Après l'accouchement, les jeunes parents se retrouvent souvent submergés de doutes et d'interrogations concernant l'alimentation de leur bébé. Il est essentiel d'apprendre à décoder les pleurs de l'enfant, à répondre à ses besoins et à acquérir de nouvelles compétences. Cet article vise à fournir des recommandations claires et structurées sur l'alimentation lactée du nourrisson, en s'appuyant sur les directives de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et les connaissances actuelles en pédiatrie.
L'Importance de l'Alimentation Lactée Exclusive
Durant les premiers mois de vie, le nourrisson n'a besoin que de lait pour satisfaire ses besoins nutritionnels. Entre sa naissance et ses 6 mois, il n'est pas nécessaire d'introduire des aliments solides ou d'autres boissons, y compris l'eau. L'alimentation lactée, qu'elle soit maternelle ou infantile, joue un rôle central dans le développement du nourrisson.
Allaitement Maternel : L'Option Privilégiée
Selon l'OMS, l'allaitement au sein, exclusif et à la demande, constitue la meilleure alimentation possible durant les 6 premiers mois du nourrisson. Le lait maternel est l'aliment le mieux adapté aux besoins spécifiques des bébés, évoluant en fonction de l'âge gestationnel, du stade de la lactation, du moment de la tétée et du régime alimentaire de la mère.
Composition du lait maternel :
- Protéines : Apport de 1 g/100 mL, comprenant des caséines et des protéines solubles (alphalactalbumine, lactoferrine, IgA, lysozymes). Le rapport protéines solubles/caséines varie de 90/10 à la naissance à 50/50 à 4 mois.
- Lipides : Apport de 3,5 g/100 mL, constitués à 98 % de triglycérides.
- Glucides : Apport de 6 à 7 g/100 mL, principalement du lactose (90 %) et des oligosaccharides (10 %).
- Vitamines : Apports en vitamines B, E et A.
- Oligo-éléments : Taux faible mais biodisponibilité élevée.
- Facteurs anti-infectieux : IgA, lactoferrine, lysozymes, macrophages et lymphocytes T.
Mise en place de l'allaitement :
Une mise au sein précoce avec un contact peau à peau dès la salle de naissance est recommandée pour stimuler la montée laiteuse. Il est indispensable d'accompagner la mère pour vérifier la position de l'enfant (face à la mère, bouche ouverte avec la langue vers le bas) et l'encourager à poursuivre. Les tétées sont ensuite proposées à la demande, y compris la nuit (entre 6 et 12 par 24 heures) pendant environ dix minutes.
Allaitement et prématurité :
Si votre bébé est né prématurément, il n’y a pas de contre-indication à allaiter si vous le souhaitez et quand cela est possible. Si cela est possible et que votre bébé y arrive, il pourra être mis au sein directement. Dans certains cas, un complément de lait (maternel ou artificiel) pourra être donné. D’autres bébés, surtout s’ils sont grands ou très grands prématurés risquent de mettre plus de temps à maîtriser et coordonner la succion, la déglutition et la respiration. Ils seront alors nourris grâce à une sonde amenant le lait directement dans leur estomac, puis, plus tard à l’aide d’une tasse, d’une cuillère ou d’une seringue.
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Allaitement et hydratation :
En cas d’allaitement exclusif, vous n’avez pas besoin de donner de l’eau entre les tétées. En effet, le lait maternel, composé à 87% d’eau, suffit à couvrir ses besoins hydriques. En cas de diarrhée, de canicule ou de fièvre, c'est au professionnel de santé de dire s'il y a lieu de compléter l'allaitement.
Préparations pour Nourrissons : Une Alternative Adaptée
Si l'allaitement au sein n'est pas possible ou souhaité, les familles peuvent se tourner vers une préparation pour nourrisson de qualité. Ces préparations doivent répondre aux recommandations de la législation européenne (2006/141/EC). À ce jour, aucune de ces préparations ne peut revendiquer une supériorité nutritionnelle.
