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Grossesse à 73 Ans : Risques, Réalités et Perceptions Sociales Évolutives

L'augmentation des grossesses tardives, notamment après 35 ans, est un phénomène démographique notable dans les pays à faible fécondité comme la France. Ce phénomène suscite des discussions complexes mêlant préoccupations médicales, pressions sociales et évolutions des normes familiales.

Grossesse Gériatrique : Une Expression Stigmatisante

L'expression "grossesse gériatrique", utilisée pour décrire une grossesse après 35 ans, est révélatrice des préjugés entourant la maternité tardive. Cette expression, dénoncée par l'ordre des Sages-Femmes, persiste dans certains dossiers médicaux, stigmatisant les femmes et suggérant un risque accru lié à l'âge. Il est crucial de reconnaître que les femmes donnent naissance à leur premier enfant plus tard qu'auparavant, avec une moyenne d'âge de 30,9 ans aujourd'hui contre 24 ans en 1974. Les grossesses après 40 ans ont triplé depuis les années 1980, soulignant un changement sociétal significatif.

Risques Médicaux : Une Réalité à Nuancer

Bien que les grossesses tardives soient associées à des risques accrus, il est essentiel de ne pas céder à la panique. François Olivennes, spécialiste des traitements de l'infertilité, souligne que ces grossesses peuvent être compliquées à obtenir. À 40 ans, il n'existe qu'une chance sur deux de concevoir naturellement. Les célébrités qui se vantent de grossesses tardives "miraculeuses" omettent souvent de mentionner l' recours à la médecine et les ressources nécessaires pour se remettre physiquement.

Les grossesses tardives, les grossesses multiples ou encore les grossesses avec une maladie chronique sont considérées à risque. On considère qu'une grossesse est tardive, lorsque la future maman a 38 ans et plus. La toxémie gravidique, les retards de croissance intra-utérins (RCIU) ou encore le diabète gestationnel sont aussi plus fréquents après l’âge de 38-40 ans. Le dépistage de la trisomie 21 est systématique chez les femmes de plus de 35 ans. Au premier trimestre, une échographie est pratiquée afin de mesurer la clarté de la nuque fœtale et la longueur cranio-caudale. En cas de résultats anormaux de ces examens, le risque de trisomie 21 est évalué et, si ce risque est élevé, une amniocentèse est réalisée. Il faut savoir qu'à partir du quatrième enfant, l'accouchement peut être plus difficile car l'utérus a perdu en tonicité. Le suivi médical intervient par des séances très rapprochées. Elles peuvent être réalisées au domicile de la future maman, si elle est fatiguée ou alitée. Cette dernière est arrêtée généralement plusieurs semaines avant le début de son congé maternité. Un suivi rigoureux est essentiel tout au long de la grossesse. Des spécialistes interviennent généralement en binôme avec le gynécologue chargé du suivi (diabétologue, infectiologue…). Il peut y avoir une hospitalisation.

Dans une étude publiée en juin 2021 dans la revue Nature Communications Biology, des scientifiques indiquent avoir découvert que « les biomarqueurs hormonaux du placenta pouvaient indiquer quelles femmes auraient des complications de grossesse. Plus précisément, ces derniers ont découvert « que des niveaux anormaux d'hormones étaient présents dans le sang de la mère dès le premier trimestre, la semaine 12 de la gestation, chez les femmes qui ont développé un diabète gestationnel. Une complication habituellement diagnostiquée à 24-28 semaines. » L'explication se trouverait du côté de biomarqueurs génétiques en lien avec la production d'hormones placentaires.

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Il est important de noter que les grossesses tardives sont aujourd'hui suivies très rigoureusement et se déroulent bien. Les femmes bénéficient de rendez-vous médicaux rapprochés, d'échographies régulières et d'un dépistage systématique de la trisomie 21.

Tabous et Jugements Sociaux : La Ménopause Sociale

Un tabou persiste autour de la procréation médicalement assistée, alimentant l'idée qu'il existe une "bonne" et une "mauvaise" manière de faire des enfants. Cette stigmatisation contribue à décourager les femmes d'avoir des enfants après 40 ans pour des raisons non purement médicales, créant une "ménopause sociale".

Il est essentiel de remettre en question cette pression sociale et de reconnaître que la fertilité diminue avec l'âge. Cependant, il est crucial de ne pas décourager les femmes d'avoir des enfants dans la quarantaine pour des raisons autres que simplement médicales.

Paternité Tardive : Un Angle Mort Médiatique

Alors que les femmes sont soumises à une surveillance médiatique accrue concernant leur fertilité et les risques liés à l'âge, les hommes sont souvent épargnés. Mick Jagger, père pour la huitième fois à 73 ans, illustre cette disparité. Bien que la paternité tardive présente également des risques biologiques, elle ne suscite pas le même niveau de critique ou d'attention médiatique.

Il est crucial de reconnaître que la qualité du sperme peut diminuer avec l'âge, augmentant les risques de "petits couacs au niveau génétique". Il est temps d'adopter un discours équilibré et d'arrêter de considérer le corps féminin comme un yaourt avec une date de péremption.

