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Alfred Barriol : Un Pédiatre dans l'Ère du Lamarckisme Social

Introduction

Cet article explore la vie et l'époque d'Alfred Barriol, un pédiatre dont la carrière s'est déroulée dans un contexte intellectuel marqué par la persistance d'un lamarckisme social républicain. Cette perspective, influencée par les idées de Lamarck sur l'hérédité des caractères acquis, a façonné les débats scientifiques et sociopolitiques de son temps.

Le Contexte du Lamarckisme Social

Au début du XXe siècle, le lamarckisme social était une force intellectuelle importante en France. Cette idéologie s'appuyait sur la théorie de Lamarck selon laquelle les caractéristiques acquises par un organisme au cours de sa vie pouvaient être transmises à sa descendance. Appliquée à la société, cette idée suggérait que l'éducation, l'hygiène et les réformes sociales pouvaient améliorer l'espèce humaine.

Le Larousse mensuel illustré de septembre 1909 rappelait que la cérémonie d’inauguration du monument élevé à la mémoire de « Jean de Lamarck » au Muséum d’histoire naturelle de Paris, le 13 juin 1909, fut l’occasion d’une « imposante manifestation scientifique, à laquelle assistaient le Président de la République A. Fallières, le ministre de l’Instruction publique, Doumergue, et Edmond Perrier, directeur du Muséum. Les intentions chauvines n’étaient pas absentes de cet événement puisque Perrier bâtit sa péroraison par une mise en parallèle de la réhabilitation tardive de Lamarck en France et des funérailles nationales de Darwin en Angleterre avec pour point d’orgue son inhumation à Westminster.

Dans son portrait de Lamarck et de sa philosophie, Edmond Perrier précisait :« [La] préoccupation constante [de Lamarck] est la découverte des causes. Comme le néant éternel est plus facile à imaginer que l’existence même de l’univers, il ne considère pas comme absolument nécessaire de refuser un nom à la cause première inpénétrable et inconnue de tout ce qui existe, ce qui est au fond la seule originalité de l’athéisme ; mais il n’admet pas d’intervention capricieuse et personnelle de cette cause. S’il s’incline suivant une expression qui lui est familière, devant le sublime auteur de toutes choses, ce sublime auteur est avant tout le créateur des substances, des forces et des lois immuables suivant lesquelles s’accomplissent les phénomènes. Ces lois dominent l’évolution du monde sans qu’aucune perturbation soit jamais possible ; elles sont les mêmes pour les êtres inertes et pour les êtres vivants qui malgré leurs propriétés particulières ne sauraient leur échapper. C’est strictement le déterminisme rigoureux sur lequel la science actuelle s’enorgueillit d’avoir assis toutes ses doctrines. Par cette réhabilitation de la philosophie lamarckienne, Edmond Perrier révélait implicitement un scientisme toujours vivace, une confiance toujours inébranlable en une science déterministe. Malgré ses précautions oratoires, il soulignait les implications de la science ne serait-ce qu’au plan théologique. De nombreux indices donnent à penser que si le phénomène n’était pas aussi massif qu’à la fin du xixe siècle, E. Perrier ne menait pas encore un combat d’arrière garde. Ainsi ses conceptions relatives aux rôles de la science et à ses implications sociales ou théologiques étaient pour grande partie partagées par ses collègues néolamarckiens tels Yves Delage, A. Giard, F. Le Dantec et J.-L. de Lanessan.

