Cet article vise à centraliser les textes du Magistère de l’Église catholique qui abordent l'homélie et la prédication dans le cadre de la messe. Il s'inspire d'une étude synthétique de A. Join-Lambert, notamment son travail sur «L’herméneutique liturgique de la Bible».
L'Importance de la Sainte Écriture dans la Liturgie
Dans la célébration de la liturgie, la Sainte Écriture a une importance extrême. C’est d’elle que sont tirés les textes qu’on lit et que l’homélie explique, ainsi que les psaumes que l’on chante; c’est sous son inspiration et dans son élan que les prières, les oraisons et les hymnes liturgiques ont jailli, et c’est d’elle que les actions et les symboles reçoivent leur signification.
Le Rôle Central de l'Homélie
L'homélie occupe une place centrale dans la liturgie, servant à expliquer les textes sacrés. Le moment le plus approprié pour le sermon, qui fait partie de l’action liturgique pour autant que le rite le permet, sera marqué même dans les rubriques; et on accomplira très fidèlement et exactement le ministère de la prédication.
La Prédication : Devoir des Évêques et des Prêtres
Parmi les principaux devoirs des évêques se distingue la prédication de l’Évangile. Les évêques, en effet, sont les hérauts de la foi qui amènent au Christ de nouveaux disciples; ce sont des docteurs authentiques, revêtus de l’autorité du Christ, qui prêchent au peuple commis à leur soin les vérités de foi à croire et à appliquer dans la pratique de la vie, qui éclairent ces mêmes vérités à la lumière du Saint-Esprit en tirant du trésor de la Révélation du neuf et de l’ancien (Mt 13, 52), qui les font fructifier et veillent à écarter de leur troupeau les erreurs qui le menacent (cf. 2 Tm 4, 1-4). Les prêtres, en tant que coopérateurs des évêques, ont pour premier devoir d’annoncer l’Évangile à tous les hommes. Ils doivent partager la vérité de l’Évangile, enseigner la Parole de Dieu et inviter à la conversion et à la sainteté.
Le Rôle des Diacres
Au degré suivant de la hiérarchie se trouvent les diacres qui reçoivent l’imposition des mains « non en vue du sacerdoce, mais du ministère ». En effet, soutenus par la grâce sacramentelle, de concert avec l’évêque et son presbyterium, ils servent le Peuple de Dieu dans l’office liturgique, le ministère de la prédication, les secours de la charité.
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La Prédication dans le Contexte Actuel
Cette prédication des prêtres, dans l’état actuel du monde, est souvent très difficile ; si elle veut vraiment atteindre l’esprit des auditeurs, elle ne doit pas se contenter d’exposer la Parole de Dieu de façon générale et abstraite, mais elle doit appliquer la vérité permanente de l’Évangile aux circonstances concrètes de la vie. Il y a donc bien des manières d’exercer le ministère de la parole, selon les besoins différents des auditeurs et les charismes des prédicateurs.
La Vénération des Écritures
L’Église a toujours vénéré les divines Écritures, comme elle le fait aussi pour le Corps même du Seigneur, elle qui ne cesse pas, surtout dans la sainte liturgie, de prendre le pain de vie sur la table de la Parole de Dieu et sur celle du Corps du Christ, pour l’offrir aux fidèles. Toujours elle eut et elle a pour règle suprême de sa foi les Écritures, conjointement avec la sainte Tradition, puisque, inspirées par Dieu et consignées une fois pour toutes par écrit, elles communiquent immuablement la Parole de Dieu lui-même et font résonner dans les paroles des prophètes et des Apôtres la voix de l’Esprit Saint.
L'Église et les Signes des Temps
Pour mener à bien cette tâche, l’Église a le devoir, à tout moment, de scruter les signes des temps et de les interpréter à la lumière de l’Évangile, de telle sorte qu’elle puisse répondre, d’une manière adaptée à chaque génération, aux questions éternelles des hommes sur le sens de la vie présente et future et sur leurs relations réciproques. Il importe donc de connaître et de comprendre ce monde dans lequel nous vivons, ses attentes, ses aspirations, son caractère souvent dramatique.
