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Isis allaitant : Comparaison avec d'autres œuvres

L'art égyptien antique regorge de représentations divines, chacune porteuse de symboles et de significations profondes. Parmi celles-ci, la figure d'Isis allaitant son fils Horus est particulièrement emblématique, incarnant la maternité, la protection et la renaissance. Cet article propose une analyse détaillée d'une statuette d'Harpocrate (Horus l'Enfant) conservée au musée Rodin (Co. 687), en la comparant à d'autres œuvres similaires, notamment une figure d'Isis allaitante du Metropolitan Museum of Art de New York (45.4.3), afin de mieux comprendre son contexte iconographique et sa signification.

Description de la statuette d'Harpocrate Co. 687

La statuette Co. 687 représente Harpocrate, la divinité Horus l'Enfant, marchant. Le métal de l'œuvre est uniformément oxydé. La main droite est sectionnée, l’uraeus rapporté et la tige finissant la couronne de Haute Égypte. L’oxydation du métal a comblé l’espace entre le buste et le bras droit du personnage. Des incrustations d'or, notamment sur la couronne rouge, au bas de la nuque, ou d’électrum dans le bord interne des yeux, se devinent à l’œil nu.

Le dieu est représenté nu, placé sur un socle rectangulaire dont il semble solidaire. Il s'avance, la jambe gauche en avant, dans la position égyptienne évoquant la marche. La silhouette du dieu suit un angle légèrement déporté vers l’arrière à partir du niveau des épaules, ce qui ne correspond pas aux conventions esthétiques égyptiennes. Cette silhouette anormale est attribuable à un raccord d’origine. Le bras gauche est allongé le long du corps, son poing fermé pour serrer probablement un étui-mekes, rouleau contenant un décret divin qui était l’un des attributs du pharaon.

Harpocrate est couronné du pschent, coiffure royale composée de la couronne rouge de Basse Égypte surmontée de la couronne blanche de Haute Égypte. Le port de cette couronne faisait du pharaon le garant de l'unité du pays. La longue tige finissant en volute sur le devant de la couronne blanche manque ainsi que l’uraeus frontal. L’emplacement de ces deux éléments, rapportés autrefois sur la coiffe, est bien visible et consiste en deux profondes cavités circulaires. L’uraeus était l’image d’un cobra femelle gonflé et prêt à l’attaque, à la fois protection du pharaon et symbole de sa puissance. Un large cercle entoure la cavité qui accueillait le tenon de fixation de la spirale- shebet du pschent. La couronne rouge de Basse Égypte, au mortier peu élevé sur le front, descend très bas dans la nuque. À l’arrière du crâne, la partie montante de la couronne rouge, particulièrement large, se termine au même niveau que la couronne blanche. Très étirée, cette couronne est trois fois plus haute que le mortier de la couronne rouge.

Une épaisse tresse, autre caractéristique iconographique de l’enfance, se dégage du côté droit du crâne d’Harpocrate. Elle s’achève en volute externe devant l’épaule. Les mèches de la natte ne sont détaillées que sur sa partie antérieure. Un collier-ousekh ornait le cou du dieu. Sa présence est matérialisée par deux sillons arqués, incisés jusque derrière chaque épaule. Néanmoins, ni la composition de son décor ni son système d’accrochage derrière la nuque ne sont visibles.

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Les arcades sourcilières, proéminentes, surmontent les yeux du dieu. Larges et ouverts, ils sont très détaillés. Ils sont entourés d’une épaisse ligne de fard et les pupilles ont été soigneusement indiquées. Un placage crème est observable dans le coin interne et externe de chaque œil. D’après le placage subsistant, il semble donc probable que les yeux de l’Harpocrate Co. 687 étaient également incrustés d’électrum. Le nez, en comparaison de la grandeur des yeux, semble petit et aquilin. Les joues sont rondes et pleines permettant ainsi de marquer profondément les ailes du nez et les commissures des lèvres. La bouche, petite et charnue, présente une lèvre inférieure plus épaisse que la supérieure. Le petit menton volontaire termine le visage rond et enfantin du dieu.

Contrairement aux autres statuettes d’Harpocrate conservées dans les collections du musée Rodin, notamment Co. 774, Co. 789 et Co. 791, les oreilles sont petites et décollées. Les épaules sont larges, particulièrement celle de droite sur laquelle repose la mèche de l’enfance. Les bras sont fins et sans détail anatomique hormis le pli du coude et la séparation des doigts. Les muscles pectoraux et abdominaux ont été modelés sur le buste. Remarquons sur cette statuette l’absence des muscles dorsaux ; en revanche, les muscles fessiers sont clairement dessinés. Les proportions du dieu sont fines mais le bas-ventre est subtilement rebondi, autre caractéristique iconographique de l’enfance pour les Anciens Égyptiens, et percé d’un large nombril circulaire. Les parties génitales sont celles d’un enfant. La jambe gauche les déporte légèrement vers la droite. Le dieu étant en position de marche, les plis visibles à l’aine gauche sont plus évasés que ceux de l’aine droite. Les genoux ainsi que les tibias sont modelés sur les jambes, fines et longues. Les pieds, longs et fins, reposent à plat sur la base.

