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Accouchement en Afrique : Statistiques, Défis et Perspectives

La santé maternelle, néonatale et infantile représente un défi majeur en Afrique, où les taux de mortalité restent alarmants malgré les efforts déployés. Cet article examine les statistiques actuelles, les causes sous-jacentes et les initiatives mises en œuvre pour améliorer la situation. Il aborde également les disparités régionales, les obstacles à l'accès aux soins et les perspectives d'avenir pour la santé des mères et des enfants en Afrique.

L'État de la Santé Maternelle, Néonatale et Infantile en Afrique

La santé maternelle, néonatale et infantile est une problématique importante dans le monde entier. Cependant, en Afrique, cette question prend une dimension particulière en raison de taux de mortalité élevés et de défis spécifiques liés à l'accès aux soins et aux conditions socio-économiques.

Mortalité Maternelle et Infantile : Un Fléau Persistant

En Afrique, la mortalité maternelle, néonatale et infantile demeure un véritable fléau. 57 % de tous les décès maternels surviennent sur le continent, ce qui fait de l’Afrique la région du monde où le ratio de mortalité maternelle est le plus élevé (UNFPA, 2013). Alors qu’une femme sur 4 700 court le risque de mourir de complications liées à la grossesse dans le monde industrialisé, une femme africaine sur 39 court ce même risque (N. Prata et al., 2010). Par ailleurs, l’Afrique continue d’enregistrer les taux les plus élevés de mortalité infantile, avec un enfant sur huit (08) mourant avant d’atteindre l’âge de cinq (05) ans soit à peu près 20 fois plus que la moyenne dans les régions développées, qui est d’un sur 167. Approximativement, 30 % de ces décès des moins de cinq ans frappent les nouveau-nés, et environ 60 % surviennent durant la première année de vie (UNFPA, 2013).

Disparités Géographiques et Socio-économiques

Ces taux de mortalité maternelle et infantile sont caractérisés par des disparités géographiques. Par exemple, des variations à la hausse d’une région à une autre ont été observées sur le ratio de mortalité. L’Afrique centrale enregistre le ratio le plus élevé (1 150 décès maternels pour 100 000 naissances vivantes), suivie de l’Afrique de l’Ouest (1 050 décès maternels pour 100 000 naissances vivantes). De Plus, 80% des décès néonatals survenus en 2016 ont été enregistrés dans ces pays.

De même, les femmes les plus pauvres sont les plus touchées par les complications et les risques d’accouchement. Elles souffrent souvent de malnutrition chronique et ont un accès aux soins particulièrement limité, ce qui rend leur situation difficile.

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Causes de la Mortalité Maternelle et Infantile

Chaque année, plus d’un demi-million de femmes meurent de causes liées à la grossesse et à l’accouchement et pour près de six millions d'enfants de moins de cinq (05) ans, les principales causes de décès sont les complications de prématurité et de maladies infantiles courantes (L. Liu et al., 2016; OMS, 2017). Des millions d’autres femmes et d’enfants souffriront de divers handicaps, maladies, infections et traumatismes.

Plusieurs études révèlent pourtant que près de 80 % des décès maternels pourraient être évités si les femmes avaient accès à des services essentiels de maternité et à des soins de santé de base, à des délais de réponse appropriés (F. A. Adiko et al., 2018; OMS, 2017; M. Seguin et M. Niño-Zarazúa, 2015; L. Sale et al., 2014; M. Ymba, 2013; H. Blencowe et al., 2012; R. Lozano, 2011).

Les femmes africaines sont susceptibles d’avoir des complications, notamment à cause du manque d’infrastructures et de matériel. 99% des décès maternels qui sont recensés en Afrique pourraient être évités si les mères recevaient des soins médicaux adaptés. Le manque de matériel, de médicaments et de poches de sang sont fréquents dans les établissements hospitaliers. Cette situation impacte grandement la prise en charge des grossesses en Afrique. Certaines femmes qui auraient besoin d’une césarienne en urgence ne peuvent pas en bénéficier.

Les banques de sang sont inexistantes dans certaines régions de l’Afrique. Dans d’autres, elles sont mal organisées et mal gérées, ce qui entraîne une pénurie de sang et une qualité de sang médiocre. Enfin, les tests de dépistage du VIH sont souvent manquants, entraînant des risques importants de transmission et donc l’impossibilité de transfuser le sang prélevé.

Le personnel médical est fréquemment mis en cause pour leur négligence ou le manque de formation dont ils bénéficient. De nombreuses sages-femmes ne réalisent pas les soins prénataux requis comme la mesure de la pression artérielle, la recherche d’éventuels saignements vaginaux ou encore de potentiels œdèmes. Certains soins infirmiers sont inadaptés au cas de la patiente et engendrent plus de complications qu’ils ne soignent. Les consultations gynécologiques et accouchements sont parfois pratiqués par des élèves par manque de personnel.