Le Code de Droit Canonique sur la Prédication
Dans le Code de droit canonique de 1917, les canons 1337 à 1348 traitent de la prédication. Le sujet principal est l’obligation de la prédication et les personnes autorisées à prêcher. Il est demandé un examen pour pouvoir prêcher (can. 1340 § 1). Le curé a le devoir propre d’annoncer au peuple la parole de Dieu, avec l’homélie [homilia] coutumière le dimanche et les jours de fête de précepte (can. 1344 § 1). Quant au contenu, il est souhaité que soit faite une brève explication de l’Évangile ou de la doctrine chrétienne (can. 1345).
Précisions sur l’Homélie
Les dimanches et fêtes de précepte, l’homélie se fera à toutes les messes qui se célèbrent avec concours de peuple, sans en excepter aucunement les messes conventuelles, chantées et pontificales. À toutes les messes qui se célèbrent avec concours du peuple les dimanches et jours de fête de précepte, l’homélie doit être faite et ne peut être omise que pour une cause grave. Il est hautement recommandé, s’il y a un concours de peuple suffisant, de faire l’homélie, même aux messes célébrées en semaine surtout au temps de l’Avent et du Carême, ou à l’occasion d’une fête ou d’un événement douloureux.
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La Prédication et la Foi
Les prédicateurs de la parole de Dieu proposeront avant tout aux fidèles ce qu’il faut croire et faire pour la gloire de Dieu et le salut des hommes.
Conduite et Préparation des Prédicateurs
Il vous faut, Vénérables Frères, veiller avec grand soin: si vous trouvez quelqu’un qui ait abusé de la prédication dans la préoccupation de sa renommée ou d’un gain à percevoir, retirez-lui, sans délai, la fonction de prêcher. La même sévérité devra être employée envers ceux qui ne prêchent pas de la manière qui convient, attendu qu’ils négligent les dispositions requises pour l’accomplissement de ce ministère : dispositions que l’Apôtre Paul, dénommé par l’Église le » Prédicateur de la vérité « , enseigne par son exemple. En premier lieu, ce que nous apprend saint Paul, c’est l’excellente préparation et instruction qu’il apporta en entreprenant de prêcher.
La Vie et la Doctrine
Au prédicateur, deux choses sont, par-dessus tout, nécessaires: il faut qu’il regorge véritablement des pensées de la doctrine spirituelle et qu’il brille de la splendeur de la vie religieuse. Si le prêtre ne peut avoir les deux ensemble, en sorte que sa vie soit resplendissante et remplie par la richesse de sa doctrine, la vie, sans aucun doute, est alors préférable à la doctrine… L’éclat de la vie vaut plus pour l’exemple que l’éloquence et l’élégance des discours… Il est nécessaire que le prêtre chargé de prêcher ruisselle des pluies de la doctrine spirituelle et étincelle des rayons de la vie religieuse, à l’instar de cet ange qui, annonçant aux bergers la naissance du Seigneur, brilla d’une éclatante splendeur et exprima par des paroles la bonne nouvelle qu’il était venu leur annoncer (Epp. l. I, Ep. I, ad Cinthium Urbis praef.
La Joie de l'Amour dans les Familles
La joie de L’amour qui est vécue dans les familles est aussi la joie de l’Église.
L'Importance du Mariage et de la Famille
Le parcours synodal a permis d’exposer la situation des familles dans le monde actuel, d’élargir notre regard et de raviver notre conscience de l’importance du mariage ainsi que de la famille. En même temps, la complexité des thèmes abordés nous a montré la nécessité de continuer à approfondir librement certaines questions doctrinales, morales, spirituelles et pastorales. La réflexion des pasteurs et des théologiens, si elle est fidèle à l’Église, si elle est honnête, réaliste et créative, nous aidera à trouver davantage de clarté.
