L'interruption volontaire de grossesse (IVG) est une expérience singulière qui peut engendrer une ambivalence émotionnelle importante. Au-delà de l'acte médical, elle peut réveiller des sentiments de culpabilité, de perte, de honte, mais aussi de soulagement. Sur le plan psychique, l'IVG peut laisser des traces invisibles, telles qu'un sentiment de vide, des questionnements existentiels ou des tensions dans la relation à soi et aux autres. Ces vécus, lorsqu'ils ne trouvent pas d'espace d'accueil et d'expression, peuvent s'inscrire comme des blessures inachevées. Cet article vise à explorer l'importance de l'accompagnement psychologique après une IVG, en soulignant les enjeux émotionnels, les besoins spécifiques des femmes et les différentes formes de soutien disponibles.
L'Expérience de l'IVG : Un Parcours Émotionnel Complexe
Subir une IVG peut avoir des conséquences importantes pour une femme, tant sur le plan physique que psychologique. La décision d'interrompre une grossesse est souvent difficile et peut entraîner des sentiments de culpabilité, des questionnements éthiques, une souffrance psychologique et un sentiment de solitude. Il est important de reconnaître que l'IVG n'est pas seulement un acte médical, mais aussi une expérience humaine, intime, qui mérite écoute, soutien et sensibilité.
Le Rôle du Partenaire et de l'Entourage
Il est souhaitable que le partenaire accompagne la femme dans cette démarche, car cela peut entraîner des problèmes conjugaux si la décision repose uniquement sur elle. Le soutien du partenaire est essentiel pour faire face au corps médical et aux propos potentiellement jugeants, ainsi que pour partager la séparation d'un enfant. Si le couple n'est pas en mesure de se rendre ensemble à la consultation, il est possible de se faire accompagner par un proche.
L'Accompagnement Psychologique : Un Soutien Essentiel
Un accompagnement psychologique peut aider la femme ou le couple à prendre une décision éclairée concernant l'IVG, mais aussi à réduire les conséquences psychologiques et les craintes de ne plus pouvoir concevoir. Une psychologue peut offrir un espace sécurisant pour explorer les émotions, restaurer le lien au corps, reconnaître les besoins profonds et soutenir le processus de choix et de deuil.
Les Conséquences Psychologiques de l'IVG : Démêler le Vrai du Faux
Parmi les idées reçues qui circulent autour de l'IVG, on retrouve fréquemment l'existence d'un syndrome post-avortement. Pourtant, de nombreuses études scientifiques fiables ont montré que l'IVG n'est pas à l'origine de troubles psychologiques spécifiques. Le vécu d'une IVG est personnel et varie d'une femme à l'autre. C'est souvent le contexte de sa réalisation et l'accompagnement autour de l'IVG qui peuvent avoir un impact psychologique. Par ailleurs, les discours moralisateurs ou culpabilisants peuvent contribuer au mauvais vécu d'une IVG.
Lire aussi: Cadre légal de l'accompagnement de la femme enceinte
La Parole Libérée : Rompre le Silence et l'Isolement
Dans notre société, l'IVG est souvent perçue uniquement comme une procédure médicale et une décision rationnelle bien encadrée. Mais le vécu intime, ce que la femme traverse dans son corps, dans son inconscient et dans son histoire psychique, est souvent balayé ou minimisé. Beaucoup de femmes taisent leur souffrance parce qu'elles pensent qu'elles n'en ont "pas le droit", se sentant coupables d'avoir fait "le choix".
Il est essentiel de reconnaître que l'IVG est en soi une perte à part entière : d'un possible, d'une projection, d'une continuité. Et, elle n'est pas moins douloureuse qu'une autre forme de perte. La psyché ne hiérarchise pas les pertes. Elle ressent. Elle enregistre. Elle tente de faire sens.
Brigitte Mytnik, psychologue et psychanalyste, souligne l'absence de rituels, de mots, d'images ou d'espaces symboliques pour accueillir ce qui se vit lors d'une IVG. Elle met en évidence le décalage entre la pratique concrète, charnelle, factuelle, médicale, radicalement réelle, et la pensée de celle-ci, qui est le plus souvent évitée, écartée, peu mise en perspective.
Les Répercussions Psychiques : Des Manifestations Variées
Les répercussions psychiques d'une IVG peuvent se manifester à différents niveaux :
- Pendant une grossesse suivante, avec de l'angoisse, des symptômes physiques ou un sentiment de menace diffuse.
- Dans la relation au bébé à venir, où des peurs ou une distance émotionnelle peuvent s'installer malgré le désir d'être mère.
- Dans la sexualité, parfois marquée par de la douleur, de l'évitement, une perte de désir ou une culpabilité.
- Par la réactivation de traumas anciens, que l'IVG peut venir réouvrir ou remettre au premier plan.
