La consommation d'alcool pendant la grossesse est un sujet de santé publique majeur en France et dans le monde. Malgré les campagnes de sensibilisation et les recommandations claires, une proportion significative de femmes enceintes continue de consommer de l'alcool, exposant ainsi leur enfant à des risques considérables. Cet article vise à informer sur les dangers de l'alcool pendant la grossesse, les conséquences possibles pour le fœtus et l'enfant, ainsi que les ressources disponibles pour les femmes enceintes et leur entourage.
Une réalité préoccupante : la consommation d'alcool pendant la grossesse
Une étude récente de l’Association nationale de lutte contre les troubles causés par l’alcoolisation fœtale (SAF France) révèle qu'en France, plus d’un quart des femmes (27 %) continuent de boire de l’alcool pendant leur grossesse tout en sachant qu’elles sont enceintes. Parmi elles, 4 % consomment de l’alcool plus d’une fois par semaine et 5 % plus d’une fois par mois. Ces chiffres soulignent l'importance de renforcer les messages de prévention et de mieux comprendre les raisons qui poussent certaines femmes à ne pas arrêter de consommer de l'alcool pendant cette période cruciale. Il est fréquent d’avoir consommé de l’alcool sans savoir que l’on était enceinte, notamment en début de grossesse. Pour réduire les risques pour le bébé à naître, il est conseillé d’’arrêter de boire dès que vous avez un projet de grossesse. Cependant, comme ce n’est pas toujours évident en pratique, l’important est d’arrêter dès que vous savez que vous êtes enceinte.
Les dangers de l'alcool pour le fœtus
L'alcool est une substance tératogène, c'est-à-dire qu'elle peut provoquer des malformations congénitales chez le fœtus. Lorsqu’une femme enceinte consomme de l’alcool, l’enfant qu’elle porte le consomme aussi : le taux d’alcool dans le sang est équivalent puisque l’alcool pénètre la barrière placentaire. Cette consommation peut être délétère pour le fœtus qui n’a pas la capacité d’éliminer l’alcool. Les molécules d’alcool franchissent le placenta, se retrouvent dans le sang du fœtus et stagnent dans le liquide amniotique. Il n’existe pas de seuil en-dessous duquel la consommation d’alcool pendant la grossesse serait sans risque pour le futur bébé.
Les risques varient en fonction de la quantité d'alcool consommée, de la fréquence de la consommation et du stade de la grossesse. Si une femme enceinte consomme de l’alcool au 43e jour de la grossesse, le palais du bébé pourrait mal se souder. Entre le 20e et 50e jour, il y a le risque d’entraîner des problèmes cardiaques. Cependant, il est important de noter qu'aucune quantité d'alcool n'est considérée comme sûre pendant la grossesse.
Le Syndrome d'Alcoolisation Fœtale (SAF) et les Troubles Causés par l'Alcoolisation Fœtale (TCAF)
La conséquence la plus grave de la consommation d'alcool pendant la grossesse est le Syndrome d'Alcoolisation Fœtale (SAF). Le SAF est la première cause de handicap mental non génétique et d’inadaptation sociale de l’enfant. En France, 1.3 millions de personnes vivent quotidiennement avec les séquelles du Syndrome d’Alcoolisation Fœtale (SAF) ou troubles de l’alcoolisation fœtale (TCAF). On estime qu’il touche de 2 à 3 % des bébés soit 15 000 naissances par an, une toutes les trente minutes.
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Les TCAF désignent toutes les répercussions (physiques, cognitives et comportementales) liées à l’exposition à l’alcool pendant la grossesse. Le SAF complet est la forme la plus sévère, il est généralement lié à des expositions importantes et /ou fréquentes à l’alcool in utero. Par contre dans les formes incomplètes, les troubles vont apparaître plus tard de façon très variée. Chaque consommation d’alcool pendant la grossesse expose le fœtus. Les atteintes du cerveau se révèleront plus tard dans la vie de l’enfant, souvent au moment des apprentissages scolaires. Dans sa forme complète le diagnostic est possible dès la naissance. Dans les formes incomplètes, le lien entre les troubles et l’exposition à l’alcool est souvent ignoré. Quand les consommations d’alcool pendant la grossesse sont connues et le risque avéré, le suivi rapproché de l’enfant est primordial pour dépister d’éventuels troubles tôt.
Les manifestations du SAF et des TCAF
Les manifestations du SAF et des TCAF sont variées et peuvent inclure :
- Dysmorphies faciales : anomalies au niveau du visage, telles que des yeux petits, un nez court et retroussé, une lèvre supérieure fine et un visage arrondi. Il est possible de détecter les TCAF dès la naissance de l’enfant, (dysmorphies faciales, retards de croissance, diminution du tonus musculaire).