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L'Unité de Doctrine et la Diversité d'Interprétations
En rappelant que « le temps est supérieur à l’espace », je voudrais réaffirmer que tous les débats doctrinaux, moraux ou pastoraux ne doivent pas être tranchés par des interventions magistérielles. Bien entendu, dans l’Église une unité de doctrine et de praxis est nécessaire, mais cela n’empêche pas que subsistent différentes interprétations de certains aspects de la doctrine ou certaines conclusions qui en dérivent. Il en sera ainsi jusqu’à ce que l’Esprit nous conduise à vérité entière (cf. Jn 16, 13), c’est-à-dire, lorsqu’il nous introduira parfaitement dans le mystère du Christ et que nous pourrons tout voir à travers son regard. En outre, dans chaque pays ou région, peuvent être cherchées des solutions plus inculturées, attentives aux traditions et aux défis locaux.
Les Saintes Écritures et la Famille
La Bible abonde en familles, en générations, en histoires d’amour et en crises familiales, depuis la première page où entre en scène la famille d’Adam et d’Ève, avec leur cortège de violence mais aussi avec la force de la vie qui continue (cf. Gn 4), jusqu’à la dernière page où apparaissent les noces de l’Épouse et de l’Agneau (Ap 21, 2.9).
Le Couple Humain dans sa Réalité Fondamentale
Les deux grandioses premiers chapitres de la Genèse nous offrent l’image du couple humain dans sa réalité fondamentale. Dans ce texte initial de la Bible, brillent certaines affirmations décisives. La première, citée de façon synthétique par Jésus, déclare : « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa » (1, 27). De manière surprenante, l’‘‘image de Dieu’’ tient lieu de parallèle explicatif précisément au couple ‘‘homme et femme’’. Cela signifie-t-il que Dieu est lui-même sexué ou qu’il a une compagne divine, comme le croyaient certaines religions antiques ? Évidemment non, car nous savons avec quelle clarté la Bible a rejeté comme idolâtres ces croyances répandues parmi les Cananéens de la Terre Sainte.
Le Couple et la Procréation : Symbole des Réalités Intimes de Dieu
Le couple qui aime et procrée est la vraie ‘‘sculpture’’ vivante (non pas celle de pierre ou d’or que le Décalogue interdit), capable de manifester le Dieu créateur et sauveur. C’est pourquoi, l’amour fécond arrive à être le symbole des réalités intimes de Dieu (cf. Gn 1, 28 ; 9, 7 ; 17, 2-5.16 ; 28, 3 ; 35, 11 ; 48, 3-5). C’est ce qui justifie que le récit de la Genèse, en suivant ce qui est appelé la ‘‘ tradition sacerdotale’’, soit traversé par diverses séquences généalogiques (cf. 4, 17-22 .25-26 ; 5 ; 10 ; 11, 10-32 ; 25, 1-4.12-17.19-26 ; 36) : car la capacité du couple humain à procréer est le chemin par lequel passe l’histoire du salut. Sous ce jour, la relation féconde du couple devient une image pour découvrir et décrire le mystère de Dieu, fondamental dans la vision chrétienne de la Trinité qui, en Dieu, contemple le Père, le Fils et l’Esprit d’amour. Le Dieu Trinité est communion d’amour, et la famille est son reflet vivant. Les paroles de saint Jean-Paul II nous éclairent : « Notre Dieu, dans son mystère le plus intime, n’est pas une solitude, mais une famille, puisqu’il porte en lui-même la paternité, la filiation et l’essence de la famille qu’est l’amour. Cet amour, dans la famille divine, est l’Esprit-Saint. ».[6] La famille, en effet, n’est pas étrangère à l’essence divine même.[7] Cet aspect trinitaire du couple trouve une nouvelle image dans la théologie paulinienne lorsque l’Apôtre la met en relation avec le ‘‘mystère’’ de l’union entre le Christ et l’Église (cf.
