L'interruption volontaire de grossesse (IVG), communément appelée avortement, est un droit fondamental pour les femmes en France. Cet article vise à fournir des informations complètes et structurées pour aider les femmes à prendre une décision éclairée concernant l'IVG, en abordant les différentes étapes, méthodes, considérations médicales et ressources disponibles.
Introduction à l'IVG
L'IVG est une procédure médicale qui permet d'interrompre une grossesse non désirée. En France, elle est légale et accessible à toutes les femmes, qu'elles soient majeures ou mineures. La loi du 2 mars 2022 a supprimé le délai de réflexion obligatoire, permettant aux femmes de prendre leur décision de manière plus autonome.
Les étapes préalables à l'IVG
La demande d'IVG se déroule en plusieurs étapes, conçues pour informer et accompagner les femmes dans leur choix.
Consultation d'information
La première étape consiste en une consultation d'information avec un professionnel de santé (médecin ou sage-femme). Cette consultation peut avoir lieu en cabinet de ville, en centre de santé, en centre de santé sexuelle (anciennement centre de planification ou d'éducation familiale) ou en établissement de santé. Elle peut également se dérouler en téléconsultation, si cette option est proposée.
Lors de cette consultation, le professionnel de santé fournit des informations orales et remet un dossier-guide détaillant :
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- Les différentes méthodes d'IVG (médicamenteuse et instrumentale).
- Les lieux de réalisation de l'IVG et le choix dont la femme dispose.
- Les risques et les effets secondaires possibles de chaque méthode.
Cette consultation est l'occasion pour la femme de poser toutes les questions qu'elle peut avoir et de formuler sa demande d'avortement. Le médecin ou la sage-femme proposera également un entretien psycho-social, obligatoire pour les mineures. À la fin du rendez-vous, une attestation de consultation médicale est délivrée.
Il est important de noter que si le professionnel de santé consulté ne pratique pas lui-même l'IVG, il doit en informer immédiatement la femme et l'orienter vers un professionnel qui pratique l'IVG.
Recueil du consentement écrit
La deuxième étape consiste en la remise du consentement écrit de la demande d'avortement au médecin ou à la sage-femme. Il n'y a plus de délai de réflexion minimal imposé entre la consultation d'information et la remise du consentement. Les deux étapes peuvent avoir lieu au cours d'une seule et même consultation.
Lors de cette étape, la femme choisit sa méthode d'IVG, ainsi que son lieu de réalisation. C'est également un moment privilégié pour discuter de la méthode contraceptive à mettre en place après l'IVG, si besoin, et pour réaliser ou se faire prescrire un dépistage des infections sexuellement transmissibles (IST), dont l'infection par le VIH, ainsi qu'un dépistage du cancer du col de l'utérus.
Les méthodes d'IVG
Il existe deux méthodes d'IVG : la méthode médicamenteuse et la méthode chirurgicale (ou instrumentale).
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IVG médicamenteuse
L'IVG médicamenteuse est possible jusqu'à 7 semaines de grossesse, soit 9 semaines d'absence de règles (aménorrhées). Elle peut être pratiquée par un médecin ou une sage-femme dans un centre de santé ou de planification familiale, à l'hôpital, ou encore dans un cabinet de ville ayant établi une convention avec un établissement de santé.
La méthode consiste en l'absorption par voie orale de deux comprimés à 24 à 48 heures d'intervalle. Le premier comprimé, la mifépristone, stoppe la grossesse. Le deuxième comprimé, le misoprostol, provoque les contractions et l'expulsion de l'embryon.
Déroulement de l'IVG médicamenteuse
- Prise de la mifépristone : Ce médicament bloque l'action de la progestérone, l'hormone nécessaire au maintien de la grossesse, favorise les contractions de l'utérus et l'ouverture du col utérin. Des saignements plus ou moins importants peuvent survenir à l'issue de cette première étape.
- Prise du misoprostol : Ce médicament augmente les contractions et provoque l'expulsion de l'œuf. Les contractions utérines provoquent des douleurs ressemblant à celles des règles, parfois plus fortes. Des antalgiques sont généralement prescrits. L'avortement (expulsion de l'œuf) se produit le plus souvent dans les 2 à 4 heures suivant la prise du misoprostol, mais peut parfois avoir lieu plus tardivement (dans les 24 à 72 heures). Les saignements durent en général une dizaine de jours.
Si le terme de la grossesse ne dépasse pas 7 semaines d'aménorrhée, la prise du médicament peut être organisée à domicile, après évaluation par le médecin. Cette méthode ne nécessite ni anesthésie ni intervention chirurgicale.
