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Alimentation Hivernale des Vaches Allaitantes : Besoins et Optimisation

L'alimentation hivernale des vaches allaitantes est un aspect crucial de la gestion d'élevage, ayant un impact direct sur la santé des animaux, la qualité du colostrum, la croissance des veaux et la rentabilité de l'exploitation. Une ration bien équilibrée permet non seulement de couvrir les besoins nutritionnels des vaches, mais aussi d'optimiser l'utilisation des fourrages et de minimiser les coûts alimentaires. Cet article détaille les besoins spécifiques des vaches allaitantes en hiver, les stratégies pour optimiser leur alimentation et l'importance d'un suivi régulier pour garantir leur bien-être et leur productivité.

Besoins Nutritionnels Spécifiques des Vaches Allaitantes en Hiver

Les besoins nutritionnels des vaches allaitantes varient considérablement en fonction de leur stade physiologique, de leur race, de leur gabarit et de leur note d'état corporel. L'hiver représente une période particulière où ces besoins doivent être scrupuleusement couverts pour assurer la santé de la vache et le développement du veau.

Besoins Énergétiques

Les besoins énergétiques sont exprimés en Unités Fourragères Lait (UFL) ou Viande (UFV). Une vache charolaise, par exemple, a besoin de 8 à 10 UFL par jour. Ces besoins augmentent significativement en fin de gestation et au début de la lactation. La fin de gestation est une période critique où les besoins des vaches augmentent chaque jour. Deux mois avant le vêlage, ils sont supérieurs en moyenne de 1 UFL par jour par rapport à la période de mi-gestation, puis de 1,7 UFL par jour un mois avant le vêlage, et enfin de 2,5 UFL par jour au terme de la gestation. Durant le dernier mois surtout, la croissance du fœtus est très importante : son poids double. La place disponible pour le rumen est réduite d’autant et l'ingestibilité diminue. Il faut favoriser une alimentation de haute qualité et très digestible pour la vache en fin de gestation.

Il est essentiel d'éviter que les vaches ne s'amaigrissent ou ne s'engraissent trop pendant cette période. Trop de mobilisation ou trop de prise d’état sont plutôt dangereux pour le déroulement du vêlage et la santé du veau, et en plus, ce n’est pas efficient sur le plan physiologique. Les vaches allaitantes ont une forte capacité à "encaisser" des variations d'apports alimentaires, mais c'est à éviter. Souvent, des vaches qui maigrissent en fin de gestation sont des vaches qui s’épuisent. Si la vache perd plus de 5 % de son poids, le veau est plus petit à la naissance, la vache aura beaucoup de mal à assurer une lactation de qualité et une reprise de gestation ensuite. Si, à l’inverse, les vaches arrivent trop en état en fin de gestation, comme cela arrive parfois ces dernières années avec une herbe bien riche pendant l’automne, le passage pour le veau est réduit et la tonicité musculaire de la vache est handicapée.

Besoins Protéiques

Les besoins en protéines sont exprimés en Protéines Digestibles dans l'Intestin (PDI). Pendant les deux derniers mois de gestation, les besoins sont d'environ 90 g PDI par UF. Pour que l'organisme fonctionne bien et que le métabolisme soit optimal, il faut un bon équilibre énergie-protéines. Si la vache n'ingère pas assez de protéines, l'énergie de la ration ne peut pas être utilisée. La vache se retrouve en déficit énergétique, s'amaigrit et part en stéatose : des acides gras non estérifiés commencent à s'accumuler dans le foie (en tant que gras), et nuisent à son fonctionnement. Il y a un lien entre les protéines apportées dans la ration de la mère en fin de gestation et la richesse du colostrum en immunoglobulines, puis la richesse de son lait en protéines.

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Besoins en Oligo-éléments et Vitamines

Les apports en oligoéléments et vitamines pour les vaches en fin de gestation nécessitent quelques précautions pour être efficaces. Il faut avant tout bien équilibrer les fondamentaux - protéines et énergie - sinon les apports d’oligoéléments n'apporteront aucun bénéfice à la vache et à son veau. Face à un risque d'interaction et de blocage par un excès de fer, de manganèse, ou pour des eaux de boisson trop calcaires, il conseille de choisir des oligoéléments sous une forme de chélates visant à ce qu'ils soient mieux assimilés par l'animal. Les facteurs les plus importants sont le cuivre, le sélénium, la vitamine A et la vitamine E. Sont aussi à assurer les besoins en zinc, iode et vitamine D3.

