L'enfance est une période de découvertes, d'apprentissages et de développement émotionnel intense. Parmi les nombreux aspects de cette phase cruciale, l'attachement de l'enfant à des objets spécifiques, tels que le doudou et la tétine, suscite un intérêt particulier. Ces objets, souvent qualifiés de transitionnels, jouent un rôle important dans le développement psychologique de l'enfant, en particulier dans sa capacité à gérer la séparation et à acquérir de l'autonomie. Le recours au doudou fait donc partie des montages « physio-psycho-socio-logiques de séries d’actes » analysés par Marcel Mauss (2009, p. 384) au cours desquels l’enfant fait l’apprentissage d’un rapport social à l’adulte et à soi-même.
Le Doudou : Un Objet Transitionnel par Excellence
Si le doudou est un objet transitionnel par excellence et que « Winnicott » n’en est pas un, il est indéniable que son usage est reconnu et largement accepté. Le doudou ne dérange pas, alors que la tétine provoque parfois des réactions qui mériteraient l’éclairage d’un bon psychanalyste, du moins en ce qui me concerne.
L'importance de l'objet transitionnel selon Winnicott
Donald Woods Winnicott, un célèbre pédiatre psychanalyste anglais né en 1896, a étudié et décrit en détail la vie relationnelle des tout-petits avec les personnes qui s’occupent de lui, le plus souvent les parents. Il a développé, entre autres concepts, celui d’espace et d’objet transitionnel. Ce dernier est souvent nommé souvent doudou.
Winnicott (1951) a défini l'objet transitionnel comme un élément matériel (tissu, peluche, etc.) auquel l'enfant s'attache affectivement, lui permettant de faire la transition entre le monde interne (la fusion avec la mère) et le monde externe (la réalité et l'autonomie).
L’espace transitionnel représente l’aire intermédiaire entre présence et absence, entre l’enfant et sa personne d’attachement privilégiée, espace où peut se jouer l’illusion qui ne nie pas la réalité de l’absence, mais aide à la vivre. C’est un intermédiaire entre la réalité intérieure de l’enfant et la réalité extérieur. Un espace pour créer, penser, imaginer, s’adonner à la rêverie…pour toute la vie. Dans cet entre-deux vit l’objet transitionnel. Défense contre l’angoisse de perte de la personne qui prend soin de lui, il permet d’apaiser l’angoisse de l’inconnu, et de donner l’illusion d’être en sécurité parce que pas seul. Le doudou choisit et investit par l’enfant rassure et sécurise. C’est grâce à cet espace transitionnel que la création artistique, le langage, la culture vont pouvoir se développer.
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Le doudou, ou objet transitionnel, aide les enfants à basculer d'un monde connu, sécurisant, à un autre qui l'est moins. Il favorise également la séparation d'avec les parents.
Le doudou : un allié pour la séparation et l'autonomie
L'attachement à un doudou n'est pas universel. Dans la plupart des pays d’Asie, d’Amérique du Sud et d’Afrique, les parents utilisent principalement la proximité physique (bercements, chants, allaitement, contact corporel) pour rassurer et endormir l’enfant (Cerutti, 2001 ; Stork, 1993). La présence d’un objet transitionnel au cours du développement de l’enfant est liée à des pratiques de maternage socialement orientées : il existe des sociétés à doudous et d’autres sans doudou, comme Marcel Mauss disait que « l’humanité peut se diviser en gens à berceaux et gens sans berceaux » (2009, p. 377). Il ne s’agit pas de nier le caractère universel des tensions psychologiques vécues par le jeune enfant, notamment l’angoisse à tendance dépressive décrite par Donald Winnicott, ni d’occulter le simple plaisir neurophysiologique qu’éprouve l’enfant quand il commence à découvrir et à toucher son doudou mais d’observer les façons dont les adultes procèdent avec le doudou, renforçant ou non ainsi l’attachement qu’y porte l’enfant.
Le doudou permet à l'enfant de se sentir en sécurité et de gérer l'anxiété liée à la séparation d'avec ses parents, en particulier lors de l'entrée à la crèche ou à l'école maternelle.
