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Optimiser l'alimentation des brebis allaitantes : Stratégies et solutions

L'alimentation des brebis laitières est un facteur déterminant pour la gestion et la santé des animaux, ainsi que pour la rentabilité économique des exploitations ovines. Une connaissance précise des besoins nutritionnels des brebis, notamment pendant les périodes clés de leur cycle de production, est essentielle pour les éleveurs. Cet article explore les différentes stratégies et solutions pour optimiser l'alimentation des brebis allaitantes, en tenant compte des contraintes économiques et environnementales actuelles.

Besoins nutritionnels spécifiques des brebis

La brebis, en tant que ruminant, possède un système digestif complexe où la valorisation alimentaire se produit principalement dans la panse grâce à l'action de micro-organismes. Une alimentation équilibrée doit fournir :

  • Des fibres : Indispensables pour stimuler la rumination, assurant ainsi une bonne digestion et limitant le gaspillage alimentaire. Les fourrages sont généralement digérés plus lentement que les concentrés.
  • De l'énergie et de l'azote : Un apport équilibré et synchronisé de ces éléments dans la panse est crucial. Les micro-organismes ont besoin d'énergie pour dégrader l'azote des aliments et le rendre disponible pour la brebis. Le niveau d'azote dans les rations est un facteur clé à maîtriser, car il est directement lié au niveau de production des animaux.
  • Des vitamines : Contrairement aux minéraux, les vitamines ne sont pas stockables, il est donc important d'en assurer un apport régulier. Lors de changements de ration, il est essentiel de réaliser des transitions alimentaires sur au moins 5 jours pour ne pas perturber la flore microbienne de la panse.

Évaluation des besoins en fourrage

La première étape consiste à évaluer les besoins en fourrage pour l'automne et l'hiver. Le tableau ci-dessous donne une estimation des quantités de foin nécessaires pour 100 animaux, en fonction de leur catégorie physiologique :

Catégorie d'animauxQuantités de foin nécessaires (en brut pour 100 animaux)
Brebis en fin de gestation (pour les 4 dernières semaines)3 tonnes
Brebis en lactation (pour 80 jours)16 tonnes
Brebis vides, en lutte et milieu de gestation (pour un mois)4,5 tonnes
Agnelles de renouvellement (pour un mois)2,5 tonnes
Agneaux du sevrage à l’abattage2 tonnes

Des précipitations importantes pourraient permettre de remettre les brebis à l'herbe en automne, voire en hiver dans certaines régions, réduisant ainsi les besoins en fourrage stocké.

Stratégies d'alimentation pour les brebis

Prioriser le maintien de l'état corporel

Il est crucial de ne pas laisser les brebis maigrir, en particulier aux stades clés de la reproduction et de la fin de gestation. Les brebis taries ou en milieu de gestation peuvent se contenter de foin de qualité moyenne, à condition qu'elles soient en bon état corporel (note de 3 ou plus sur une échelle de 0 à 5). Les brebis maigres doivent être triées et complémentées avec environ 300 g de céréales par jour.

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Si les brebis en bon état sont prochainement mises en lutte, il n'est pas nécessaire d'ajouter des céréales à la ration de foin. L'absence de perte de poids pendant la période de lutte garantit leur fertilité et un taux de prolificité optimal, même sans apport de céréales pour assurer un flushing.

Adapter la qualité du fourrage aux besoins des animaux

Il est important de faire coïncider au mieux la qualité du fourrage et les besoins des animaux afin de minimiser l'utilisation d'aliments concentrés. Les fourrages stockés de très bonne qualité (enrubannage et foin) doivent être réservés aux brebis allaitantes. Des analyses pour déterminer leurs valeurs alimentaires sont recommandées.

Alternatives au foin

Si les stocks d'herbe récoltés sont insuffisants, plusieurs alternatives peuvent être envisagées :

  • Paille : La paille peut être utilisée comme ration de base pour les agneaux en bergerie, avec des quantités de concentré similaires à celles utilisées avec du foin de première coupe. Elle peut également remplacer le foin pour les brebis vides et en milieu de gestation, avec un apport de céréales, ou pour les brebis en lactation, avec une ration mixte foin/paille et un supplément de concentré. Un camion de 18 tonnes de paille livrée peut assurer la ration de base de 200 brebis pendant 3 mois.
  • Aliments riches en fibres : Ces aliments permettent d'économiser 40 à 50 % de fourrage grossier. Il est conseillé de consulter un distributeur d'aliments pour évaluer l'intérêt économique de cette solution.
  • Foin : Dans certaines régions, il est possible d'acheter du foin.