Contre-indications de l'IVG médicamenteuse
L'IVG médicamenteuse est contre-indiquée dans les cas suivants :
- Grossesse extra-utérine diagnostiquée.
- Allergie ou hypersensibilité à l'un des excipients de la mifépristone ou du misoprostol.
- Insuffisance rénale.
- Porphyrie héréditaire.
IVG chirurgicale (ou instrumentale)
L'IVG instrumentale est possible jusqu'à la fin de la 14ème semaine de grossesse, soit au maximum à 16 semaines d'aménorrhées (SA). Elle se fait dans un hôpital ou une clinique autorisée à pratiquer l'avortement.
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L'IVG instrumentale consiste à dilater le col, puis à évacuer le contenu utérin par aspiration. Pour ce faire, la femme doit prendre par voie orale la mifépristone (36 à 48 heures avant l'aspiration) ou le misoprostol (3 à 4 heures avant l'aspiration), soit un ovule par voie vaginale (3 heures avant l'aspiration).
Une fois le col bien ouvert, le praticien introduit une canule dans l'utérus, afin d'aspirer le contenu utérin. Cette IVG se fait sous anesthésie locale ou générale, selon la situation médicale et le choix de la femme. Dans le cas d'une anesthésie générale, une consultation préanesthésique est obligatoire.
Même si l'intervention ne dure qu'une quinzaine de minutes, une surveillance de la patiente est nécessaire pendant quelques heures. Il est également recommandé que la femme soit accompagnée lors de sa sortie de l'hôpital. Une consultation avec le médecin ou la sage-femme est ensuite nécessaire afin de s'assurer que tout s'est bien déroulé.
Contre-indications de l'IVG instrumentale
Il n'existe pas de contre-indication en tant que tel pour l'IVG instrumentale, sauf si la femme est allergique aux produits d'anesthésie. Le professionnel de santé consulté avant l'IVG évaluera, lors de la première consultation, si la femme présente des contre-indications, et lui proposera la méthode d'IVG adaptée le cas échéant.
Examens médicaux avant et après l'IVG
Avant l'IVG, plusieurs examens peuvent être réalisés pour confirmer le diagnostic de grossesse et déterminer l'âge de celle-ci. L'âge gestationnel de la grossesse est principalement déterminé par l'interrogatoire et l'examen clinique, mais une échographie ou une prise de sang pour doser les β-hCG peut également être réalisée.
D'autres examens sanguins sont réalisés afin de déterminer le groupe sanguin de la femme, afin de lui proposer une injection d'immunoglobulines anti-D si nécessaire, et de permettre la réalisation d'une anesthésie générale dans le cas d'une IVG instrumentale si c'est son choix.
Avant l'IVG, la femme peut également effectuer, si elle le souhaite, un dépistage du VIH et des autres IST, ainsi qu'un examen de dépistage du cancer du col de l'utérus si elle n'est pas à jour de celui-ci.
Après l'IVG, les examens médicaux ont pour objectif de vérifier que la grossesse est bien interrompue. En plus de l'examen clinique, le médecin ou la sage-femme pourra proposer de réaliser une prise de sang pour doser les β-hCG ou une échographie.
Tous ces examens et consultations sont pris en charge à 100% par l'Assurance maladie sans aucune avance de frais, que la femme soit majeure ou mineure.
La consultation psycho-sociale
La consultation psycho-sociale est systématiquement proposée et obligatoirement réalisée pour les femmes mineures. Elle se déroule entre les deux temps préalables à l'IVG.
Si la femme est majeure et n'a pas souhaité la réaliser à cette étape de la procédure, elle a la possibilité de la réaliser par la suite à n'importe quelle étape de la procédure d'IVG.
Au cours de cette consultation, il sera proposé un accompagnement social et psychologique. La femme peut demander un rendez-vous en présentiel ou à distance (si cela lui est proposé) pour cette consultation. Elle a lieu avec un professionnel qualifié dans un centre de santé sexuelle (anciennement centre de planification ou d'éducation familiale), dans un Espace vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS), ou dans un service social ou autre organisme agréé.
Complications possibles de l'IVG
Bien que l'IVG soit une procédure sûre lorsqu'elle est pratiquée dans des conditions sécurisées, comme c'est le cas en France, il existe un risque de complications.
Complications de l'IVG médicamenteuse
Les événements indésirables immédiats les plus fréquents et non inquiétants sont des douleurs pelviennes, des saignements et parfois des troubles digestifs (nausées, vomissements, diarrhée).
