traduit par une plus faible exposition du tissu mammaire aux hormones.
- L’excrétion des carcinogènes par le lait, l’exfoliation des tissus mammaires durant la lactation, ainsi que le processus d’apoptose massive lors de la fin de l’allaitement, pourraient réduire le risque de cancer par l’élimination des cellules à l’ADN endommagé. Lors de l’allaitement, la structure du sein se modifie, ce qui augmente la différenciation de l’épithélium mammaire et rend les cellules moins sensibles à la transformation maligne.
- Allaiter un enfant requiert de l’énergie pour la production de lait, la mobilisation des réserves de graisse et de glucose, et diminue les concentrations d’insuline chez la femme. Or des concentrations élevées chroniques d’insuline peuvent augmenter les concentrations de l’Insulin Growth Factor-1 qui est associé aux phénomènes prolifératifs et anti-apoptose dans le tissu mammaire. Pour la mère, l’allaitement maternel permettra de retrouver le poids d’avant la grossesse et de réduire la prise de poids à long terme.
- Des chercheurs australiens ont identifié une explication possible. Pour leurs travaux, les chercheurs du Peter MacCallum Cancer Centre ont étudié plus d’un millier d’échantillons tumoraux ainsi que les effets de l’allaitement sur des souris. Installées durablement dans les seins, ces cellules agissent comme des « vigiles » immunitaires et s’activent dès l’apparition de cellules anormales pour les neutraliser. Selon les chercheurs, seul un enchaînement complet de la grossesse, de l’allaitement puis d’un retour progressif à un « état non lactant » déclenche la formation de ces cellules protectrices. Quand ces dernières disparaissent, les femmes peuvent rapidement développer des tumeurs.
Le lait maternel : un liquide "vivant" aux propriétés anticancéreuses
Le lait maternel est un liquide « vivant » qui possède des caractéristiques inégalées et intéressantes pour la prévention du cancer et pour la recherche contre le cancer. Le lait maternel contient des nutriments essentiels, des enzymes et des acides gras spécifiques (comme les acides gras oméga-3 et la molécule HAMLET) qui peuvent aider à prévenir le développement des cellules cancéreuses.
Découverte par des chercheurs suédois, la molécule HAMLET (acronyme pour « Human a-Lactalbumin Made Lethal to Tumor cells » ) est une protéine dénaturée, c'est-à-dire une association de protéines avec des acides gras, ayant la capacité de tuer les cellules cancéreuses et de préserver les cellules saines. La sécrétion d'agents anticancéreux du lait maternel aide également à détruire les cellules cancéreuses (Xing P., et al., 2010). La protéine sécrétée en question, nommée HAMLET (Human Alpha lactalbumin Made Lethal to Tumour cells), un complexe d'alpha-lactalbumine et d'acide oléique. Celui-ci induit l'apoptose uniquement dans les cellules tumorales, tandis que les cellules différenciées normales sont résistantes à ses effets (do Carmo Franca-Botelho A., et al., 2012).
Allaitement exclusif versus allaitement partiel
Le Journal of Human Lactation a publié en 2017 une autre méta-analyse concernant le risque de cancer du sein chez les femmes ayant allaité (exclusivement ou partiellement) comparé aux femmes ayant nourri leur enfant avec du lait artificiel avec estimation de la dose-réponse par accumulation des durées de l’allaitement. Sur la base d’un total de 65 études inclues, lles résultats montrent une tendance pour un effet protecteur plus important de l’allaitement exclusif par rapport à un allaitement partiel pour le cancer du sein (différence non statistiquement significative). Les femmes ayant allaité exclusivement avaient un risque de cancer du sein significativement diminué de 28% par rapport aux femmes ayant eu un enfant nourri au lait artificiel. Quel que soit le mode d’allaitement (partiel ou exclusif) le risque de cancer était diminué de 12% (chez les femmes pares prémenauposées) et 14% (femmes pares postmenauposées).
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L'allaitement exclusif a un effet hormonal encore plus fort et pourrait entraîner une plus grande réduction du risque de cancer du sein.