Importance de l'Homogénéité du Lot

Comme on calcule une ration en fonction des caractéristiques moyennes d’un lot donné, plus ce lot est homogène, mieux les besoins de chacune des vaches peuvent être assurés, avec aussi des économies possibles à la clé. Il faut également comme toujours tenir compte du temps d'adaptation de la flore ruminale au moment du changement de ration : la ration nécessaire au moment du vêlage doit être introduite trois semaines avant la date prévue pour qu’elle soit bien assimilée le jour J.

Stratégies d'Optimisation de l'Alimentation Hivernale

Plusieurs stratégies peuvent être mises en œuvre pour optimiser l'alimentation des vaches allaitantes en hiver, en tenant compte des contraintes économiques et des objectifs de production.

Connaissance et Valorisation des Fourrages

Avant l’entrée en bâtiment, il est nécessaire avant tout de connaître la quantité de fourrages récoltés. Connaître la qualité des fourrages est tout aussi important que la quantité afin d’optimiser leur utilisation. La valeur des fourrages dépend du type, des conditions de récolte et des espèces récoltées. Elle est très liée également au stade de récolte et donc à la précocité des fauches. La valeur alimentaire du fourrage récolté se dégrade généralement avec le rendement. Toutes les catégories animales n’ont pas les mêmes niveaux de besoins.

Allotement des Vaches

Pour les vaches allaitantes, l’allotement doit considérer essentiellement deux facteurs :

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  • La période de vêlage : une vache gestante a moins de besoins qu’une vache qui élève son veau et qui va entrer en période de reproduction.
  • Le rang de vêlage : un apport supérieur est conseillé pour les primipares pour assurer la reproduction. Pour les génisses, une attention particulière doit être accordée lors de leur premier hiver après leur sevrage.

Rationnement Précis

Le principe de base est de faire correspondre les besoins en “nutriments” aux apports en aliments. Rationner sert simplement à minimiser les coûts ou améliorer l’efficacité alimentaire. Les rations sont toujours calculées en matière sèche. Il convient de comprendre les différentes unités utilisées pour une ration : les UF (L ou V) pour l’énergie, les PDI (Protéine Digestible Intestinale) pour les besoins en azote, et les UE (Unité d’Encombrement) pour le volume de la panse.

Complémentation Stratégique

La réduction du coût de l’alimentation doit être raisonnée en fonction des objectifs de production recherchés par l’éleveur (niveau de croissance, état de finition…) et des compensations biologiques entre l’alternance des périodes d’alimentation restreintes ou non. Favoriser la consommation de fourrages (pâturage ou stocks) par le troupeau reproducteur ou les animaux en finition permet également de répondre à cet objectif, notamment en réduisant le recours aux concentrés. Une analyse de la valeur alimentaire des fourrages assure un meilleur ajustement des apports aux besoins des animaux. Les concentrés représentent un poste de charge alimentaire important.

Suivi et Ajustement

Si on suspecte un défaut dans la préparation alimentaire des vaches au vêlage, par rapport à des événements sanitaires et/ou les pratiques de complémentation, des analyses planifiées avec le vétérinaire peuvent apporter plusieurs sortes d’informations. Obione propose par exemple un bilan « fin de gestation » qui balaie les différentes pistes à creuser dans cette situation. L’analyse se fait à partir du sang en mélange de cinq vaches qui doivent être choisies parmi celles qui n’expriment pas de symptômes, et qui sont à un stade physiologique homogène - les deux derniers mois de lactation pour ce qui nous intéresse ici - et à au moins quinze jours avant le vêlage. Les résultats sont extrapolés au troupeau entier à partir d’un modèle statistique. Ce bilan permet de connaître le niveau de couverture des besoins en oligoéléments. Il renseigne aussi sur le niveau de couverture des besoins en protéines alimentaires, par le dosage dans le sang des protéines totales, de l’albumine et de l’urée. Le dosage de l’haptoglobine permet d’autre part de détecter un processus inflammatoire. Cela signe la circulation d’un pathogène, sans qu’à ce stade on en déduise davantage. L’investigation devra le cas échéant être poursuivie pour l’identifier (boiterie, circulation infectieuse BVD, ehrlichiose, fièvre Q, etc) mais toute vache en état inflammatoire aura un problème de synthèse du colostrum.

