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L'embryon sur le divan : exploration psychanalytique de la vie prénatale

Introduction

L'article explore la dimension psychanalytique de la vie prénatale, en mettant en lumière la manière dont l'avant-naissance constitue le premier chapitre de la biographie humaine. Il aborde l'évolution de la psychanalyse du premier âge, l'émergence du concept de « l'enfant virtuel » anténatal, et les implications cliniques et éthiques de cette mutation anthropologique majeure.

Le Fœtus-Savant : Une Nouvelle Perspective

La psychanalyse s'est longtemps concentrée sur la période postnatale, explorant la créativité et la vulnérabilité des liens entre parents et nourrissons. Cependant, il est temps d'intégrer « l'enfant virtuel » anténatal, le fœtus-savant, dans le champ de la psychanalyse. Ce fœtus, considéré comme une « personne potentielle » et un « patient » à part entière du diagnostic anténatal, suscite une inquiétante étrangeté chez les parents et les soignants, oscillant entre séduction, effroi et fascination nostalgique.

Mutation Anthropologique et Corne d'Abondance Clinique

Ce contexte de mutation anthropologique majeure représente pour le psychanalyste une véritable corne d'abondance clinique et éthique. Confronté aux avatars de l'épigenèse entre nidification parentale et nidation fœtale, le psychanalyste voit se dessiner l'esquisse d'une véritable embryologie de l'intersubjectivité.

Embryologie de l'Intersubjectivité

Cette perspective offre l'opportunité d'engager le débat sur les traces énigmatiques de la préhistoire liquidienne de la pulsion et de la relation d'objet. La consultation thérapeutique anténatale permet d'accueillir les versions aliénantes de ces empreintes primitives qui s'inscrivent en temps réel dans le corps de l'embryon, puis du fœtus, et qui demeurent après-coup dans la partition biopsychique des humains.

Représentations Historiques du Fœtus

Avant les progrès biomédicaux, la connaissance du fœtus était limitée à la morphologie post-mortem, ignorant la physiologie et la dimension relationnelle. Alexandre Minkowski évoquait « l’ignorance du fœtus et du nouveau-né jusqu’au milieu du 20e siècle ».

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Trois Phases dans l'Histoire de la Connaissance du Fœtus

Minkowski identifie trois phases dans l'histoire de la connaissance du fœtus et du nouveau-né :

  1. Phase mystérieuse: Le fœtus n'a qu'une existence imaginaire, voire magique, prévalant durant l'Antiquité.
  2. Phase artistique, religieuse et mystique: Le fœtus et le nouveau-né sont « représentés » mais non inclus dans une observation médicale.
  3. Phase récente: Amorcée à la fin du 19e siècle, elle est marquée par une explosion scientifique. En 1964, Philippe Edelman présente les premières images échographiques d'un fœtus dans l'utérus.

Conceptions Antérieures du Fœtus

Pour Hippocrate, le fœtus se forme à partir du sperme transformé en sang blanc coagulé au sang menstruel de la femme, se nourrissant de sang pendant la grossesse. Pendant plus de vingt siècles, deux systèmes de pensée ont coexisté : l'épigénisme et le préformisme.

Le Système Épigéniste

Dans le système épigéniste, les deux parents participent à la fabrication du fœtus par apport et mélange de chaque semence particulière dans la matrice. Chez Aristote, la semence paternelle apporte l’idée, le principe efficient qui engendre la forme, tandis que la mère par le sang menstruel fournit la matière à l’embryon.

Le Système Préformiste

Le système préformiste émerge à la fin du 17e siècle. Un seul parent fournit le principe essentiel de la génération, soit dans l’ovule (École des ovistes), soit dans le spermatozoïde (École des spermatistes ou animalculistes). Hartsoecker, en 1694, présente un petit homme accroupi, entièrement formé, dans son Essai de Dioptrique.