Types de préparations pour nourrissons :
- Préparations pour nourrissons (laits 1er âge) : Destinées aux bébés de moins de 4 mois, elles sont complètes et soumises à une réglementation stricte.
- Préparations de suite (laits 2ème âge) : Elles remplacent les préparations pour nourrissons lorsque l'enfant a un repas totalement diversifié. Leur composition vise principalement à prévenir les carences en fer, AGE et vitamine D.
- Laits épaissis : Ils contiennent de l'amidon ou de la farine de caroube pour augmenter leur viscosité, utilisés en cas de régurgitations.
- Laits sans lactose : Utilisés en cas de diarrhée sévère ou prolongée chez l'enfant de plus de 4 mois, en raison d'une possible intolérance au lactose secondaire.
- Laits hypoallergéniques (HA) : Ils contiennent des protéines partiellement hydrolysées, mais ne sont pas indiqués en cas d'allergie avérée aux protéines de lait de vache (APLV).
- Hydrolysats poussés de protéines : Ces préparations infantiles contiennent des protéines hydrolysées de façon extensive afin d’en réduire l’allergénicité. Il existe des hydrolysats poussés de protéines de lait de vache et, parmi celles-ci, on distingue les hydrolysats poussés de caséine ou des protéines du lactosérum. Par ailleurs, elles peuvent ou non contenir du lactose et parfois des triglycérides à chaîne moyenne (TCM) pour une absorption facilitée.
- Laits à base de protéines de riz : Ils peuvent être utilisés si les parents ne souhaitent pas de lait de vache.
- Mélanges d'acides aminés : Produits non fabriqués à partir de lait de vache, sans protéines ni peptides. Ils sont indiqués en cas d'anaphylaxie ou dans un second temps en cas d'allergie constatée aux hydrolysats extensifs de protéines du lait de vache.
Préparation des biberons :
Le biberon peut être reconstitué avec de l'eau du robinet ou de l'eau minérale dont la bouteille est ouverte depuis moins de 24 heures. L'eau doit être versée dans le biberon avant la poudre de lait. Le biberon peut être donné à température ambiante ou chauffé au bain-marie ou au chauffe-biberon. Le délai de trente minutes ne doit pas être dépassé entre le chauffage et l'administration. Il est important de respecter les modalités de reconstitution indiquées sur l'emballage : 1 cuillère-mesure pour 30 ml d’eau faiblement minéralisée.
Fréquence et Quantité des Repas
Chaque bébé a son propre rythme naturel. Si vous avez opté pour l'allaitement au sein, contentez-vous d'allaiter à la demande. La durée et le rythme des tétées varient fortement d'un bébé à l'autre. Si vous utilisez une préparation pour nourrisson, durant les premières semaines de vie, bébé consomme généralement 6 à 8 biberons par 24 heures, soit un toutes les 3 à 4 heures. Au fil des mois, la fréquence et le nombre de biberons par jour diminuent progressivement.
Signes de faim :
Il est important d'observer attentivement votre bébé pour détecter les signes de faim, tels que l'agitation ou le fait d'approcher ses poings de sa bouche. Il est préférable de proposer le sein ou le biberon dès les premiers signes d'éveil, sans attendre que bébé pleure.
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Satiété :
Avec l'allaitement maternel exclusif et à la demande, la lactation s'adapte automatiquement aux besoins de bébé. Il suffit de le nourrir dès qu'il en exprime le besoin et de veiller à ce qu'il suive sa courbe de poids. La préparation pour nourrisson doit quant à elle respecter les préconisations du pédiatre en termes de quantité. Attention, ces données sont purement indicatives et peuvent être totalement différentes d'un nourrisson à l'autre.
Besoins Nutritionnels Spécifiques du Nourrisson
Les besoins nutritionnels du nourrisson sont spécifiques et doivent être couverts par l'alimentation lactée.