Le Néolamarckisme et la Sociologie Organiciste

Une sociologie organiciste sinon solidariste, certes en perte de vitesse comparativement à cette officialisation croissante de la sociologie durkheimienne, maintint intacte son réductionnisme sociobiologique. En un chapitre précédent, nous avons montré que les travaux d’Alfred Fouillée, d’Alfred Espinas, de René Worms et de Jacques Novicow sont symptomatiques d’une substitution des référents darwiniens par un néolamarckisme dominant durant cette première décennie du xxe siècle, la métamorphose doctrinale étant complètement achevée en 1910. Leur nouvelle synthèse sociobiologique véhiculait une représentation d’un ordre politique, moyen terme démocratique entre le socialisme et le libéralisme, fondée sur l’idée de la concurrence intellectuelle et économique, d’une sélection méritocratique, pondérée par un régime « d’association, de coopérative et de mutuelle ». Par analogie à la différenciation croissante des organismes et dans une filiation philosophique spencérienne, la différenciation croissante des activités sociales et économiques devait rendre caduque la lutte brutale pour l’existence entre les hommes, chaque groupe socio économique s’étant adapté à « sa niche écologique ». La concurrence, moteur du progrès de l’espèce était simplement transférée dans l’ordre intellectuel et économique ou dans l’exploitation de la nature, tous les hommes étant associés dans cette lutte pour la vie. Cette philosophie pouvait accessoirement s’accompagner d’une politique eugénique. Ainsi, la Revue internationale de sociologie prêtait ses colonnes à un obscur ingénieur de Bordeaux, Alfred Pichou, lequel synthétisant les idées de Darwin, de C. Royer et d’A. Comte, proposait de fonder une association eugénique dénommée « L’élite - Association philanthropique pour la conservation de la vie et l’amélioration de l’espèce humaine ». Son programme de transformation et d’amélioration de l’espèce humaine largement diffusé dans La Chronique médicale (1906) et dans la Revue internationale de sociologie (1907-1908) sollicitait le concours de « Docteurs de l’élite » afin d’organiser par canton une caste des « élus » sélectionnée préalablement par une véritable procédure anthropotechnique. Sa politique eugéniste, darwinienne et positiviste s’articulait autour des quatre thèmes « santé-famille-propriété et liberté » et n’était pas innocente d’intentions politiquement conservatrices :« L’élite est une institution répondant absolument aux aspirations actuelles de la société ; elle s’appuie sur la famille en cherchant à améliorer les éléments ; sur la propriété individuelle qui est le corollaire immédiat de la famille ; sur le principe du rapprochement des classes, en perfectionnant les individus qui les composent et en les amenant à une égalité physique et morale, la seule qui soit véritable ; elle met enfin le culte de la vérité, de la beauté et de la bonté à la place des espérances chimériques de bonheur dans la vie future […]. Elle est le plus solide appui offert aux hommes d’ordre et de progrès. »

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Alfred Barriol et son Engagement Professionnel

Bien que les détails précis de la vie et de la carrière d'Alfred Barriol nécessitent des recherches plus approfondies, il est possible de contextualiser son rôle en tant que pédiatre dans cette période. En tant que médecin spécialisé dans les soins aux enfants, Barriol aurait été confronté aux réalités de la mortalité infantile, des maladies infectieuses et des problèmes de santé liés à la pauvreté.

Dans ce contexte, les idées du lamarckisme social auraient pu influencer son approche de la médecine infantile. Par exemple, il aurait pu être un fervent défenseur de l'amélioration des conditions d'hygiène et de l'éducation des mères, en croyant que ces mesures pourraient avoir un impact positif sur la santé et le développement de leurs enfants, et que ces améliorations pourraient même être transmises aux générations futures.

Les Implications du Lamarckisme Social pour la Pédiatrie

Le lamarckisme social avait des implications directes pour la pédiatrie. Les médecins étaient encouragés à considérer l'environnement social et économique de l'enfant comme un facteur déterminant de sa santé. Cela a conduit à des initiatives visant à améliorer les conditions de vie des familles pauvres, à promouvoir l'allaitement maternel et à lutter contre le travail des enfants.

Ce néolamarckisme social était aussi relayé par certains anthropologues comme Paul Topinard ce dernier, - opposé à l’hérédité weismanienne au titre d’un lamarckisme fondé sur les vertus prêtées à l’adaptation héréditaire - considérait qu’il était de son devoir de conseiller les hommes politiques. Selon P. Topinard, l’État, à des fins de progrès sociaux, devait laisser s’exercer la libre concurrence dans les domaines économiques et intellectuels et permettre la libre jouissance des fruits de la lutte et de l’hérédité adaptatrice. En raison de la croyance en l’adaptation au milieu et en l’hérédité des caractères moraux et sociaux acquis, l’enseignement des vertus morales devait préparer l’ensemble des citoyens à exercer leur rôle dans cette lutte pour l’existence, des mesures solidaristes devant permettre d’épauler les vaincus de la lutte.

Les Débats et les Controverses

Il est important de noter que le lamarckisme social n'était pas sans susciter des débats et des controverses. Certains scientifiques et intellectuels adhéraient plutôt aux théories de Darwin sur la sélection naturelle, qui mettaient l'accent sur l'importance de l'hérédité et de la compétition dans l'évolution.