Dans l’univers de la crèche, le « doudou » ou l’objet transitionnel fait partie intégrante de notre projet. Il reste à disposition de l’enfant qui s’en saisit sans que l’adulte interfère. Il représente un lien de transition qui symbolise une relation interne qui ne regarde que l’enfant. Cet objet « non moi », objet à part entière dont se saisit l’enfant pour représenter le lien avec une personne de référence, est mis à disposition tout le long de la journée.
Il est intéressant de noter que le « doudou » est un objet « non moi » c’est-à-dire qui n’est pas une partie du corps de l’enfant. A nos yeux, la tétine n’est donc pas un objet considéré comme transitionnel, bien que la confusion soit souvent faite, car l’enfant l’incorpore littéralement en lui par une succion continuelle. Le doudou a donc une place centrale dans la vie quotidienne à la crèche et sa mise à disposition est essentiel. Winnicott, D.W. (1951) « Objets transitionnels et phénomènes transitionnels », in De la pédiatrie à la psychanalyse.
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L'introduction du doudou : un processus naturel ou influencé ?
Quant au futur doudou, il est souvent proposé dès la naissance. C’est ainsi que bébé se retrouve, qu’il le veuille ou non, avec une ou plusieurs peluches à ses côtés 24 heures sur 24. Le choix n’est possible que quand il y en a plusieurs, ce qui est loin d’être la règle. Par ailleurs, l’usage de morceaux de tissu imprégnés par l’odeur de la mère pour maintenir sa présence et rassurer bébé, notamment pour dormir, est très répandu. Par la suite, le doudou peut être introduit au bout de quelques mois, voire plus tard, entre 6 mois et 1 an. C’est vers 3 mois que bébé peut se saisir d’un tissu et s’en servir de doudou. Actuellement, l’usage des draps est proscrit et les mères utilisent de moins en moins les tissus en coton pour essuyer les traces de régurgitation, ce qui limite les possibilités de découvrir un objet transitionnel après la naissance. Par chance, les parents attentifs repèrent plus ou moins tôt le plaisir qu’éprouve bébé à toucher certaines matières ou son besoin de se mettre quelque chose sur le visage pour dormir. C’est vers 6 mois que les us et coutumes introduisent le doudou, à condition d’exclure les mères qui inondent leur bébé de multiples peluches afin qu’il (ne) puisse (pas) choisir et celles qui ne veulent pas qu’il en ait un. Bébé est capable non seulement de choisir, mais également de prendre l’initiative sans l’aide de ses proches.
Les parents interviennent d’abord au niveau du choix de l’objet qu’ils placent à proximité de l’enfant. Certaines mères ont d’ailleurs acheté un doudou quand elles étaient enceintes ou à la naissance de l’enfant, alors que l’âge minimum du recours aux objets transitionnels est estimé à 6 mois par les psychologues (Cerutti, 2001). Le deuxième rôle important que jouent les parents concerne le rapport à l’objet. Ainsi les jeux de Rémi avec sa mère autour de son « doudou chien » l’ont conduit à le nommer « Popo », ce qui correspond au bruit qu’elle faisait avec la peluche pour faire rire son fils. Hormis le fait de les nommer, les doudous sont personnalisés par les enfants qui les reconnaissent par leur odeur et les dégradations qu’ils leur font subir.
N’ayant pas fait de recherche et encore moins d’évaluation de la pratique pédiatrique au sujet du doudou, ce qui est particulièrement critiquable à l’heure actuelle…, je ne pourrais témoigner que de ma propre attitude. En questionnant systématiquement sur la manière dont le doudou a été introduit, j’ai eu la confirmation rétrospective de ma passivité. « Des doudous, j’ai dû en acheter une bonne dizaine. Pour moi, que mes enfants en aient besoin d’un ne faisait pas l’ombre d’un doute. Je me disais simplement que je ne leur avais pas trouvé le bon. À plusieurs reprises, je me suis inspirée de ceux qu’avaient les enfants de mes copines. Sans grand succès ! Ils ont tous fini dans le bac de rangement. Pourtant, à 18 mois et 3 ans et demi, mes garçons ont tous les deux le même doudou. S’il leur est indispensable pour s’endormir, il l’est tout autant pour la prise du biberon, du petit-déjeuner ou du goûter. Il est d’un grand réconfort lors d’un chagrin et également sollicité pour regarder les dessins animés. Jusque-là, rien d’extraordinaire, si ce n’est que ce superdoudou, ce sont mes cheveux. Ils les tiraillent à longueur de journée et je ne vous parle pas de la nuit. Eh oui, mes enfants dorment avec moi, ce qui fait enrager mon pédiatre : un à gauche, l’autre à droite, et c’est parti pour une nuit peu paisible. Quoi qu’il en soit, bientôt ils devront se trouver un nouveau doudou car on m’a vivement conseillé de mettre fin à tout ça et de leur faire réintégrer leur chambre. Je vais donc ressortir toutes ces belles peluches si douces qui ont pourtant fait leurs preuves auprès d’autres petits.