Besoins en Eau
Les besoins en eau du nouveau-né et du nourrisson sont élevés en raison de leur constitution corporelle. L’eau représente 75 % du poids du corps les premières semaines de vie et 60 % à l’âge d’un an. Les apports en eau doivent donc répondre aux besoins de maintenance et aux besoins liés à la croissance. Chez le nourrisson de moins de 1 an, les besoins en eau sont assurés par l’alimentation lactée.
Besoins en Glucides
Les glucides ont une place centrale dans l’alimentation et un rôle essentiellement énergétique : 1 g de glucides apporte 4 kcal. Avant 1 an, 40 % des calories liées aux glucides sont apportées par le lait de femme et/ou les préparations infantiles. Par la suite, les glucides doivent représenter 50 à 55 % de l’apport énergétique total.
Besoins en Lipides
Les lipides ont un rôle énergétique (1 g de lipides apporte 9 kcal) et doivent apporter les acides gras essentiels (AGE), indispensables au développement neurocognitif de l’enfant. Les lipides doivent contribuer à 50 % des apports énergétiques totaux jusqu’à 6 mois, pour diminuer progressivement par la suite et atteindre 35 % de l’apport énergétique total à l’âge de 3 ans. Les apports en DHA doivent être de 100 mg/j durant les trois premières années de vie, et de 140 mg durant les six premiers mois de vie pour l’ARA.
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Besoins en Protéines
Les protéines ont un rôle enzymatique, hormonal et de transport. Les besoins en protéines tiennent compte des besoins de maintenance et des besoins pour la croissance. Ils sont globalement toujours constants pour la maintenance, mais ils diminuent pour la croissance quand celle-ci se ralentit. Selon les RNP, les besoins en protéines sont d’environ 10 g/j jusqu’à 3 ans ; ensuite, ils sont estimés à 0,8-1 g/kg/j. Ils représentent quantitativement 10 à 15 % de la ration énergétique. Idéalement, 50 % des protéines apportées sont d’origine animale et 50 % d’origine végétale.
Besoins en Fer
Le fer est essentiel pour la synthèse de l’hémoglobine et le développement du système nerveux central. L’absorption intestinale du fer est basse, quel que soit l’âge. Le fer contenu dans le lait de mère, dont le coefficient d’absorption est de 50 %, permet de couvrir les besoins jusqu’à 6 mois. Chez l’enfant non allaité, les laits infantiles (1er âge, 2e âge et lait de croissance) contenant des sels ferreux et de la vitamine C améliorent l’absorption du fer, qui atteint 10 à 20 %, et sont donc une bonne alternative.
Besoins en Calcium et Vitamine D
Les apports en calcium sont indispensables à l’âge pédiatrique pour une minéralisation optimale du squelette. Les besoins sont estimés à 280 à 450 mg/j avant 3 ans, à 800 mg/j entre 3 et 10 ans, puis à 1 150 mg/j de 11 à 17 ans. Une supplémentation en vitamine D, idéalement quotidienne, est nécessaire chez tous les enfants de 0 à 18 ans, car elle joue un rôle essentiel dans la minéralisation osseuse et l’absorption intestinale du calcium.
Besoins en Vitamine K
Les apports en vitamine K sont importants pour la synthèse des facteurs de coagulation, surtout en période néonatale et pour la synthèse de l’os. Une supplémentation de 2 mg de vitamine K est nécessaire à la naissance et entre le 4e et le 7e jour pour tous les enfants. Le lait maternel étant pauvre en vitamine K, une dose supplémentaire est recommandée à 1 mois de vie en cas d’allaitement exclusif.
Diversification Alimentaire : Introduction Progressive d'Aliments Solides
La diversification alimentaire est une période de transition entre 4 et 6 mois, amenant le nourrisson d’une alimentation lactée exclusive à une alimentation omnivore. Elle permet de satisfaire ses besoins nutritionnels, de croissance et de développement neuro moteur et psychomoteur. Les recommandations actuelles sont d’introduire tous les aliments entre 4 et 6 mois, y compris les plus allergisants (œuf, poisson, fruits exotiques, céleri, arachide, fruits à coque), et ceci qu’il existe ou non un terrain atopique personnel ou familial.