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De plus, certaines interprétations du lamarckisme social ont été utilisées pour justifier des politiques eugénistes, visant à améliorer la qualité de la race humaine par la sélection artificielle. Ces idées ont été critiquées pour leur potentiel de discrimination et de violation des droits individuels.

Ces projets biopolitiques de Paul Topinard eurent peu de suite, ne serait-ce qu’en raison de son éviction de la société d’anthropologie de Paris. De plus, la majorité des anthropologues, certes majoritairement néolamarckiens, nous l’avons vu, adoptèrent plutôt à la suite de Léonce Manouvrier un profil bas concernant les implications sociologiques de leur discipline. Certains faits montrent d’ailleurs que les avis des anthropologues furent modérément écoutés. Ainsi lors des réunions préparatoires organisées par l’Alliance française en vue des interventions de Léon Bourgeois, Louis Herbette (conseiller d’État, président de la propagande de l’Alliance française) ou d’A. d’Arsonval (membre de l’Académie des sciences) lors du « Congrès universel des races » devant se tenir à Londres en juillet 1911, une des rares voix de contestation provint d’un anthropologue, G. Papillault. La préparation de ce congrès, qui avait pour objectif de rapprocher les peuples et de définir ou « d’humaniser » les politiques de colonisation, fut l’occasion pour les divers participants de s’accorder sur les méthodes françaises de colonisation et d’actualiser la doctrine ferryiste. En conséquence, les participants convenaient que l’acte de colonisation des races supérieures imposait un devoir d’éducation et de civilisation variant d’une politique assimilationniste, à la formation d’une élite politique ou d’une armée, vecteur de l’émergence de l’idée de nation dans les divers pays colonisés. Tous semblaient s’accorder sur cette proposition du président de séance, Louis Herbette :« Bien qu’il semble y avoir des différences tout à fait caractéristiques, des distances infranchissables entre les races au point de vue anthropologique, l’expérience montre que, sous certaines influences, une race peut en un temps relativement très court, se transformer quant à ses sentiments, à son évolution sociale, à son accès à la culture moderne. »

La seule opposition à l’ordre du jour provint de l’anthropologue G. Papillault car il s’inquiétait de la polysémie lors des débats et dans l’intitulé même du congrès, du mot race : s’agissait-il de nation, d’ethnie, de peuple, de groupe politique ? L’anthropologue était sourcilleux quant à la terminologie et s’interrogeait de l’intérêt politique du maintien de l’équivoque des termes. Son souci manifestement fut peu partagé comme en témoigne l’échange à l’issue de la réunion :« M. Papillault : Si je proteste, ce n’est point contre un congrès scientifique des races, où l’on étudierait avec tous les moyens que la science met en nos mains ; c’est contre la confusion que l’on fait perpétuellement dans un premier congrès entre les problèmes les plus différents. Le temps est passé où en sociologie on construisait son système a priori […]. Tout autre façon d’agir est incorrecte antiscientifique et susceptible de répandre dans les populations des opinions erronées sous le couvert de la science.M. le Président : Je crois qu’on émettra dans ce congrès, non des opinions scientifiques, mais des opinions sociologiques. Il s’agit d’arriver à un modus vivendi qui empêche les races de s’entre-tuer lorsqu’elles se rencontrent. Si nous attendions que l’anthropologie nous en ait donné le moyen, peut-être risquerions-nous d’attendre longtemps.M. Papillaut ; […] D’après le questionnaire, le congrès prétend se placer au point de vue de la science moderne. À ce point de vue, je fais une réserve absolue ; ce n’est pas que je sois pour ou contre ; ma position est le doute de Claude Bernard, le doute scientifique.M. le Président : Eh bien ! on ne répondra pas au nom de la science ! »

L'Héritage du Lamarckisme Social

Bien que le lamarckisme ait été discrédité en tant que théorie biologique, son influence sur la pensée sociale et politique a perduré. L'idée que l'environnement peut façonner le développement humain et que les réformes sociales peuvent améliorer la société reste un thème important dans les débats contemporains sur la santé publique, l'éducation et la justice sociale.