Doudou : variations dans les conceptions et les pratiques
L’analyse des pratiques du doudou est l’occasion d’observer combien les enfants sont soumis à des normes différentes, éventuellement contradictoires entre la socialisation scolaire et la socialisation familiale. La démarche adoptée ici ne consiste cependant pas à faire la comparaison terme à terme entre deux milieux, d’abord parce que les approches méthodologiques ne sont pas tout à fait équivalentes et ouvrent chacune une fenêtre particulière : le grain d’analyse est plus fin du côté de l’école où les observations des élèves, des enseignants et des ATSEM ont été croisées avec des entretiens auprès des professionnels et des discussions informelles avec les enfants alors que dans la famille, seul un entretien a été effectué en fin de première année avec les parents. Ensuite, les deux types de socialisation ne sont pas totalement comparables, même si elles relèvent toutes deux de la socialisation « primaire » (Berger & Luckman, 1996) que l’individu connaît dans son enfance, dans un contexte affectif fort d’identification à un nombre limité d’« autres significatifs », principalement les parents. L’école maternelle peut être considérée comme une « plaque tournante de la socialisation primaire » (Darmon, 2006, p. 61) dans laquelle les parents sont incités à entrer, mais qui représente un contexte et des enjeux différents de l’univers familial : même si elle a le souci de la sécurité affective de jeunes enfants qui peuvent s’attacher à un professionnel, elle n’en reste pas moins une école qui correspond à un projet institutionnel de société, avec un programme d’apprentissages clairement établi et des fonctions professionnelles définies face à un groupe d’enfants d’une même génération, séparés du reste de la société. C’est en ce sens que nous assimilons l’école à une sphère « publique », celle qui a reçu délégation via l’État d’un objectif d’éducation défini et encadré des enfants alors que les parents dispensent une éducation dans la sphère « privée » qui regroupe des fonctions plus larges que celles scolaires et non programmées institutionnellement : soin physique, nourrissage, affection, inculcation de normes et de valeurs, aide à l’entrée dans le monde… (Neyrand, 2010, p. 28). Si la pertinence de la forme scolaire de l’éducation en maternelle est abondamment discutée, notamment au regard d’autres conceptions des modes de garde et de l’éducation de la petite enfance sur le plan international (Brougère & Rayna, 2005 ; Brougère & Vandenbroeck, 2007), il n’en reste pas moins que les choix institutionnels français de ces dernières années confirment la prédominance de ce mode de socialisation en maternelle.
Finalement, les parents les plus conscients du travail de socialisation qui implique les adultes autour de la relation de l’enfant à cet objet sont ceux qui s’affichent contre l’usage du doudou. Certains de ces parents ont cependant toléré sa présence lorsque l’enfant était nourrisson et tiennent absolument à marquer la séparation, avec des moyens qui peuvent paraître nettement plus violents que les pratiques de l’école maternelle. Le moment de l’entrée à l’école revient souvent comme une frontière symbolique pour se détacher de l’objet transitionnel : « Le doudou et la sucette on les a supprimés avant d’aller à l’école. J’ai pas été progressivement, j’ai enlevé clair et net, j’ai dit, c’est fini la sucette, le doudou, on a rangé ça dans un placard, il a pleuré deux jours ! Ça a été dur deux jours avec deux nuits, il les réclamait, il ne voulait pas dormir, mais là maintenant il les réclame plus du tout. » (parents ouvriers, d’origine algérienne).