- Retards de croissance : poids et taille inférieurs à la moyenne pour l'âge.
- Atteintes du système nerveux central : troubles de l'apprentissage, difficultés de concentration, hyperactivité, troubles du comportement, déficience intellectuelle.
- Problèmes cardiaques : malformations cardiaques congénitales.
- Troubles du comportement : difficultés d'adaptation sociale, impulsivité, troubles de l'attention.
Les idées reçues sur l'alcool et la grossesse
De fausses idées sont véhiculées sur l’alcool et la grossesse. Selon une étude de Santé publique France parue mardi 5 septembre, un cinquième de la population pensait en 2020 que la bière favorise l’allaitement et que boire un verre de vin de temps en temps est conseillé pour le bon déroulement de la grossesse. Il est crucial de déconstruire ces idées reçues et de rappeler que zéro alcool, c'est le seul choix sûr pendant la grossesse.
L'évolution des connaissances et des perceptions
Le rapport précise toutefois que les risques de la consommation d’alcool durant la grossesse sont de plus en plus connus. En effet, 46 % des personnes interrogées considéraient en 2020 qu’il y a un risque dès le premier verre, soit 22 points de plus qu’en 2004. La connaissance de la recommandation d’abstinence totale durant la grossesse est en progression, avec 91% de la population qui déclare la connaître en 2020, contre 81% en 2004. Toutefois, des progrès restent à faire pour une meilleure perception du risque lié à la consommation de petites quantités d’alcool.
Prévention et accompagnement
La prévention de la consommation d'alcool pendant la grossesse passe par une information claire et accessible à toutes les femmes, ainsi qu'à leur entourage. Depuis 1999, la journée du 9 septembre est dédiée à la sensibilisation internationale du Syndrome de l’Alcoolisation Fœtale (SAF). En France, des campagnes d’envergure nationale à destination du grand public ont été déployées par les autorités sanitaires, martelant le principe du « zéro alcool pendant la grossesse ». Des messages de prévention sont également présents sur les bouteilles de boissons alcoolisées (sous la forme d’un pictogramme ou d’un message écrit).
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Il est important de favoriser la mise en place de normes de non-consommation pendant la grossesse. Le partenaire, l'entourage, la famille, etc. peuvent jouer un rôle important dans cette nouvelle habitude à prendre. Même si vous subissez une pression de la part de votre entourage, et parfois même de vos proches vous assurant par expérience que boire de l’alcool n’aura aucun impact sur votre enfant, ne craquez pas.
Que faire si vous avez consommé de l'alcool pendant votre grossesse ?
Si vous apprenez que vous avez consommé de l’alcool pendant votre grossesse, ne culpabilisez pas. Il est important de pouvoir en parler librement avec un professionnel de santé (médecin traitant, gynécologue ou addictologue). Il vous conseillera et pourra proposer des examens complémentaires. La première étape c’est d’en parler. Ce premier pas peut vous sembler difficile, mais ne laissez pas la peur, ni la culpabilité prendre le dessus : vous avez le droit de vous exprimer et d’être écoutée. Prenez rendez-vous avec votre médecin traitant le plus tôt possible : il saura vous conseiller sans jugement et vous suivre régulièrement jusqu’à la naissance de votre enfant, que vous ayez une ou plusieurs conduites addictives.
Ressources et soutien
De nombreuses ressources sont disponibles pour les femmes enceintes et leur entourage :
- Professionnels de santé : médecins généralistes, gynécologues, sages-femmes, addictologues.
- Structures spécialisées en alcoologie et en addictologie.
- Associations de lutte contre les TCAF : SAF France.
L'alcool et l'allaitement
L’alcool passe dans le lait maternel puis dans l’organisme de bébé. Donc, par prudence, mieux vaut éviter toute boisson alcoolisée (bière, vin, cidre, alcool forts, apéritifs, etc.) pendant l’allaitement. La consommation est particulièrement à éviter pendant les premières semaines de l’allaitement.
Comment éviter de consommer de l'alcool pendant la grossesse ?
Les occasions de boire peuvent être nombreuses : dîner entre amis, anniversaire, barbecue, réveillon, mariage… En soirée, on peut opter pour les mocktails (cocktails sans alcool, aux fruits, au thé, aux fleurs…). Internet regorge de recettes maison faciles à réaliser. Proposer un défi à des proches : zéro alcool pour eux aussi ! Personne ne sait qu’on attend un enfant ? Enceinte, il peut être difficile voire impossible pour certaines femmes de ne pas boire d’alcool.
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