L'Importance de la Parole et de l'Écoute dans le Couple
Mais Jésus, dans sa réflexion sur le mariage, nous renvoie à une autre page de la Genèse, le chapitre 2, où apparaît un admirable portrait du couple avec des détails lumineux. Choisissons-en seulement deux. Le premier est l’inquiétude de l’homme qui cherche « une aide qui lui soit assortie » (vv. 18.20), capable de combler cette solitude qui le perturbe et qui n’est pas comblée par la proximité des animaux et de toute la création. L’expression originelle en hébreu nous renvoie à une relation directe, presque ‘‘frontale’’ - les yeux dans les yeux dans un dialogue également silencieux, car dans l’amour les silences sont d’habitude plus éloquents que les paroles. C’est la rencontre avec un visage, un ‘‘tu’’ qui reflète l’amour divin et est « le principe de la fortune, une aide semblable à l’homme, une colonne d’appui », comme dit un sage de la Bible (Si 36, 24). Ou bien comme s’exclamera la femme du Cantique des Cantiques dans une merveilleuse profession d’amour et de don réciproque : « Mon bien-aimé est à moi, et moi à lui […]. Je suis à mon bien-aimé, et mon bien-aimé est à moi !
Procréation et Famille : Fruit de la Rencontre et de l'Amour
De cette rencontre qui remédie à la solitude, surgissent la procréation et la famille. Voici le second détail que nous pouvons souligner : Adam, qui est aussi l’homme de tous les temps et de toutes les régions de notre planète, avec sa femme, donne naissance à une nouvelle famille, comme le répète Jésus en citant la Genèse : « Il quittera son père et sa mère pour s’attacher à sa femme, et les deux ne feront qu’une seule chair » (Mt 19, 5 ; cf. Gn 2, 24). Le verbe ‘‘s’attacher’’ dans le texte original hébreu indique une étroite syntonie, une attachement physique et intérieur, à tel point qu’on l’utilise pour décrire l’union avec Dieu : « Mon âme s’attache à toi » chante l’orant (Ps 63, 9). L’union matrimoniale est ainsi évoquée non seulement dans sa dimension sexuelle et corporelle mais aussi en tant que don volontaire d’amour.
Les Enfants : Pierres Vivantes de la Famille
Reprenons le chant du psalmiste. En ce chant apparaissent, dans la maison où l’homme et son épouse sont assis à table, les enfants qui les accompagnent comme « des plants d’olivier » (Ps 128, 3), c’est-à-dire pleins d’énergie et de vitalité. Si les parents sont comme les fondements de la maison, les enfants sont comme les ‘‘pierres vivantes’’ de la famille (cf. 1P 2, 5). Il est significatif que dans l’Ancien Testament le mot le plus utilisé après le mot divin (YHWH, le ‘‘Seigneur’’) soit ‘‘fils’’ (ben), un vocable renvoyant au verbe hébreu qui veut dire ‘‘construire’’ (banah).
La Famille : Église Domestique
Sous ce jour, nous pouvons présenter une autre dimension de la famille. Nous savons que dans le Nouveau Testament on parle de ‘‘l’Église qui se réunit à la maison’’ (cf. 1 Co 16, 19 ; Rm 16, 5 ; Col 4, 15 ; Phm 2). Le milieu vital d’une famille pouvait être transformé en Église domestique, en siège de l’Eucharistie, de la présence du Christ assis à la même table. La scène brossée dans l’Apocalypse est inoubliable : « Voici, je me tiens à la porte et je frappe; si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui pour souper, moi près de lui et lui près de moi » (Ap 3, 20). Ainsi se définit une maison qui à l’intérieur jouit de la présence de Dieu, de la prière commune et, par conséquent, de la bénédiction du Seigneur.