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Le choix des objets transitionnels est particulièrement investi par les mères, comme d’une manière générale l’éducation des enfants, avec en plus ici un sens affectif fort. Lorsque la mère de Séraphin nous confie « Il est très attaché à son doudou, très », on peut se demander, vu la manière dont elle le dit et les autres propos tenus dans l’entretien, dans quelle mesure elle n’est pas elle-même attachée autant voire plus que son fils à ce doudou. Bien que les objets transitionnels soient investis semble-t-il davantage par les mères que par les pères, ils font quand même l’objet de discussions entre parents, par exemple dans les couples mixtes avec des habitudes culturelles différentes. Les parents ne sont pas les seuls à intervenir dans la socialisation de l’enfant au doudou. La famille élargie joue un rôle, mais pas toujours dans le sens souhaité notamment par la mère. Il existe des enjeux autour de la personne qui procure l’objet, qui choisit le doudou et autour des habitudes concernant ces objets. Une femme (marchandiseuse, conjoint artisan) nous explique ainsi qu’elle a tout fait pour que son enfant ne s’habitue pas au doudou offert par la grand-mère paternelle qu’elle n’apprécie pas spécialement, révélant des tensions classiques entre les femmes et leurs belles-mères (Attias-Donfut & Segalen, 1998). Elle a placé l’objet dans le lit de son fils, mais à un endroit plus éloigné que le doudou qu’elle-même avait choisi : « Je lui ai dit, à ma belle-mère, vous voyez, c’est lui, il ne l’a pas pris, je suis désolée [rire].
Les parents dont les enfants ont un doudou racontent son histoire de manière très affective, presque nostalgique, qui témoigne bien du fait que l’investissement n’est pas uniquement du côté des enfants.
Les certitudes des parents qui refusent l’usage d’un doudou peuvent cependant être ébranlées quand ils se sentent peu assurés dans la conformité de leurs choix éducatifs, comme c’est le cas pour les parents de Cyndie (père chauffeur de bus, mère au foyer, d’origine ivoirienne), convoqués plusieurs fois par l’enseignante de leur fils aîné qui parlait peu. Ils se .
La Tétine : Réconfort et Controverses
Contrairement au doudou, la tétine suscite des réactions plus mitigées, voire des controverses, notamment en raison de son impact potentiel sur le développement bucco-dentaire de l'enfant.
Tétine : des réactions qui mériteraient l’éclairage d’un bon psychanalyste
Autant les nouveaux parents ont besoin de l’approbation d’un professionnel pour donner ou non la tétine, autant ils décident d’eux-mêmes pour le pouce ou le doudou. La lutte est souvent rude pour empêcher un bébé de prendre son pouce quand la tétine lui est imposée de gré ou de force. Cette attitude est cautionnée par l’obsession des dentistes « branchés » pour éviter les déformations des arcs dentaires, et devient le fantasme des parents.
Risques potentiels et recommandations
Il est essentiel de limiter l'utilisation de la tétine, en particulier après l'âge de 2 ans, afin de minimiser les risques de malocclusion dentaire et de troubles de la parole. Il est également recommandé de ne pas tremper la tétine dans des substances sucrées, car cela favorise le développement de caries.
L'importance du Père dans le Développement de l'Enfant
Le père joue un rôle essentiel dans le développement de l'enfant, en particulier dans sa capacité à se séparer de sa mère et à s'ouvrir au monde extérieur.
Le père : un acteur clé de la triade familiale
S’il est impossible d’interposer doudou dans la dyade mère-bébé, c’est la triade familiale, avec d’un côté le couple parental et bébé de l’autre, qui permettra de l’introduire. Mais, les nouveaux pères ont bien du mal à trouver leur place face à l’émancipation actuelle des femmes, sans compter ceux qui s’en donnent à coeur joie pour se « materner » avec leur bébé.
