La Suède est souvent citée comme un modèle en matière d'égalité des sexes et de droits reproductifs. Cet article explore en profondeur la législation suédoise sur l'avortement, en la comparant à d'autres pays européens et en mettant en lumière les enjeux et les défis qui persistent.
Un bref aperçu de l'histoire de l'avortement en Suède
Les réformes du gouvernement social-démocrate dans les années 1970 ont permis à la Suède d'être un des pays les plus paritaires au monde. La sociologue Anita Nyberg rappelle que, dans les années 1960-1970, "les débats autour de la notion d’égalité se multiplient, tant au sein des partis politiques, et notamment du parti social-démocrate, que des organisations féministes et des agences gouvernementales". En 1974, le gouvernement social-démocrate transforme le congé maternité déjà existant en congé parental de six mois, puis vote une loi sur l’avortement, qui devient légal pendant les dix-huit premières semaines de grossesse. Chaque femme peut alors décider d’interrompre sa grossesse, sans avoir à en donner les raisons.
La loi suédoise sur l'avortement : un cadre libéral
Depuis 1975, la Suède autorise l’IVG (interruption volontaire de grossesse) pendant les 18 premières semaines de grossesse, sans aucune restriction. Cette loi place la Suède parmi les pays européens les plus progressistes en matière de droits reproductifs.
Comparaison avec d'autres pays européens
En Europe occidentale, le délai de recours à l’IVG est de vingt-quatre semaines au Royaume-Uni et aux Pays-Bas et de vingt-deux en Islande. La plupart des pays européens autorise l’IVG jusqu’à 12 semaines de grossesse. Mais deux pays dépassent légèrement ce délai: l’Espagne et l’Autriche. L’Espagne accorde pour toutes les femmes 14 semaines depuis 2010, sans restriction.
Les pays les plus restrictifs
Les pays les plus restrictifs d’Europe restent la Pologne et Malte. En Pologne, l’IVG est interdit sauf dans trois situations : en cas de malformation grave du fœtus, de danger pour la mère ou de viol. A Malte, ces conditions n’entrent pas en compte.
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Les facteurs qui ont contribué à la légalisation de l'avortement en Suède
Les réflexions à l’origine de cette politique datent des années 1930, période où la Suède était très inquiète pour sa natalité après avoir connu d’importantes vagues d’émigration au XIXe siècle. Même si des préoccupations "raciales" s’y ajoutaient à l’époque, c’est surtout le livre d’Alva et Gunnar Myrdal, Crise dans la population, paru en 1934, qui influença le débat sur ce sujet. Les deux économistes y proposaient d’agir de manière prophylactique contre la baisse de la natalité en renforçant le soutien aux familles, propositions dont les associations locales de la social-démocratie s’emparèrent aussitôt.
L'influence du féminisme et des mouvements sociaux
La sociologue Anita Nyberg souligne que, dans les années 1960-1970, "les débats autour de la notion d’égalité se multiplient, tant au sein des partis politiques, et notamment du parti social-démocrate, que des organisations féministes et des agences gouvernementales".
Le rôle de l'État-providence social-démocrate
En Suède, le modèle social-démocrate de l’Etat-providence repose sur trois piliers. Le premier consiste en des syndicats puissants et représentatifs qui négocient d’égal à égal avec le patronat les accords collectifs régulant le marché du travail. Le deuxième est un système d’assurances sociales qui permet d’indemniser à un niveau élevé les chômeurs, mais aussi les personnes malades et les parents en congé.
Les défis persistants en matière de droits reproductifs en Suède
Même si la Suède est un pays avancé en matière d'égalité des sexes, des inégalités persistent, tant en ce qui concerne les salaires que le type d’emplois occupés. Les femmes sont ainsi plus souvent employées à temps partiel. Elles touchent en moyenne 84 % du salaire des hommes, 93 % à qualifications égales. Des écarts qui ont cessé de se réduire depuis les années 1980, en dépit de la forte hausse du niveau d’éducation des femmes, qui représentent 60 % des inscrits en premier cycle universitaire et 65 % des diplômés.
L'influence des mouvements anti-avortement
Les mouvements anti-IVG, ou pro vie, progressent partout en Europe et dans le monde. Grâce à leur influence sur les réseaux et les plate-formes en ligne, leur idéologie progresse. Ainsi, les manifestations de l’extrême-droite n’ont pas cessé de progressé dans les 6 premiers mois de cette année, avec notamment une manifestation le 21 janvier 2024, où l’association Marche pour la vie a réuni plusieurs milliers de manifestants à Paris contre la loi Veil sur l’interruption volontaire de grossesse (IVG).
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Les inégalités territoriales et sociales
En France, en moyenne 230 000 avortements ont lieu tous les ans, soit 1 grossesse sur 4. Les inégalités territoriales sont nombreuses et peuvent s’expliquer en partie par les déserts médicaux, par la fermeture de 130 centres d’IVG en 15 ans, mais aussi par un manque de praticiens formés ou acceptant de pratiquer l’IVG. 17 % des avortements ont lieu hors département, le délai entre le 1er rdv et l’acte peut passer de 7 jours à 11 jours selon les départements.
L'avortement en Suède : un droit menacé ?
Si la plupart des pays européens autorisent maintenant l'IVG, son maintien est loin d'être garanti. Il suffira d’une crise politique, économique et religieuse, pour que les droits des femmes, nos droits, soient remis en question. Votre vie durant, vous devrez demeurer vigilante.
La nécessité de rester vigilant
Le SNES-FSU lutte contre toute forme de freins à l’exercice du droit des femmes et revendique l’accès réel à l’IVG. L’allongement du délai à 14 semaines de grossesse, l’inscription de la liberté garantie ne suffisent pas. Il est urgent de rouvrir et d’ouvrir les centres IVG et maternités de proximité pour faciliter l’accès des femmes à leurs droits, mais aussi de soutenir les associations qui militent pour ces droits, comme le Planning Familial.
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