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La Catastrophe Germe et la Création Picturale : Une Exploration des Trois Moments de l'Acte de Peindre

Cet article se propose d'explorer une perspective sur la peinture, centrée sur la notion de « catastrophe » présente dans l'acte de peindre. Loin d'une analyse exhaustive, il s'agit d'une réflexion sur le rapport profond entre une catastrophe et l'acte de peindre, comme si le peintre devait inévitablement passer par cette épreuve.

La Catastrophe Germe : Un Concept Initial de Peinture

L'idée centrale est celle d'une « catastrophe germe » ou « chaos germe », un concept initial de peinture où le tableau recèle une catastrophe d'où quelque chose va émerger. Cette catastrophe germe est visible chez certains peintres, tandis que chez d'autres, elle demeure implicite. La question se pose alors de savoir si cette catastrophe est toujours présente, même de manière virtuelle ou invisible.

Des peintres parlent de cette catastrophe comme d'une étape nécessaire, non pas au niveau personnel, mais au niveau de leur peinture. Ce chaos germe est ce par quoi le tableau doit passer pour que quelque chose advienne, un commencement de la couleur, comme le suggèrent les titres de Turner : « Naissance de la couleur », « commencement de la couleur ». Le peintre se place ainsi dans une situation de création du monde, en instaurant ce chaos sur la toile pour qu'en sorte quelque chose de nouveau, qui n'est plus le monde des objets, mais le monde de la lumière-couleur.

Il est essentiel de souligner qu'il n'existe pas de formule générale de ce chaos germe. Chaque peintre a sa propre version, singularisée et porteuse de son style. Le chaos germe de Van Gogh est différent de celui de Cézanne, de Gauguin, ou de Klee. Ainsi, le chaos germe est déjà une signature du peintre.

Le Diagramme de Bacon : Une Possibilité de Fait

Le peintre Bacon utilise le terme de « diagramme » pour désigner ce chaos germe. Selon lui, un diagramme est une « possibilité de fait » présente dans un tableau, même dans un portrait. Cette notion de diagramme est intéressante car elle suggère une logique propre à la peinture, sans pour autant la réduire à une simple logique.

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L'emploi du terme diagramme par certains logiciens anglais ou américains ouvre des perspectives intéressantes. On pourrait envisager que la peinture puisse fournir des éléments pour une théorie du diagramme.

Les Trois Moments de l'Acte de Peindre

Pour situer ce diagramme ou chaos germe dans le temps de l'acte de peindre, on peut distinguer trois moments :

1. La Dimension Pré-Picturale : Le Monde des Données

Le tableau est en communication immédiate avec un avant-peindre, une dimension pré-picturale. Cézanne évoque tout ce qui se passe avant qu'il ne commence à peindre, soulignant ainsi l'importance de cette dimension pré-picturale, qu'elle soit visible ou non dans le tableau.

Il est important de réfuter l'idée reçue selon laquelle l'écrivain se trouverait face à une page blanche. De même, la toile n'est pas une surface vierge. Avant que le peintre ne commence, elle est déjà remplie, non pas de possibilités infinies, mais du pire, c'est-à-dire de clichés.

2. Le Chaos Germe : Nettoyage et Brouillage

Le chaos germe, ou diagramme, agit comme une zone de brouillage, de nettoyage, permettant l'avènement de la peinture. Il s'agit de nettoyer la toile pour empêcher les clichés de s'installer. Ce rôle négatif du diagramme est essentiel.

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3. Le Fait Pictural : La Présence

Le diagramme n'est pas encore le fait pictural. Mais alors, qu'est-ce que le fait pictural ? Les critiques utilisent souvent le mot « présence » pour qualifier l'effet de la peinture sur nous. Cette présence se distingue de la représentation. Le peintre ne représente pas, il fait surgir une présence.

Datum et Factum : Le Donné et le Fait

En s'inspirant de Kant, on peut distinguer le datum (le donné) et le factum (le fait). La dimension pré-picturale correspond au monde des donnés, tandis que le fait pictural est quelque chose de tout à fait différent.

Le Rôle de la Soustraction et du Gommage

L'acte de peindre implique une série de soustractions, de gommages, pour nettoyer la toile. De même, l'acte d'écrire consiste à gommer, à supprimer ce qui encombre la page, à savoir le monde infini de la banalité.

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