Les complications sont très rares. Il peut s'agir d'une infection ou d'une hémorragie, pour lesquelles le professionnel de santé aura expliqué les signes devant faire consulter en urgence :
- Fièvre (température supérieure à 38°C).
- Importantes pertes de sang.
- Fortes douleurs abdominales.
- Malaise.
Un ou plusieurs de ces signes doivent amener à consulter rapidement un professionnel de santé ou un service d'urgence gynécologique.
Complications de l'IVG instrumentale (ou chirurgicale)
Les complications immédiates sont rares. Dans de rares cas, la survenue d'une hémorragie est possible. La perforation de l'utérus lors d'une aspiration instrumentale est quant à elle un événement exceptionnel.
Les complications à distance d'une IVG sont rares. Cependant, dans les jours suivant l'intervention, si la femme présente de la fièvre (température supérieure à 38 °C), d'importantes pertes de sang, de fortes douleurs abdominales et/ou un malaise, elle doit rapidement contacter l'établissement où a eu lieu son IVG ou à défaut le service d'urgences gynécologiques le plus proche de chez elle, car cela peut être un signe de complication.
Est-ce que l'IVG est douloureuse ?
Les contractions de l'utérus liées à l'IVG peuvent être douloureuses, notamment en cas d'IVG médicamenteuse. C'est pour cette raison que le médecin ou la sage-femme prescrira systématiquement des anti-douleurs pour soulager la femme.
Est-il dangereux d'avorter ?
Qu'il s'agisse d'une IVG instrumentale ou médicamenteuse, il existe un risque de complications, mais ce risque n'est pas supérieur à celui d'un avortement spontané (fausse couche) ou d'une grossesse menée à terme. Mis à part les risques de lésions au niveau du col de l'utérus ou des parois de l'utérus qui sont spécifiques à la méthode instrumentale, les complications qui peuvent survenir en lien avec l'IVG sont les mêmes quelle que soit la technique employée. Il s'agit principalement des hémorragies et des infections de l'utérus. Ces deux dernières peuvent également survenir lors d'une évacuation incomplète de la grossesse.
Toutefois, comme l'indique l'Organisation mondiale de la santé (OMS), lorsqu'il est pratiqué dans des conditions sécurisées (personnel formé, matériel stérile, établissement équipé, etc.) comme c'est le cas en France, l'avortement est une intervention sans risque. En effet, un avortement réalisé dans de bonnes conditions quelle que soit la méthode permet de réduire très fortement les risques de complications et de les prendre en charge rapidement et efficacement si elles surviennent.
Est-ce qu'il arrive qu'une IVG ne fonctionne pas ?
L'IVG médicamenteuse est efficace à 95%, c'est-à-dire que dans 5% des cas, il est nécessaire de pratiquer une IVG instrumentale ou un autre geste chirurgical en complément. L'IVG instrumentale est quant à elle efficace à 99,7%. Il est tout à fait exceptionnel de devoir refaire la procédure.
Quelle que soit la méthode utilisée, la consultation de suivi après l'IVG est nécessaire car elle permet de s'assurer que la grossesse est bien interrompue mais aussi de la bonne santé globale de la femme.
L'injection d'immunoglobulines anti-D
Uniquement dans le cas où le groupe sanguin de la femme est négatif (rhésus négatif), le médecin ou la sage-femme proposera de réaliser une injection d'immunoglobulines anti-D pour éviter d'éventuelles complications lors d'une future grossesse désirée.
Même si cela est rare surtout dans le cas d'une grossesse avant 14 semaines, le sang de l'embryon peut entrer en contact avec le sang de la mère notamment lorsqu'il y a des contractions ou des pertes de sang. Dans le cas où le sang de l'embryon est de groupe sanguin positif (rhésus positif), le corps de la mère va, à l'occasion de ce contact, fabriquer des anticorps pour éliminer ces cellules sanguines inconnues.
Si lors d'une grossesse future et désirée un contact sanguin se produit, ces anticorps pourraient détruire les globules rouges du fœtus ou du nouveau-né si son groupe sanguin est de rhésus positif. Cela peut provoquer des anémies importantes nécessitant de réaliser des transfusions sanguines chez le nouveau-né.