Optimisation de la ration

Plusieurs options peuvent être envisagées pour économiser le stock de fourrage disponible :

  • Rationnement du foin et de l'enrubannage : Limiter le gaspillage sans pénaliser les performances des animaux. Les besoins d'une brebis sont couverts avec 1 à 1,5 kg brut de foin pour une brebis vide et gestante, et entre 1,5 et 2 kg pour une femelle qui allaite.
  • Rations à base de paille : Utiliser des rations à base de paille pour les agneaux et les agnelles de renouvellement. Pour les brebis à l'entretien, un apport de 300 à 500 g de céréales suffit avec une ration de paille, à condition qu'elles soient en bon état.
  • Rations mixtes : Distribuer des rations mixtes, avec par exemple du foin le matin et de la paille le soir pour les brebis en fin de gestation et en lactation. Les quantités de concentré doivent être augmentées pour équilibrer la ration.

Utilisation d'autres surfaces que les prairies

Dès que la pluie est revenue, le troupeau peut pâturer sur d'autres surfaces :

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  • Couverts végétaux semés en intercultures : Adaptés à tous les types d'animaux en automne et en hiver, en choisissant des espèces adaptées aux ovins (pois, avoine, etc.).
  • Prairies des bovins : Pour les brebis vides ou en milieu de gestation et les agnelles de renouvellement en hiver.
  • Vergers, vignes : Pour les brebis vides ou en milieu de gestation en automne et en hiver.
  • Surfaces pastorales : Pour les brebis à faibles besoins à des saisons diverses (bois, landes, friches, pelouses).

Alimentation en bergerie

Il est plus simple d'alimenter les brebis au cours des 4 à 6 dernières semaines de gestation en bergerie qu'à l'extérieur. Compter environ 65 kg de matière sèche de foin par brebis pour la fin de gestation. Les quantités de concentré sont adaptées à la taille de la portée. Si les stocks de foin sont insuffisants, il peut être remplacé par de la paille pour les agneaux sevrés. Les agnelles de renouvellement peuvent être rentrées en bergerie ou laissées à l'herbe avec du foin de qualité moyenne sur une parcelle "sacrifiée". Un apport de concentré est nécessaire pour les jeunes mises en lutte en fin d'année.

Autres leviers pour optimiser l'alimentation

Regrouper les agnelages

Afin de faciliter le travail de l’éleveur, il faudrait que 60 % des brebis mettent bas sur le même mois. En groupant les agnelages, le suivi des brebis sur le plan alimentaire et sanitaire est simplifié. En effet, les animaux présentent les mêmes besoins au même moment, et les tâches à accomplir pour l’éleveur sont de ce fait moins denses et diversifiées.

Rationnement précis

Vérifier les quantités d’aliments distribuées en bâtiment permet de limiter la surconsommation (peser des seaux, contrôler le calibrage des distributeurs en SDT et bergerie le cas échéant, etc.). En parallèle, pour adapter au mieux l’alimentation aux besoins des animaux, il est recommandé sur certaines phases clefs du cycle de production de faire des lots. Par exemple, en sortant dès que possible les vides et tardives, mais également en commençant à complémenter en concentrés uniquement les brebis qui entrent sur le dernier mois de gestation. Pour ce faire, les échographies sont une solution, mais il est également possible de juger soi-même du stade de gestation (dès 2 mois : soulèvement de la queue par rapport aux os du bassin, dès 3,5 mois : sensation de poids devant le pis suite à un à-coup, dès 4 mois : détachement du pis).

Maîtrise de l'effectif

La maîtrise des coûts alimentaires passe également par l’ajustement de l’effectif du troupeau. Du point de vue du renouvellement, il faudra éviter de garder plus d’agnelles que nécessaire. Un taux de renouvellement de 20 % permettra de réformer tous les animaux à problème. Attention au-delà de 25 %, il faut s’interroger sur les objectifs visés (augmentation du troupeau nécessaire ?) et la rentabilité économique de ce choix qui entraînera certainement un surcoût des frais d’élevage.

Amélioration de l'autonomie alimentaire

Aux vues de la typologie des fermes présentes sur le territoire, l’amélioration de l’autonomie alimentaire commence tout d’abord par l’augmentation de la qualité des fourrages produits afin de limiter les achats de concentrés. La réalisation d’analyses de fourrage et de sol permettrait d’évaluer la qualité des récoltes dans le but de proposer aux brebis des rations équilibrées et éventuellement d’orienter les éleveurs quant à la mise en place de nouvelles pratiques culturales (entretien du sol, optimisation du pH et du stade de fauche et récolte, choix des espèces semées, etc).

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tags: #aide #brebis #allaitante #alimentation

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