La Famille : Lieu de Catéchèse et d'Éducation à la Foi
La Bible considère la famille aussi comme le lieu de la catéchèse des enfants. Cela est illustré dans la description de la célébration pascale (cf. Ex 12, 26-27 ; Dt 6, 20-25), et a été ensuite explicité dans la haggadah juive, c’est-à-dire dans le récit sous forme de dialogue qui accompagne le rite du repas pascal. Mieux, un Psaume exalte l’annonce en famille de la foi : « Nous l’avons entendu et connu, nos pères nous l’ont raconté ; nous ne le tairons pas à leurs enfants, nous le raconterons à la génération qui vient : les titres du Seigneur et sa puissance, ses merveilles telles qu’il les fit ; il établit un témoignage en Jacob, il mit une loi en Israël ; il avait commandé à nos pères de le faire connaître à leurs enfants, que la génération qui vient le connaisse, les enfants qui viendront à naître. Qu’ils se lèvent, qu’ils racontent à leurs enfants » (Ps 78, 3-6). Par conséquent, la famille est le lieu où les parents deviennent les premiers maîtres de la foi pour leurs enfants. C’est une œuvre artisanale, personnalisée : « Lorsque ton fils te demandera demain […] tu lui diras… » (Ex 13, 14). Les parents ont le devoir d’accomplir avec sérieux leur mission éducative, comme l’enseignent souvent les sages de la Bible (cf. Pr 3, 11-12 ; 6, 20-22 ; 13, 1 ; 22, 15 ; 23, 13-14 ; 29, 17). Les enfants sont appelés à recueillir et à pratiquer le commandement : « honore ton père et ta mère » (Ex 20, 12), dans lequel le verbe ‘‘honorer’’ indique l’accomplissement des engagements familiaux et sociaux dans leur plénitude, sans les négliger en recourant à des excuses religieuses (cf. Mc 7, 11-13).
Les Enfants et leur Propre Chemin de Vie
L’Évangile nous rappelle également que les enfants ne sont pas une propriété de la famille, mais qu’ils ont devant eux leur propre chemin de vie. S’il est vrai que Jésus se présente comme modèle d’obéissance à ses parents terrestres, en se soumettant à eux (cf. Lc 2, 51), il est aussi vrai qu’il montre que le choix de vie en tant que fils et la vocation chrétienne personnelle elle-même peuvent exiger une séparation pour réaliser le don de soi au Royaume de Dieu (cf. Mt 10, 34-37 ; Lc 9, 5962). Qui plus est, lui-même, à douze ans, répond à Marie et à Joseph qu’il a une autre mission plus importante à accomplir hors de sa famille historique (cf. Lc 2, 48-50). Voilà pourquoi il exalte la nécessité d’autres liens très profonds également dans les relations familiales : « Ma mère et mes frères, ce sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et la mettent en pratique » (Lc 8, 21). D’autre part, dans l’attention qu’il accorde aux enfants - considérés dans la société de l’antique Proche Orient comme des sujets sans droits particuliers, voire comme objets de possession familiale - Jésus va jusqu’à les présenter aux adultes presque comme des maîtres, pour leur confiance simple et spontanée face aux autres : « En vérité je vous le dis, si vous ne retournez à l’état des enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux.
La Douleur et la Violence dans la Famille
L’idylle exprimée dans le Psaume 128 ne nie pas une réalité amère marquant toutes les Saintes Écritures. C’est la présence de la douleur, du mal, de la violence qui brise la vie de la famille et son intime communion de vie et d’amour. Ce n’est pas pour rien que l’enseignement du Christ sur le mariage (cf. Mt 19, 3-9) est inséré dans une discussion sur le divorce. C’est un chemin de souffrance et de sang qui traverse de nombreuses pages de la Bible, à partir de la violence fratricide de Caïn sur Abel et de divers conflits entre les enfants et entre les épouses des patriarches Abraham, Isaac et Jacob, arrivant ensuite aux tragédies qui souillent de sang la famille de David, jusqu’aux multiples difficultés familiales qui jalonnent le récit de Tobie ou l’amère confession de Job abandonné : « Mes frères, il les a écartés de moi, mes relations s’appliquent à m’éviter […]. Jésus lui-même naît dans une famille modeste qui bientôt doit fuir vers une terre étrangère. Il entre dans la maison de Pierre où la belle-mère de celui-ci est malade (cf. Mc 1, 30-31) ; il se laisse impliquer dans le drame de la mort dans la maison de Jaïr…