Allaitement et autres types de cancers
Pour conclure, les résultats de cette revue parapluie confirment l’association entre la pratique de l’allaitement maternel et la diminution des risques de cancers chez la mère et chez l’enfant. L’allaitement offre une protection contre le cancer du sein, et il pourrait également protéger contre le cancer de l'ovaire et le diabète de type 2.
L'importance de la promotion de l'allaitement maternel
Dans les campagnes d’information sur la prévention du cancer du sein, l’allaitement maternel a toute sa place et devrait être mis en avant afin que les femmes puissent faire un choix éclairé concernant leur santé lors de la décision du mode d’alimentation de leur enfant.
En France, les données de l’Agence nationale de santé publique montre que le taux d’allaitement diminue avec le temps. Si, en 2021, le taux d’initiation à l’allaitement maternel était de 77 %, à l’âge de 2 mois seuls 54,2 % des enfants étaient encore allaités. À 6 mois, cette proportion tombe à 34 % des enfants encore allaités (dont 29 % tout en ayant commencé une diversification alimentaire). Cette situation contraste avec certains pays d’Europe, où le taux d’allaitement est nettement plus élevé. Ainsi, en Norvège, 98 % des enfants sont allaités à la naissance, 71 % des enfants sont encore allaités à l’âge de 6 mois et 35 % à 12 mois.
Dans le PNNS 4 (2019-2023) , un objectif (objectif 10, action 27) vise à promouvoir l’allaitement maternel, dans le respect de la décision de la femme, afin : d’augmenter de 15 % au moins le pourcentage d’enfants allaités à la naissance pour atteindre un taux de 75 % d’enfants allaités à la naissance ; d’allonger de 2 semaines, la durée médiane de l’allaitement total (qu’il soit mixte ou complet), soit la passer de 15 à 17 semaines. Même de plus courte durée, l’allaitement reste toujours recommandé. L’OMS recommande l’allaitement maternel exclusif jusqu’à l’âge de 6 mois, et de l’associer à la diversification (introduction d'aliments autres que le lait dans l'alimentation du nourrisson) jusqu’à l’âge de deux ans. Le Programme national nutrition santé (PNNS) recommande un allaitement maternel exclusif pendant six mois.
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Difficultés d'allaitement et soutien professionnel
De nombreuses mères rencontrent des difficultés d’allaitement, en général temporaires. Si ces difficultés persistent, un soutien professionnel adéquat peut être proposé.
Plusieurs outils déployés par Santé publique France sont disponibles, facilitant la mise en pratique de l’allaitement maternel :
- Le guide de l’allaitement maternel qui apporte des informations sur la pratique et l'accompagnement à l'allaitement maternel et des réponses aux questions les plus fréquentes.
- Le site mangerbouger.fr, donne des informations sur l’intérêt de allaitement pour l’enfant de 0 à 6 mois, et des conseils pour bien manger pendant l’allaitement.
Témoignages poignants : quand l'allaitement révèle un cancer
Même si de nombreuses études ont montré qu'avoir allaité diminue fortement le risque pour la femme d'être atteinte par un cancer du sein (ou un autre cancer féminin : ovaires, utérus), ce n'est pas une garantie à 100 %.
Plusieurs témoignages poignants illustrent comment l'allaitement a permis de détecter précocement un cancer du sein :
- Sarah Boyle, remarque que son enfant pousse des cris à chaque fois qu'elle souhaite le nourrir de son sein droit. Son bébé lui a sans doute sauvé la vie.
- Pascale, dont la fille de 3 ans et demi a senti une boule dure dans son sein lors d'une tétée.
- Patricia, qui a senti une boule très distincte à la surface de son sein gauche en allaitant son bébé de 17 mois.
Ces histoires soulignent l'importance de l'auto-examen des seins et de la vigilance pendant l'allaitement. Les femmes qui allaitent sont souvent très attentives à tout changement dans leurs seins. S’il est normal d’être vigilante, le cancer du sein pendant l’allaitement reste rare, représentant environ 3 % des cas, selon Medical News Today.
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