Il est important de noter qu'il existe souvent un évitement autour de l'IVG : éviter de contacter la souffrance, minimiser ce qui a été vécu, mettre à distance l'impact émotionnel ou traumatique.
Lire aussi: Accompagnement Micro-Crèche
L'IVG : Un Marqueur Collectif et Individuel
L'IVG est aussi un marqueur pour le collectif, et peut réactiver des traumas partagés :
- Ceux liés au contrôle du corps des femmes.
- Ceux des violences obstétricales.
- Ceux des normes morales, sociales et religieuses.
- Ceux du silence transmis de génération en génération.
Mytnik attire l'attention sur la marginalisation de l'IVG, qui vient nourrir le silence des femmes : « Quand on sépare l'IVG de l'expérience périnatale, quand on la met à part - comme si elle n'appartenait pas à la même histoire du corps, du désir, de la maternité, de la sexualité - on ajoute une nouvelle violence : celle de la marginalisation du vécu. Cette marginalisation renforce le silence et l'isolement des femmes.
L'Accompagnement Psychologique : Un Espace d'Écoute et de Soutien
Offrir un espace d'écoute et d'accompagnement respectueux est essentiel pour permettre à chacune de vivre cette expérience avec soutien et compréhension. La parole, le corps et l'émotion doivent être considérés au même titre que la dimension médicale.
La Gestalt-Thérapie : Une Approche Centrée sur l'Expérience
En Gestalt-thérapie, l'attention se porte sur l'expérience vécue dans l'instant présent, sur la manière dont la personne entre en contact avec elle-même et avec son environnement. Dans le cadre d'une IVG, cet accompagnement permet d'explorer les émotions, de restaurer le lien au corps, de reconnaître les besoins profonds et de soutenir le processus de choix et de deuil. Le suivi thérapeutique offre ainsi un espace sécurisant pour accueillir la complexité du vécu, favoriser l'intégration de l'expérience et permettre à la personne de retrouver un sentiment d'unité et de continuité intérieure.
Les Bénéfices de l'Accompagnement Psychologique
L'accompagnement psychologique après une IVG peut aider les femmes à :
Lire aussi: Accompagnement de l'enfant : l'auxiliaire de puériculture
- Exprimer et explorer leurs émotions, sans jugement.
- Donner du sens à leur expérience.
- Identifier et gérer les sentiments de culpabilité, de honte ou de perte.
- Restaurer leur estime de soi et leur confiance en l'avenir.
- Améliorer leur relation à elles-mêmes et aux autres.
- Prévenir ou traiter les troubles psychologiques tels que l'anxiété, la dépression ou le stress post-traumatique.
Les Ressources et les Options de Soutien
Il existe de nombreuses ressources et options de soutien pour les femmes qui ont subi une IVG :
- Les psychologues et les psychothérapeutes : Ils offrent un accompagnement individuel ou en couple pour aider les femmes à faire face aux conséquences psychologiques de l'IVG.
- Les centres de santé sexuelle (anciens centres de planification et d'éducation familiale) : Ils proposent des consultations médicales, des entretiens individuels et des groupes de parole pour les femmes qui ont subi une IVG.
- Les associations de soutien aux femmes : Elles offrent un espace d'écoute, d'information et de soutien pour les femmes qui ont subi une IVG.
- Le Planning familial : Cette association peut vous apporter un soutien important et vous orienter vers des professionnels de santé.
- Les groupes de parole : Ils permettent aux femmes de partager leur expérience avec d'autres personnes qui ont vécu la même situation.
Questions Fréquentes Après une IVG
Après une IVG, il est normal de se poser des questions sur les aspects médicaux, psychologiques et pratiques. Voici quelques réponses aux questions les plus fréquentes :
Y a-t-il des examens médicaux à passer après une IVG ?
Après l'IVG, les examens médicaux ont pour objectif de vérifier que la grossesse est bien interrompue. En plus de l'examen clinique qui peut être réalisé, si la consultation est en présentiel, le médecin ou la sage-femme pourra vous proposer de réaliser une prise de sang pour doser les β-hCG ou une échographie. Tous ces examens et consultations sont pris en charge à 100% par l'Assurance maladie sans aucune avance de frais que vous soyez majeure ou mineure.
Est-ce qu'avorter peut me rendre stérile ?
Le risque d'infertilité est souvent pointé comme une complication à long terme de l'interruption volontaire de grossesse. Ce risque n'est pas lié à la réalisation de l'IVG en tant que telle mais peut être une conséquence des éventuelles complications qui y sont associées (infection, lésions au niveau de l'utérus lors de l'aspiration, etc). Toutefois, ces complications sont rares quand l'IVG est réalisée dans des conditions sécurisées (personnel formé, matériel stérile, établissement équipé, etc.) comme c'est le cas en France. Le risque de survenue de complications lors de la réalisation d'une IVG n'est pas supérieur à celui d'un avortement spontané ou d'une grossesse menée à terme. D'après les études qui ont évalué le risque d'infertilité après une IVG, il n'y a pas d'augmentation du risque dans les pays où la pratique de l'IVG est légale. Ce risque n'est pas plus important chez les patientes ayant eu deux IVG ou plus.