La Paternité : Un Don et une Révélation
Au cœur de l’incertitude, la paternité est une révélation qui ne se voit pas mais qui se dit. La parole est ce lieu qui engendre, ce « milieu » qui donne vie parce qu’il est à la fois appel (appel ‘adressé à’) et promesse. En quel sens la parole est appel ; un appel ‘adressé à’ ? L’expérience quotidienne apprend que si nous n’y prenons pas garde, nous pouvons passer à côté du temps de la parole. Se parler entre adultes, entre parents, entre parents et enfants n’est en rien évident. De fait, sur ce terrain de l’engendrement, la parole est un appel à articuler le désir qui habite un père et une mère en direction de leur enfant. Car sans parole qui dit ce désir, sans cette parole qui appelle, aucun enfant ne peut se construire vraiment dans sa vie. C’est cette parole, en ce qu’elle est différenciée (c’est-à-dire échangée entre un homme et une femme) et commune à la fois (dite par eux deux) qui donne vie et parole à un enfant. Et celui-ci répondra à ses parents avec ce qu’il est, non pas en écho, mais autrement, donnant vie lui aussi à ceux qui l’ont appelé. Faire ce constat n’est pas aussi simple que cela puisse paraître. En effet, nous sommes toujours tentés par le mutisme, les silences, les secrets ne serait-ce que par le fait que toute naissance est lieu d’un combat où vie et mort s’affrontent. Même si cela n’est jamais parlé, la naissance d’un enfant est, pour tout parent, le signe précurseur de leur effacement et de leur disparition ! Dans ce contexte, comment la vie peut-elle être victorieuse de ce combat intérieur pour chaque être ? Pour qu’il en soit ainsi, il y a une condition : que la parole soit là pour dire aussi la promesse.
La Parole et la Promesse
Dans les contes d’autrefois, le rôle des fées qui se penchaient sur le berceau d’un nouveau-né était bien de figurer un destin, de projeter un avenir. Même si leurs paroles étaient énigmatiques, elles ouvraient un possible. Dit autrement, elles accompagnaient l’enfant en attestant que son action serait personnelle, qu’elle serait distincte de celle d’un congénère. Certes tout enfant a besoin de transformer ce destin en liberté. Mais cette parole qui était prononcée à sa naissance était là pour qu’il tienne face à tous les événements de l’existence. Si bien que lorsque cette parole fait défaut, il est logique de se demander comment tenir dans la vie ? Des parents qui ne peuvent soutenir la vie de leur enfant risquent de ne pas lui permettre de soutenir sa vie, de venir au monde.
L'Origine Divine de la Paternité
C’est ce qu’exprime St Paul aux chrétiens d’Ephèse : « Je fléchis les genoux en présence du Père de qui toute paternité, au ciel et sur la terre, tire son nom » (Ep. 3,14-15). La prière que le Seigneur a enseignée à ses disciples commence par l’invocation : « Notre Père » (comme nous le prions ordinairement en suivant le texte de l’évangile de Matthieu) ou simplement « Père » (dans la version de l’évangile de Luc). C’est une adresse simple, directe, chargée d’affection et de tendresse : elle révèle immédiatement le visage du Dieu auquel les croyants s’adressent. Dieu est certes Saint, Créateur et Sauveur, mais il peut être invoqué aussi comme Père Abba, dans l’araméen de Jésus, c’est-à-dire « papa, père bien-aimé ». Cette invocation définit notre Dieu, mais elle signifie également quelque chose pour nous, qui la disons. Nous y exprimons notre ardent désir de l’authentique paternité consolatrice de Dieu. Et surtout, nous y confessons notre origine. Car parmi les grandes questions qui habitent notre cœur, il en est une qui résonne constamment : « D’où venons-nous ? ». En appelant Dieu Père, nous affirmons que l’origine de notre existence est en lui, que nous avons été voulus, pensés, aimés et appelés à la vie par ce « Père qui est aux cieux ». Cette certitude donne son sens à notre vie et nous permet d’articuler notre foi en des comportements quotidiens.
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