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Obésité et Grossesse : Un Facteur de Risque Supplémentaire

L’épidémie d’obésité concerne aussi les femmes en âge de procréer. Les grossesses chez les patientes obèses sont marquées par une incidence élevée de complications maternelles (diabète gestationnel, hypertension artérielle, syndromes toxémiques) et fœtales (macrosomie, anomalies de fermeture du tube neural, mortalité périnatale). Le taux de césarienne et le risque de complications anesthésiques et post opératoires sont également plus élevés. A long terme, on observe une augmentation du risque d’obésité et de diabète de type 2 chez la mère, ainsi qu’une plus grande fréquence de l’obésité et des troubles métaboliques chez l’enfant.

Pendant la période préconceptionnelle, l’accent est mis sur la recherche de complications de l’obésité et l’obtention d’une perte de poids par intervention diététique et exercice. En cours de grossesse, les apports nutritionnels devront être adaptés afin de limiter la prise de poids et de permettre une croissance fœtale satisfaisante. Le risque de complications obstétricales est pris en compte et étroitement surveillé. La prévention de l’aggravation ultérieure de l’obésité passe par un suivi à long terme de la patiente.

Le déroulement de la grossesse, le développement fœtal, l’état de santé du nouveau-né et son devenir pondéral et métabolique dépendent de l’équilibre nutritionnel maternel avant et pendant la grossesse. L’index de masse corporelle (IMC) pré-gestationnel et la prise de poids au cours de la grossesse influencent, indépendamment de la glycémie, le devenir maternel et fœtal. Le risque de diabète gestationnel chez les femmes est multiplié par deux à six chez la femme en surpoids selon les études, et jusqu’à vingt en cas d’obésité [1]. L’obésité accroît la prévalence de l’hypertension artérielle (HTA) et celle des syndromes toxémiques.

L’accouchement est rendu plus complexe chez la femme obèse, ce qui se traduit par plus d’inductions thérapeutiques du travail, et une augmentation du taux de césariennes de 30 % par rapport aux femmes de poids normal. Les femmes en surpoids ont deux à trois fois plus de risque d’infection cicatricielle. La plupart des études soulignent l’augmentation de la fréquence des anomalies du tube neural et des lésions cardiaques [14-17]. Le risque de dystocie de l’épaule qui lui est associé est lui aussi accru : 33 % des enfants de plus de 4,5 kilos ont ce risque alors qu’il ne concerne que 2 % des enfants en dessous de ce poids de naissance. Le risque de macrosomie persiste en l’absence de diabète gestationnel, dont la présence favorise cependant la survenue, si l’équilibre glycémique n’est pas satisfaisant. Le risque de mort fœtale in utero est trois fois plus élevé en présence d’une obésité morbide alors que la mortalité néonatale est comparable à celle des enfants témoins [26, 27].

Aujourd’hui encore, les femmes en âge de procréer et en surcharge pondérale sont rarement informées des risques de la grossesse, de la nécessité de mesures adaptées préconceptionnelles et des impératifs de surveillance rigoureuse tout au long de son déroulement.

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Grossesse Tardive : Un Phénomène de Société en Évolution

Une étude des médias français en ligne entre 2001 et 2019 révèle que les discours sur les grossesses tardives oscillent entre mises en garde médicales et valorisation du phénomène sociétal. Les risques médicaux sont contrebalancés par des discours positifs présentant la parentalité tardive comme un choix de vie acceptable.

L'augmentation des naissances tardives est un phénomène ancien dans les pays à faible fécondité. Alors qu'auparavant, elle concernait surtout les familles nombreuses, elle est aujourd'hui liée au report de l'entrée en parentalité et aux secondes unions. Les profils socioéconomiques des parents tardifs ont également évolué, passant des catégories populaires aux groupes moyens et supérieurs.

Les facteurs menant à avoir un enfant plus tard, comme investir dans des études plus longues et dans l’emploi, peuvent être mieux connus et compris des individus . En ce sens, la montée de valeurs individualistes accordant une grande importance au choix et à l’autonomie des décisions, notamment en matière de procréation, participerait à des discours plus positifs envers des comportements de fécondité tardifs. Le développement des techniques de procréation médicale peut alimenter un sentiment selon lequel la vie reproductive serait plus étendue. Il est aussi possible que cela passe par le relais dans les médias de cas de célébrités ou d’anonymes ayant recours à l’AMP à des âges tardifs.

Alexandra Hildebrandt : Un Cas Exceptionnel

Alexandra Hildebrandt, une Allemande de 66 ans, a donné naissance à son 10ᵉ enfant, affirmant avoir conçu naturellement. Bien que son obstétricien ait confirmé une grossesse sans complications majeures, des experts expriment des doutes quant à la possibilité d'une conception naturelle à cet âge. Ce cas soulève des questions sur la transparence des traitements de fertilité et la nécessité d'une meilleure information pour les patientes qui envisagent la FIV.

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