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Facteurs Culturels et Sociaux

Dans les pays en développement, certains facteurs culturels sont la cause de décès maternels qui pourraient être évités. C’est notamment le cas de l’Afrique où la femme est principalement valorisée au travers de sa capacité à procréer et à être mère. Plus le statut social de la femme est bas, plus la mortalité maternelle est élevée. Cette culture amène des femmes particulièrement jeunes et vulnérables à avoir de nombreux enfants et des premières grossesses à risque trop tôt. Parfois obligées de travailler jusqu’au terme de la grossesse, la préparation à la naissance est inexistante et l’arrêt du travail ne dure que quelques jours.

Au Burkina Faso, les agents de santé expliquent que la politique nationale n’a pas eu d’effet dans certains centres, car les femmes peuls (ethnie majoritaire dans le district) refusent d’accoucher à l’hôpital pour des raisons culturelles. Selon les agents de santé, une des raisons avancées est que les femmes peuls refuseraient de donner naissance à l’hôpital afin de ne pas exprimer publiquement leur douleur. En adoptant une telle attitude, elles exposeraient ainsi leur bravoure.

Il faut d’abord mentionner que cette valeur morale n’est pas spécifique des populations peuls, elle est partagée par de nombreuses sociétés africaines. On la retrouve d’ailleurs dans des représentations culturelles de nombreuses sociétés. En effet, par leur capacité à maîtriser les douleurs associées au travail d’accouchement, les femmes transmettraient à leur nouveau-né la faculté de mieux contrôler ses émotions et d’être mieux perçu par les membres de la communauté.

Toujours selon leur point de vue, les femmes peuls opteraient aussi pour les accouchements à domicile pour des raisons de pudeur et de timidité. Or, s’agit-il réellement de traits culturels ? Il faut d’abord rappeler que « l’accouchement est avant tout une affaire de femmes ». Or, la majorité des soignants en milieu rural sont des hommes. En outre, le peu de professionnelles de santé qui sont dans les campagnes sont difficiles à maintenir en milieu rural au vu des conditions de travail, familiales et sécuritaires. Ainsi, la timidité et la pudeur n’ont pas à être rangées du côté de la culture, mais peuvent être considérées comme des inadéquations du système de santé face aux attentes et aux préférences des femmes.

Initiatives et Stratégies pour Améliorer la Santé Maternelle et Infantile

En signe de riposte à ce problème, ces dernières années, des stratégies et initiatives internationales et nationales ont été lancées et mises en place en vue d’intensifier et de mieux coordonner les efforts pour améliorer la santé maternelle et infantile dans le monde et particulièrement en Afrique. L’objectif de ces interventions est de mettre fin ainsi aux décès évitables de femmes et de nouveau-nés.

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Des progrès sensibles ont été accomplis ces 10 dernières années pour la santé des femmes, des mères et des enfants en Afrique. L’espérance de vie s’est allongée et certaines causes majeures de la mortalité maternelle et infantile ont diminué. Cependant, les défis restent énormes malgré les efforts importants qui ont été consacrés pour promouvoir la santé de la femme et l’enfant. Les taux de mortalité maternelle dans certains pays comme le Mali, le Niger ou la Mauritanie s’élèvent à plus de 550 décès pour 100 000 naissances (L. Alkema et al., 2015).

Accès aux Services de Santé

L’accès aux services de santé est l’un des facteurs clefs favorisant une meilleure santé des mères et des enfants. Cet axe se penche sur les dimensions géographiques, socio-économiques, sanitaires, éducatifs et culturelles de l’accès qui influencent le recours aux services de santé maternelle, néonatale et infantile. En outre, il s’intéresse aux déterminants ou facteurs de renoncement aux soins des femmes en milieu urbain et rural africain ainsi qu’aux obstacles à leur accès aux soins.

La santé maternelle constitue l’un des indicateurs les plus révélateurs de la solidité d’un système de santé. Lorsqu’une femme peut accoucher en sécurité, entourée de personnel formé, alors toute une communauté progresse. Aujourd’hui, la pénurie de ressources humaines en santé demeure l’un des principaux freins à l’accès aux soins. Sans personnel qualifié, il n’y a pas de système de santé résilient. L’approche est claire : former des professionnels de santé africains, au plus près des besoins des territoires.

Gratuité des Soins Obstétricaux

Dans les années 1990, le taux de naissance par césarienne était de l’ordre de 1 % dans la plupart des pays d’Afrique centrale et d’Afrique de l’Ouest, rappelle Alexandre Dumont. Et il est resté stable durant une décennie, avant de commencer à augmenter dans les années 2000, notamment dans les pays qui avaient développé la gratuité des soins obstétricaux.