Y a-t-il beaucoup de saignements après un avortement et combien de temps durent ils ?
Les saignements après une IVG peuvent être un peu plus abondants que les règles habituelles dans les premiers jours. Ils durent de quelques jours à 3 semaines.
Quand disparaissent les symptômes de grossesse après une IVG ?
Les symptômes de grossesse (nausées ou sensibilité des seins) disparaissent généralement quelques jours après l'IVG médicamenteuse ou instrumentale.
Bon à savoir : Un test de grossesse peut rester positif jusqu'à trois semaines après une IVG. C'est la visite de contrôle qui permettra de confirmer que l'IVG a fonctionné.
Quand reviennent les règles après une IVG ?
Après une IVG les règles reviennent généralement dans les 4 à 6 semaines. Cela peut varier en fonction du type de contraception que vous avez choisi d'utiliser et du moment où vous l'avez débutée. Avec une pilule oestro-progestative par exemple, les règles surviendront à la fin de la première plaquette. Avec un DIU hormonal les règles peuvent êtres irrégulières ou absentes.
Quand est-il possible d'avoir à nouveau des rapports sexuels après une IVG ?
Il est conseillé d'attendre une dizaine de jours avant la reprise des rapports sexuels avec pénétration après une IVG. En effet, si le col de l'utérus n'est pas refermé il existe un risque que des germes puissent remonter du vagin vers l'utérus et soient à l'origine d'une infection. Pour les mêmes raisons il est également recommandé de ne pas utiliser de tampons durant cette période. Si vous ne souhaitez pas de grossesse il est nécessaire d'utiliser une contraception dès la reprise des rapports sexuels après une IVG (une grossesse est possible même avant la reprise de vos règles).
Après une IVG quelle contraception choisir ?
Au cours des différentes consultations effectuées pour réaliser l'IVG, vous recevez une information détaillée sur les méthodes contraceptives disponibles et pouvez échanger avec le médecin ou la sage-femme afin de choisir la contraception qui vous convient le mieux. Aucune méthode n'est contre-indiquée après une IVG, sauf cas particulier. Seuls les moyens de contraception nécessitant des manipulations vaginales (anneau vaginal, cape cervicale, etc.) ne sont pas recommandés immédiatement après l'intervention, pendant le premier cycle suivant l'IVG.
À quel moment dois-je débuter la contraception après une IVG ?
La contraception que vous avez choisie peut être mise en place dès la réalisation de l'IVG. Un dispositif intra-utérin (au cuivre ou à la progestérone) peut être posé immédiatement après la réalisation de l'IVG instrumentale (sauf en cas d'épisode infectieux) ou lors de la visite de suivi pour une IVG médicamenteuse. Une contraception hormonale, œstroprogestative (pilule, patch transdermique) ou progestative (pilule, implant, injection intra musculaire) peut être débutée : le jour même ou le lendemain d'une IVG instrumentale ; le jour de la prise de misoprostol - prise du 2e médicament - pour une IVG médicamenteuse. Les préservatifs externes (dits masculins) ou internes (dits féminins) peuvent être utilisés dès la reprise des rapports sexuels. Ce sont les seuls contraceptifs qui protègent des infections sexuellement transmissibles, dont le VIH-Sida. Seuls les moyens de contraception nécessitant des manipulations vaginales (anneau vaginal, cape cervicale, etc.) ne sont pas recommandés immédiatement après l'intervention, pendant le premier cycle suivant l'IVG.
Ma contraception est-elle remboursée ?
Sont remboursables par l'Assurance maladie : certaines pilules contraceptives ; les implants contraceptifs hormonaux ; les progestatifs injectables ; les dispositifs intra-utérins (DIU) ou stérilets ; les diaphragmes ; certaines marques de préservatifs externes (masculins). Pour les femmes de moins de 26 ans avec une couverture sociale, ces contraceptifs sont délivrés en pharmacie sur prescription médicale avec une prise en charge à 100% et sans avance de frais. Concernant les préservatifs externes, ils sont pris en charge à 100% pour tous et toutes jusqu'à 26 ans, sans ordonnance. Le parcours de contraception pour toutes les personnes mineures est protégé par le secret. Pour les femmes de plus de 26 ans, ces contraceptifs sont remboursés à 65 % par l'Assurance maladie dans les conditions habituelles. Les centres de santé sexuelle (anciens centres de planification et d’éducation familiale) délivrent à titre gratuit des médicaments ou dispositifs contraceptifs aux mineures désirant garder le secret et aux personnes ne bénéficiant pas d’une couverture sociale.
tags: #accompagnement #psychologique #après #IVG