La Détermination du Sexe

La découverte du sexe seulement à la naissance a toujours intrigué et généré des explications déterministes. La théorie du mélange des semences soutenait que « la semence la plus vertueuse (celle du mâle) et la plus copieuse donnera le sexe à l’enfant » (Hippocrate).

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Théories et Pratiques Anciennes

Les écoles hippocratiques et galéniques situaient les mâles à droite et les femelles à gauche. Des pratiques médicales s’appuyaient sur cette « théorie de la répartition anatomique binaire » pour proposer l’engendrement des garçons, par exemple, en s’allongeant sur le flanc droit pendant l’acte sexuel.

Représentations Iconographiques et Pensée Populaire

Dans les représentations iconographiques du 11e au 16e siècle, le fœtus est un petit homme achevé, flottant en apesanteur dans une matrice volumineuse. La pensée populaire et la tradition médicale imaginaient le fœtus à l’abri, recroquevillé, dans un profond sommeil, attendant sa maturation.

Le Fœtus Dormant

Le fœtus est imaginé comme dormant dans l'obscurité de la « nuit utérine », soit à l’image d’un fruit, soit à l’image d’une pate à pain. Le prématuré était alors un « fœtus pas cuit ». La question de l’enfant endormi persiste dans certaines croyances, comme dans l’Islam au Maghreb, où une femme stérile évoque le sommeil de son enfant imaginaire pour échapper à la répudiation.

La Perspective de Lacan

Pour Jacques Lacan, l’enfant sort du ventre maternel en tant qu’objet inconscient, objet du désir incestueux de la mère d’avoir un enfant du père, enfant interdit. La femme doit faire vœu d’enfant pour avoir cet enfant, et quand il ne vient pas, ce vœu ne serait pas formulé au bon lieu.

Obstacles à l'Investigation Scientifique

De nombreux obstacles ont freiné l’investigation scientifique et les recherches embryologiques :

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  • La grande mortalité infantile.
  • Les représentations historiques du petit de l’homme comme insuffisant et faible.
  • L’absence de technologie performante.

Le Ventre et l'Utérus : Une Demeure Matricielle

Freud avait déjà repéré que la consonance sexuelle de la représentation de cette première demeure matricielle allait conduire à un interdit. Dans l’ancienne médecine, l’organisme humain est conçu comme un emboitement de cavités ou ventres.

Le Ventre Féminin

Le ventre (de venter : cavité ou encore de venturus : ce qui est à venir) de la femme enceinte ou non n’est pas un territoire anatomiquement neutre. Il est conçu comme une représentation en creux, en intériorité et infériorisé du système génital masculin présenté comme l’archétype. Cette image de la femme « homme manqué » aura occulté jusqu’au 17e siècle le regard des savants sur ce corps.

Horreur du Sexe Féminin

Cette horreur du sexe féminin s’exprime chez Freud dans le rêve (L’injection faite à Irma). Historiquement, ce ventre peut apparaître sous différents aspects : magique, démoniaque, fantasmatique, faisant de la femme une figure inquiétante par sa capacité d’enfanter des enfants des deux sexes, et par sa spélonque génitale, lieu de monstres castrateurs.

La Consultation Thérapeutique Périnatale

La consultation thérapeutique périnatale s'étend de la consultation thérapeutique parents/bébé à la consultation thérapeutique anténatale, ouvrant la voie à une démocratie périnatale. Elle aborde des thèmes tels que la passion de la haine et la résilience de vie et de mort à l'aube de la vie.

Les Défis Cliniques et Éthiques

La psychanalyse est confrontée à des défis cliniques et éthiques majeurs dans le contexte de la périnatalité, notamment face aux progrès de la procréation médicalement assistée (AMP) et aux questions de filiation. Des psychanalystes comme Geneviève Delaisi de Parseval se passionnent pour ces questions et explorent les perspectives ouvertes par ces techniques aux couples stériles.

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