En dépit de cette audience décroissante des sociologues « organicistes » et des anthropologues, leurs propos témoignent malgré tout de la persistance d’un lamarckisme social et à tout le moins d’un lamarckisme diffus largement partagé. Cette culture lamarckienne est compréhensible à la lumière de l’activité ou de la production des naturalistes et des biologistes français majoritairement néolamarckiens qui persistèrent en leur scientisme dans ces années d’avant la Première Guerre mondiale. La majorité de néolamarckiens était d’ailleurs des hommes ayant reçu leur formation intellectuelle dans la deuxième moitié du xixe siècle et qui accédaient aux postes honorifiques en ce début de siècle : Edmond Perrier, déjà membre de l’Académie des sciences depuis 1892 et associé libre de l’Académie de médecine depuis 1898, succéda à la direction du Muséum d’histoire naturelle en remplacement d’A. Milne Edwards en 1900. Yves Delage devint membre de l’Académie des sciences, section « anatomie et zoologie » à la suite de son maitre Lacaze Duthier en 1901. Alfred Giard fut élu membre de l’Académie des sciences dans la section de zoologie en 1900. J.-L. de Lanessan, ancien Gouverneur général de l’Indochine de 1891 à 1894, fut ministre de la Marine dans le cabinet Waldeck Rousseau en 1904 et enfin terminons ce panorama par Félix Le Dantec, chargé de cours d’embryologie générale à la Sorbonne en 1908, surtout apprécié en son temps pour ses travaux de vulgarisation scientifique et ses réflexions philosophiques, l’œuvre de Roger Martin du Gard Jean Barois, en étant une preuve sensible. En raison de leurs positions institutionnelles, leurs prises de positions politiques (E. Perrier et A. Giard furent des membres de la ligue de la patrie française) et l’engagement de leur autorité scientifique dans certains mouvements biopolitiques (E. Perrier et Y. Delage participèrent, nous le verrons un peu plus loin, à la fondation de la Société française d’eugénique), délivrèrent l’image d’une science engagée dans les grands débats du temps. Si E. Perrier et Y. Delage n’exprimèrent pas explicitement une philosophie biosociale - hormis de rares réticences à un darwinisme social au nom même des lois évolutionnistes (Delage : 1909)-, A. Giard et surtout, F. Le Dantec et J.-L. de Lanessan ne furent pas avares de commentaires sur les conséquences morales, politiques et sociales d’une philosophie lamarckienne.

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Alfred Giard et le Patriotisme Scientifique

Alfred Giard conservait de son passé radical et anticlérical une certaine méfiance à l’égard des grandes explications métaphysiques et n’accordait sa confiance qu’à la science (Giard : 1904, p. 8). Pour un homme qui était peu favorable à l’utilisation politique de la science dans les années 1880, on constate un infléchissement sensible au début du siècle par quelques tentatives timides d’utiliser son savoir au service de ses passions ou inquiétudes politiques. Préfaçant en 1906 l’ouvrage du Dr Laloy : Parasitisme et mutualisme dans la nature, il donnait crédit par son autorité scientifique à la thèse selon laquelle « la sociologie […] ne peut être considérée que comme une branche spéciale de l’éthologie ». De sorte qu’« il est inutile d’insister sur la haute valeur pratique des concepts de solidarité, de mutualité, de parasitisme social et sur la signification de plus en plus précise que prennent ces idées de sociologie humaine quand on les éclaire par les connaissances fournies par la sociologie comparée. »

Enfin la science était mobilisée à des fins patriotiques et le lamarckisme de Giard validait et justifiait cette fois un certain conservatisme social et des conceptions nationalistes, thématiques développées à quelques variations près ces mêmes années par Alfred Espinas et par Maurice Barrès :« Dans une époque troublée comme celle que nous traversons, à un moment où les vieilles croyances s’écroulent tour à tour et où les points de la science qui semblaient les mieux établis sont remis à discussion, il faut déclarer hautement sa pensée et le résultat de ses méditations. C’est le devoir que nous impose la devise de notre Association : « Par la Science Pour la Patrie ». C’est aussi le moyen d’orienter vers des destins meilleurs les générations qui vont nous suivre et d’indiquer à nos successeurs quels sont, dans le riche héritage que nous ont légué nos ancêtres et que nous leur transmettons augmenté du fruit de nos efforts, les matériaux utilisables pour les constructions plus complètes et plus harmonieuses de l’humanité future. […] Si […] nous employons le langage finaliste, nous pouvons dire que la sélection agit dans un but d’utilité. En raison des expériences ancestrales et, tantôt, en accord, tantôt en désaccordance …

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