Cette complication peut concerner toutes les femmes enceintes de rhésus négatif quelle que soit l'issue de la grossesse (IVG, fausse couche, grossesse menée à terme). Afin de l'éviter, on pratique une injection d'immunoglobulines anti-D qui vont venir détruire les anticorps fabriqués pour lutter contre les cellules rhésus positif et prévenir toute complication lors d'une prochaine grossesse. Elle doit être renouvelée à chaque nouvelle grossesse, désirée ou non.
Les β-hCG
Les β-HCG correspondent à l'hormone produite par l'embryon en cas de grossesse. C'est la détection de cette hormone dans l'urine ou le sang qui permet de savoir si une femme est enceinte.
- Le test urinaire : Il peut être réalisé dès la date présumée des règles. Disponible en pharmacie, en grande surface ou en ligne, il détecte dans l'urine la présence de l'hormone β-HCG, produite par l'embryon en cas de grossesse. Pour une fiabilité optimale, il est conseillé de le faire avec les premières urines du matin, plus concentrées en hormones.
- Le test sanguin : Il peut être effectué à partir de 14 jours après un rapport sexuel pouvant avoir conduit à une grossesse. Réalisé en laboratoire, il consiste en une prise de sang permettant de mesurer précisément le taux de β-HCG et de dater la grossesse. Il peut être fait à tout moment de la journée, avec ou sans ordonnance (remboursé uniquement sur prescription médicale).
Un test réalisé trop tôt peut être faussement négatif, car l'hormone β-HCG n'est détectable qu'environ 10 jours après la fécondation.
La consultation de suivi
Il est nécessaire de réaliser une consultation de suivi après une IVG. Elle est réalisée avec le médecin ou la sage-femme et permet de s'assurer que la grossesse est bien interrompue et qu'il n'existe pas de complication. Elle doit intervenir entre le 14ème et le 21ème jour après l'IVG, parfois plus tôt selon les circonstances cliniques. Elle peut se dérouler à distance dans le cadre d'une téléconsultation.
Lors de la consultation de suivi, le médecin ou la sage-femme aborde avec la femme la contraception si elle en souhaite une pour l'adapter à sa situation.
Interruption médicale de grossesse (IMG)
Une IMG, également appelée avortement thérapeutique, peut être réalisée uniquement si la poursuite de la grossesse met gravement en péril la santé de la femme. Il en est de même s'il existe une forte probabilité que l'enfant à naître soit atteint d'une affection d'une particulière gravité reconnue comme incurable au moment du diagnostic.
L'IMG peut être réalisée dans l'un des cas suivants :
- La santé de la femme est mise gravement en péril si la grossesse se poursuit.
- L'enfant à naître a une forte probabilité d'être atteint d'une affection d'une particulière gravité reconnue comme incurable au moment du diagnostic (exemples : maladies mortelles en période périnatale ou dans la 1re année de vie et des maladies entraînant un handicap grave, parfois mortel, chez l'enfant).
L'IMG peut être pratiquée à tout moment de la grossesse. La procédure de décision d'IMG dépend du motif (santé de la mère ou de l'enfant). Avant la réunion de l'équipe pluridisciplinaire compétente, la femme concernée ou le couple peut, à sa demande, être entendu par tout ou partie des membres de ladite équipe.
Procédure d'IMG
- Santé de l'enfant : Si la probabilité est forte que l'enfant à naître soit atteint d'une affection d'une particulière gravité reconnue comme incurable au moment du diagnostic, l'équipe médicale est celle d'un centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal. Elle examine la demande de la femme. La femme enceinte peut demander à un médecin ou à une sage-femme de son choix d'y être associé.
- Santé de la femme : Lorsque l'IMG est envisagée pour préserver la santé de la femme, sa demande est examinée par une équipe pluridisciplinaire composée au moins des personnes suivantes :
- Médecin qualifié en gynécologie-obstétrique membre d'un centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal.
- Praticien spécialiste de l'affection dont la femme est atteinte.
- Médecin ou sage-femme choisi par la femme.
- Personne qualifiée (exemple : assistant social ou psychologue) tenue au secret professionnel.
La décision appartient à l'équipe pluridisciplinaire. Après concertation, s'il apparaît à 2 médecins que le risque est fondé, ils établissent les attestations permettant de pratiquer l'IMG. Dans tous les cas, la femme enceinte concernée doit bénéficier d'une information complète et donner son accord. Elle (seule ou en couple) peut demander à être entendue préalablement à cette concertation par l'équipe ou par certains de ses membres.
Un médecin qui refuse de pratiquer une IMG doit informer, sans délai, l'intéressée de son refus et lui communiquer immédiatement le nom de praticiens pouvant réaliser cette intervention.
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