Harpocrate : Un dieu enfant populaire

Harpocrate est une divinité bien connue dans l’art égyptien. Son nom égyptien Horpakhered, « Horus l’enfant », a été transcrit par les grecs en Harpocrate. Sa première attestation date de la XXIe dynastie et sa première représentation de l’an 22 de Chéchanq III sur une stèle commémorant une donation pour le « flûtiste d’Harpocrate ».

À l’époque de son apparition dans le panthéon égyptien, Harpocrate est Khonsou-l’enfant, fils d’Amon et de Mout et fait partie de la triade divine thébaine. Il devient ensuite un dieu à part entière, c’est-à-dire Horus l’Enfant, fils d’une union posthume entre Osiris et Isis. Enfant royal, son front est ceint d’un uraeus. Le dieu Seth, son oncle, cherchant à le tuer afin d’acquérir le pouvoir dont il doit hériter de son père, Harpocrate est élevé dans les marais de Chemmis, caché de Seth.

De par son histoire, il obtient une double symbolique. Il est à la fois le nouveau soleil du matin et l’héritier divin qui doit succéder à son père, ce qui fait de lui le représentant et la représentation idéale du roi. Les pouvoirs divins qui lui sont attribués évoluent rapidement. Sa mère Isis l’ayant guéri d’une piqûre de scorpion, il obtient ainsi des capacités guérisseuses et protectrices face aux animaux dangereux, ce que montrent les stèles dites d’« Horus sur les Crocodiles ». Sur ce type de stèle, on peut voir Horus enfant foulant des pieds un ou plusieurs crocodiles et maitrisant de chaque main un animal considéré comme dangereux, tels que les lions, les serpents ou les scorpions.

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L’iconographie d’Harpocrate, dieu populaire à la fin des temps égyptiens, est simple et reconnaissable. Il s’agit d’un enfant nu, portant la mèche de l’enfance du côté droit du crâne et généralement l’index à la bouche. Il peut être debout, assis sur un trône, sur une fleur de lotus ou sur les genoux d’une déesse qui l’allaite. De par son aspect juvénile caractéristique, nudité et attitude naïve du doigt sur la bouche, bonnet enserrant le crâne avec mèche de l’enfance, proportions des parties génitales, et enfin rondeur des joues et du ventre, Harpocrate devint l’image de tous les dieux enfants d’un panthéon égyptien de plus en plus sophistiqué. Il est l’image de tous les fils des triades divines et est ainsi naturellement distingué comme protecteur des enfants. Les auteurs classiques ont mal interprété le geste du doigt sur la bouche et l’ont compris comme étant « un symbole de discrétion et de silence », interprétation reprise par la suite par les initiés aux sciences relevant de l’ésotérisme. En aucun cas cette attitude fait mention d’un quelconque respect des dieux par le silence. Ce geste de placer le doigt sur la bouche pour marquer le silence est un geste de notre époque et de notre culture et ne peut pas être appliqué aux égyptiens anciens.

La statuette Co. 687 servait d'ex-voto.

Comparaison avec d'autres œuvres

Le musée du Louvre conserve une œuvre similaire à celle du Musée Rodin Co. 687, E 3642. Cette oeuvre du Louvre est coiffée de la couronne-hemhem, contrairement à celle du musée Rodin. Le British Museum (inv. n° EA132908), ainsi que le Metropolitan Museum of Art de New York (inv. n° 04.2.613), conservent des oeuvres ayant une iconographie plus proche de Co. 687. Enfin, on peut voir exposées plusieurs œuvres similaires au Penn Museum de Philadelphie, notamment inv. n° E 2246 et inv. Les collections du musée Rodin conservent plusieurs exemples d’enfant en bronze, notamment Co. 789, Co. 810 ou Co. 2385, toutefois ces enfants sont dans la position assise. Il n’y a que deux œuvres qui correspondent à l’attitude de l’objet Co. 687, il s’agit de des statuettes Co. 774 et Co. BOREUX 1913 : Meudon/atelier de peinture/vitrine 10, 387, "Harpocrate coiffé du pschent, debout sur une base. Haut. 17 cent.

Une grande figure d’Isis allaitante conservée au Metropolitan Museum of Art de New York (45.4.3), présente des yeux similaires à l’Harpocrate Co. 687. Sur cette statuette en bronze datable de la XXVIe dynastie, un revêtement d’électrum matérialise le blanc des yeux.

Isis allaitant : Un motif récurrent

La représentation d'Isis allaitant Horus est un motif extrêmement répandu dans l'art égyptien, symbolisant la protection maternelle et la force divine. Ces statues étaient souvent utilisées comme ex-voto, offertes par des fidèles espérant la protection d'Isis pour leurs propres enfants.

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Le culte d'Isis et son expansion

Le culte d'Isis, initialement centré en Égypte, s'est progressivement étendu à travers le monde méditerranéen, notamment à l'époque romaine. Des temples dédiés à Isis ont été découverts dans de nombreuses villes, témoignant de la popularité de cette déesse. L’analyse architecturale révèle des anomalies qui ne répondent pas aux caractéristiques typiques des palestres romaines, mais qui répondent bien davantage à différents prototypes d’origine hellénistique.

La concentration d’une grande quantité de matériel lié aux cultes isiaque et métroaque à l’intérieur ou autour de la soi-disant “Palaestra” à Herculanum et les connotations de certaines de ces pièces qui suggèrent leur appartenance originale à un contexte de nature religieuse et publique invitent à rechercher une autre interprétation de la fonction du bâtiment.

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