De manière plus classique, le père est avant tout l’homme de la femme avant d’être papa. Il paraît donc important de situer le développement du bébé dans cet environnement parental où la sexualité 6 joue un rôle non négligeable. Si les premiers mois la fusion 7 entre la mère et le bébé empêche ou entrave la sexualité du couple, c’est sa reprise qui permet à la mère de prendre de la distance et de retrouver un espace à elle. En pratique, ce n’est pas aussi simple, il faut réunir certaines conditions dont l’accordage entre la mère et le bébé n’est pas la moindre. La place qu’occupe l’homme aux yeux de la femme avant la grossesse y compte pour beaucoup et contribue à l’ouverture de la dyade mère-bébé, à condition qu’il soit présent et participe. Le simple fait que la mère puisse s’appuyer sur lui, se réfugier dans ses bras, tout cela participe à sa prise de confiance et à sa sortie du post-partum. Par la suite, quand bébé va prendre conscience de la séparation, le père, en se montrant moins vulnérable et plus contenant (dans le sens des limites à donner), facilitera la séparation du soir et évitera le sommeil partagé 8. Tous les professionnels de la petite enfance sont confrontés aux problèmes de sommeil des tout-petits et sont sans doute d’accord sur le fait qu’ils sont plus facilement résolus quand le père soutient sa compagne, et facilite le coucher malgré les pleurs.
Les pères-mères : une nouvelle figure parentale ?
Les hommes recherchent à leur tour l’égalité, ils ont de plus en plus tendance à exprimer la part féminine qui est en eux. En revendiquant haut et fort leur fonction de père auprès du nouveau-né, ils sont très présents pour favoriser une reconnaissance de fait que l’état civil ne leur donne plus. Les pères actuels ne partagent pas pour autant toutes les tâches de manière équilibrée et ce, au grand dam des féministes militantes, mais ils se laissent enfin aller avec leur bébé. L’inconvénient, c’est que certains vont trop loin dans la relation au profit d’un corps à corps dont ils ont été frustrés, soit dans leur propre enfance, soit durant la grossesse, soit pour d’autres raisons. C’est ainsi que l’on voit en consultation des pères qui maternent (et se maternent à travers) leur bébé. Ils sont dans les mêmes prédispositions qu’une mère « suffisamment bonne » au sens de Winnicott 5, ce qui laisse augurer de leurs attentes et des pressions qu’ils exercent sur leur bébé. Si cette attitude n’est pas préjudiciable les premiers mois, sa persistance risque d’entraîner bien des inconvénients par la suite. Pas question de doudou, si ces pères, dont certains s’arrangent pour être le plus présent possible, voire assurent la garde complète, répondent à toutes les demandes à la seconde et ce pendant des mois, pour éviter le moindre pleur. En effet, la séparation n’est pas envisageable si le bébé devient une sorte de thérapeute du papa, qui non seulement réalise certains fantasmes de grossesse (peut-être extracorporelle), mais se fait cautionner par les interprétations sauvages de son environnement et des médias en vogue qui n’ont rien compris aux droits de l’enfant, à l’attachement et encore moins aux paroles de Françoise Dolto. Au mieux, le bébé attend le retour du père le soir pour s’endormir ou se réveille quand il arrive et, au pire, il va partager la chambre ou le lit de ses parents. Enfin, il n’est pas rare que la mère finisse par souffrir de cette situation et se plaigne de ne plus avoir de place auprès de son enfant, mais cela mettra du temps pour qu’elle s’en rende compte, et il sera souvent trop tard pour y remédier. Doit-on pour autant jeter l’anathème sur les pères qui se laissent aller à la rencontre de leur bébé et qui, pour la plupart, sauront prendre la distance nécessaire par la suite ? Les pères aussi peuvent être sous l’emprise du post-partum sans pour autant quitter femme et enfant… ou revendiquer la garde alternée en cas de séparation.
L'absence de place du père : un obstacle à la séparation
Pour certains hommes, quels que soient les sentiments qui les lient à leur femme, l’arrivée d’un bébé peut tout bouleverser. Ils ont beau vouloir prendre leur place, ils n’y parviennent pas, et finissent soit par accepter cet état de fait, soit par quitter le domicile conjugal, parfois après bien des années d’attente illusoire. Qu’il s’agisse d’une dépression du post-partum ou d’autres circonstances favorisant la persistance de la dyade mère-bébé, il leur est impossible de s’immiscer dans cette relation exclusive. Il est difficile au pédiatre d’expliquer ces états maternels, sinon qu’ils sont proches de la « folie maternelle ordinaire », à ceci près qu’elle persiste au-delà du délai habituel. Pour cette (dé) raison, que ce soit le père ou le pédiatre, personne n’est vu ni entendu de la mère, complètement « enfermée » dans la bulle de sa pathologie ou de son histoire. L’impuissance des uns et des autres ne doit pas fair…
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