Analyses Sanguines

Pour évaluer le niveau de la couverture énergétique des besoins des vaches en fin de gestation, il est a priori satisfaisant de se baser sur le suivi de la note d’état corporel et sur l’aspect des bouses. En théorie, mesurer la glycémie d’une vache allaitante permettrait d’évaluer si elle reçoit un bon niveau énergétique. Mais il y a une grande variabilité des résultats selon le moment de la journée, et les appareils portatifs de mesure ne sont pas très précis pour la glycémie (alors qu’ils le sont pour doser les corps cétoniques). Les études montrent que mesurer les corps cétoniques sur une vache allaitante en fin de gestation peut se faire pour évaluer une acétonémie subclinique. Le BHB (béta-hydroxybutirate) augmente lorsque les conditions nutritionnelles sont défavorables. En pratique, quand on trouve un résultat anormal sur une vache allaitante, elle est déjà dans un état bien grave. Par contre, les acides gras non estérifiés (AGNE) sont un marqueur très précoce de la mobilisation des réserves corporelles des vaches allaitantes, qui peuvent alerter sur l’insuffisance des apports énergétiques en fin de gestation. Cette analyse se fait au laboratoire à partir d’une prise de sang.

Bilan Alimentaire Cations-Anions (Baca)

Enfin, le bilan alimentaire cations-anions de la ration (Baca), encore appelé bilan ionique, est une notion très peu pratiquée en rationnement pour l’élevage allaitant. Selon les proportions de minéraux dans la ration, il va être modifié. En toute fin de gestation, il doit être en faveur des anions, c’est-à-dire qu’il faut favoriser le Baca négatif. Les rations majoritairement composées d’herbe sont à risque pour le Baca des vaches allaitantes en fin de gestation. Il peut être ajusté par un apport de chlorure de magnésium durant les dix jours précédant le vêlage.

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Exemples de Rations et Adaptation

Voici une ration assez classique pour un troupeau de 50 vaches ou génisses charolaises de 24 mois à l'engrais. Elle contient 4,27 kg d'ensilage de maïs, 1,32 kg de paille de blé, 2,59 kg de maïs, 2,60 kg de blé tendre, 1,32 kg de tourteau de soja 48 et 0,3 kg de minéral 10 20 par vache et par jour. Cette première ration est assez bien équilibrée comme le montrent les indicateurs ci-dessus, mais offre légèrement trop de PDIN et PDIE, de protéines respectivement issues de l'azote et de l'énergie ingérées. Elle permet de bonnes performances avec un GMQ (Gain de poids Moyen Quotidien des animaux) de 1 260 grammes.

Ce nouveau mélange conserve la base de 4,27 kg d'ensilage de maïs ainsi que les 2,6 kg de blé tendre. Pour les protéines, on remplace le tourteau de soja par de la drèche de blé. On ajoute du maïs épi, qui est, selon Arnaud, "si vous manquez d'énergie, le fourrage le plus intéressant au rapport qualité prix". Cette seconde ration est donc plus équilibrée, notamment au niveau des quantités d'azote apportée.

Défis et Solutions

Carences Minérales et Oligo-éléments

La particularité des vaches allaitantes est qu'elles passent une bonne partie de l'année en pâture sans complémentation minérale et sont donc inévitablement sujettes à des carences. La minéralisation des génisses ne doit pas être négligée car elles sont en croissance et il est important que leur squelette soit suffisamment minéralisé. Ainsi, elles pourront puiser dans ce stock osseux pendant les périodes où les apports alimentaires sont parfois insuffisants, comme en début de lactation.

Hypocalcémie et Troubles Associés

Pour les vaches allaitantes, on constate bien sûr moins de troubles liés à l'hypocalcémie que chez les vaches laitières. Mais, par exemple, un défaut de tonicité musculaire de la vache au moment du vêlage et une non-délivrance sont principalement liés à une hypocalcémie et une hypomagnésémie autour du vêlage.

Coût Élevé des Aliments

En cette année, les éleveurs de vaches laitières et allaitantes font face à des prix d'aliments très élevés et cherchent à diminuer leur coût alimentaire pour augmenter leur marge. Il suffit parfois de trouver un substitut à une matière première trop coûteuse ou de diminuer la distribution d'un aliment en excès.

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