Quand Commencer la Diversification ?
La diversification alimentaire doit être débutée entre 4 et 6 mois, notamment pour prévenir l’apparition de manifestations allergiques ultérieures. Un certain degré de maturation des fonctions rénales et digestives est nécessaire au nourrisson pour métaboliser une alimentation autre que le lait ; celui-ci est acquis vers l’âge de 4 mois.
Comment Introduire les Aliments ?
La diversification peut être débutée soit par l’ajout dans le biberon de deux cuillères à café de légumes mixés avec augmentation croissante des quantités avant de passer à la cuillère, soit par l’utilisation de la cuillère d’emblée (enfant ayant toujours eu un allaitement maternel). Rien n’est défini quant à l’ordre d’introduction des aliments. Traditionnellement, on débute avec les légumes, puis les fruits. Viennent ensuite la viande, le poisson et l’œuf. Le gluten peut être introduit sous forme de céréales dans les biberons dès 4 mois.
Exemples d'Aliments à Introduire
- Céréales : Introduire des céréales dans 1 à 2 biberons par jour (matin et / ou soir par exemple) à raison de 1 à 2 cuillères à café au départ, qu’on pourra augmenter progressivement.
- Légumes : Introduire des légumes cuits, à la cuillère, en purée lisse au départ.
- Fruits : Introduire des fruits, à la cuillère, cuits en purée lisse ou mixés crus bien mûrs.
- Protéines animales : Après l’introduction des céréales, des légumes, des fruits et lorsque tout se passe bien, vous pourrez alors proposer des protéines animales (viande, poisson, œuf) à raison de 5 à 10 g par jour, toujours bien cuit et mixé dans les purées de légumes.
Quantités et Textures
Les quantités à administrer ne sont qu’indicatives et varient selon l’appétit et les goûts de l’enfant. L’essentiel est que la répartition des nutriments soit correcte et que l’enfant ait une croissance staturo-pondérale régulière. Concernant les textures, l’alimentation est mixée, lisse entre 4 et 8 mois, âge à partir duquel les purées granuleuses sont proposées, puis les textures molles vers 10 à 12 mois, ainsi que les aliments durs mais fondant en bouche.
Importance des Matières Grasses
Pour assurer les besoins quantitatifs en lipides, l’ajout de matières grasses est requis systématiquement dans tous les plats salés (beurre, crème, margarine, huile), y compris dans les petits pots industriels.
Conseils et Recommandations Supplémentaires
- Respecter le rythme de l'enfant : Il est important de suivre les recommandations des pédiatres, mais surtout d'apprendre à respecter le rythme naturel de son nourrisson. Chaque bébé est unique et a ses propres besoins.
- Ne pas forcer l'enfant à manger : L’important est de ne jamais le forcer à terminer une tétée ni le rationner. Votre nourrisson sait réguler son appétit durant une tétée et même au cours de la journée.
- Consulter un professionnel de santé : N'hésitez pas à demander des recommandations à un professionnel de santé pour vous rassurer et obtenir des conseils personnalisés.
- Hygiène : Une bonne hygiène est nécessaire pour manipuler les poudres, préparer et conserver les biberons. Il n’est pas nécessaire de stériliser les biberons et les tétines : il suffit de les nettoyer soigneusement dès que bébé a fini de boire. Puis, on les rince et les laisse sécher.
- Moment privilégié : Nourrir bébé est une belle occasion de passer un moment privilégié avec lui. On peut le câliner, lui parler, lui chanter une chanson : cela va le sécuriser et renforcer le lien qui nous unit. Autant que possible, on essaie de profiter pleinement de ce moment.
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