Au Burkina Faso, cette intervention sanitaire s’est traduite par la mise en place d’une politique nationale qui consiste à réduire les prix des accouchements et des urgences obstétricales dans les services de santé publics. À la suite de l’application de cette politique, on a constaté une hausse de la couverture des accouchements par du personnel qualifié dans les centres de santé à l’échelle du pays.

Nutrition et Santé Maternelle

La nutrition est un déterminant important de bonne santé pour la mère et l’enfant. Cet axe s’attarde sur les pratiques, les connaissances, les attitudes et les comportements des mères en matière de soin, d’alimentation, de nutrition et de bien-être pour elles-mêmes et pour leurs enfants pendant leur grossesse, à l’accouchement jusqu’au postpartum. Par ailleurs, cet axe se penche sur l’influence culturelle ou du réseau social sur les pratiques nutritionnelles des mères et de leurs enfants.

Soutien Social et Accouchement

Le soutien social pour les femmes, du Nord comme du Sud, pendant l’accouchement est reconnu comme une stratégie efficace et contribue à renforcer l’expérience positive d’accouchement dans les services de santé publics.

Défis et Obstacles Persistants

Malgré la réduction des coûts associés à la politique du Burkina Faso, les femmes continuent à payer pour leurs frais d’accouchement. Il ne faut pas non plus oublier les paiements informels exigés parfois par certains soignants, les coûts associés au transport, à la nourriture des accompagnateurs dans les centres de santé et aux consommables qui devraient être pourtant gratuits, comme les gants ou les produits de nettoyage.

En outre, les distances que les femmes doivent parcourir pour atteindre un centre de santé, les mauvaises conditions des routes, l’absence et l’inadéquation des transports (bicyclette, moto) dans les villages sont toujours des réalités vécues par les femmes enceintes lorsqu’elles souhaitent donner naissance dans un centre de santé.

En examinant de plus près le fonctionnement actuel du système de santé, on constate que les arguments culturels semblent peu convaincants pour justifier l’absence d’effet de la politique nationale sur la couverture des accouchements assistés dans les centres de santé auprès des femmes peuls.

L'Impact des Pandémies et des Conflits Armés

L’objectif de cet axe est de faire un état des lieux sur les problèmes de santé rencontrés par les mères, les nouveau-nés et les enfants en période de pandémie ou conflits armés. Cet axe vise aussi à présenter les inégalités sociales face aux pandémies, qui se révèlent de l’exposition des mères et enfants de moins de cinq ans, à ses facteurs aggravant leur santé et fragilisant leur prise en charge. En outre, il s’intéresse au vécu des mères pendant la grossesse, à l’accouchement jusqu'au postpartum en temps de pandémies ou conflits armés. Quelles sont les différentes barrières auxquelles font face ces femmes ou ces enfants? Quelles sont les leçons et conseils pratiques que nous pouvons apprendre en période de pandémie ou conflits sur la santé maternelle, néonatale et infantile.

Césariennes : Entre Nécessité Médicale et Pratique Abusive

Dans une grande maternité de Dakar où il a exercé, Alexandre Dumont a ainsi été témoin de l’arrivée des césariennes de confort. Il se souvient comment « une femme de la catégorie des “protégées”, comme on appelle celles qui sont parentes ou amies de la sage-femme, a été envoyée au bloc alors que la césarienne était moins une indication médicale qu’un supposé “confort” dans ce monde où la péridurale n’existe pas ». Au Burkina Faso, la sociologue et sage-femme Clémence Schantz et l’épidémiologiste Charles Kaboré ont mené un travail d’observation montrant que 24 % des césariennes réalisées dans les hôpitaux où ce geste est gratuit n’étaient pas médicalement justifiées. « Cette pratique abusive est plus fréquente dans les villes, lorsqu’elle est réalisée par du personnel peu qualifié, et parmi les femmes issues des catégories sociales les plus favorisées », précisent MM. Dumont et Guilmoto.

Si ce phénomène est plus prégnant sur d’autres continents, ses effets pervers sont plus importants en Afrique. Outre son coût financier et le danger d’un geste chirurgical sous anesthésie qu’il fait inutilement courir aux mères, il mobilise inutilement des praticiens en sous-effectif et des blocs opératoires rares, alors qu’au même moment une urgence vitale pourrait se présenter.

Au niveau planétaire, le taux mondial de césarienne a presque triplé en un quart de siècle, passant de 6,7 % en 1990 à 19,1 % en 2014, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui estime que le « bon » taux - celui qui permet de limiter la mortalité périnatale sans virer dans l’excès - se situe entre 10 % et 15 %.

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